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lundi 14 octobre 2013

Déliria - L'Artisan Parfumeur : Nyan Splash !




Connaissez-vous Nyan Cat ?

Si je vous dis qu'un jour, une personne a songé qu'un chat volant dans l'espace, coincé dans un donut rose et laissant s'échapper de son popotin un arc-en-ciel, le tout sur un rythme douteux, ferait une bonne vidéo, vous me croyez ? Non ? Et bien Internet l'a fait et Nyan Cat est né.

Si je vous dis qu'un jour, un parfumeur a songé qu'un malabar rose en train de se faire injecter du blanc d'oeuf cuit sur un capot de voiture en mode botox, le tout sur une chorale d'huître reprenant en choeur Heal The World de Michael Jackson, ferait un bon parfum, vous me croyez ? Non ? Et bien L'Artisan Parfumeur l'a fait et Déliria est né.

Nyan Cat Galaxy !


Elle est loin l'époque des délicates chasses aux papillons ou des siestes sous le figuier chez L'Artisan Parfumeur. Avec les Explosions d'émotions, la marque explore les sensations nouvelles en parfumerie ! Si Amour Nocturne et son cèdre caramélisé et tranché par une scie infernale me retourne comme rarement l'estomac et si le confort de l'iris cuiré vaguement métallique de Skin on Skin me repose avec plaisir, je crois bien que l'intérêt de cette collection se trouve caché dans le flacon de Déliria !

Ne partant de presque aucune structure connue, ce parfum exploite pourtant des territoires olfactifs très (trop ?) en vogue dans la parfumerie actuelle, à savoir le sucre et le calamar décomposé des notes marines. Mais n'allez pas soupirer, car on est loin, très loin du déjà-senti ! Bonne nouvelle ? A vrai dire, je ne sais pas si je serais capable de vous répondre...

Nyan Cat Audition !

Le parfum joue sur une matière vaguement marine, froide, aux effluves de don de moelle épinière, pas si inhabituelle en parfumerie. Sauf que dans le cas qui nous intéresse, cette "douce" molécule a été dosée au milluple de ce que l'on connait (comment ça vous ne connaissez pas le mot milluple ? Oui, ce mot est globuleux, mais... le parfum aussi). En découle un bouleversement architectural sans précédent. Déliria aurait pu être un palais classique, théâtre de négociations politiques cornéliennes et peut être un peu rébarbatives. Il n'en est rien : Déliria  n'a gardé que la sagesse du vieux roi... Le roi d'une troupe de lutins roses complétement déchirés au cannabis.

Nyan Cat Projets d'avenir
Et devinez ce que chantent ces petits lutins pas nets ? Eh eh... Une version acoustique de Nyan Cat en coopération avec l'orchestre philarmonique de la Sylve Planante.
Je ne saurais pas trop comment vous conseiller d'aborder ce parfum. Personnellement, je zigzague encore dans l'arc-en-ciel démoniaquement débridé de ce félin intrigant, mais j'ai ouï-dire que certains étaient parvenus au donut rose. Je lance ainsi un appel à témoin : est-ce que quelqu'un sur Terre a enfin trouvé la réponse à la question qui régit l'univers et est arrivé sur le chat de Déliria ? Car j'ai bien l'impression que les deux réponses sont liées.
Quant à ma réaction face à tant de chamboulement et de modernité ? Disons une soudaine envie de me replonger dans de beaux chyprés lumineux, choquants à leur époque et presque toujours incompris aujourd'hui... (poke Le Parfum de Thérèse).

Internet va si bien à Déliria que je ne peux finir que sur cette idée. Et je pense que, tout comme tu fermerais délicatement ton ordinateur au moment où tu tomberais - au détour d'une recherche Google - sur un site analysant l'évolution de la décapitation de poupées Corolle en pays ouzbèque au cours du temps, il vaut mieux y aller petit à petit avec la mouillette de Déliria. Le mieux étant probablement de te murmurer à toi-même dans la pénombre de ta chambre : "Enough perfume for today".

