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mardi 18 mars 2014

La Panthère - Cartier : Tous à pelage ! (1ère Partie)

Avant-propos
Je n'aborderai ici nullement l'olfactif de la dernière création de Cartier, La Panthère, mais je parlerai de l'élan apporté par ce nouveau parfum au sein de l'industrie de la parfumerie. Je serai plus proche du parfum dans un autre billet qui sera publié ISM sait quand, mais vous pouvez toujours lire le texte que nous lui avons consacré avec Jeanne et Opium sur auparfum.


La Panthère - Cartier


La Panthère est bien plus que la réussite d'une femme, c'est le succès de toute une marque qui s'avère être encore une des rares à avoir une réelle vision de la parfumerie ; une vision insérée aussi bien dans l'histoire d'une maison que dans celle de la parfumerie. Le lancement de La Panthère est accompagné d'un discours qui fait plaisir à entendre, et surtout qui est mis en application et dispose d'une vraie portée sur le grand public.

En effet, à l'heure où la plupart des acteurs de l'industrie de la parfumerie avouent sans vergogne (mais bien sûr quand les micros sont éteints) que "le parfum c'est que du business" (les mêmes qui clament "le parfum c'est avant tout une part de rêve" face aux journalistes) ; qu'il faut "rompre avec cette vieille parfumerie" (on dit la BELLE parfumerie, vieille bique) ; Cartier revendique une empreinte historique, bien évidemment replacée dans un contexte contemporain. Et qui mieux que Mathilde Laurent pouvait exécuter avec brio une création qui découle d'une véritable culture parfum ?

Sans vainement chercher à se dissimuler derrière Jacques Guerlain, Edmond Roudnitska ou François Coty, Mathilde Laurent a fait déborder de cœur une création à l'ambition toute personnelle. Si les références pleuvent, elles glissent comme autant de clins d’œil : douceur, velours, la construction du véritable chypre moderne par Mathilde Laurent invoque des images de nuages gigantesques traversant le ciel au ralenti.

Mathilde Laurent => #Jicky'sLove
source : Elisabeth de Feydeau
J'ai une pensée émue pour Josiane et Coralie, qui travaillent avec passion au stand Cartier des Galeries Lafayette Haussman. J'aimerais qu'elles sachent et soient conscientes qu'à chaque flacon de La Panthère qui se vendra, ce sera un combat de gagné pour la parfumerie. Car dire de ce lancement qu'il représente simplement ce que devrait être la parfumerie ne suffit pas vraiment. Oui, la parfumerie se devrait d'être de ce niveau là, malheureusement ce n'est pas le cas. Par conséquent, n'avoir que faire de La Panthère, c'est négliger une visibilité qui lui permettrait une once d'influence sur la créativité olfactive et sa compréhension. C'est d'une certaine manière se détacher et abandonner une parfumerie grand public qui sombre par un manque d'éducation, de curiosité et d'exigence. A ce stade, il ne s'agit plus de se réduire à une critique du parfum pur, à un j'aime/j'aime pas.

Il s'agit de se rendre compte que le prochain parfum grand public d'un tel niveau et d'une telle ampleur pourrait se présenter seulement dans très longtemps. J'espère bien évidemment me tromper en disant ça : j'espère que l'année prochaine - qu'à la rentrée de septembre prochain oui ! - une véritable nouveauté frôlera par sa puissance créatrice celle de La Panthère. J'espère que dans six mois, vous aurez quatre textes de sept cents mots sur un seul et même parfum, rédigés en pleine nuit par un Jicky pétri d'enthousiasme.

Ainsi, voilà ce qu'est La Panthère : le symbole d'une grande réussite dans la parfumerie d'aujourd'hui. Ce parfum n'est pas calculé avant tout pour séduire une tranche d'âge en particulier, en vue d'une estimation hasardeuse en volumes écoulés pour les statistiques de janvier 2015. La Panthère existe en elle-même et pour elle-même. Des œuvres de ce calibre, de cette puissance symbolique - et ici olfactive - sont rares et souvent boudées ; mais elles aspirent au vrai sens du "parfum culte". Une centaine d'années après la naissance des chefs d'oeuvre Guerlain qui font passer les Coty pour des brouillons, Cartier rétrograde Coco Mademoiselle et rejoint For Her dans la famille des véritables chypres modernes. Quelle joie que de supposer que dans quelques décennies, les gens se souviendront avec plus de bonté de ce parfum que de celui qui trustera les ventes l'histoire d'un semestre.

En attendant, La Panthère de Cartier s'avère être une délicieuse anomalie, le deus ex machina qui dérègle une morbide industrie, le débris stellaire qui vient tuer le père pour libérer la mère afin de créer un nouveau monde. Un parfum qui contient son propre monde, juste un parfum, juste pour le parfum.

J.

dimanche 2 mars 2014

Infusion d'Iris, Prada - les premières bonnes impressions, et les secondes.

                                                                            Par Ph666ebus.



     Est-ce que le diable se parfume aussi en Prada ? Ce ne serait pas étonnant – et puis comme ça il aurait bon goût sur toute la ligne. C'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général, ses portes ne se ferment pas aux connards. On peut être antisémite et génie des fringues. On peut être misogyne et en même temps réalisateur de talent. Alors oui, peut-être que le diable porte infusion d'iris, perché sur des talons de douze, la beauté se fiche bien du karma. 



Par contre il parait qu'on ne peut pas jouer au foot et tromper sa femme en même temps, mais ça on s'en bat les civettes.
 


     Vous l'aurez deviné, j'ai regardé hier ce film cul-cul-te où une Anne Hathaway new-yorkaise bat des cils en trottinant derrière une Meryl Streep sans pitié, ses valeurs confrontées aux tentations égoïstes à chaque croisement de rue. Le tout sans renverser le double capuccino de sa patronne, et avec des looks d'enfer.

     Dans cet univers où la belle fringue est omniprésente, l'iris trottinait dans un coin de mon esprit. L'iris m'évoque toujours la souplesse d'un vêtement élégant et confortable - le plus souvent juste élégant, le plaisir de se sentir altier valant bien la souffrance. Tout dépend de la façon dont l'iris est traité, mais sa beauté reste en tout exemple une constante.

     Je retrouvais l'iris dans Meryl Streep, dans la couleur argent de ses cheveux, dans son attitude pincée, dans sa poigne et dans son menton levé. Dans sa réserve aussi : elle parle peu, elle s'impose.

     Infusion d'Iris partage cette conception de la présence, il est là, il est toujours là, il ne hausse pas le ton pour se faire entendre, il s'impose à nous en revenant quand il le décide.. Et parce qu'il est insaisissable, on ne peut ignorer ses rappels. 



I. AM. SO. FAB.


     Sobre et classe, une nouvelle idée du chic sans aldéhydes, c'est le parfum du je-ne-dis-rien-je-n'en-pense-pas-moins. Sous une lumière plus positive, on pourrait dire que c'est le parfum des premières bonnes impressions. Je l'ai porté pour visiter des appartements ou pour des entretiens d'embauche, car à mon sens il envoie tous les bons signaux : sobre sans manquer de personnalité, discret mais pas effacé, confortable mais pas décontracté. Bref, vendeur mais pas racoleur.

