jeudi 30 décembre 2010

Ce n'est qu'un au revoir !

C'est un peu une habitude pour les blogs parfums de faire le bilan, à la fin de l'année...
Bon, pour Jicky et moi, le bilan sera simple, vu que nous sommes entrés dans le vaste univers de la parfumerie il y a quelques mois à peines.
Tout à commencé sur Auparfum, (ca y est je radote, mon dieu !) où Jeanne et les "habitués" (qui se reconnaitront) nous ont un peu tout appris quoi ("ils nous ont créés, ils peuvent donc nous détruire :O ?"). La collaboration avec Jicky a commencé à se concrétiser pendant l'été et c'est comme ça que le blog est né ! On voulait réunir nos points de vue "tous frais" sur la parfumerie actuelle et en parler avec un ton un peu moins sérieux que sur la plupart des blogs.... C'est pas très utile, mais ça fait du bien ! Donc ce Blog est en quelque sorte parasite de ses "parents" que sont Auparfum, Olfactorum, Grain de Musc etc... On les remercie et on remercie aussi tous les lecteurs, qui contribuent à faire de la blogosphère parfumée un endroit convivial et enrichissant !


Mais trève de sentimentalisme ! Parlons classement, maintenant.
And the winner is....


Pour Phoebus :  Alors Alors Alors... L'un des gros coups de coeur de l'année, c'est clairement Ninfeo Mio ! Parce qu'il est spontanément, joyeux, collant, sucré, souriant, et qu'il nous a réchauffé en ce début de printemps 2010... Ensuite, chez Guerlain, Tonka Impériale (ouioui, ce parfum qui nous donnerait envie de faire des claquettes dans la rue pour gagner de quoi se le payer !) il n'est plus à présenter ! Sinon, chez Serge Lutens, Bas de Soie, cet "iris silver mist" portable, mi-jacinthe mi-iris, froid, intransigeant, couture, et délicieusement rétro... Il m'accompagne depuis l'automne ! Et enfin... Pourquoi pas un mainstream ? A Scent by Issey Miyaké, la bouteille Rose, tout simplement parce que c'est la petite soeur de la bouteille verte, version flower power =) !  Voila, en espèrant d'autres belles surprises en 2011... Jicky à vous les studios !

Et bien moi aussi je vous souhaite une super belle année en vous remerciant tous, vous les blogueurs (Poivre Bleu, Sophie, Anne, Sixtine etc pour ne pas citer les mêmes), vous les lecteurs (je ne veux pas citer car il y en a beaucoup !!!) pour nous avoir tout appris ! Et sachez que si plus tard, je réussis à arriver dans le milieu professionnel des parfums, ce sera en grande (non, en énorme !) partie grâce à vous !

Moi mon petit top 10...

Selon moi, la meilleure sortie, c'est Midnight In Paris de Van Cleef & Arpels (je me suis pas mal étendu sur Auparfum). Em mainstream, je vais pas faire dans la surprise du siècle sinon, je tiens à applaudir A Scent Bouteille Verte moi aussi. Je vais m'arrêtez ici au mainstream, oui je sais je vais pas mettre de Guerlain (Oh !!!), car ce ne sont pas des découvertes. Enfin, je citerais bien la Cologne de Mugler, auquel j'ai tendance à revenir (quoi que dans le genre, j'aime aussi La Cologne du Parfumeur chez Guerlain).

Sinon chez les niches, je suis tombé raide dingue de Like This, de État Libre D'Orange ; moi aussi de Ninfeo Mio (qui sera mon futur parfum d'été !).
Sinon, je suis en amour devant L'Heure Promise et L'Heure Fougueuse de Cartier !!!
Chez Lutens, je suis un addict à l'Iris Silver Mist, à défaut d'apprécier pleinement Bas de Soie (foutue jacinthe).
Enfin, je voudrais finir avec ma marque coup de coeur du siècle, les Éditions de Parfums Frederic Malle ! En citant tout d'abord Une Rose, qui m'a profondément émue et à laquelle je refuse de céder (et je ne céderais pas).
Et enfin, la pièce maitresse de mon parfumeur préféré. Ce joyau étincelant qu'est Dans Tes Bras, de Maurice Roucel, mon parfum absolu, que je ne peux pas décrire, au même titre que Jicky...

Bonne année à vous ! Et

Vive l'odorat !

lundi 27 décembre 2010

Ce que sentent les gentilles dans les contes de fée

 Par Phoebus

Nous avons vu plus tôt que les méchants de Walt Disney étaient des perfumistas non-déclarés (non content d'avoir un rire démoniaque et un esprit diabolique, ils ont aussi un parfum qui tue mouahaha !).
Aujourd'hui, Mister Phoebus vous emmène du côté gentil de la force pour aller faire la bise aux héroïnes des contes de fée et découvrir par la même occasion le parfum qu'elles portent, et gardent secret depuis très longtemps... (Bon je précise que je ne m'intéresserai pas aux versions de Walt Disney, qui ont tendance à faire reculer la position de la femme d'un demi siècle en mettant en scène d'adorables cruches qui adooorent siffler en passant un coup de balais. Je parlerai donc des contes originaux, même si les illustrations qui vont suivre seront de Disney...Parce qu'il faut bien reconnaitre leur superbe coup de crayon !).


Quand je sens Elizabethan Rose de Penhaligon's, je ne peux pas m'empêcher de penser à la Belle et la Bête, la version de Mme Leprince de Baumont. C'est en sentant une rose du jardin de la bête que le père de Belle s'est condamné à mort...Et c'est par amour pour son père que Belle a choisis de mourir à sa place. C'est grâce à l'amour, enfin, que Belle a pu délivrer la Bête de sa malédiction. Et quand on pense que toutes ces péripéties sont les conséquences...d'une simple rose ! C'est sûrement pour cette raison que j'imagine très bien Belle porter un parfum à la rose. Il y a de nombreux candidats au poste, mais c'est vraiment la rose de penhaligon's qui m'interpelle ici. Comme l'héroïne, le parfum est vibrant de naturel et si simple en même temps ! Tellement plus modeste qu'Une Rose d'Edouard Fléchier, et beaucoup plus réaliste que la plupart des soliflores que les maisons proposent. La Belle et la bête est connu pour être le conte qui nous apprend le véritable amour, d'après Bruno Bettelheim...Elizabethan Rose nous apprend comment sent une véritable rose, c'est moins ambitieux mais avouons que c'est déjà ça ! 



Pour la Cendrillon de Charles Perrault, je n'avais pas d'idée précise avant de devoir réfléchir pour l'article. Mais le lien était presque trop évident pour y songer tout de suite : on la surnomait "Cendrillon" parce qu'elle couchait dans les cendres ; elle ne pouvait pas sentir autre chose que le brûlé ! Et c'est justement l'odeur de la fumée qu'a tenté de recréer Mathilde Laurent dans sa XIII ème heure pour Cartier. Cendrillon était belle même en étant sale et vêtue pauvrement, sa valeur n'était dûe à aucun artifice. Quel autre parfum lui irait mieux que celui qui nous apprend la valeur des cendres ? (Oh et puis la référence à l'heure fatidique imposée par la bonne fée tombe à point, il faut le dire !).



J'avais des réticences à coller un parfum au conte de Blanche-Neige des frères Grimm, parce que le thème de la pomme tentatrice a été exploité en long en large et en travers par un bon nombre de marques. J'aime énormément Lolita Lempicka, mais son premier parfum a beaucoup trop de caractère et de fantaisie pour appartenir à Blanche Neige. L'autre parfum-pomme, Nina de Nina Ricci, même s'il sent bon, n'a en revanche ni caractère ni fantaisie... Blanche-Neige est certes une oie blanche comme ses collègues mais elle n'est pas insubstentielle au point de porter Scarlett ! (Cela dit, la blanche neige de disney pourrait...). C'est là le danger des associations. Une fraction de seconde j'ai même pensé à Light Blue de D&G parce que c'est le seul parfum que je connaisse qui sente la pomme...Mais non, non, non trop facile, pas assez fin ! J'ai alors sérieusement songé à Essence de Narcisso Rodriguez parce qu'il m'évoque clairement la blancheur, mais là encore c'était trop facile. Et puis Olfactorum a publié un article sur Cruel Gardénia de Guerlain, que je n'ai jamais sentit mais dont la description m'a interpelé de suite : des diamants, une blancheur aveuglante, un aspect minéral, et une fleur qui scintille au milieu de tout ça. Evidemment ! Quand Blanche-Neige "meurt" à cause de la pomme empoisonnée, ses fidèles sept nains l'installent dans un immense cercueil de cristal, pour continuer à admirer sa beauté (et la suite vous la connaissez : c'est grâce à ce système de vitrine que le prince charmant, qui passait par là, a assumé sans complexes ses tendances nécrophiles en demandant à embrasser le cadavre d'un baiser d'amour qui, oh chance, a rompu le charme !). Si on oublie le "cruel" et qu'on se focalise sur "gardénia", ce Guerlain pourrait convenir à merveille à Blanche-neige, non ?



