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mardi 8 juillet 2014

Angel - Thierry Mugler : Angel Reborn

Introduction
Cet été, vous aurez sûrement l'occasion de lire sur certains blogs parfums plusieurs textes sur la création culte de Thierry Mugler : Angel. Pourquoi ? A l'occasion d'une nouvelle campagne de communication et d'un ingénieux changement d'égérie, la marque a décidé de tirer des thématiques fortes à partir de ce parfum, et elle nous a proposé de nous les approprier. J'ai l'habitude de décliner ce genre de projet, mais Angel est un parfum qui m'est cher, et cette approche m'a séduit, laissez-moi vous expliquer pourquoi...*




Angel est un parfum capital pour moi car c'est une des rares créations olfactive moderne à avoir réussi et achevé un personnage féminin complexe, tout en renouvelant la figure de la femme un peu bourgeoise, qui se parfume simplement pour être élégante ou séductrice. Cette féminité nouvelle, Thierry Mugler est allé la chercher dans la figure de l'ange, où transparaît une forte dimension post-humaine. Le post-humain est un concept qui me touche particulièrement, le fait que je sois un enfant des années 90 y étant peut-être pour quelque chose. Cette vision d'une humanité progressivement mutée par la machine s'est beaucoup développée après l'avènement de l'informatique, pour trouver son point d'orgue depuis une vingtaine d'années, à travers des champs artistiques divers et variés. Avec ses femmes-robots et ses androïdes insectisantes, Mugler l'applique au milieu de la mode et aussi (et surtout !) du parfum. Dans un futur pas forcément éloigné, Angel projette la construction d'une figure mythologique construite, manufacturée.

De cette féminité inexplorée a découlé la création d'une nouvelle famille olfactive - celle des parfums gourmands - dont Angel est à la fois le pionnier et le chef de file le plus abouti. L'émergence de la technologie a suscité la crainte et le doute dans la conscience humaine, déplaçant l'humanité vers de nouvelles questions. Angel propose des éléments de réponse à ces questions, mais en évitant les constats alarmistes sur les conflits entre l'Homme et la Machine (à l'image d'un 2001) ou entre l'Homme et son environnement (comme peut le suggérer Wall-E). A ces doutes, Angel décline une nouvelle humanité plus réconfortante et propose une renaissance en grandes pompes.


Gravity, A. Cuaron, Photo : E. Lubezki, 2013

Forcément, un tel renouvellement ne pouvait se faire sans une certaine emphase. C'est par un crescendo flamboyant, où se diffuse le sillage monstre que l'on connaît, que se présente Angel, rappelant à juste titre qu'un parfum reste une véritable composition et possède sa propre construction. Comme le soufflait un cher ami (qui se reconnaîtra), la complexité d'Angel lui permet de s'extirper du "bruit des parfums sucrés actuels", faisant ainsi la nuance entre emballement musical et vacarme indistinct.

Qu'une telle création ait eu ce succès là donne finalement de l'espérance sur l'architecture de la parfumerie et son renouveau constant : Angel n'a jamais été simpliste. A l'heure où certains (et mêmes certaines) sont effrayés par la figure d'une femme complexe, Angel propose une sorte d'enclave matriarcale où l'identification est très forte. La marque communique ainsi sur l'image de la tribu pour parler du pouvoir de ce parfum ; j'avoue que ces réflexions sur la féminité et son implication dans le post-humain sont des thèmes qui me touchent. D'autant plus qu'Angel est un des parfums portés par mon père, n'hésitant pas à jouer avec les genres olfactives et à prouver en même temps l'universalité de la parfumerie.

Jerry Hall par Thierry Mugler
La maternité, Mugler y a songé pour 2014 puisque, 19 ans après sa mère Jerry Hall, c'est Georgia May Jagger qui est la nouvelle femme Angel. Espérons que cette passation permettra à la jeunesse, hélas conditionnée aux médiocrités Lancômesques, de s'identifier à la "tribu" Angel, qui reste pour moi un de ces mythes olfactifs toujours aussi fascinants, 22 ans après sa sortie.

J.

*ce texte n'était pas un billet sponsorisé. Je n'ai ni été payé par la marque, ni n'ai reçu de produit pour le rédiger. Vous pouvez aussi lire ma vision de l'extrait d'Angel ici, et là pour l'eau de toilette.

lundi 5 décembre 2011

Thierry Mugler – Le Goût du parfum : Supers héros aux superpouvoirs

Plusieurs fois ils ont été évoqués : les nouveaux Mugler ont débarqué sur Terre.
Et pour décrypter cette rencontre du Troisième Type, rien de tel qu'une publication croisée ! Vous aurez donc le plaisir de lire l'avis de Dr Jicky sur le blog de Poivre Bleu, ici !, et en attendant, gents lecteurs, je vous prie d'accueillir Nez Bavard ! 