   

     Infusion d'Iris va aussi bien d'un côté du bureau que de l'autre, et je l'ai donc également retrouvé en Anne Hathaway. Dans la douceur de sa voix, dans son raffinement naturel (qui perce déjà sous les gros pulls informes du début), dans sa bonne volonté. Ainsi que, de manière intéressante, dans l'essence même de son personnage, qui tout au long du film voit son chemin croiser celui de la tentation, malmenant de plus en plus ses valeurs initiales. Car Infusion d'Iris isn't all about clean and chic and stuff. Passé les premières secondes aux accents cologne, le cœur installe son moelleux et sa propreté tout-comme-il-faut. Mais ceux qui le portent le savent, il flirte avec des notes un peu moins sages de peau chauffée au soleil, voir de "fond de baignoire". C'est ce qui fait une bonne partie de son intérêt, le sauve de l'ennui. Le propre et le sale sont des concepts qui n'existent que pour se répondre, et n'auraient aucun sens l'un sans l'autre, après tout.

     Attention, il ne sombrera jamais dans le musc sensuel, mais on sent que l'idée fait son chemin dans sa tête. En fait, Infusion d'Iris c'est un esprit chrétien qui contemple de sales idées et choisis d'y renoncer. C'est juste que la réponse physiologique est fatalement là : la peau chaude, ça se sent. 



     Infusion d'Iris est donc un exemple de vertu - et assurément déjà un classique intemporel - dans un monde qui aime la facilité. Il parait que d'autres iris sur le marché ont été plus faibles ces derniers temps, et ont succombé à la gourmandise ou aux fruits, vendant leur si belle âme au Diable ? Je ne compte pas prier pour celui qui est deuxième du classement des meilleures ventes françaises en 2013, j'imagine qu'il ne voit aucune raison de changer.      

     Je disais donc, c'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général. On ne sait plus si on doit juger la création ou ceux qui ont le mauvais goût d'en faire un succès.



Sur ce. Bon lundi !

mercredi 4 septembre 2013

Eau de Narcisse Bleu - Hermès : Parfum-Somme

"Les cueilleuses nous ont appris qu'il y avait deux chemins pour traverser la vie. Le chemin de la Nature et le chemin de la Grâce. On doit choisir lequel suivre.

La Grâce ne cherche pas être mise en flacon. Elle accepte d'être ignorée, oubliée, rejetée. Elle accepte les bouquets et les coups.
La Nature ne pense qu'à être mise en flacon et à convaincre les autres d'y oeuvrer aussi. Elle aime les traiter avec arrogance, imposer sa volonté. Elle trouve des moyens d'être malheureuse quand le monde rayonne tout autour d'elle et que l'amour sourit à travers toute chose.

Les cueilleuses nous ont appris qu'aucun de ceux qui suivent le chemin de la Grâce ne connaîtrait jamais le malheur. Je te serai fidèle, quoiqu'il advienne."


The Tree Of Life, T. Malick


Aube de l'Humanité, Terre - Couleurs

Flair. Vert. Ce sont eux qui m'ont conduit jusqu'à toi.

Tu peignais sur la table en bois clair, alliant au mouvement de ton pinceau un flottement de tes doigts dans l'air avec ta main libre. Le bleu se reflétait dans le coin supérieur de ton dessin et tu parvenais à imaginer pleinement. Ainsi, tu venais de créer le jaune-bleuté, imperceptible à l'oeil mais détectable au nez. Le jaune-bleuté était instable et avait les reflets du mercure que l'on dépose dans la neige candide. Il avait les irisations des bulles savonneuses qui éclatent quand le vent polaire érode les odeurs. Il dessinait les motifs d'une carapace de tortue : sinueux et nuancés, géométriques et imbriqués, tortueux et mélodiques.

Le reste de ta feuille était blanc et n'attendait que les manifestations de ta vie pour se réveiller. Petit à petit, le vert est venu se greffer au tableau. Une chute d'eau ruisselante et martelant au loin et des feuilles cachant le Soleil, préparées par la fluidité des algues aériennes et translucides. Le jaune-bleuté s'est animé. Le rouge, opposé, triomphant, s'est déclaré et tu as posé ta main sur son visage reptilien, écailleux, immortel, brûlant et suffocant. Titanesque, l'Orange a donné le Feu à ton dessin, y ajoutant une once de vie et d'intelligence.

The Tree of Life, T. Malick

Puis tu l'as rattaché à l'Homme. Le Blanc, le Noir et toutes leurs nuances communes. Le Violet, un violet de la couleur de la peau, à l'image de l'âme et de l'esprit d'une oeuvre que tu as voulu pleine, belle et vivante. Noir, Gris, Blanc, Violet : c'était moi.

Pour la première fois, tout virevolte entre les odeurs, les sons, les couleurs, les goûts et les matières. Tout commence à prendre forme sur le dessin.

1933, Grasse - Abstraction

À Grasse, le Narcisse choisit son chemin.

Nébuleuse de l'hélice - NASA
Le voilà, répandant ses arômes dans l'air chaud chargé de l'humidité des pierres s'asséchant au cours de la journée et du parfum des arbres épanouis dans la lumière crue de la vallée grassoise. Le vent mord ses pétales d'un jaune aux tonalités froides d'un bleu vibrant. Le jaune-bleuté. Il faut croire que c'est lui, cette couleur inventée de toute pièce, qui représente le mieux certains narcisses s'étant perdus à Grasse.

Que Diable viennent-ils faire ici ? Ils pleurent l'absence de leurs proche, viennent découvrir de nouvelles lignes en voyant les cols des montagnes et s'extasient devant le ciel profondément vivant de la nuit.

Comme  deux billes lourdes se rejoignent sur un drap tendu à l'extrême, le regard vibrant des narcisses est irrémédiablement attiré par l'espace de la nuit, devinant leurs teintes dans un oeil de chat ou identifiant le drame de leur vie en admirant une tête de cheval. Les petits narcisses brillent devant ces grands espaces, ils rêvent de cette dimension cosmique qui leur manque tant. Après tout, ces fleurs jaunes-bleutées sont elles-mêmes des poèmes que l'espace a commencé. Pourquoi ne pas représenter la vie d'un homme à travers cette fleur ? Pourquoi ne pas symboliser l'attente d'une femme par leur odeur ?


Cat Eye - NASA

70's, Florence - Nature

Enfant, j'avais un ami subtil et éloquent, voleur et conducteur de songes, éclaireur de nuit et gardien de portes.

Né au matin, il faisait résonner sa musique au milieu du jour et le soir, il volait les notes des florentins. Sa vénérable mère l'enfanta le quatre du mois et dès qu'il eut jailli du corps maternel, il ne resta pas plus longtemps couché dans son berceau mais, se levant, il chercha les accords florentins.
Je me souviens qu'en sortant de son foyer, il trouva une tortue et il crut alors posséder une richesse infinie. Avec, il décida de construire une lyre : il fixa des tiges de roseaux coupées à diverses longueurs et il les fit passer à travers le dos de la tortue. Puis, il tendit une peau de fleur et y ajouta ensuite les sept cordes harmoniques. Ayant construit l'aimable instrument, il fit résonner chaque note et la tortue, sous sa main, fit écho. L'ayant vu, son père lui cria par la fenêtre "mais d'où tiens-tu ce si beau jouet à l'écaille variée ?".