************



Et puis, un petit bonus de la part de Jicky ! (05/01/2011

Le parfum de la bonne fée ! Celle de Cendrillon, celle des Fées (de Charles Perrault), bref, notre archétype de THE sauveuse. Et bien vous savez quoi, je la vois bien avec Encre Noire de Lalique. Parce que c'est bien connu, la bonne fée ne se dévoile pas immédiatemment ! Non ! Elle se transforme en vieille dame laide, en détresse et faisant l'aumône afin de tester "l'honnêteté" de "la gentille".
Encre Noire, d'abord parce que, comme le dit Jeanne ici, il est presque désigné comme meilleur vétiver sur terre, puis aussi parce qu'il a en effet un côté assez sombre, qui s'oppose à la clarté évidente d'une fée (rappelez vous le test ;). Le côté terreux peut lui aussi s'opposer à l'aspect aérien d'une fée. Et puis, vous savez, je parle de facette terreuse, mais Encre Noire est tellement limpide dans sa construction, dans son évolution, si évident que, tout comme les pouvoirs magiques de la bonne fée, il semble tout résoudre. Il peut sentir le minéral du diamant, mais aussi peut rappeler les serpents, pour un certain côté sombre et glissant. Le bois de la baguette magique. Le pétillement dans les yeux. La métamorphose.
Oui, un réel parfum d'illusionniste !

Illustration : Gustave Doré, Les Fées

jeudi 23 décembre 2010

Les Méchants en parfum - Deuxième Partie : Les Méchants

Après les Méchantes en parfum, voici aux tours de leurs "adorables" compagnons de crime de se laisser parfumer. Ils aiment terrifier, crier, rire en plein orage, brûler tout sur leur passage, jouer avec le temps et le feu, préparer des plans machiavéliques pour se venger ou tout simplement semer le chaos. Mais c'est que ces petits bonhommes ont aussi leurs moments de plaisir à eux.
Horizons olfactifs des plus vilains des Méchants animés !

Jafar

Jafar, c'est le vizir cupide, qui en plus  d'être un des méchant les mieux vêtu et d'avoir un sceptre m'ayant impressionné alors que j'atteignais à peine mes 4 bougies, veut gouverner le monde de l'orient (rien que ça). Avec lui, coups bas à volonté, entre hypnotisation, manipulation et hypocrisie, il ensorcèle les plus faibles avec son sillage amadoueur.
Ambre Narguilé, il l'a choisi pour ses douces effluves de compote au chaudron, réchauffée par de la cannelle et des épices baignées de rhum. Un cocktail séduisant, pour un homme fourbe et qui attend, la main cachée dans le dos, ses doigts crispés sur un poignard effilé.

Shere Khan

Le tigre sauvage, mangeur d'homme, méchamment attirant. Oh oui ! On aimerait tellement se lover sous son pelage fauve. Aimerait. Car sous ses airs de peluche géante, Shere Khan est un être electrique : il fuse, il choque, il marque à jamais dans les esprits. Il déclare le feu aussi (mais je ne veux pas gacher le film à ceux qui ne l'ont pas vu, bien évidemment...). Allez savoir pourquoi, je le vois bien avec Odeur 71, de chez Comme des Garçons. Ce n'est pas un parfum, un vrai, mais ce n'est ni rien non plus. Le côté faussement gentil du tigre semble ressortir avec cette... odeur. "C'est pour mieux te manger, mon enfant".

Edgar

Les Aristochats ! Mon dessin animé préféré, et par conséquent, comment ne pas parler d'Edgar ? Edgar le Fourbe, l'hypocrite, mais Edgar le drôle aussi. Il s'évertue à posséder un héritage destiné à... des chats. Dans le Paris du début du XXème siècle, il pourchassera Duchesse et les Châtons, pour notre plus grand plaisir !
Le côté aristocratie française à l'époque de la Tour Eiffel me fait penser à Pour Monsieur de Chanel : une interprétation de la cologne, mais en plus chyprée, plus épicée, puis plus savoureuse aussi. Un méchant domestique classique en apparence, mais tellement croquant au final !

Lord Farquaad

Le petit nain tout vilain qui fait des pieds et des mains pour épouser Fiona dans Shrek 1. Il est moche, bling-bling, insupportable, il est en fait des tonnes, est hyper égocentrique, arrogant... Je crois qu'il n'y a qu'une seule fragrance qu'on pourrait lui associer. Un lingot, un petit jeune claqueur de doigts... oui, on se comprend ! One Million pour vous servir.
Boutons dragons, ogres et petits bonhommes de pain d'épices pour mieux régner dans un monde olfactif uniforme et tape-à-l'oeil... Ça y est, c'est dit.

Barkis Bittern

Peut être moins connu, car appartenant au folklore de Tim Burton, Lord Barkis est un noble déchu de l'aristocratie anglaise du XIXème siècle. Dans Les Noces Funèbres, il cherche à se marier à la belle Victoria afin de regagner une fortune perdue au fil du temps. Eh eh, sauf que mister Barkis n'est pas blanc comme neige. Usurpation, vols, meurtres, coups bas, le tout en petite chemise blanche à dentelle : tout est permis pour arriver à ses fins.
Je le vois bien avec Grey Flannel, de Geoffrey Beene. Il y a bien sûr le côté lessive propre, mais aussi le sourire émail diamant aseptisé, celui du flatteur véreux. Un chic un peu passé pourrait-on dire.

Oogie Boogie

Toujours chez Tim Burton, Oogie Boogie, notre Croque-Mitaine qui "se glisse comme une ombre noire et qui transforme vos rêves en cauchemards". Particulièrement joueur, il aime bien titiller la nourriture avant de la manger. Tout chez lui est noir complet. Il est fait d'obscurité et d'ombres pas si surnoises que cela.
Un parfum qui ne manque pas d'évoquer le noir ? Hum... la splendide Heure Mystérieuse de Cartier ! L'Heure où la nuit se pare de son manteaux aux mailles tressées d'inconnu, de peurs et de mystères. Une ode aux matières sombres et rapeuses comme le corps de notre doux petit monstre des caves !

dimanche 19 décembre 2010

Les Méchants en parfum - Première Partie : Les Méchantes

Diriger le monde, soumettre tous les peuples, tuer les héros, réduire à néant une quête perdue d'avance, lancer des sorts surpuissants sur les Gentils, annihiler l'espoir. Ce sont toutes des routines de Méchants. On les connait pour les cauchemards qu'ils nous ont fait faire, pour ces séances de spiritisme vaudou où on leur plantait des aiguilles sur des poupées à leur effigie.
Ils ont marqué notre enfance, les Méchants des dessins animés. Mais quels seraient leurs parfums ?

Aujourd'hui, première approche avec les fameuses Méchantes !

La belle mère de Cendrillon

En plein délire victorien, elle aime faire perdre tout espoir. Dans l'ombre, elle laisse s'épanouir un minimum la Gentille, pour que sa chute soit plus douloureuse. Habillée de pourpre, parée de bijoux cuivrés et aux yeux d'un vert d'eau transperçant, elle est brillante à l'écran par sa prestance de beauté froide. Portrait Of A Lady, c'est son parfum. Une robe aux même teintes vineuses, d'une qualité exceptionnelle et aux accents passés. Intimidant, sombre aussi : quelle prestance pour une telle fragrance !


Cruella D'Enfer


Ah la la... Elle elle m'a fait vraiment peur quand j'étais petit ! Cette overdose de fourrure, de châles, cette double personnalité, personnifiée par ses cheveux. Et ces longs allume-cigares. Tout est dans la gestuelle, dans le débit de paroles. 

Un parfum fourrure, pour une dame aux gants montants ? Vol de Nuit pardi ! Aussi facetté qu'elle, et exactement dans la même élégance, ce parfum est la fourrure que Cruella ne pourra jamais s'offrir !

Ursula


Une pieuvre imposante, à la voix grave et aux formes généreuses, vivant sous l'eau. Elle prend un malin plaisir à tromper les personnes qu'elle piège dans ses innombrables tentacules.

Je ne sais pas pourquoi, je la vois bien avec Boucheron. Oui, quelque chose de brûlant, de collant. Un peu comme ses tentacules. Puis son maquillage aux teintes bleutées n'est pas sans rappeler le flacon. Ursula est imposante et elle le montre. Il lui faut un parfum à sa hauteur !