Je ne sais pas si vous avez regardé Dragon Ball Z lorsque vous étiez jeune (ou vieux, ne soyons pas sectaires), mais moi oui. J’étais fan de ces personnages aux traits coupants et aux coiffures invraisemblables. Et en plus ils gagnaient toujours leurs combats. Mais ça, c’est parce qu’ils avaient des superpouvoirs de dingue, et des transformations plutôt sympa comme le Super Saiyan (moi aussi j’aurais bien aimé pouvoir devenir blonde en claquant des doigts, ça aurait été trop classe pour épater les amis !)…


Et bien les éditions limitées de Thierry Mugler, c’est un peu comme si les versions classiques avaient déclenchés leurs supers pouvoirs… Vous les connaissiez déjà puissants et percutants ? Dites vous bien que vous n’avez encore rien vu. Le travail qui a été fait autour de ces fragrances à la personnalité hors norme a permis à chacune de dévoiler un potentiel encore plus impressionnant et séduisant. Vous allez me dire « Ah ! Mais on joue encore sur l’alimentaire ! ». Ma réponse est simple, oui, les éditions limitées Le Goût du Parfum joue ouvertement sur l’alimentaire, où comment stimuler des sensations gustatives et savoureuses à travers votre nez.

Il y a quelques temps, j’aurais probablement rejeté en bloc ce positionnement de la collection, car j’avais alors tendance à refuser tout ce qui touchait à l’alimentaire dans les parfums, fatiguée de la surenchère en sucreries collantes et sirop de fruits poisseux. Je comprends toujours cette sensation, et cette opinion, car elle reste toujours mienne dans le cas de nombreux lancements. Mais je sais aujourd’hui que l’on peut faire dans l’alimentaire, et même dans l’alimentaire sucré, tout en proposant un travail construit, des notes profondes, des textures inédites. Malgré tout le dégoût que provoque chez moi la vaporisation de Miss Dior Chérie (vintage), ce parfum est l’un des premiers à avoir proposé une note gustative en parfumerie dérangeante de réalisme (on parle bien de la note de fraise écrasée qui était frappante à sa sortie en 2005), car on raconte dans les couloirs (mais ce n’est plus un secret pour personne), que Christine Nagel serait allée piocher sa note si particulière du côté des aromaticiens. Cette note a aujourd’hui été lissée et a rendu Miss Dior Chérie encore plus détestable que sa première version.

Mais ce n’est pas le propos de mon article. Si notre ami le Dr Jicky a souhaité vous parler de Womanity Chutney de Figues, pour ma part, je ne vais pas déroger à mes habitudes et je m’en vais vous en remettre une couche sur Alien. Mais une couche de caramel au beurre salé s’il vous plait, ne soyons pas timides. Connaissant très bien ce parfum (puisqu’il fait parti de mes favoris, comme vous le savez désormais tous), j’étais tout naturellement très intéressée pour découvrir une variation sur le thème de cet extraterrestre parfumé. Je n’avais d’ailleurs pas du tout été emballée par la version EDT sorti il y a quelques temps, qui avait pour moi fortement appauvri le parfum, lui faisant perdre en sillage et en densité.


Pour la collection Le Goût du Parfum, Alien a vu apparaître dans son éventail de sensation la note sucrée, une note qu’il ne déployait pas forcément au départ. Vous pourriez justement voir ce changement d’un mauvais œil : détrompez-vous. Alien Caramel au beurre salé est loin de sombrer dans l’excès de sucre et de lourdeurs pâtissières. Le magnifique jasmin sambac est désormais un peu plus discret, et grâce à l’ajout de la note caramel (ethyl maltol) et d’une note un peu noix ou noisette, c’est finalement l’aspect ambré d’Alien qui ressort. Il se fait d’emblée plus rond, plus épais, certainement un tout petit peu plus gras, mais clairement plus charnel. L’évolution sur la peau s’assouplie : il se fait un peu moins sec et un peu moins cashmeran (le bois synthétique utilisé en grande quantité dans la formule d’origine). Ce qu’il perd en dimension fantastique (l’impression technologique et un peu surréaliste que développait la première version), il le gagne en consistance.