Mais c'est que ce jour là - le jour de sa naissance ! - mon ami avait d'autres pensées dans son esprit. Il déposa la lyre creuse et sauta de sa demeure odorante à une colline, méditant dans son esprit une ruse profonde, telle que les voleurs en méditent à l'heure de la nuit noire. Ses pieds ayant encore la fragilité du nouveau-né, mon ami tressa des sandales incroyables et merveilleuses, enlaçant des rameaux et des myrtes, véritable faisceau de feuillage frais.

Et sans attendre, mon ami subtilisa au spectre cinquante notes, en ayant bien pris soin d'effacer ses traces, car il n'oubliait pas son art rusé. Une fois cachées, il abandonna ces notes pour regagner son berceau sacré, enveloppant ses épaules de ses langes, comme se doit de le faire un enfant nouveau-né, tenant sa chère tortue dans sa main gauche.

The Tree of Life, T. Malick

Mais ce que mon ami n'avait pas vu, c'est qu'il avait été aperçu par un habitant... Et quelle ne fut pas sa surprise de voir entrer dans son foyer le lendemain un lumineux florentin ! Mon ami feignit le doux sommeil en tenant sous son aisselle la tortue récemment travaillée. Mais le florentin ne s'y trompa pas et dit à l'enfant : "Dis moi promptement où sont nos notes, ou nous allons nous quereller à l'instant, ce qui ne serait pas convenable". Et mon ami lui répondit, rusé : "Quelle rude parole ! Ce n'est pas là mon affaire et j'ai d'autres soucis : je m'inquiète du sommeil, du lait de ma mère, d'avoir des langes autour de mes épaules et de prendre des bains tièdes. Un nouveau-né volant des notes : tu parles en insensé. Je suis né d'hier, mes pieds sont tendres et la terre est dure". Son lumineux délateur, souriant doucement, lui murmura alors : "Ô petit enfant menteur et plein de ruses, tu auras cet honneur d'être appelé toujours le Prince des voleurs".

Souhaitant échapper à un procès, mon ami, saisissant la tortue de la main gauche, fit naître une mélodie alors que la tortue résonna admirablement sous sa main. Charmé, le florentin lui lança ces paroles ailées : "Voleur de notes, rusé travailleur, tu possèdes là quelque chose qui vaut bien cinquante accords. Quel est cet art ? Cette Muse qui guérit les inquiétudes amères ? Et cette habileté ? En effet, ces trois choses sont réunies pour la joie, le désir et le doux sommeil.". Souhaitant être bienveillant en pensées et en paroles, mon ami lui proposa alors de lui enseigner son art. Il donna sa tortue au florentin, qui lui confia alors la garde des notes. Mon ami promit d'un signe de tête aux habitants de Florence qu'il ne déroberait plus rien et n'approcherait pas des demeures des citoyens.
Le Lumineux Florentin offrit une illustre baguette de félicité et de richesse à trois feuilles : une verte, une violette et une bleue. Il aima mon ami de toute son amitié, lui accordant ainsi la grâce.


2011, Arbre - Mouvement

T. Malick, J. Chastain
- Qu'est-ce que vous faîtes ?
Je relève la tête de mon petit calepin. Visiblement ma voisine de train n'est pas timide.
- J'écris.
- Oui, je vois bien. Mais qu'est-ce que vous faîtes là, avec vos mains ?
- Je... J'écris.
- Tant pis, passons. Et vous écrivez quoi ?
- Un parfum. Enfin, pas vraiment, un texte sur un parfum. Euh... des textes sur un parfum ? Ou non, un parfum sentant des textes ! Et des musiques aussi.
Je m'embrouille, tant pis, c'est elle qui a commencé. C'est étrange d'ailleurs, c'est rare de voir les gens - surtout en ville - s'intéresser à ce que leurs voisins de train font. Puis je repense à l'histoire d'un de mes amis, subtil et éloquent mais un brin voleur : quand on partage ce que l'on aime et ce que l'on crée, on tisse alors des liens qui eux-mêmes mèneront vers d'autres histoires fascinantes.

"L'idée de mouvement est difficile à décrire vous savez" m'entendis-je dire, sans en être certain. "Ce parfum, on pourrait l'écrire avec des points de suspension. Oui bien sûr il y a l'odeur, mais pas que. Vous sentez, il y a des odeurs qui bougent, qui vivent et qui s'animent. On pourrait croire qu'elles crient, qu'elles tombent. En vérité, elles aiment, elles sont en colère, elles se découvrent entre elles. Elles mettent à mal bon nombre de gens par leurs sentiments infra-odorants, qui résonnent de manière inodore, inaudible et invisible. Les silences sont puissants et colorés comme des abîmes. Ecrire sur les parfums, parfois, c'est croire que nous sommes les otages d'un monde muet, où parler d'odeurs ou de couleurs n'a de cesse d'être un combat. Certaines personnes prennent le parti pris des choses, voient l'infini stellaire dans un pain qui cuit ou dans une rose qui s'épanouit dans la Nature. C'est une manière de voir les choses, où quelque chose sourit à travers nous. Sentez."

The Tree of Life, T. Malick

Le train passe une gare en un éclair.
"Certains parfums racontent parfois l'histoire d'une vie : la recherche impossible d'un sport vert, un grenier inaccessible et mystérieux, la découverte d'une chemise de nuit dans la commode d'une maison voisine abandonnée ou encore l'orientation inexplicable vers la première de l'alphabet."

Ma voisine bouge ses lèvres et j'attends que les mots viennent jusqu'à moi :
- Dans toute ma vie d'enseignement, j'ai connu certains étudiants prometteurs qui, fascinés par l'extase unique de la Grâce, de l'Art, de leur Père ou de leur Mère, d'un Dieu ou de la Nature, ont peu à peu délaissé leurs relations avec leurs proches, leur alimentation voire leurs propres désirs humains. Il semblerait que l'Eau de Narcisse Bleu ne cesse de vous évoquer certains de ces parfums insondables..."
Sa remarque est pertinente, jusqu'à ce que je comprenne que ce Narcisse Bleu n'est pas de ceux là. Je la coupe dans son discours.
- Non, l'Eau de Narcisse Bleu c'est l'extase unique, pas l'étudiant prometteur ; ce qui change un bon nombre de choses.

2815, Axiom - Danse

L'humanité a déserté la Terre depuis 800 ans, me laissant seul. Solitude de façade. Le travail ne manque pas, la pensée est totale et envahit tout l'être qui me compose.