J.

mardi 30 juillet 2013

Une Rose, Frédéric Malle - Au-delà de l'infini

2001 : l'Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick

Dans le monde des mots, certains semblent fuir leur propre signification - à l'image de nombreux humains. Ainsi, il est étonnant de constater que bon nombre des gens auxquels j'ai pu parler considèrent l'expression hors d'oeuvre comme le préambule d'un repas des plus consistants, comme si cette expression ne pouvait désigner autre chose. Après tout, l'expression est empourprée d'atours séduisants et glisse dans l'air immaculé de la nuit. Ainsi, hors d'oeuvre pourrait désigner une quantité incroyable de phénomènes, tous plus saisissants les uns des autres : une foule de veuves éplorées, un groupe de personnes en colère ou encore un métal doré zozotant en proie à une crise de dédoublement de la personnalité. Laissons donc les hors d'oeuvres gustatifs aux humains et, dans l'espace, désignons par hors d'oeuvre les chefs-d'oeuvre hors du commun.

Au-delà de l'infini, l'isolement est encore plus total que dans les labyrinthes puisque l'on y est dissimulé entièrement. Les dimensions se déforment et ce qui était uni se détend, comme pour suivre l'expansion d'un univers qui lui est propre. Les couleurs reprennent leur subjectivité la plus primaire, puisqu'il n'y a plus de civilisation. Je vois rouge parce que rouge il y a au-delà de l'infini. Je vois noir parce que noir est l'au-delà de l'infini. Je vois blanc parce que de l'infini se dégage du blanc. Dans le tiraillement entre l'espace et la ligne, le volume et le temps on peut voir se dessiner le duel entre la couleur et la fleur.


Les cueilleuses nous ont appris qu'il y avait deux chemins pour traverser la vie. Je comprends au cours de mon périple qu'un tiraillement entre deux chemins est à l'origine de bon nombre de hors d'oeuvre. Et si Une Rose est un chef d'oeuvre hors du commun c'est que son univers a la particularité de ne représenter qu'une rose. Or, une simple rose ne raconte pas d'histoire ; c'est pourquoi en ne représentant qu'une rose, on ne peut s'arrêter que sur ce qui est le support de cette rose : le parfum. Ici, Une Rose se dissémine et se déverse dans l'espace, univers à elle toute seule, à la sagesse irréprochable et aux couleurs historiques. L'espace de l'infini ne suffit plus à Une Rose : il faut qu'elle le traverse, le distance. En suivant sa ligne, nous accédons à l'au-delà de l'infini.


2001 : l'Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick

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2001 : l'Odyssée de l'espace, Stanley Kubrick

Rouge - noir - blanc. Une rose rouge est dans l'espace noir et rayonne d'une lumière blanche. En fin de compte, ce périple montre qu'à l'image des contes et des fables de l'enfance, ce sont les interactions entre les couleurs, êtres vivants, qui priment : le petit pot de beurre blanc apporté par la petite fille en rouge au loup noir ; la sorcière vêtue de noir qui donne une pomme rouge à une fille blanche comme neige ; un fromage blanc lâché par un corbeau noir et attrapé par un renard rouge.

La logique des couleurs est implacable ; celle des fleurs, tout autant. Puissent-t-elles ne jamais dégénérer. Car s'il m'était physiquement envisageable de prendre la fuite sur Terre, il me vient à l'esprit qu'au-delà de l'infini, je suis paradoxalement dans un espace clos où fuir n'est pas envisageable un seul instant. Et dans cet insondable éther, on finit par revenir sur soi : on écoute le sang s'écouler, inépuisablement, dans notre réseau nébuleux, au rythme d'un flux et d'un reflux presque lunaire. Rouge - noir - blanc.

Il me vient alors une expression convenant de manière particulièrement judicieuse à la situation : la ligne de conduite. C'est que, dans son tiraillement, Une Rose a libéré une ligne, une ligne à suivre, à suivre une logique. Dans son sillage cosmique, elle a laissé s'implanter la terre, d'où des racines ont émergé avec délicatesse. Cette ligne est lumineuse, chantante, presque céleste. Un monde semblable à la Terre se créé à nouveau, avec un sol gorgé de vie et un ciel aux couleurs bleues, roses et nuancé d'un rouge semblable à un clignement de paupière. Nouveau-né, j'ouvre les yeux.