Maléfique

Ma Méchante préférée. La plus belle, la plus mystérieuse. En même temps la plus froide et peut être une des plus... maléfique ? Elle est d'un autre monde : elle n'a pas besoin de mots, de gestes grandiloquents. Tout est dis dans ses regards et ses sourires hautains !
Autant de froideur, de majesté, de beauté ! Iris Silver Mist, ça ne peut être que lui. Il est intimidant, mais tellement beau ! Son sillage peut être glacé, terreux, poudré, mais aussi boisé, et fait tourner le regard des autres gens, gênés devant tant de maudite perfection !

Karaba La Sorcière

La Sorcière dans Kirikou ! Une beauté à la peau noire et aux effluves poudrées et charnelles. Elle martyrise les habitants du village du héros, maudite par un sort depuis bien trop longtemps ! Elle occupe une sorte de forteresse régie par des automates cruels. On ne la voit que plongée dans le rouge chatoiement de son logis.
Je le vois porter La Traversée du Bosphore, de l'Artisan Parfumeur, dont les odeurs poudrées et proches de celles de la peau, offrent parfois des effets de fumée et de fruits... Envoutant !

Yzma

Moins connue, mais peut être la Méchante la plus fun, venant tout droit du plus drôle dessin animé que je connaisse : Kuzco. "Elle est la preuve vivante que les dinosaures ont existé" et "sa crème de jour est périmée". Elle dort avec des concombres sous les yeux et n'aime pas les gougères aux épinards. Un peu (beaucoup) folle, méchamment drôle et légérement narcissique, pourquoi ne mettrait-elle pas L'Heure Bleue (en eau de toilette, je précise) ? Bien évidemment, elle le porte en mode mamie-fourrure ;)



La Seconde Partie arrive bientôt (dans le courant de la semaine prochaine), avec pour thème, les parfums des Méchants !

Bonnes fêtes en attendant !

jeudi 16 décembre 2010

L'Heure Bleue : Mamie-fourrure /VS/ le sillage d'une bougie.

Par Phoebus.

Attention danger, monument de la parfumerie Française. Il faut bien choisir ses mots, là. The Parfum, avec un P majuscule pour la quasi totalité des perfumistas, ça peut faire un énorme retour de flamme si je me plante. Donc on va dire...Mmh...Tiens, pourquoi pas la même chose que 99% de la blogosphère à son sujet ? [Dans le genre je prends pas de risques]. Laissez moi une minute pour préparer mon air ému. Voilà. Ah, l'Heure Bleue ! C'est un mythe, c'est à vous couper le souffle, c'est un chef d'œuvre, c'est-la-vraie-parfumerie-Guerlain-d'autrefois-parce-que-maintenant-Guerlain-c'est-n'importe-quoi-ça-part-dans-tous-les-sens-et-puis-de-toute-façon-ils-ont-reformulé-l'Heure-Bleue-mais-c'est-pas-grave-je-l'adore-quand-même !




Je vais commencer par préciser que je n'ai absolument AUCUN lien affectif avec ce parfum, ce qui est plutôt rare et me donne un point de vue assez différent de celui des autres blogs (en bref si vous adorez ce parfum et que vous n'êtes pas capable d'en lire une critique un tant soit peu négative sans vous énerver dans un commentaire élaboré me disant en quoi et pourquoi je me trompe, passez votre chemin, j'ai mieux à faire). On peut remarquer qu'en général ses adorateurs ont toujours connu un être cher qui a porté l'Heure Bleue... Et la magie des associations a éventuellement saupoudré des étincelles d'affections dans le flacon, ce qui conditionne d'avance à aimer ce parfum. Mes grand-mères à moi ne se parfumaient pas (peu de gens se parfument dans ma famille en fait...) et j'ai découvert l'Heure Bleue tout seul l'an dernier, en étant émerveillé par les commentaires d'Auparfum.
Imaginez ma déception lorsqu'après avoir sentit la mouillette et fermé les yeux, j'ai vu de très très près le visage ridé d'une grand-mère édentée, sur fond de hurlement suraigu comme dans Scream. Parce que ce parfum, je le connais en fait. Depuis pas mal de temps. Je l'ai côtoyé tous les matins à l'arrêt de bus pendant mes années collège... Grâce à Mamie-Fourrure. Vous ne la connaissez pas mais elle prend toujours le bus en même temps que vous, elle se maquille comme une voiture volée et a peut-être tué à mains nues le dernier ours des Pyrénées pour confectionner son manteau. Enfin, d'après la rumeur. Mais surtout, surtout, elle cocotte à quinze kilomètres à la ronde un parfum tellement fleuri et saturé qu'on ne se doute même pas qu'il y a des fleurs dans le sillage. C'est ça l'Heure Bleue. Même si c'est un peu réducteur (car n'importe quel parfum appliqué par une main trop lourde parait corrosif pour les narines), ça m'a tout de même permit d'en saisir les défauts. Du moins, seulement les défauts de l'Heure Bleue Deuxpointzéro, le reformulé, pas la première version. Ce qui frappe le plus, c'est un espèce de déséquilibre, un trop-plein de note...En général, c'est ce schéma là (la surdose d'un composant) qui donne des "classiques" de la parfumerie. Le revers de la médaille, c'est que ces parfums sont souvent polarisants, vont créer autant d'addictions que d'allergies. Ici, c'est l'alliance d'une vanilline au rendu un peu cheap avec un œillet épicé qui me retourne l'estomac... Alors que d'autres plongeront la main dans un flacon grand format et s'en aspergeront en faisant le signe de croix comme si c'était de l'eau bénite. 

Sexy-mamie !


Mais je ne me laisse pas abattre si facilement (ça ou alors je suis un peu masochiste, à vous de voir) : j'ai ressenti encore et encore l'Heure Bleue à chacun de mes passages au Sephora, provocant l'incrédulité la plus totale des vendeuses. Même s'il ne me plaisait pas d'emblée, je voulais à tout prix savoir ce qui le rendait aussi incroyable aux nez des autres. L'originalité de la composition ? Ça oui, je suis d'accord, l'œillet n'est pas très très exploité en parfumerie...La qualité des matières première ? Alors là j'en doute, c'est en partie ce qui m'a déplu lorsque je l'ai sentit au début, mais une fois encore la reformulation a certainement fait des ravages... Pourquoi le qualifier de "grand vanillé" alors qu'il me paraissait plus fleuri qu'autre chose, et que la vanille, justement, n'était franchement pas ce qui relevait la composition ?

J'ai eu beau le porter plusieurs fois, je ne comprenais pas ce qu'il avait d'hors du commun, et je lui préférais de loin Shalimar...
En fait, j'ai trop intellectualisé mes ressentis. C'est comme un musicien qui, à force de trop analyser sa musique finit par ne plus la ressentir. La première fois que j'ai vraiment eu le souffle coupé par l'Heure Bleue, c'était il y a deux mois dans une laverie automatique. J'attendais que ma machine se termine, une jeune fille est entrée (pas très jolie, et mal habillée...Je précise parce qu'on risque de me sortir l'argument de la fraicheur physique alors que ce n'était pas du tout le cas). J'ai tout de suite pensé à une bougie à la vanille géante, tellement son sillage était épais, chaleureux et doux à la fois. Et c'était l'heure bleue, les étincelles d'œillet, c'est comme si c'était signé ! C'était vraiment incroyable, et le rendu n'était pas du tout pareil que l'eau de toilette que je connaissais. C'est là que je me suis frappé le front en me souvenant des différences entre les concentrations EDT, EDP...Et surtout l'extrait dont parle souvent Jeanne Doré. De plus, j'avais comme l'impression qu'elle avait tout de même eu la main légère, comme si les composants avaient la place de s'épanouir dans son sillage au lieu de s'encombrer et de se bousculer comme derrière Mamie-Fourrure...

C'est là que j'ai compris les qualités de l'Heure Bleue. Sa douceur infinie, sa chaleur, son côté cireux (qui remplace la vanilline à deux francs six sous) et surtout son immense pouvoir d'évocation. Un coucher de soleil, une table en formica imitation bois, des chants d'oiseaux cachés dans les arbres, une brise tiède, des fumets de soupe au poireaux, un tube de labelo, et des pieds nus dans l'herbe fraiche, un soir. 


(oui, ce sont bien mes orteils sur la photo).