Si personne ne nous regarde, alors nous pouvons simplement profiter de nous et de ce qui nous entoure avec une once de narcissisme. Les regards et les pensées étrangères ne briment aucune de nos envies et à nous de percevoir ce que l'on peut faire en toute impunité. Du recul et de l'appréhension, voilà ce qu'il nous faut. Et perdues dans l'espace, les perceptions virevoltent et éclatent en une myriade de couleurs. Quelle bulle a pu les piquer ? De l'endroit où nous observons ces sensations, nous moussons  petit à petit : l'écoulement du silence nous conduit vers un ultime voyage.




Quoi de plus naturel pour toute chose que de danser ? Si les odeurs dansent entre elles dans un flacon, et que notre corps ne peut s'empêcher de lever les bras vers le ciel au moindre accord, alors pourquoi ne pas étendre la danse au parfum ?

Danse : enchaînement de mouvements harmonieux, rythmé par la musique, impliquant généralement deux partenaires.

Peut-on penser que notre humanité a encore sa place ? L'être qui porte du parfum ne se désagrègerait-il pas ? L'être qui crée le parfum ne serait-il pas qu'une vague apparition lointaine, lumineuse et sonore ? Succulente et tactile ? Quel plaisir de sentir que le créateur est en perpétuelle recherche, loin de toute affirmation définitive. Et que dans ses recherches, ayant toutes plus ou moins comme origine un voyage en train lointain dans le passé, il nous a entraînés dans une quête qui dépasse le temps et les lieux, les fleurs et la science. À tâtons, il touche et toque tout tintement. Il n'explique pas, mais pose la question.


Fin du Temps - Mort


Je contemplais mon frère, ce Narcisse aux yeux rieurs et aux cheveux craquants. Le vent gris et grave me poussa à arracher, rageur, les quelques plantes vertes parsemant son souvenir.

"Je vois l'enfant que j'étais."

Le temps s'allonge et d'ellipses en ellipses, finit par se figer, jusqu'aux rivages de l'éternité.
Les odeurs s'échappent et s'évanouissent l'une après l'autre et voilà ma vie imbriquée à jamais au parfum. Un peu à l'image d'un enfant voulant frotter ses mains sales pour faire s'envoler la poudre qu'y ont laissé les ailes d'un papillon mort, je n'avais pas conscience de l'empreinte des odeurs sur ma vie. Peut être que leurs successions, leurs transitions, n'ont pas de signification pour les autres. Néanmoins, la mort du Narcisse me pousse à me rappeler les dernières teintes qui rayonnaient à travers lui, en même temps que ses premières couleurs. Car il en était la somme, il était une seule et même lumière.

"Il est mort à 19 ans", The Tree of Life, T. Malick

"Les cueilleuses nous ont appris qu'aucun de ceux qui suivent le chemin de la Grâce ne connaîtrait jamais le malheur. Je te serai fidèle, quoiqu'il advienne."


J.


Comme convenu dans la première partie des billets sur l'Eau de Narcisse Bleu, un flacon de 200ml de cette Cologne est à gagner grâce à la générosité de la maison Hermès ! Pour tenter de le remporter, laissez un commentaire avec votre pseudo à la suite de ce billet. Le tirage au sort aura lieu dans deux semaines, le mercredi 18 septembre.

Enfin, cela fait aujourd'hui trois ans que notre blog existe, et nous vous remercions pour votre soutien, vos lectures, vos participations. Nous sommes très fiers de vous avoir comme lecteurs, que vous restiez dans l'ombre ou que vous participiez, et c'est vraiment un grand plaisir de pouvoir partager avec vous un flacon de l'Eau de Narcisse Bleu pour cet anniversaire !
Vive l'odorat !

dimanche 25 août 2013

La Fin : Eau de Narcisse Bleu, 1ère partie

Chers lecteurs,

Avec la fin de l'été vient la fin de la saga de l'été J&P. Je tiens d'abord à vous remercier de nous avoir suivis pendant ces deux mois d'aventures et j'admire la sagacité de ceux qui ont tenté de trouver la réponse aux énigmes qui étaient cachées dans les textes.

Comme vous l'avez deviné, le billet exceptionnel qui mettra fin à nos aventures portera sur l'Eau de Narcisse Bleu d'Hermès. Pourquoi ? C'est que, je crois n'avoir jamais été si touché au fond de moi par un lancement en parfumerie, qui plus est en grand public. A vrai dire, cette cologne est même rentrée dans mon top 3 de tous les temps, derrière Iris Silver Mist et Dans Tes Bras. Dès son lancement, j'ai été bercé par plein d'images, de sensations, de musique, de couleurs et j'ai commencé à écrire à partir de l'Eau de Narcisse Bleu, de manière la plus naturelle possible.




En élaborant la saga de l'été, j'ai voulu marquer toute l'émotion que j'ai pu ressentir avec cette Eau de Narcisse Bleu en vous impliquant au maximum, d'où cette idée d'enchaînement de billets avec des parfums que je voulais aborder depuis un certain moment. Et comme je l'avais annoncé dès la lettre au lecteur, cette saga se devait de s'achever sur une récompense exceptionnelle !

Dès lors, j'ai contacté directement la maison Hermès en leur expliquant toute la démarche, le cheminement et mon amour pour ce parfum (qui je l'avoue reste quand même assez indescriptible). Et il s'avère que ma correspondante a été touchée - et j'en suis vraiment heureux ! - par ce qui s'avère être un billet différent de bon nombre d'articles plus "promotionnels" que vous pouvez lire habituellement.

The Tree of Life, T. Malick

Ainsi, grâce à la générosité et à la sensibilité de la maison Hermès, j'ai l'immense plaisir de pouvoir vous faire gagner un flacon de 200ml de l'Eau de Narcisse Bleu !

Comment ? Comme vous avez pu le voir en lisant le titre, ce billet est la première partie de la conclusion de la saga de l'été. Il y en aura trois.
Pour participer à ce jeu-concours exceptionnel, il faudra que vous commentiez l'article sur l'Eau de Narcisse Bleu, qui correspond à la deuxième partie de "La Fin", que j'espère publier le 4 septembre (le jour d'anniversaire du blog !). Le résultat sera annoncé dans un troisième billet correspondant à la troisième et dernière partie de la saga de l'été, qui sera publié deux semaines après le véritable article sur l'Eau de Narcisse Bleu.

Je suis vraiment très content de partager ça avec vous, j'espère que vous serez nombreux et que vous serez vous aussi touchés comme j'ai pu l'être par cette Eau de Narcisse Bleu...

J.

Pour le petit jeu autour de 1932, la gagnante est, sans surprise, Emeline ! Envoyez-moi un mail à drjicky@hotmail.fr, vous avez gagné la miniature de cet Exclusif ;)

PS : vous serez ravis d'apprendre qu'à force de jouer avec des arbalètes de Jimmy Choo, les scélérats à ma poursuite se sont tirés dessus, servant désormais de compost à ce qui s'annoncent comme de futurs champs de narcisse !

mardi 30 juillet 2013

Une Rose, Frédéric Malle - Au-delà de l'infini

2001 : l'Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick

Dans le monde des mots, certains semblent fuir leur propre signification - à l'image de nombreux humains. Ainsi, il est étonnant de constater que bon nombre des gens auxquels j'ai pu parler considèrent l'expression hors d'oeuvre comme le préambule d'un repas des plus consistants, comme si cette expression ne pouvait désigner autre chose. Après tout, l'expression est empourprée d'atours séduisants et glisse dans l'air immaculé de la nuit. Ainsi, hors d'oeuvre pourrait désigner une quantité incroyable de phénomènes, tous plus saisissants les uns des autres : une foule de veuves éplorées, un groupe de personnes en colère ou encore un métal doré zozotant en proie à une crise de dédoublement de la personnalité. Laissons donc les hors d'oeuvres gustatifs aux humains et, dans l'espace, désignons par hors d'oeuvre les chefs-d'oeuvre hors du commun.

