Affichage des articles dont le libellé est Gourmand. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gourmand. Afficher tous les articles

mardi 8 juillet 2014

Angel - Thierry Mugler : Angel Reborn

Introduction
Cet été, vous aurez sûrement l'occasion de lire sur certains blogs parfums plusieurs textes sur la création culte de Thierry Mugler : Angel. Pourquoi ? A l'occasion d'une nouvelle campagne de communication et d'un ingénieux changement d'égérie, la marque a décidé de tirer des thématiques fortes à partir de ce parfum, et elle nous a proposé de nous les approprier. J'ai l'habitude de décliner ce genre de projet, mais Angel est un parfum qui m'est cher, et cette approche m'a séduit, laissez-moi vous expliquer pourquoi...*




Angel est un parfum capital pour moi car c'est une des rares créations olfactive moderne à avoir réussi et achevé un personnage féminin complexe, tout en renouvelant la figure de la femme un peu bourgeoise, qui se parfume simplement pour être élégante ou séductrice. Cette féminité nouvelle, Thierry Mugler est allé la chercher dans la figure de l'ange, où transparaît une forte dimension post-humaine. Le post-humain est un concept qui me touche particulièrement, le fait que je sois un enfant des années 90 y étant peut-être pour quelque chose. Cette vision d'une humanité progressivement mutée par la machine s'est beaucoup développée après l'avènement de l'informatique, pour trouver son point d'orgue depuis une vingtaine d'années, à travers des champs artistiques divers et variés. Avec ses femmes-robots et ses androïdes insectisantes, Mugler l'applique au milieu de la mode et aussi (et surtout !) du parfum. Dans un futur pas forcément éloigné, Angel projette la construction d'une figure mythologique construite, manufacturée.

De cette féminité inexplorée a découlé la création d'une nouvelle famille olfactive - celle des parfums gourmands - dont Angel est à la fois le pionnier et le chef de file le plus abouti. L'émergence de la technologie a suscité la crainte et le doute dans la conscience humaine, déplaçant l'humanité vers de nouvelles questions. Angel propose des éléments de réponse à ces questions, mais en évitant les constats alarmistes sur les conflits entre l'Homme et la Machine (à l'image d'un 2001) ou entre l'Homme et son environnement (comme peut le suggérer Wall-E). A ces doutes, Angel décline une nouvelle humanité plus réconfortante et propose une renaissance en grandes pompes.


Gravity, A. Cuaron, Photo : E. Lubezki, 2013

Forcément, un tel renouvellement ne pouvait se faire sans une certaine emphase. C'est par un crescendo flamboyant, où se diffuse le sillage monstre que l'on connaît, que se présente Angel, rappelant à juste titre qu'un parfum reste une véritable composition et possède sa propre construction. Comme le soufflait un cher ami (qui se reconnaîtra), la complexité d'Angel lui permet de s'extirper du "bruit des parfums sucrés actuels", faisant ainsi la nuance entre emballement musical et vacarme indistinct.

Qu'une telle création ait eu ce succès là donne finalement de l'espérance sur l'architecture de la parfumerie et son renouveau constant : Angel n'a jamais été simpliste. A l'heure où certains (et mêmes certaines) sont effrayés par la figure d'une femme complexe, Angel propose une sorte d'enclave matriarcale où l'identification est très forte. La marque communique ainsi sur l'image de la tribu pour parler du pouvoir de ce parfum ; j'avoue que ces réflexions sur la féminité et son implication dans le post-humain sont des thèmes qui me touchent. D'autant plus qu'Angel est un des parfums portés par mon père, n'hésitant pas à jouer avec les genres olfactives et à prouver en même temps l'universalité de la parfumerie.

Jerry Hall par Thierry Mugler
La maternité, Mugler y a songé pour 2014 puisque, 19 ans après sa mère Jerry Hall, c'est Georgia May Jagger qui est la nouvelle femme Angel. Espérons que cette passation permettra à la jeunesse, hélas conditionnée aux médiocrités Lancômesques, de s'identifier à la "tribu" Angel, qui reste pour moi un de ces mythes olfactifs toujours aussi fascinants, 22 ans après sa sortie.

J.