 

Je ne peux pas dire qu'il soit devenu mon parfum préféré, il fait un peu les montagnes russes dans mon cœur (un jour je l'adore, le lendemain il m'écœurera...) mais il me touche, maintenant. Je le porte parfois. Et je me dis qu'il mérite vraiment son titre de classique, car il a réussit à me prouver sa valeur sans lien subjectif pour me conditionner à l'aimer, et surtout en allant à contre courant des codes parfumés avec lesquelles ma génération a grandit et est habituée. Donc Bravo !

dimanche 12 décembre 2010

J'Adore L'Or - La pâte à modeler de M. Roudnitska


Ces derniers temps, on a en un peu entendu parler, et pour une fois en bien. Il s'agit du dernier bambin de chez Dior : J'adore L'Or Essence de Parfum (que le dernier ferme la porte). Et je l'ai donc rencontrée.

Bon, je suis parti avec des a priori, c'est évident : j'ai du mal avec la maman J'Adore, la famille Dior et ses récents enfants. Mais bon, voyez-vous, en matière de personnalité, l'hérédité n'est pas le facteur le plus sûr !

La première fois que j'ai croisé Dame L'Or, j'en ai pris plein la vue : des vêtements amples, des châles, des bijoux tous les plus étincelants les uns que les autres, des bracelets clinquants, des bagues aux facettes dorées et sombres. Des boucles d'oreille en améthyste, un rouge à lèvre sombre comme le sang sec, un maquillage à la discrétion peut raffinée et bien sûr le sillage qui correspondait à tout ce que je voyais.

Mon Dieu ! Tout se joue dans l'overdose : quand Dame L'Or parle, ce ne sont plus des effluves délicates de paroles, mais des flots de mots qui envahissent l'espace. Et c'est là qu'est selon moi tout le problème : oui, trop c'est trop.

Me revient en mémoire une comparaison du grand Edmond Roudnitska : "composer un parfum, c'est comme la pâte à modeler : mélangez du bleu et du blanc, ça fait un joli bleu ciel ; rajoutez du rouge, ça donne un violet ; puis un peu de jaune, ça va encore mais si vous continuez, ça devient marron, et il n'y a plus rien, plus d'idée, plus d'esthétique",  (merci à Sixtine, qui le souligne sur son blog). C'est exactement ce qu'il se passe avec Dame L'Or. Trop c'est trop.

Oui, elle est bien habillée, avec des vêtements qui individuellement sont de qualité, de goût. L'ensemble est cohérent, signé. Le maquillage apporté est lui aussi de belle facture. Mais le problème, c'est que tout chez elle me noie. De l'overdose de paroles, qui malgré la beauté et la sélection du verbe, ne fait que m'engloutir encore plus ; aux innombrables châles, semblables à des couvertures, qui voilent non seulement Dame L'Or, telle une fautive, mais aussi cachent les restes de mon corps, une fois tombé sous le flot de paroles. ; tout chez elle est semblable à un poids. Plus rien n'est visible, tout semble dans l'excès. Or, la subtilité est quand même il me semble une qualité essentielle de toute dame de la société olfactive.

Telle un colosse, Dame L'Or écrase donc tout sur son passage. A vrai dire, "L'Or", ça veut tout dire : "je ne suis que richesse, beauté", mais cette matière évoque aussi toutes les batailles sanglantes qu'elle a déclenchée.

Je crois ainsi que c'est impossible pour moi de devenir complice avec une personne telle que Dame L'Or, mais à vrai dire, je pense que la croiser dans la rue ne me fera pas mourir sur-le-champ. D'autant plus que, par rapport à sa mère et ses cousins (et surtout cousines), Dame L'Or a une réelle conversation, certes imposante et parfois incompréhensible.

A l'avenir ma grande, à l'avenir.

Le Colosse, Goya

samedi 27 novembre 2010

Lisptick Rose - Le parfum de Nana


Ah ! Nana ! Quelle femme !
Nana, beaucoup la connaisse grâce à Emile Zola, qui dans son roman éponyme décrit ses frasques dans le monde parisien.

Mais pour ma part, je la découvre grâce à un signe de présence particulier : son sillage. Oui, car à vrai dire, je n'ai vu qu'une seule fois Nana. Elle passait en coup de vent se poudrer une dernière fois le visage dans son magnifique appartement Haussmannien, à la décoration assez chargée. Car Nana est une femme moderne. Elle est toujours actrice, et désormais, en femme du monde accomplie, elle alterne entre les planches des théâtres les plus prestigieux, et les rues parisiennes. Nana est, d'un certain côté, un people sans l'être : elle fascine, mais personne n'arrive à la saisir. Elle correspond au type de personne qui semble disponible et attentionnée, mais est au final, elle paraît presque inaccessible. Comparée à ses cousines, les Fleurs du Malle, exister en harmonie avec Nana peut paraître totalement impossible. Et pourtant, elle galvanise quiconque la voit.

C'est bien beau tout ce que je raconte là, mais ça fait dix minutes que je reste sur le seuil de cette pièce chargée du sillage de Nana, à ne pas bouger, ébahi et plongé dans mes réflexions. Tout semble suspendu : rien ne bouge. L'odeur semble imprégner le lieu, mais forme en même temps un bloc. Disons que ce petit salon sans le sillage de Nana n'aurait eu qu'un charme limité, voir proche du néant.

Mon esprit me fait voir en filigrane l'image d'une Nana se repoudrant les joues avec une houppette ornée d'un petit noeud pastel, puis mettant un autre accessoire ultime : son rouge à lèvre. Doux, sensuel, tout était réuni pour me faire perdre dans mes pensées à nouveau. La vision qui me vient tombe surement dans le cliché, mais quand je reste dans cette pièce, je me revois fouiller dans les tiroirs de maquillage de ma mère, à sortir son bâton de rouge à lèvres, juste pour l'ouvrir et le sentir. Puis ranger le tout de la manière la plus proche possible et sans faire de bruit, comme si je n'avais rien touché.

Oui, c'est un peu une sorte d'amour interdit qui voit le jour. Espérons qu'il p... Oh ! J'entends des bruits de pas dans le couloir. Et mince, mince ! Les instincts de l'enfance reviennent : tout remettre en place, et partir silencieusement. Je m'y applique et je parviens à sortir du petit salon. Ca y est, je ferme délicatement la porte massive de la pièce, c'est bon !

Je me retourne et...

"Vous permettez"

Nana, dans un sourire immensément plaisant passe juste sous mon nez, l'oeil emplie de joie de vivre.

Nana, Manet

jeudi 18 novembre 2010

Iris Ukiyoé - Iris, Dimanche pluvieux, moi moi et moi

S'il y a un autre film qui a marqué mon enfance, il s'agit de Prince & Princesse, de Michel Ocelot. Une série de 6 contes en ombres chinoises, dont l'ambiance est executée par un jeune homme et une jeune femme, aidés d'un vieux monsieur, qui occupent un cinéma de quartier délabré, aux délicieux accents rétro.
Tout se joue sur leur passion de jouer des scènes au gré de leur envies.
Le manteau de la vieille dame est le 4ème conte de Prince & Princesse, je vous laisse regarder cette parenthèse visuelle, symbole, selon moi, de la nouvelle vision de l'iris par Jean-Claude Ellena.



Aujourd'hui, il pleut dehors. Il fait gris, froid. On est dimanche, et je pense que comme tout le monde, rester dans son lit, à regarder un film est la meilleure des solutions.

Se glisser sous la couverture violette pâle, sur les draps blancs et froids procurent des frissons Ô combien excitants. Présages d'une douce heure à venir où le monde se suspend. On se sent soi : personne ne nous voit, on ne doit rien à personne. On retombe dans un bonheur enfantin, où tout semble se dresser dans un équilibre parfait et où l'on semble, et ce sans aucun égocentrisme, être le centre du monde.

Il faut alors regarder un film de l'enfance. Rester soi-même, jusqu'au bout. On recale son oreiller, on arrange ses pieds pour ne pas qu'ils aient un quelconque contact avec l'air froid de la chambre, stagnant dans un air froid et pur.

Tout tourne autour des sensations.

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
A. Rimbaud, "Sensation"

Pleins de petits moments innocents où tout nous revient : la couleur jaune fade illuminant les pages ocres d'un livre plus grand que notre tête, alors assez respectable pour un enfant de 10 ans. Le bruit, l'odeur, et la vision d'un comprimé effervescent que l'on fait observe jusqu'à ce qu'il "remonte" jusqu'à la surface du verre. L'odeur vaguement électrique de la laine d'un plaid orange. Des frissons nous remonte. On met en route le film.

A vrai dire, on connait tous les dialogues par coeur, les intonations, et mêmes les mimiques des personnages. On rigole tout seul, comme lorsque l'on parlait aux arbres de la cour de récré quand on avait 7 ans.

Pis tout nous revient. L'endroit où on avait l'habitude de voir ce film ! 