Au-delà de l'infini, l'isolement est encore plus total que dans les labyrinthes puisque l'on y est dissimulé entièrement. Les dimensions se déforment et ce qui était uni se détend, comme pour suivre l'expansion d'un univers qui lui est propre. Les couleurs reprennent leur subjectivité la plus primaire, puisqu'il n'y a plus de civilisation. Je vois rouge parce que rouge il y a au-delà de l'infini. Je vois noir parce que noir est l'au-delà de l'infini. Je vois blanc parce que de l'infini se dégage du blanc. Dans le tiraillement entre l'espace et la ligne, le volume et le temps on peut voir se dessiner le duel entre la couleur et la fleur.


Les cueilleuses nous ont appris qu'il y avait deux chemins pour traverser la vie. Je comprends au cours de mon périple qu'un tiraillement entre deux chemins est à l'origine de bon nombre de hors d'oeuvre. Et si Une Rose est un chef d'oeuvre hors du commun c'est que son univers a la particularité de ne représenter qu'une rose. Or, une simple rose ne raconte pas d'histoire ; c'est pourquoi en ne représentant qu'une rose, on ne peut s'arrêter que sur ce qui est le support de cette rose : le parfum. Ici, Une Rose se dissémine et se déverse dans l'espace, univers à elle toute seule, à la sagesse irréprochable et aux couleurs historiques. L'espace de l'infini ne suffit plus à Une Rose : il faut qu'elle le traverse, le distance. En suivant sa ligne, nous accédons à l'au-delà de l'infini.


2001 : l'Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick

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2001 : l'Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick

Rouge - noir - blanc. Une rose rouge est dans l'espace noir et rayonne d'une lumière blanche. En fin de compte, ce périple montre qu'à l'image des contes et des fables de l'enfance, ce sont les interactions entre les couleurs, êtres vivants, qui priment : le petit pot de beurre blanc apporté par la petite fille en rouge au loup noir ; la sorcière vêtue de noir qui donne une pomme rouge à une fille blanche comme neige ; un fromage blanc lâché par un corbeau noir et attrapé par un renard rouge.

La logique des couleurs est implacable ; celle des fleurs, tout autant. Puissent-t-elles ne jamais dégénérer. Car s'il m'était physiquement envisageable de prendre la fuite sur Terre, il me vient à l'esprit qu'au-delà de l'infini, je suis paradoxalement dans un espace clos où fuir n'est pas envisageable un seul instant. Et dans cet insondable éther, on finit par revenir sur soi : on écoute le sang s'écouler, inépuisablement, dans notre réseau nébuleux, au rythme d'un flux et d'un reflux presque lunaire. Rouge - noir - blanc.

Il me vient alors une expression convenant de manière particulièrement judicieuse à la situation : la ligne de conduite. C'est que, dans son tiraillement, Une Rose a libéré une ligne, une ligne à suivre, à suivre une logique. Dans son sillage cosmique, elle a laissé s'implanter la terre, d'où des racines ont émergé avec délicatesse. Cette ligne est lumineuse, chantante, presque céleste. Un monde semblable à la Terre se créé à nouveau, avec un sol gorgé de vie et un ciel aux couleurs bleues, roses et nuancé d'un rouge semblable à un clignement de paupière. Nouveau-né, j'ouvre les yeux.

Quel retour sur Terre ! Après cet interlude cosmique hors du commun, me voici à nouveau sur la planète qui est la mienne. Néanmoins, des choses ont changé : le ciel paraît plus scintillant, à la fois plus bleu et plus rose. L'air semble inonder le sol d'une lumière fine, donnant à la terre une élégance presque humaine. D'où peut donc bien venir cette clarté céleste ? C'est l'éclat de quatre étoiles qui a livré la réponse à ma question : en plein jour, quatre astres brillaient d'une douceur intimiste, livrant aux ciels de nouvelles teintes plus irisées. Je pouvais presque y discerner des lettres. Quatre lettres : un A, un I, un C, un B.

J.

Une Rose, Editions de Parfums Frédéric Malle - E. Guézou

lundi 22 avril 2013

Géranium Pour Monsieur - Frédéric Malle : Lettre d'une fougère à son fils



Le flash crépite : la course est finie.
Quelle course. Je l'ai vu, merveilleusement synchronisé avec ses acolytes, endurant et les yeux fixés sur la ligne d'arrivée. Ces sourcils qui se froncent, cette bouche qui se serre et ces muscles qui se raidissent... Mon dieu, on aurait dit moi à son âge.
Je reprends mon souffle et fais craquer mon aromatique ossature. C'est pas moi qui serais capable de refaire une course. J'éteins le poste de télévision et je me dirige vers le bureau. Mes pas font grincer le plancher. Quel désespoir ! Là où ce gaillard rame au rythme de ses équipiers, voilà mes vieux os qui gémissent en parfaite harmonie avec mon bon vieux parquet. Tragique ironie (cela dit, puisse l'IFRA ne pas m'obliger à passer au lino).

Une fois mon stylo saisi, je sors un petit paquet de feuilles du tiroir à ma gauche : il faut que je lui écrive à mon fils ! Ma lampe de bureau est allumée, tout mon matériel pour écrire est en place... Ah ! J'allais oublier : un petit peu de musique. Du Grieg, ce sera parfait.

"Cher Géranium,

Quand je repense à toi adolescent, je ne peux m'empêcher de visualiser une pièce immense, sans fin, avec un plancher de verre et aux fenêtres sans aucune délimitation. Tu es complètement plongé dans la lumière, seule ombre au tableau : l'obscurité émanant de tes sombres pensées.

Car baignant dans la gloire de cette lumière fauve se tient la silhouette fluette d'un jeune homme aux yeux grisés. Il est allongé sur le canapé élimé, vêtu des fringues qu'il a porté depuis une centaine d'années : une chemise blanche à manche longue toute froissée sur un marcel désabusé, un jean gris foncé rapiécé et des chaussettes qui ont été blanches (un jour). Il renifle et tousse souvent, régulièrement, comme synchronisé sur une respiration difficile et mécanique, simple accessoire d'une chaîne qui ne tendrait qu'à s'épuiser. Je ne pouvais laisser cette silhouette, pourtant pleine d'avenir, dans cette morosité parasite.

Mais qui étais-je pour pouvoir prétendre t'aider ? Ces vêtements, tu les tenais de moi et de tes oncles gâteux. Ces pensées, c'était par ma faute qu'elles corrompaient la lumière de ton aura.
Je t'ai donc mis dans un canot et nous avons ramé, tous les deux. J'étais ta colonne vertébrale, je structurais tes mouvements et ajustais ta coordination. Je t'ai appris la force et j'ai modelé ton corps.