*ce texte n'était pas un billet sponsorisé. Je n'ai ni été payé par la marque, ni n'ai reçu de produit pour le rédiger. Vous pouvez aussi lire ma vision de l'extrait d'Angel ici, et là pour l'eau de toilette.

lundi 5 décembre 2011

Thierry Mugler – Le Goût du parfum : Supers héros aux superpouvoirs

Plusieurs fois ils ont été évoqués : les nouveaux Mugler ont débarqué sur Terre.
Et pour décrypter cette rencontre du Troisième Type, rien de tel qu'une publication croisée ! Vous aurez donc le plaisir de lire l'avis de Dr Jicky sur le blog de Poivre Bleu, ici !, et en attendant, gents lecteurs, je vous prie d'accueillir Nez Bavard ! 

Je ne sais pas si vous avez regardé Dragon Ball Z lorsque vous étiez jeune (ou vieux, ne soyons pas sectaires), mais moi oui. J’étais fan de ces personnages aux traits coupants et aux coiffures invraisemblables. Et en plus ils gagnaient toujours leurs combats. Mais ça, c’est parce qu’ils avaient des superpouvoirs de dingue, et des transformations plutôt sympa comme le Super Saiyan (moi aussi j’aurais bien aimé pouvoir devenir blonde en claquant des doigts, ça aurait été trop classe pour épater les amis !)…


Et bien les éditions limitées de Thierry Mugler, c’est un peu comme si les versions classiques avaient déclenchés leurs supers pouvoirs… Vous les connaissiez déjà puissants et percutants ? Dites vous bien que vous n’avez encore rien vu. Le travail qui a été fait autour de ces fragrances à la personnalité hors norme a permis à chacune de dévoiler un potentiel encore plus impressionnant et séduisant. Vous allez me dire « Ah ! Mais on joue encore sur l’alimentaire ! ». Ma réponse est simple, oui, les éditions limitées Le Goût du Parfum joue ouvertement sur l’alimentaire, où comment stimuler des sensations gustatives et savoureuses à travers votre nez.

Il y a quelques temps, j’aurais probablement rejeté en bloc ce positionnement de la collection, car j’avais alors tendance à refuser tout ce qui touchait à l’alimentaire dans les parfums, fatiguée de la surenchère en sucreries collantes et sirop de fruits poisseux. Je comprends toujours cette sensation, et cette opinion, car elle reste toujours mienne dans le cas de nombreux lancements. Mais je sais aujourd’hui que l’on peut faire dans l’alimentaire, et même dans l’alimentaire sucré, tout en proposant un travail construit, des notes profondes, des textures inédites. Malgré tout le dégoût que provoque chez moi la vaporisation de Miss Dior Chérie (vintage), ce parfum est l’un des premiers à avoir proposé une note gustative en parfumerie dérangeante de réalisme (on parle bien de la note de fraise écrasée qui était frappante à sa sortie en 2005), car on raconte dans les couloirs (mais ce n’est plus un secret pour personne), que Christine Nagel serait allée piocher sa note si particulière du côté des aromaticiens. Cette note a aujourd’hui été lissée et a rendu Miss Dior Chérie encore plus détestable que sa première version.

Mais ce n’est pas le propos de mon article. Si notre ami le Dr Jicky a souhaité vous parler de Womanity Chutney de Figues, pour ma part, je ne vais pas déroger à mes habitudes et je m’en vais vous en remettre une couche sur Alien. Mais une couche de caramel au beurre salé s’il vous plait, ne soyons pas timides. Connaissant très bien ce parfum (puisqu’il fait parti de mes favoris, comme vous le savez désormais tous), j’étais tout naturellement très intéressée pour découvrir une variation sur le thème de cet extraterrestre parfumé. Je n’avais d’ailleurs pas du tout été emballée par la version EDT sorti il y a quelques temps, qui avait pour moi fortement appauvri le parfum, lui faisant perdre en sillage et en densité.


Pour la collection Le Goût du Parfum, Alien a vu apparaître dans son éventail de sensation la note sucrée, une note qu’il ne déployait pas forcément au départ. Vous pourriez justement voir ce changement d’un mauvais œil : détrompez-vous. Alien Caramel au beurre salé est loin de sombrer dans l’excès de sucre et de lourdeurs pâtissières. Le magnifique jasmin sambac est désormais un peu plus discret, et grâce à l’ajout de la note caramel (ethyl maltol) et d’une note un peu noix ou noisette, c’est finalement l’aspect ambré d’Alien qui ressort. Il se fait d’emblée plus rond, plus épais, certainement un tout petit peu plus gras, mais clairement plus charnel. L’évolution sur la peau s’assouplie : il se fait un peu moins sec et un peu moins cashmeran (le bois synthétique utilisé en grande quantité dans la formule d’origine). Ce qu’il perd en dimension fantastique (l’impression technologique et un peu surréaliste que développait la première version), il le gagne en consistance.