Pour ma part, c'était chez mon père, alors que son appartement était en travaux pour faire un escalier. Impossible de sortir de la chambre, donc je regardais Prince & Princesse, en boucle. Je me souviens du vendredi soir où on m'a déposé chez lui. J'ai dû passer à travers l'allée qui conduit à notre maison, et où il cultivait (et cultive toujours), de délicates iris. Des iris de la couleur de mon actuelle couverture. 

Car (ironie du sort ?), tout ce qui est décrit, c'est moi : le plaid orange à la douce et chaude odeur de laine, la couette aux teintes des iris, le petit garçon qui riait avec les arbres et qui apprenait Arthur Rimbaud, celui qui récite mot mot tout le dialogue du film. Et tout ce qui est décrit, c'est Iris Ukiyoé. Un ami si juste, tout en subtilité dans ce qu'il transmet, qu'il est lui même l'âme du dimanche serein. L'odeur du plaid en laine orange, de la couverture et des draps froids que l'on réchauffe. L'humidité ambiante, les comprimés de vitamince C, les iris de papa, l'escalier, le film, les livres. Tout y est, tout est dit.

Jicky est désormais nu.

jeudi 11 novembre 2010

Iris Silver Mist - Iris Elfique

Dans le registre musique de film, j'aime beaucoup aussi Howard Shore. Je vous propose aujourd'hui d'écouter son morceau Lothlorien, issu du film Le Seigneur des Anneaux, qui est selon moi l'incarnation auditive d'Iris Silver Mist, de Serge Lutens. Ecoutez d'abord le morceau en entier en faisant autre chose par exemple, puis une deuxième fois en lisant l'article. L'idéal est cependant d'avoir le parfum sous le nez =D !


Je parcourais les bois, noyés dans une brume fine. Il faisait froid, et de lointaines voix imaginaires m'envahissaient progressivement la tête. La mousse qui jonchait le sol humide semblait parler à mes pas, que je tentai de rendre le plus léger possible.

Les voix s'intensifiaient, et elles faisaient écho au silence qui planait dans la forêt, baignée du brouillard de la nuit. Je remarquai alors comme de petites lumières d'un bleu électrique, qui apparaissaient dans un clignement étincelant. Au même moment, les voix se sont élevées ; elles ne venaient pas de ma tête. Une vague odeur sèche me pris. Elle émanait du sol, qui semblait s'être asséché soudainement. D'ailleurs, les teintes brunes aux facettes vertes de la terre s'étaient toutes teintes de gris. Et cette coloration formait un chemin, qui lui même était éclairé par les lueurs.

Dès que j'entamai le premier pas, la forêt fut assourdie par une tonalité sombre, noire, qui contrastait de manière évidente avec la clarté des lumières dans la brume. Soudainement, les lueurs partirent dans le lointain.

Je courrai pour essayer de les rattraper, mais aussi pour fuir les cors sinistres. Puis les lumières s'arrêtèrent, moi les imitant aussitôt. Et tout s'éteignit : le bruit, les couleurs, les odeurs. Je n'avais plus aucune accroche avec le monde vivant.



C'est alors que, simultanément, la brume se dissipa, la forêt se teinta d'argent, la température atteint un froid inexplicable et les voix reprirent leur chant dans une plainte infinie. L'odeur, l'essence même de la forêt, semblait s'élever du sol, comme par évaporation et se matérialiser devant mes yeux. Un halo de lumière grise étincelant se forma, s'assembla et forma une silhouette drapée d'une longe robe blanche, avec des reflets d'argent dans les plis. C'était elle. La reine, la majestueuse, la grande. D'une beauté froide et d'un autre temps, elle semblait maitriser tout l'environnement. Elle dégageait une odeur qui représentait toute la nature de cette forêt : froide, sèche, terreuse, pleine de brume et d'un gris constellé.

Sa beauté n'avait d'égale que sa distance. De son regard d'acier, elle dominait le monde. Pourquoi m'était-il donnér de pouvoir la contempler ?

Une voix se précisa dans la nuit noire de la forêt. Elle était... ensorcelante. Elle semblait pleurer pour les arbres majestueux, qui ne pouvaient exprimer leur amour pour cette reine. Toute la nature était suspendue au rythme de cet être majestueux.

Elle s'en alla sur le côté gauche d'un saule, où trônait une sculpture de pierre brute. Aux côtés de la vasque de pierre, un récipient d'argent était disposé de manière à refléter le creux intérieur de la sculpture. De l'eau. La reine prit cet objet précieux, et le plongea dans le bassin.



Elle se pencha vers le sol et versa tout son contenu sur la terre toute sèche, grise et froide. Et la reine disparut, comme couverte et aspirée par la brume. Du contact de l'eau du bassin de pierre et de la terre, naquirent des iris, allégories de cette reine d'une beauté mystique, mais dont l'inaccessibilité pouvait ruiner tout homme l'ayant vu.

lundi 8 novembre 2010

L'Heure Folle - Pomone et Perséphone quittent leurs maris



Il est parfois des passages de notre vie qui sont difficiles.
Pomone, cette déesse grecque des fruits, mariée à Vertumne, ainsi que Perséphone, déesse des saisons et du printemps (entre autre bien évidemment), mariée à Hadès, sont elles mêmes des victimes de ce fléau moderne qu'est le divorce.

Pomone, celle là même qui succomba à Vertumne à la suite d'une séduction plus qu'impressionnante de la part de ce dernier, ne supporte plus la vie lancinante qu'elle vit depuis plusieurs siècles.
Et dans un second temps, Perséphone, une légende vivante dès sa naissance. Être la fille de la déesse des moissons aide beaucoup, surtout quand on devient soi même déesse des saisons et du printemps... D'ailleurs tout le monde se souvient de cet événement divin-people : l'enlèvement de Perséphone par Hadès. On rapporte qu’elle ne supportait plus l’étouffement de l’enfer qu’elle vivait.

Mais que sont-elles devenues suite à leurs divorces ?

L'histoire mentionne rarement des unions telles que Pomone et Perséphone. Leur rapprochement semblait inévitable. Elles se sont assemblées. Unies.

Nous les avons rencontré dans leur havre "de paix", dans une clairière qu'elles ont elles même nommée Le Printemps, en hommage à l'œuvre de Botticelli.

Dans cette œuvre, Botticelli joue sur l’allégorie des personnages et des lieux antiques : le jardin des Hespérides et les pommes d’or, qui définirent d’ailleurs un des douze travaux d’Hercule. On note aussi la présence de Cupidon et des trois Grâces, et même de Vénus au centre, avec l’air d’être enceinte, enceinte du monde, prêt à revivre pour le Printemps.

Accéder au Printemps de Pomone et Perséphone est une véritable aventure en elle-même. L'arrivée se fait aux jardins des Hespérides, qui pour le coup a abandonné ses pommes d’or. C'est un peu une sorte d'antichambre : impossible de mettre ses pieds là où l'envie nous prend. Car Le Jardin des Hespérides a des airs de joyaux dévastés. Tout brillait, mais maintenant, c’est l’obscurité qui règne en maître ! D'un côté, le clan Pomone et de l'autre le clan Perséphone, constitués eux même de satyres, de faunes, et d’humains. Les pro-Pomone jettent sur les Perséfans tous les fruits qui leurs tombent sur la main : des pêches, des fraises, des baies types mûres, groseilles, framboises, des cerises. Les Perséfans tentent de répliquer en larguant non pas ce qui explose et éclabousse, mais ce qui fait mal : des citrons verts pas murs et très durs, des ronces, des épines et autres concentrés d'acidité de fruits. Et nous de passer dans le no man's land, tentant d'éviter tantôt les lances-coulis (une nouvelle arme, cousine du lance-flamme, mais avec du coulis de grenade), les bazoograins et les fusils à plante.

C'est réellement un étonnement, de voir autant d'éparpillement, de cohue, alors que Le Printemps se dit être un havre de paix.




C'est après la traversée de ce Vert-Dun que l'on peut enfin accéder au Printemps. Etrangement, c'est la tête reposée et soulagée que l'on peut y entrer... Et contrairement à ce qu'on pourrait croire à la suite de l'épisode du jardin des Hespérides, Pomone et Perséphone sont vraiment très proches...

Elles dansent en plein milieu de la belle clairière. 