Géranium Pour Monsieur par Konstantin Kakanias

Mais je ne soupçonnais pas la portée de ton talent. A chaque mouvement de rame, je te voyais en adéquation avec le monde. Je jalousais l'air d'entrer dans tes poumons, te permettant ainsi de transmettre une énergie inespérée au bois, à l'eau, dans un cycle d'une mécanique scrupuleuse. Si on avançait, c'était par toi et l'ampleur de ta respiration. Ton regard aux teintes grises jamais ne cillait et il révélait la fermeté de ta détermination innée. Quand je repense à toi conduit par la Vitesse et l'Expansion, gouverné par l'énergie et la vitalité, je vois tes pensées noires se décliner en gris, en vert et en quelques teintes ocres que tu distilles par l'écume de ton corps transpirant.

Au fil des courses, ta stature s'est révélée. Je parle bien de ta stature car ton ossature, celle que je t'ai laissée comme héritage, tu l'as balayée - sans anesthésiant - alors que tu étais envahi d'une fureur verte. J'ai longtemps pensé que tu avais rejeté ta filiation, que tu m'avais rejeté moi. Mais ta course de cet après-midi m'a éclairé : tu l'as dépassée comme tu as devancé tes adversaires. Et c'est aujourd'hui que j'ai vu que, dans la famille, le victorieux c'était toi. Les rouages du sport n'ont plus de secret pour toi. La musique si bénéfique pour ta concentration, tu l'as assimilée puis tu l'as transformée. Electrique, désormais tu rayonnes comme peu d'entre nous n'ont jamais brillé.


The Social Network

Désormais je me dis que c'est à toi, le "petit fougueux qui gère" d'imaginer la silhouette rachitique de ton "fou de père". Tu pourrais : je n'ai plus rien à t'apprendre. Il ne me reste plus qu'à t'aimer comme l'oiseau chante, comme la rose s'épanouit dans la nature : le plus naturellement du monde. Cependant, j'ai compris aujourd'hui que quand tu regardais vers l'arrière pour me sourire, c'était pour y puiser de l'énergie. Cette lumière, cet éclat dans ton regard, je sais que tu le transmettras comme je sais que je te l'ai transmis : tu l'irradies. La génération à venir sera technologique ; heureusement que la mécanique te connais. En liant l'ossature de ton "fou de père" à ta stature de "fougueux qui gère", tu créeras les plus belles choses que la Terre ait connu."

Au moment même où ma plume se retire et que le son de l'encre humidifiant le papier s'amenuise en écho au morceau de musique qui s'achève, le Monde tremble. Mon corps s'agite, se convulse en une seconde, puis c'est le calme ! Que... Que se passe t-il au juste ? Crise cardio-coumariniaque ? Accident lavandaire cérébral ?
Nouvelle secousse : l'effet de surprise m'a permis de retrouver la raison. Mon téléphone ; c'est juste mon téléphone qui vibre. Tiens, j'ai reçu un SMS :

"On a gagné Papa !!!"
J.

jeudi 13 octobre 2011

Angel - L'Extrait

L'Extrait avait ce goût du solitaire éternel. Celui qui reste cloitré dans une grande demeure imposante, massive et à la limite de l'austérité, où rien n'est fait pour l'accueil. Le vestibule est un amas de tapis poussiéreux, de tableaux désuets et effrayants, de candélabres en tout point semblables à de la cire suintant des murs serrés et semble le vestige d'une dynastie déchue.

Extrait en Vanité -  © Emilie G. 

Il vagabonde dans ses appartements, seulement accompagné de deux antiques domestiques qui errent éteints, à l'image des vieux meubles de bois nobles qui décorent la maison faussement délabrée. Les couleurs ont perdu d'un éclat qui semble n'avoir jamais existé, et les sons qui traversent des corridors étroits résonnent comme si le foyer était entièrement vide.

Illusions - Emilie G
L'Extrait y règne en maître, majestueux, ayant réduit toute concurrence de beauté. Chaque détail est pensé, muri, a été médité longtemps, comme un grand cru. Chaque élément a été revu dans son aspect le plus subtil, et le plus excessif. Le parquet qui tapisse tous les sols de la demeure reflète une myriade de couleurs  allant de l'orangé au brun le plus sombre. Strié de tons rudes, mais élégants, ce dernier craque sans bruit sous les pas de L'Extrait, dont la démarche sublimée semble être véritablement issu de plancher boisé.

La rage du temps a polarisé chaque facette des coursives. La violence des meubles classiques est exacerbée par le patinage des secondes qui passent. "Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote : Souviens-toi !". C'est le Temps qui impose au sein de L'Extrait toute sa beauté et les détails allant de pair.


L'Extrait, majestueux - © Emilie G. 
Remarquer un pot de miel sur un meuble en acajou vernis n'est rien. Mais sentir sa décomposition sucrée et cailleuse, dont la lenteur est palpable, odorante, est une tout autre chose. Ce détail sensible n'est qu'une humble partie de l'incroyable château. En effet, une minutie mordante se remarque : l'odeur carnassière d'une fleur hante les couloirs froids. Or, aucun pétale n'ornemente les pièces. L'émanation florale évoque une tubéreuse violente, blanche, rouge et verte à la fois. Elle irradie  sans jamais se révéler. Elle brille par une absence remarquée, qui nous permet de visiter maintes pièces à la recherche de l'odeur. Ses particules spectrales flottent dans l'air saturé de poussière, et crient à notre oreille des sons trop graves ou trop aigus pour être entendus. Seul notre esprit semble capter ses appels tortueux. Que penser des décharges chromatiques diffusées par la fleur des appartements de L'Extrait ?


De cette lumière crue, mais d'une majestueuse beauté surgit le noir profond des recoins mystérieux. Alcôves, boudoirs et cabinets apparaissent tout au long de la découverte de ce palais méconnu, révélant aspérités obscures et rudes. La puissante odeur de cette absence de lumière est palpable, saisissable.


Vous découvrirez avec L'Extrait un  monde de curiosités, où les proportions n'ont plus de sens. Où le temps n'est plus l'ennemi, mais le sublime. Où les fleurs s'expriment en fantômes, où le noir est élégant, presque discret et s'allie à son ennemi de toujours, la lumière.


Car aussi illusoire paraisse t-elle, la lumière inonde L'Extrait, ce solitaire avare, qui n'attend que d'être découvert, non pas pour le bonheur de son porteur, mais pour l'essence même de son propre bonheur, qui se suffit à lui même.



"Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, 
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,

Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"
J.


jeudi 22 septembre 2011

Angel Eau de Toilette - Volutes de Souvenirs

19 ans de règne impitoyable. 19 ans de majesté et de beauté. 19 ans de pédance. Angel sait ce qu'elle veut. Et elle en sait beaucoup. Néanmoins, la transition est faite. Trois semaines seront consacrées à l'étoile de la parfumerie, plus qu'un phénomène olfactif, plus qu'un règne sans pitié, l'histoire d'Angel est une Odyssée Moderne vers le statut de "Classique". Méprisez Angel, pleutres, mais admirez son aventure. Admirez sa puissance. Admirez, tout simplement, admirez le ciel miroitant mirages et miracles.