Alien Caramel au beurre salé s’accroche à votre peau et change de couleur : du violet il passe à l’or (la couleur de l’odeur change), et active les superpouvoirs du super-héros de la parfumerie qu’il est en réalité. On a passé le niveau supérieur : Alien est maintenant capable d’une diffusion, s’il était possible, encore plus puissante, d’une tenue qui défie les lois de l’évaporation, d’une originalité qui vous fera sortir du lot à coup sûr, même perdu dans la foule. Dans la zone de combat, les adversaires paraîtrons bien pales et faiblards avec leur soupe fleurie – fruitée navrante de convenance. Leur barre de vie se videra plus vite qu’il ne faut de temps pour le dire…

Inclinez-vous, vous êtes sous le charme de ses supers-effets… !
Si vous souhaitez en savoir plus sur la collection Le Goût du Parfum, courrez donc lire l’article de notre Dr Jicky national sur Womanity Chutney de figues, mais chez moi ! Et pour avoir un aperçu de l’ensemble de la collection, Olfactorum saura vous renseigner ! Je me joins bien évidemment à mon acolyte bloggeur pour demander bruyamment et avec insistance le maintient des références de la Collection, afin qu’elles passent au catalogue permanent, pour notre plus grand plaisir à tous !

jeudi 13 octobre 2011

Angel - L'Extrait

L'Extrait avait ce goût du solitaire éternel. Celui qui reste cloitré dans une grande demeure imposante, massive et à la limite de l'austérité, où rien n'est fait pour l'accueil. Le vestibule est un amas de tapis poussiéreux, de tableaux désuets et effrayants, de candélabres en tout point semblables à de la cire suintant des murs serrés et semble le vestige d'une dynastie déchue.

Extrait en Vanité -  © Emilie G. 

Il vagabonde dans ses appartements, seulement accompagné de deux antiques domestiques qui errent éteints, à l'image des vieux meubles de bois nobles qui décorent la maison faussement délabrée. Les couleurs ont perdu d'un éclat qui semble n'avoir jamais existé, et les sons qui traversent des corridors étroits résonnent comme si le foyer était entièrement vide.

Illusions - Emilie G
L'Extrait y règne en maître, majestueux, ayant réduit toute concurrence de beauté. Chaque détail est pensé, muri, a été médité longtemps, comme un grand cru. Chaque élément a été revu dans son aspect le plus subtil, et le plus excessif. Le parquet qui tapisse tous les sols de la demeure reflète une myriade de couleurs  allant de l'orangé au brun le plus sombre. Strié de tons rudes, mais élégants, ce dernier craque sans bruit sous les pas de L'Extrait, dont la démarche sublimée semble être véritablement issu de plancher boisé.

La rage du temps a polarisé chaque facette des coursives. La violence des meubles classiques est exacerbée par le patinage des secondes qui passent. "Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote : Souviens-toi !". C'est le Temps qui impose au sein de L'Extrait toute sa beauté et les détails allant de pair.


L'Extrait, majestueux - © Emilie G. 
Remarquer un pot de miel sur un meuble en acajou vernis n'est rien. Mais sentir sa décomposition sucrée et cailleuse, dont la lenteur est palpable, odorante, est une tout autre chose. Ce détail sensible n'est qu'une humble partie de l'incroyable château. En effet, une minutie mordante se remarque : l'odeur carnassière d'une fleur hante les couloirs froids. Or, aucun pétale n'ornemente les pièces. L'émanation florale évoque une tubéreuse violente, blanche, rouge et verte à la fois. Elle irradie  sans jamais se révéler. Elle brille par une absence remarquée, qui nous permet de visiter maintes pièces à la recherche de l'odeur. Ses particules spectrales flottent dans l'air saturé de poussière, et crient à notre oreille des sons trop graves ou trop aigus pour être entendus. Seul notre esprit semble capter ses appels tortueux. Que penser des décharges chromatiques diffusées par la fleur des appartements de L'Extrait ?