Quand nous arrivons, nous sommes de suite caressés par des voiles de soie, à la texture aussi douce que de l’herbe fraiche, voiles qui nous ont été eux-mêmes distribués par de petits angelots, voletant au-dessus de nous. De belles dryades, toutes de bourgeons vêtues, nous ont offert de délicates petites bouchées de violettes au laurier. La douceur verte de l’arôme de la fleur contrastait de manière éclatante avec le Lauracée. C’est ensuite que Pomone et Perséphone se sont arrêtées. De leurs regards profond, d'une couleur indéfinissable semblaient jaillir des flammes de Nature, toute la vie semblait s’extraire de leur souffle un peu effréné. Puis elles nous ont sourie. 
Ces instants ont été d'une rare magie, car les deux déesses jamais ne parlaient. De leurs gestes graciles, elles nous ont menés vers un endroit un peu plus reculé de la clairière. De petits farfadets aux sourires malicieux s'amusaient d'ailleurs à se téléporter un peu partout au même moment, avec une délicieuse odeur terreuse à chaque disparition et une odeur de feuille de buisson à chaque apparition. 

Puis Pomone a cueillie une baie. Une seule. Sans rien dire, elle nous l'offrit et nous la mangeâmes.




Et c'est à partir de ce moment que je ressentis toute la richesse, la profondeur du Printemps. Ce monde irréel entre guerre et paix, acidité et amertume, beauté et froideur, complexité et simplicité. Un monde de trapéziste, tout en équilibre, où les humains côtoient les dieux, où les humains créent des Dieux. 
Durant ce  moment de dégustation, chaque seconde pouvait être une heure, tant la complexité de la chose était incroyable.
Une heure incroyablement charnue, vivante. Une heure folle.

La baie était une canneberge

dimanche 24 octobre 2010

Vétiver Tonka, Hermès - Willy Tonka


Dans le registre roman culte pour enfant, Tim Burton a aussi mis en scène magiquement Charlie et la Chocolaterie. Attention, gros fan. C'était vraiment mon bouquin fétiche quand j'étais en primaire. Je le lisais au moins une fois par mois !

Danny Elfman et Tim Burton nous offre ici un générique magique (j'ai toujours aimé les génériques bien faits ! Limite je vais voir des films que pour ça des fois !). Quel sens du détail ! Là encore, un point pour la madeleine de Proust ! J'ai toujours aimé les petits mécanismes où tout s'enchaîne de manière naturelle pour arriver à un point voulu (ah les Looney Tunes... ah Claude Ponti !). Je vous laisse savourer...


Vétiver Tonka, c'est le descendant de Willy Wonka (non, vous inquiétez pas, Charlie et lui sont juste super potes !). Alors que Charlie va se spécialiser dans le marketing, et dans le respect de la technique, Vétiver Tonka, lui, c'est un peu l'âme de M. Wonka.

Au premier abord, il n'y a pas de doute, c'est l'image même de ce que le chocolatier de légende dégageait lui même en son temps. Une classe raffinée, un peu farfelue quand même et ambigüe.
Vetiver Tonka nous replonge tous dans le Salle au Chocolat. Il est lui même comestible, comme le faisait remarquer son prédécesseur. Une âcreté verte, comme l'herbe fluo de la Salle, aux arrières gouts mentholés, ainsi qu'une rondeur veloutée, dans les tons marron du chocolat de la cascade. Et quelle cascade ! Vétiver Tonka, quand il nous prend la main pour nous faire danser dans la salle, entraine une gigantesque cascade de sentiments : gourmandise, certes, mais aussi des rires, des envies de sauter partout, de grimper. Mon délire préféré avec Vétiver Tonka ? Rouler sur la colline d'herbe-chlorophylle en essayant d'arriver le plus vite au baobab en noisette, sans tomber dans la rivière de chocolat !

Parce que malgré tout, Vétiver Tonka n'est pas très axé sucreries. A vrai dire, il va plutôt essayer de faire de nouveaux gouts, en régulant le glucose. C'est d'ailleurs l'éthique Wonka-Tonka : une exploration des classiques, avec la fantaisie habituelle tout en évitant de tomber dans la gélatine. On préfère une noisette aux accents piquants de la menthe. Ou alors on invente une brique de bois crémeuse et fondante, à la manière du lait, mais avec une touche de graine de tournesol. 
Autre innovations, les bâtons de foin. Des gourmandises sous forme de bâtonnets avec un arrière gout de paille, de pain d'épice et de foin, le tout dans la plus onctueuse et la plus fondante des crèmes !

Vétiver Tonka a tout de même quelques faiblesses. Il n'aime pas se mettre en avant. Quand il doit faire une "promo" pour sa nouvelle gourmandise, on voit qu'il n'est pas très à l'aise en public. En revanche, c'est une personne délectable lorsqu'on la découvre dans un endroit intime. Dans le dialogue, c'est lui qui va te mettre en confiance, une sorte de chaleur s'échappant de ses douces paroles. Puis, il a toujours un sourire d'une rondeur et d'une sincérité extraordinaire...

"Un bonbon n'a pas à être utile, c'est pour ça que c'est un bonbon..."

vendredi 15 octobre 2010

Brin de Réglisse - Réglisse au Pays des Merveilles

Une petite introduction est nécessaire, je peux pas commencer tout de suite, direct sans rien. Je commence à m'en rendre compte de plus en plus, on tombe plus rapidement d'un extrême à l'autre, que d'un milieu à un autre milieu...

D'un côté, les Hermessences, les "haikus de Jean-Claude Ellena, qui sont des merveilles d'épuration, de simplicité et de beauté.
De l'autre, Tim Burton, le réalisateur qu'on ne présente plus, à l'univers noir et féérique.

Tout les oppose ? Pas tant que ça !

Je tiens à préciser que les articles qui suivront nécessitent d'écouter un morceau de musique, et qu'il est réellement indispensable de les écouter même plusieurs fois pour bien comprendre ce que je vais dire...

Sur ce, bonne écoute, bonne lecture et (tiens, on peut pas dire "bonne senteur" ! encore une fois, c'est l'odorat qui prend !) 

D'ailleurs, j'organise un petit jeu concours, pour gagner un échantillon de 4ml de Brin de Réglisse : y-a-t-il un parfum qui vous transporte dans un autre monde ?




Une ronde de violon commence, reflétant une vision classique de ce qui semble être une personne classique. C'est la silhouette de Brin de Réglisse. Mais dès que j'entends une ronde psychédélique aux sonorités semblables à une flûte de pan au bout d'une huitième seconde ronde et noir, la silhouette se précise, voir même se "déprécise".

Une sorte de brouillard apparaît et Brin de Réglisse sourit dans le noir profond qu'il créer. Je me fige, nos regards se croisent. Et je tombe.

Dans ma chute, tout un monde semble venir à moi. Des voix angéliques envahissent le tourbillon abstrait de toutes parts. L'obscurité noire que j'ai quitté s'adoucit en un camaïeu aux teintes violettes. Avec moi virevoltent des visages, connus ou non, des lampes, des paniers d'osier, la brume et toujours une sorte d'humidité ambiante. La valse ronde des objets est parfois surprises par le sourire Cheshirisque de Brin de Réglisse, qui domine par son regard aux couleurs facettées tout ce monde imprévisible.

Une minute de chute. Et me voila sur l'herbe. Une herbe d'un vert éclatant, presque d'émeraude. L'odeur initiale revient, comme un thème pour violon incessant et magique. Je lève les yeux et j'admire la brume qui tombe sur moi. J'avance. Je découvre alors le Pays, celui où les arbres sont fins, noirs et se déroulent, comme des fils de réglisse, alors que leur tronc est sec et doux. Une lumière baigne le tout dans une ambiance proche du mirage : tout semble trembler sous une agitation silencieuse.

De temps à autre, j'aperçois de petites méduses d'air qui s'envolent des arbres à réglisse. Des fleurs poussent là où quelques secondes auparavant j'avais posé mes pieds. Cet environnement d'un équilibre parfait, mais à l'image brouillée paraît fléchir, s'assombrir. Puis la silhouette de Brin de Réglisse réapparait, mais cette fois, il n'est plus qu'une simple apparition, il me lance un objet jaune, doré, que j'attrape en plein vol.
Une madeleine aux senteurs ensoleillées et au toucher creusé.

Puis Brin de Réglisse court ! Il tente de m'échapper. S'ensuit une course poursuite entre lui et moi. Mes pas foulent les dalles de pierre inégales qui jonchent le sol. Des descentes, des montées où Brin de Réglisse disparait l'espace d'un instant. Je gagne du terrain. Le jour commence à perdre de sa vigueur. Il est à deux doigts de ma main, que j'élève pour l'attraper et... Pof ! Il s'évanouit dans l'air en un millier de petites étoiles !

Le brouillard redevient dense, une sorte de cohue semble se dérouler dans la brume violente de lumière, mais aussi teintée de noir. J'entends une porte qui s'ouvre. Cela va faire 2 minutes 20 que j'ai rencontré Brin de Réglisse, selon une montre effacée dans l'immortelle brume. Tout devient noir. Des murs se dressent. Des horloges à balancier dans tous les coins, symbole du temps qui passe. Le balancier, immatériel qui semble sortir de son cadre de verre et de bois.