Car Angel voltige en eau de toilette désormais. Oubliez pédance et cruauté, parce que l'étoile bleue sait aussi se faire docte et plaisante. Angel sait se faire galante.

Nous voilà embarqués dans une nouvelle dimension où un livre de conte s'ouvre pour partager un nouveau savoir. Angel Eau de Toilette est riche d'un classique senti, senti et ressenti, mais chaque virgule, chaque lettre y est réajustée pour que d'un déséquilibre volontaire naisse une nouvelle harmonie.

Le premier chapitre est peut être celui qui diffère le plus de l'histoire initiale : de sa voix douce et aux pointes veloutées, Angel raconte avec plus de pétillance et moins de lourdeur, l'histoire de cette fête foraine, que l'on connait déjà. Mais à peine ce sémillant chapitre prend fin, qu'Angel ferme le livre, dans une envolée de poussière argentée...

" - Les enfants, à vous de vivre l'eau de toilette... Vous la portiez, maintenant vous allez la rêver".



Dans toute sa pédagogie, l'eau de toilette capture notre esprit dans un scintillement imperceptible, et nous voilà chacun plongé dans un éther de sensations autour de l'histoire d'Angel. Pour ma part, je me suis retrouvée dans un lit blanc, parsemé de plumes violettes et oranges, qui évoquaient la douceur d'une époque révolue. Dans un esprit proustien, le rêve de cet Angel m'a ramené dans un monde où les odeurs, les saveurs et les sons correspondaient ensemble, dans une harmonie insaisissable. Bizarrement, ces réminiscences apparaissaient par vagues, par lueurs indistinctes, presque électriques. Par échos, on entendait au loin la puissante résonnance de la voix d'Angel, qui rallumait quelques lueurs oubliées, noyées comme elles pouvaient l'être dans l'eau de parfum. Cette multitude de couleurs désorganisées s'assemblaient, et formaient petit à petit un nouveau tout, cohérent, magique. Et surtout BEAU.

Les rêves d'Angel eau de toilette sont simplement dans la beauté, l'esthétisme pur et la pétillance. L'originalité de l'histoire du parfum d'origine est de mise, mais voilà que les contrastes colorés ont été accentués, et que la douceur des songes a enrobé de velours et de rubans les atours abruptes du l'eau de parfum.

Angel eau de toilette dure éternellemement. Aussi bien dans l'esprit que sur le corps. Elle reste gravée dans notre esprit, car comme il est souvent énoncé, "il n'y a rien de plus tenace qu'une idée". Et le rêve, si on pourrait croire qu'il est limpide et qu'il glisse sur notre esprit, ne manque jamais de laisser briller ces étoiles qui scintillent dans nos yeux. Chanson utopique, décor coloré, rêves d'horizon mais pensées vers le ciel, Angel eau  de toilette a de quoi rendre le rêve plus beau.



J.

vendredi 11 février 2011

Ck One - Teenage Dream.

 Par Phoebus.


Les rares fois où j'entre dans un Séphora pour réellement acheter un parfum (c'est plus rare qu'une éclipse de lune mais ça arrive) – et non pas faire semblant de flanner dans les allées pour me parfumer en cachette de la dernière variation de Shalimar...Je suis toujours curieux de voir quels échantillons la vendeuse va me donner, tout sourire, avec le sachet contenant mon achat. De la pub gratuite, une manière de dire "en fait, moi je vous aurais plutôt vu porter ce parfum là, donc la prochaine fois peut-être, si ça vous plait ?". Je prends ça un peu comme les tests de personnalité bidons qu'on trouve dans les magazines people, vous savez, dix questions, trois réponses TRES stéréotypées, et donc trois verdicts super antagonistes qui vont changer à tout jamais votre vision des choses (majorité de triangles, vous êtes joyeux, triste, sexy et réservé). Les caissières Sephora, ces profilers de l'ombre donc, distribuent à tour de bras les échantillons des parfums les plus bankables après avoir subtilement analysé le client et lui avoir collé une étiquette de public cible. Gniark gniark, s'ils savaient, je suis peut-être blonde platine, mais derrière mon fond de teint orange foncé se cache un monstre de manipulation maitrisant parfaitement l'art de la psychologie. Une gamine qui achète Lolita Lempicka premier parfum ? Et Hop, deux échantillons de Nina et elle ne saura plus où donner de la pomme. Un Jacky poivre-sel qui sort son pouvoir d'achat de sa pochette-banane en cuir pour acheter une énième Eau Sauvage ? Et Hop, un échantillon de Cool Water de Davidoff, il reviendra dans deux mois divorcé, les cheveux teints et habillé comme un ado. Une vieille bourgeoise qui vient acheter son extrait de Shalimar, comme chaque premier mercredi du mois ? Et Hop, cinq échantillons de Shalimar avec le sachet (pourquoi arrêter de traire quand la vache a encore du lait...?). Devant moi, ce jour là, une femme très souriante, habillée en noir, la cinquantaine environ, repartait avec son flacon de Chanel N*19 et toute une batterie d'échantillons de Balenciaga. Veinarde ! Je serrais mon flacon de Lolita Lempicka au Masculin en me demandant ce que moi j'aurai, ce coup-ci. La première fois, j'ai eu droit à Play de Givenchy, un échantillon du noir et un échantillon du blanc. C'était à mourir d'ennui, je me suis endormit avant d'atteindre les notes de cœur (le pire c'est que c'est vrai, mais faut dire que je les avais essayé avant d'aller me coucher). La deuxième fois on m'a refilé Guerlain Homme, et franchement : *BiiiiiiiiiiiiiiiiiiiP*... ah, mince, je ne peux pas dire ce que j'en pense réellement car le co-hôte de ce blog a censuré mes propos. Pour finir, la dernière fois j'ai eu droit à...Attention, accrochez-vous à vos claviers, femmes enceintes et personnes cardiaques s'abstenir : Trois échantillons de One Million. TROIS. Que j'ai ressortis du sachet pour les poser sur le comptoir avant de tourner les talons en remerciant vaguement la vendeuse sans la regarder. 


Oui, vous avez deviné, cette satyre sociale illustrée a été prise sur le blog de Pénélope Bagieu, (jetez-y un œil, cette fille a une vie tout à fait...fascinante !).
  