De cette lumière crue, mais d'une majestueuse beauté surgit le noir profond des recoins mystérieux. Alcôves, boudoirs et cabinets apparaissent tout au long de la découverte de ce palais méconnu, révélant aspérités obscures et rudes. La puissante odeur de cette absence de lumière est palpable, saisissable.


Vous découvrirez avec L'Extrait un  monde de curiosités, où les proportions n'ont plus de sens. Où le temps n'est plus l'ennemi, mais le sublime. Où les fleurs s'expriment en fantômes, où le noir est élégant, presque discret et s'allie à son ennemi de toujours, la lumière.


Car aussi illusoire paraisse t-elle, la lumière inonde L'Extrait, ce solitaire avare, qui n'attend que d'être découvert, non pas pour le bonheur de son porteur, mais pour l'essence même de son propre bonheur, qui se suffit à lui même.



"Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, 
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,

Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"
J.


jeudi 22 septembre 2011

Angel Eau de Toilette - Volutes de Souvenirs

19 ans de règne impitoyable. 19 ans de majesté et de beauté. 19 ans de pédance. Angel sait ce qu'elle veut. Et elle en sait beaucoup. Néanmoins, la transition est faite. Trois semaines seront consacrées à l'étoile de la parfumerie, plus qu'un phénomène olfactif, plus qu'un règne sans pitié, l'histoire d'Angel est une Odyssée Moderne vers le statut de "Classique". Méprisez Angel, pleutres, mais admirez son aventure. Admirez sa puissance. Admirez, tout simplement, admirez le ciel miroitant mirages et miracles.

Car Angel voltige en eau de toilette désormais. Oubliez pédance et cruauté, parce que l'étoile bleue sait aussi se faire docte et plaisante. Angel sait se faire galante.

Nous voilà embarqués dans une nouvelle dimension où un livre de conte s'ouvre pour partager un nouveau savoir. Angel Eau de Toilette est riche d'un classique senti, senti et ressenti, mais chaque virgule, chaque lettre y est réajustée pour que d'un déséquilibre volontaire naisse une nouvelle harmonie.

Le premier chapitre est peut être celui qui diffère le plus de l'histoire initiale : de sa voix douce et aux pointes veloutées, Angel raconte avec plus de pétillance et moins de lourdeur, l'histoire de cette fête foraine, que l'on connait déjà. Mais à peine ce sémillant chapitre prend fin, qu'Angel ferme le livre, dans une envolée de poussière argentée...

" - Les enfants, à vous de vivre l'eau de toilette... Vous la portiez, maintenant vous allez la rêver".



Dans toute sa pédagogie, l'eau de toilette capture notre esprit dans un scintillement imperceptible, et nous voilà chacun plongé dans un éther de sensations autour de l'histoire d'Angel. Pour ma part, je me suis retrouvée dans un lit blanc, parsemé de plumes violettes et oranges, qui évoquaient la douceur d'une époque révolue. Dans un esprit proustien, le rêve de cet Angel m'a ramené dans un monde où les odeurs, les saveurs et les sons correspondaient ensemble, dans une harmonie insaisissable. Bizarrement, ces réminiscences apparaissaient par vagues, par lueurs indistinctes, presque électriques. Par échos, on entendait au loin la puissante résonnance de la voix d'Angel, qui rallumait quelques lueurs oubliées, noyées comme elles pouvaient l'être dans l'eau de parfum. Cette multitude de couleurs désorganisées s'assemblaient, et formaient petit à petit un nouveau tout, cohérent, magique. Et surtout BEAU.

Les rêves d'Angel eau de toilette sont simplement dans la beauté, l'esthétisme pur et la pétillance. L'originalité de l'histoire du parfum d'origine est de mise, mais voilà que les contrastes colorés ont été accentués, et que la douceur des songes a enrobé de velours et de rubans les atours abruptes du l'eau de parfum.

Angel eau de toilette dure éternellemement. Aussi bien dans l'esprit que sur le corps. Elle reste gravée dans notre esprit, car comme il est souvent énoncé, "il n'y a rien de plus tenace qu'une idée". Et le rêve, si on pourrait croire qu'il est limpide et qu'il glisse sur notre esprit, ne manque jamais de laisser briller ces étoiles qui scintillent dans nos yeux. Chanson utopique, décor coloré, rêves d'horizon mais pensées vers le ciel, Angel eau  de toilette a de quoi rendre le rêve plus beau.



J.