Car dans le Pays de Brin de Réglisse, tout passe plus vite, les sensations, la matière, les odeurs. Même les retours en arrière n'en sont pas. Comment retrouver son chemin ? Je me cogne contre les murs, le visage de Brin de Réglisse qui apparaît tel un hologramme, en pleurs. Puis dans la seconde d'après, en pleine euphorie. Tout semble douceâtre dans cette olfaction nouvelle. Une odeur d'évanescence, de peaux, de soleil, de foin entreposé.



3 minutes 40. Le temps est omniprésent. Des voix venues du ciel semblent faire écho à ma venue. Mais en fond, je ressens la rondeur du départ, cette même ronde psychédélique du début, avec en plus des tambours, symboles de notre pouls de plus en plus irréguliers... Réglisse !

Puis tout s'écroule, me revoila dans les champs, à poursuivre Brin de Réglisse. Mais je me vois ! Je suis sorti de mon corps ! Tout semble s'éloigner. Se retirer, revenir en arrière avec moi pour spectateur. La scène se recule de plus en plus... La brume envahit tout. Brin de Réglisse semble m'envoyer un ultime clin d'oeil, dans le brouillard oppressant, et me voilà perdu pour de bon...

"Oh How will you find your way ?..."


vendredi 8 octobre 2010

Les Fleurs du Malle

Par Phoebus.


Lorsqu'on rentre dans une boutique Frédéric Malle pour la première fois, on en ressort toujours amoureux d'une fleur. Parce qu'une fleur, c'est comme une femme, au fond. Et moi j'ai eu cinq amours dans ma vie...




Carnal Flower, la Passionnée. Possessive, jalouse, capricieuse, sulfureuse. Un caractère bien trempé importé des Iles. Une métisse sublime, qui sentait la fleur blanche à des kilomètres à la ronde, et ne laissait jamais personne indifférent. Un caractère polarisant, comme on dit, ça c'est clair. Même avec moi. Je l'aurais préféré plus discrète, j'aurais tellement voulu qu'elle me soit entièrement fidèle (comme elle l'exigeait sans concession avec moi). Mais elle aimait plaire plus que tout, et nous passions nos journées à nous crier dessus, à tenter de convaincre l'autre, le faire changer. On se menaçait tous les jours de se quitter, pour mieux nous réconcilier sur l'oreiller. Sans doute le seul moment de la journée où on s'aimait vraiment. Je n'oublierai jamais l'odeur de sa peau quand nous faisions l'amour ; cette soie tiède et crémeuse qui exhalait pourtant une fraicheur mentholée. Et ça durait des heures jusqu'au matin où on ne se disait plus rien, moi allongé en diagonale sur le matelas et elle, de dos, enroulée dans un drap blanc. Ce matin là, un rayon de lumière filtrait entre les volets fermés, faisant valser la poussière dans son faisceau. Je donnai un ultime baiser sur la joue de Carnal Flower. Elle ne sentait plus que des relents de tabac froid. Notre feu s'était éteint, et j'étais certain qu'il valait mieux partir avant qu'il ne se rallume.












Je ne savais plus très bien ce que je voulais à ce moment là, et c'est un peu piteusement que je suis allé frapper chez Une Fleur de Cassie, la Pure. Ma meilleure amie depuis toujours. Raisonnée, sage,  sincère. Elle ne m'a pas posé de question quand elle m'a ouvert tard le soir, que je sentais un peu l'alcool et que j'étais trempé par la pluie. Je n'osais plus retourner dans mon appartement, en sachant qu'une fleur carnivore m'y attendait de pieds ferme... Enfin bref, Cassie m'a fait rentrer immédiatement. Elle a écouté mes problèmes toute la nuit, en me fixant de ses si beaux yeux vert clair qui ne cillaient jamais. Nous nous sommes assoupis dans les bras l'un de l'autre, et depuis, pas à pas, comme un prolongement naturel à notre longue amitié, nous avons commencé à sortir ensemble. Et avec elle, ça a duré. C'était platonique, mais ça a duré. Elle n'avait pas l'opulence de Carnal, Cassie était tout en transparence, en fragilité, en fugacité. J'aimais bien ça. Je n'en étais pas fou, mais j'aimais bien ça. Elle savait se taire, s'incliner. Peut-être un peu trop. Et peut-être que ça m'agaçait un peu, tout bien réfléchit. Oh, et puis un jour, j'ai décidé d'arrêter de me voiler la face : je l'aimais bien, mais je ne l'aimais pas. J'avais besoin d'elle, et elle m'a guérit. Nous étions un frère et une sœur déguisés en couple. Ça n'allait mener nul part. Je lui ai déclaré cela, de façon un peu plus étoffée cependant, alors qu'elle taillait les haies de son jardin un matin d'Avril. Je ne savais pas si c'était la pluie sur son visage ou si elle pleurait, mais elle m'a sourit et elle m'a dit qu'elle comprenait, qu'elle acceptait. Non, elle ne pleurait pas, c'était bien la pluie : ses grands yeux verts transparents n'ont toujours pas cligné.
Peut être que moi j'aurais changé d'avis si elle m'avait dit que non, elle ne comprenait pas...







Après deux histoires qui n'avaient pas marché, il était temps de calmer les choses et de me concentrer un peu sur moi. Dans ces moments là, un homme sait qu'il pourra toujours se tourner vers sa mère ; je suis donc allé passer la fin du mois de juin à la campagne, chez mes parents. Allongé sur une chaise longue, je lézardais au soleil en écoutant parler "la seule femme de ma vie qui ne sortira jamais de mon cœur" (comprenez : ma mère. C'est comme ça qu'elle se présente elle même quand elle en a l'occasion). Sa voix me venait de derrière les kilomètres de linges qu'elle faisait sécher, et c'est avec enthousiasme qu'elle m'avouait à quel point elle était contente de mon petit séjour ici. Mais soudain, mon odorat s'est emballé, à tel point que mes autres sens avaient reculé à l'arrière plan de ma conscience. Alors que j'humais l'air à fond, la voix de ma mère n'était plus qu'un murmure lointain, et je ne pouvais fixer mon regard nul part...Une jeune femme était passée dans un sillage de papillons mauves. Ma vue n'est revenue que quand les papillons se sont tous dispersés, et j'ai eu juste le temps d'apercevoir une cascade de boucles châtain clair disparaitre derrière les lilas en fleur. Attendez, des lilas ?
Non, ce ne serait pas..?
"Bonjour, Lilas !", s'exclama ma mère. Je me redressai aussitôt et tendit l'oreille. Je distinguais leurs ombres de profil, derrière le drap étendu entre nous, mais je n'arrivais pas à entendre la suite de la conversation. C'était donc Lilas, la "petite Lilas"...La fille des voisins, la Rêveuse, la douce, la romantique. Qu'est ce qu'elle avait grandit ! La dernière fois que je l'ai vu on venait de lui poser un appareil dentaire, et moi je quittais notre village pour aller à l'université. C'est hallucinant comme les rapports peuvent changer en grandissant ! Les six ans qui nous séparent étaient comme un fossé infranchissable à l'adolescence, tandis que maintenant...
J'hésitais à me lever. Je désirais plus que tout suivre les papillons mauves et remonter jusqu'à elle. La suivre partout. Lui faire réviser son bac de français, lui lire Baudelaire en improvisant la fin d'un poème pour coller à la description de son visage. Regarder les étoiles avec elle, allongés dans le champs de Monsieur Sisley...
Là, ma mère me passa la main dans les cheveux, m'arrachant à ma rêverie. J'écoutai d'une oreille distraite la conversation qu'elle me rapporta, décidant qu'il serait plus raisonnable que je ne m'accroche pas trop à la petite Lilas. Je ne la connaissais pas vraiment, après tout, et elle n'avait fait que passer...