Ce jour-ci donc, je misais tout sur la caissière pas trop simplette qui avait donné du Balanciaga à la cliente précédente. Et j'ai eu raison de croire en son sourire honnête, aux dents un peu de travers, car tout au fond du sachet se trouvait un petit vaporisateur blanc. Coincé dans son pliage en carton blanc lui aussi, il y avait sobrement marqué Ck one. Je ne me doutais pas encore que j'allais avoir un gros coup de cœur (donc spéciale dédicace à ladite-vendeuse qui ne se reconnaitra pas : je vous remercie mille fois !). Pour tout vous dire, sur le coup, je n'étais vraiment pas content car pour moi Calvin Klein représentait la pire marque de parfum qu'on peut trouver dans le mainstream (même si le niveau remonte un peu aujourd'hui grâce à Beauty). Je connaissais l'insipide Ckfree, l'instable Ckin2U, l'insupportable Obsession... Ck one je le connaissais de nom, jamais sentit, et pourtant je le détestais d'emblée. Ce n'est que, quoi, allez, deux semaines plus tard que je me suis rendu compte que je ne savais pas du tout ce qu'il sentait exactement. Et c'est sur un coup de tête que j'ai sortis l'échantillon de ma table de nuit pour m'en parfumer juste avant d'aller au sport, un soir, parce que de toute manière personne ne fait attention à ce que tu sens dans un Gymnase (l'air ambiant est tellement poussiéreux et saturé qu'il vaut mieux mettre ses narines en mode off pour survivre). 

 

Pendant l'échauffement, alors que je bougeais les bras dans tous les sens, j'étais enveloppé par Ck one et force m'était de constater qu'il était loin de sentir mauvais... Un peu de citron, un peu de jasmin, un peu de thé, un peu de...De quoi ? De coton ? Ça sent le coton. Mais j'étais vraiment de mauvaise fois, petit péteux que j'étais l'année dernière, ah mais c'est que moi maintenant je m'y connais un peu en parfums, c'est que moi je ne me laisse plus berner par ce qui est formaté pour plaire à la masse, moi je porte du vintage, du vieux Guerlain, du niche, du féminin, du complexe, du rare, s'il vous plait. Ma mauvaise foi, donc, avait largement dilué les premières impressions positives qui m'étaient venues à l'esprit. C'est vrai quoi, je ne suis pas né de la dernière sortie d'Escada, les parfums mainstreams qui sentent bon cinq minutes, le temps de passer en caisse, et qui ensuite n'ont plus d'âme, plus de poésie, plus rien, ils sont plats. Je ressens mon poignet, ah mais voilà, ah mais j'en étais sûr, ah mais quelle perte de temps, ah mais je m'en doutais. Petit sourire condescendant avant de monter sur les barres parallèles. Ce parfum sent la craie. Ca sent âcre et ça pique le nez. Oubliée, la douceur des notes de tête, CK one me montre enfin son visage perfide de parfum commercial. Humpf !

Trop de mauvaise foi, trop de mauvais karma ? Peut-être. J'ai fais une chute à la fin de mon mouvement, mauvaise sortie, fracture de la maléole, pourtant je ne me blesse jamais d'habitude... Rien de très grave (mais à deux semaines des premières compétitions c'était catastrophique). Allongé sur le tapis, je me suis rendu compte que ce que je sentais de si âcre, poussiéreux, crayeux...Ce n'était que la magnésie, dont je m'étais badigeonné les mains avant de monter sur les barres, et qui avait évidemment éclipsé CK one, un peu plus bas sur mon poignet (voila ce qui arrive lorsqu'on fait attention pour la première fois à ce que sent un gymnase ; ça m'apprendra à ne pas garder les narines en mode off !). Mais bon sang, je voulais tellement le détester, ce parfum...




Dans la salle d'attente des urgences, le lendemain, j'ai pris mon échantillon avec moi, complètement atterré par ma propre stupidité. Je me détestais moi-même, sur le coup, d'avoir autant d'idées préconçues, c'est un de mes gros défauts, mais j'y travaille, j'y travaille... Ainsi donc, fraichement douché, loin des odeurs âcres et poussiéreuses des tapis du Gymnase, j'ai pû apprécier CK one à sa juste valeur. J'avais l'impression d'être le héro d'un de ces contes scandinaves pour enfants, où un petit garçon fuit un loup blanc à travers les bois parce qu'on lui a toujours dit qu'ils étaient dangereux. Ce n'est que lorsque le petit garçon tombe et se blesse que le loup peut enfin le rattraper. Et que le petit garçon se rend compte que le loup blanc est inoffensif, en plus d'avoir un pelage splendide. Le pelage de mon loup blanc à moi sent adorablement bon le jasmin dans les notes de cœur, noyé dans un nuage de musc et réhaussé d'une petite note de thé vert, qui empêche le parfum de tourner en rond sur le thème de la lessive. CK one cadrait si bien avec l'odeur aseptisée qui règne, omniprésente, dans les hôpitaux, un peu dérangeante comme un ultrason, les blouses blanches, la lumière crue des halogènes, le lino... Que depuis je l'associe aux infirmiers (et maintenant que j'y pense, CK one peut faire un très bon parfum pour aller travailler). Mais bien au delà de ce premier souvenir, plus je sens CK one, et plus il m'évoque l'époque et l'état d'esprit de son lancement, à savoir la jeunesse simple, sage et décontractée des années 90.

Je revois les amis de mon frère, de dix ans mes ainés, quand ils avaient mon âge. Ces jeunes gens aux cheveux un peu longs, qui déchiraient leurs blue jeans au niveau des genoux, jouaient au basket après les cours, avaient des bagues gris acier aux dents et portaient des T-shirts unis. Buvaient de la cristalline et mangeaient des Prince de Lu au goûter. Leurs copines, très sages, qui papotaient, assises sur le trottoir un peu plus loin, se faisaient des tresses et y incorporaient des pâquerettes, romantiques. Pas de portable, pas de joint, pas d'alcool, moins de rires mais plus de sourires, moins rebelles, mais au fond, peut-être plus libres que la jeunesse d'aujourd'hui ? Ils rentraient peut-être au coucher du soleil, mais au moins ils rentraient tous ensemble.

La semaine dernière (c'est à dire exactement un an après ma blessure et mon premier test de CK one), je bullais devant une chaine musicale après avoir vidé les dernières gouttes de mon échantillon et je suis tombé sur un clip de Katy Perry qui reflète exactement les images que ce parfum m'évoque. Vous n'avez pas pu y échapper, à ce Teenage Dream, tube de l'automne 2010 ect, ect... Je n'avais encore jamais vu le clip et j'ai beaucoup aimé cette ambiance 90's de la mise en scène, premières vacances d'été entre amis, blue jeans, voitures, plage, bain de minuit sans la patience d'attendre minuit. C'est exactement ça, dans une variante un peu plus americanisée, quand même. Mais Calvin Klein est une marque américaine alors on ne va rien dire.




Que dire, que conclure, au final ? Une odeur agréable et signée, une excellente cohérence globale du lancement, un succès commercial qui ne faiblit pas en plus de dix ans de production...N'en jetez plus, que faut-il de plus pour élever un parfum au rang de classique, ou plutôt, de nouveau-classique ? Cette élite tout fraiche qui se dessine, et qui mérite cette distinction, ces Angel, Body Kouros, Amor Amor, Hugo Boss ..? Ces parfums sur lesquels on ne misait peut-être pas à leurs débuts, qui nous énervent peut-être intensément, car trop portés, car too much, parfois, mais qui dominent le marché... Ces parfums qui, derrière un aspect commercial toujours très assumé, sont en même temps incroyablement bien construits, et n'ont donc pas volé leur place au sommet !