Quel retour sur Terre ! Après cet interlude cosmique hors du commun, me voici à nouveau sur la planète qui est la mienne. Néanmoins, des choses ont changé : le ciel paraît plus scintillant, à la fois plus bleu et plus rose. L'air semble inonder le sol d'une lumière fine, donnant à la terre une élégance presque humaine. D'où peut donc bien venir cette clarté céleste ? C'est l'éclat de quatre étoiles qui a livré la réponse à ma question : en plein jour, quatre astres brillaient d'une douceur intimiste, livrant aux ciels de nouvelles teintes plus irisées. Je pouvais presque y discerner des lettres. Quatre lettres : un A, un I, un C, un B.

J.

Une Rose, Editions de Parfums Frédéric Malle - E. Guézou

jeudi 27 septembre 2012

Déclaration d'un Soir - Cartier : Moment Volé

Lorsque le printemps arrivait, ma mère piquait une fleur de lys dans ses cheveux. Le parfum se diffusait dans chaque pièce de la maison qu'elle avait traversé. Et, lorsque le soir venu, la fleur se fanait en déchargeant ses effluves mortifères, la fleur tombait sur le parquet du long couloir de notre maison.


Barry Lyndon

Quand les lys se faisaient plus rares et que les fleurs fanées jonchaient le sol, déployant dans ce si long couloir le parfum de leur déclin, je savais que les roses n'étaient pas loin. Comme pour faire écho à ma mère, mon père installait quelques pétales de la fleur au revers extérieur de la poche de sa veste. Voir mon père arranger les roses pour les déposer sur son vêtement continue d'évoquer pour moi un acte d'élégance, d'une beauté et d'un raffinement indicible. Dans ce leste geste d'esthète, j'ai enfermé toute la nostalgie teintée du gris de la tristesse d'une époque révolue.

Je revoyais mon père arborer les pétales de rose lorsqu'il dînait avec maman. Elle soignait toujours sa toilette les jours où mon père lui annonçait que le soir ils dînaient tous les deux. Je détestais ces soirs là à l'époque. C'était comme si on m'éloignait à reculons de la table familiale pour être aspiré par le couloir et que finalement, on m'enfermait dans ma chambre. Cependant, quand se dessinaient ces diners, je n'étais pas seul : notre table de bois massif se révélait bienveillante en me laissant allumer la bougie qui réunirait mes deux parents. J'ai toujours aimé le bois de cette table.

J'embrassais ma mère sur les joues, espérant trouver l'odeur d'un lys, puis je déposais un baiser sur chaque joue de mon père, qui exaltait en se baissant  le léger parfum de la rose qui a vécu son temps. Durant le repas, ils ne se faisaient aucune déclaration. Ils se contentaient simplement de se regarder. Je le sais parce qu'il m'est arrivé de sortir de ma chambre et d'observer depuis le fond du couloir mes parents se dire mille choses par le simple échange de regards et d'odeurs. La danse de la flamme engendrait comme une séparation de là où je pouvais les observer. Séparation encore plus marquée par la ligne droite et fière que dressait la cire grise de la bougie. C'était beau. Peut être le plus beau spectacle qu'il m'ait jamais été possible d'admirer.


Barry Lyndon

Assis, invisible au fond du couloir, je sentais les fleurs de lys aux pétales fanés et aux pistils hasardeusement éparpillés sur les côtés du couloir. Alors que la rose, elle, m'a toujours échappé, accrochée qu'elle était à la veste de papa.

L'époque est révolue. Maintenant je ne cesse de tenter de vaines reproductions de ces images gravées dans une mémoire d'enfant. Peut être que l'amour qui émanait de ces dîners opérait en moi des changements merveilleux à chaque instant de mon enfance. La tendresse de cette passion débordait instinctivement dans le cœur du jeune garçon que j'étais. Je les aimais comme l'oiseau chante, comme la rose s'épanouit dans la nature.

J.