Après les vacances en famille, c'était ensuite le tour des vacances entre amis à Barcelone. Dix bonnes heures de covoiturage avec mes meilleurs amis, Allure Blanche, A Scent, Cristalle, Eau Sauvage et Cassie. Oui, Cassie ! Je n'étais pas à l'aise au début, je suppose qu'elle non plus mais nous avions tous nos amis en commun alors on était un peu obligés. Non, en fait ça allait, il suffisait juste qu'on ne soit pas placés côte à côte pour éviter un silence gêné et pesant dans l'habitacle. En revanche c'était un peu plus compliqué par la suite quand j'ai fais la rencontre de Lily, le deuxième soir...Lily l'Aventureuse, l'optimiste, la spontanée.
On s'est rencontré en boite, et je ne pensais pas la revoir dès le lendemain matin au stand de fleurs du marché ! Elle a eu l'air agréablement surprise, et moi je ne cachais pas ma jubilation. Je craquais pour son large sourire...Mais attention, rien à voir avec les sourires américains formatés, son sourire à elle était typiquement du sud : large, sincère, chaleureux, communicatif. Même lorsqu'elle ne vendait pas des fleurs au marché, elle exhalait une odeur verte et vaporeuse comme si elle transportait avec elle un énorme bouquet de lys. Ele nous a fait découvrir la ville en scooter, ainsi que les meilleures plages du coin. On riait beaucoup parce qu'elle ne parlait pas français, et nous, nous avions des rudiments d'espagnols qui dataient quand même du collège...Mais on arrivait à se comprendre (parfois). J'adorais sa voix chaude et grave, la façon dont elle roulait ses "r"...J'avais l'impression qu'elle me chantait à l'oreille.
C'est d'ailleurs ce qu'elle a fait, un soir, en s'accompagnant de ma guitare. Nous n'étions que tous les deux sur la plage. La chanson était triste, mais avec elle, rien n'était jamais vraiment triste, alors je souriais d'une oreille à l'autre lorsqu'elle eu fini de gratter le dernier accord. Il y a eu quelques secondes de silence total, puis elle s'est jetée sur moi en riant pour m'embrasser. Sous le soleil couchant, les effluves marines se mariaient divinement bien avec les lys de ses cheveux blonds... Et lorsque mes yeux se sont rouvert, il y avait des étoiles au dessus de moi. Lily s'était levée d'un bond tandis que moi je peinais à me redresser sur un coude en me demandant pourquoi elle s'agitait ainsi soudainement. En déglutissant, j'observai ses vêtements qui tombaient dans le sable, un à un, formant un petit tas de tissu sous mon nez. Elle a fait volte-face et s'est mise à courir nue vers la mer noire et calme, en riant et criant quelque chose en Espagnol. Sûrement que je la rejoigne. Je me levai péniblement, m'approchai du rivage et fit tremper mes pieds. Elle m'envoya de l'eau avec ses main, en me charriant dans sa langue, et moi je ne savais plus vraiment comment lui annoncer que je devais partir ce soir. J'avais essayé d'aborder le sujet, hier et avant-hier, mais elle ne pouvait pas comprendre...Tant pis. Avec un pincement au cœur, j'entendis le crissement des pneus sur le sable derrière moi, les phares qui balayaient la plage en passant, et les coups de klaxon d'Allure blanche qui m'étaient destinés. Lily ouvrit des yeux étonnés, tandis que j'haussais des épaules d'un air navré. J'aurais dû lui crier au revoir, lui dire que je tenais à elle et que j'aurais aimé la revoir un jour mais les mots n'ont de sens que si on les comprend, et elle, elle ne comprenait rien depuis le début. Je lui ai donc laissé ma vieille guitare, et en échange j'ai pris un lys dans le bouquet qu'elle transportait avec elle.
Dans la voiture, je n'ai pas beaucoup parlé. Je respirais mon lys en silence, la tête appuyée contre la vitre de la banquette arrière....





Quelques jours plus tard, fin août, nous reprenions le boulot. Mon lys s'est fané sur mon bureau, et je crois qu'à partir de ce moment là j'ai cessé de penser à Lily, à la méditerranée et à tout le reste : j'avais du travail par dessus la tête, pas le temps d'être fleur bleue, de toute façon j'avais déjà assez donné cette année. J'ignorais les yeux doux que me faisait Carnal Flower depuis la photocopieuse (oui, elle avait fini par cesser m'en vouloir et ne plus souhaiter dévorer tout cru Cassie...Mais il lui a bien fallu presque un an, tout de même ! ). Elle voulait que je l'accompagne à la traditionnelle soirée de rentrée de mon supérieur, ce soir (officiellement c'était une manière de fêter la nouvelle année bureautique à venir et d'"unifier les troupes", mais officieusement je savais qu'il s'agissait de son anniversaire...). Mon chef devait approcher les soixante-trois, j'ai lu sa fiche "sans faire exprès" en faisant jouer mes relations avec les secrétaires. Je n'avais pas vraiment envie de venir à sa soirée, celle de l'année dernière était ennuyeuse à mourir, mais il est devenu veuf il y a quelques mois donc bon...J'escomptais passer en coup de vent pour lui offrir une bouteille de vin, en m'autorisant peut-être une petite tape dans le dos.
Mais le soir même, je n'ai malheureusement pas pu trouver mon chef tout de suite. Malheureusement...
J'errais dans le hall avec ma bouteille de vin sous le bras, entre les petits cercles de conversations qui s'étaient formés ici et là. D'habitude, Azzaro accueille à bras ouverts les nouveaux arrivés...Seulement là, j'entendis des talons claquer derrière moi – donc aucune chance pour que ce soit Azzaro – je me retournai et m'aggripai un peu plus fort au goulot de ma bouteille de vin. Une superbe femme, un peu plus âgée que moi, me toisait de haut en bas derrière ses cils interminables. Son regard vert sombre acéré tomba sur l'étiquette de la bouteille que je portais et elle commenta : " Saint-Emilion 98...Vous avez du goût, vous", puis elle me gratifia d'un sourire en coin, du bout de ses lèvres rouge sang. Je ne savais pas très bien quoi lui répondre tellement elle m'impressionnait. Elle n'avait plus l'âge pour faire du mannequinat mais tout chez elle, de sa démarche à son port de tête, indiquait qu'elle était issue de ce milieu. Rien d'étonnant à ce que je n'ai jamais eu le souvenir de l'avoir croisé dans les couloirs de l'entreprise avant.
Elle avait quelque chose de magnétique, d'indéfinissable. Impossible de ne pas la remarquer. Impossible de ne pas chercher à la regarder. Sur ce point elle me rappelait un peu Carnal Flower, mais à la différence de cette dernière, la Femme en Rouge ne semblait pas désirer attirer l'attention...Au contraire elle avait l'air du genre à choisir ses cibles très précisément.
Elle commença à marcher, sans me demander s'il fallait que je la suive ou non (de toute façon je n'avais pas le choix, elle m'avait enchainé). Elle me posait des questions incessante au rythme du claquement de ses talons, et je m'efforçais de répondre tour à tour de façon drôle, intelligente, pertinente... Ma plus grande peur était de faire un bide ou de dire quelque chose de déplacé en sa présence. Je me sentais tellement inférieur à elle. Elle ne riait jamais à mes blagues les plus recherchées, elle n'affichait qu'un léger rictus avec un petit air satisfait. Elle acquiesçait à mes thèses sur la société actuelle, mon avis sur le cinéma contemporain, sans jamais rien livrer de ce qu'elle pensait...Mais toujours avec son petit air satisfait, comme si elle cochait point par point une liste dressée mentalement...Et j'ai su que j'avais réussis l'examen lorsque nous nous arrêtâmes devant une porte, au fond d'un long couloir. La chambre de la femme de ménage. Je n'eus même pas le temps de me demander comment ni pourquoi elle connaissait si bien l'immense demeure d'Azzaro, car elle ouvrit la porte sans me lâcher de son regard hypnotisant. Elle murmura son ordre, qui tenait en quatre syllabes, et c'est ainsi que j'ai fais une bêtise.
Je zappe les détails, ce serait trop long à écrire, mais c'était le meilleur coup de ma vie. Elle m'ordonna de partir dès que nos souffles eurent repris un rythme normal, et je m'exécutai aussitôt. Étrangement, cela ne me dérangeait pas d'être traité de la sorte, et tout en cherchant le chemin vers la sortie j'essayai de me remémorer comment je suis tombé dans ses filets, à peine une heure plus tôt...
Mon cœur s'emballa quand j'entendis à nouveau les claquements de talon délicieusement familier derrière moi, alors même que je m'apprêtais à franchir la porte. Tout sourire, je fis volte-face et mon visage se décomposa de façon comique devant le triste tableau qui m'était présenté.
"Oh non, vous partez déjà ? Quel dommage que nous n'ayons pas pu bavarder un petit peu avant...Laissez moi au moins vous présenter ma nouvelle femme, Une Rose ! ". La Femme en Rouge lâcha la main d'Azzaro, mon supérieur, pour serrer la mienne avec fermeté. Elle s'autorisa même un petit clin d'œil discret. Et moi, tout ce que je trouvais à me répéter mentalement, c'était que j'étais sacrément dans la merde. Et ce à cause d'une Rose, la Charmeuse, la tentatrice, la manipulatrice...