Alien Caramel au beurre salé s’accroche à votre peau et change de couleur : du violet il passe à l’or (la couleur de l’odeur change), et active les superpouvoirs du super-héros de la parfumerie qu’il est en réalité. On a passé le niveau supérieur : Alien est maintenant capable d’une diffusion, s’il était possible, encore plus puissante, d’une tenue qui défie les lois de l’évaporation, d’une originalité qui vous fera sortir du lot à coup sûr, même perdu dans la foule. Dans la zone de combat, les adversaires paraîtrons bien pales et faiblards avec leur soupe fleurie – fruitée navrante de convenance. Leur barre de vie se videra plus vite qu’il ne faut de temps pour le dire…

Inclinez-vous, vous êtes sous le charme de ses supers-effets… !
Si vous souhaitez en savoir plus sur la collection Le Goût du Parfum, courrez donc lire l’article de notre Dr Jicky national sur Womanity Chutney de figues, mais chez moi ! Et pour avoir un aperçu de l’ensemble de la collection, Olfactorum saura vous renseigner ! Je me joins bien évidemment à mon acolyte bloggeur pour demander bruyamment et avec insistance le maintient des références de la Collection, afin qu’elles passent au catalogue permanent, pour notre plus grand plaisir à tous !

jeudi 27 octobre 2011

Orange Inspiration

Orangé

Dau avait lancé la voie avec son "Rouge Inspiration". Puis  l'automne est arrivé, promptement. Cliché à mort : les feuilles tombent, les jours diminuent, le moral aussi. Il est 7h22 quand les premiers sons de harpe résonnent dans les tympans, et que le froid vient grignoter les quelques espaces de peau qu'il trouve. Et il fait nuit. "Le bonheur, c'est quand on se lève et qu'il fait toujours nuit" je disais quand j'étais petit.

Et maintenant, je me vente d'orange.


Traditionnellement, l'orangé est la couleur joyeuse, à en devenir presque vulgaire : "Aujourd'hui on a transféré sur cette couleur les vertus de l'or et du soleil : chaleur, joie, tonus, santé" décrit le spécialiste des couleurs, Michel Pastoureau, dans le must-have Le Petit Livre des Couleurs.

Mais si on devait aller plus loin, comment rendre compte du orange ? Si j'essaye d'avoir toujours un peu d'orange sur moi, je remarque qu'il dérange toujours un peu... Pas assez uniforme surement.

Sans Un Cri - Zao Wou Ki
Comment une couleur influence t-elle à ce point une personne ? On voit des Bleu, des Beige, des Habit Rouge et Serge Noire. Partout, couleurs et parfums se répondent. "Elles s'attachent aux parfums mêmes" annonce Serge Lutens dans son entretien pour J&P.


Le orange est éminent olfactif. Plus subtil que le rouge, plus prononcé que le jaune, il sait se faire doux, violent, poignant, voir même mélancolique.
En cette période Halloween - Automne, pensez orange. Tout le monde est orange, il suffit de révéler son prisme de l'orangé.


Quatre parfums qui signent cette couleur aux accents tous plus différents les uns que les autres.

1 / Like This, d'Etat Libre d'Orange.


L'évocation était obligatoire, voire clichée. Cela dit, le parfum a été construit sur cette couleur. Dans cette maison écossaise, le fantôme roux plane sur le fauteuil en cuir aux teintes brunes. Le bois  du plancher grinche quand on l'arpente, et il flotte dans l'air une vague odeur de tabac, de soupe automnale et de poussière poudrée.

Orangé dans l'évocation, mais aussi dans l'évolution. Un départ d'un orange presque brun, qui s'orientera vers un orangé beige. A porter avec ou sans orange ;)


Zao Wou Ki

2 / Daim Blond

L'intérieur moderne à parquet clair, propre, légèrement lisse, avec canapé en cuir blanc et table basse ornementée d'un vase contenant une fleur d'iris. La vue est claire, dégagée sur une forêt aux couleurs diverses. Le orange dans tout ça ? Il est épars. Par touches dans le parquet, par reflets dans la baie vitrée, par nuances dans la fleur, jonchant le sol de la forêt... L'orangé est subtil, doux, cotonneux.


Il est une petite conscience pour l'automne, à enfiler comme un voile coloré.



Les nouveautés dont tout le monde parle, et à raison : Mugler a trouvé la voie parfaite olfactivement en abordant le Goût du Parfum. Je la découvre de jours en jours, et elle agit comme une bombe. L'orangé dégradé de l'Alien original implose son ambiance coucher de soleil, pour faire exploser un orange irradiant, pigmenté d'une teinte absolue, avec certaines facettes sombres.

L'orange extrême d'Alien au Caramel au Beurre Salé, retranscrit la profondeur de l'esprit de la couleur, dans son aspect le plus physique : le ton est violent, imposant, mais Ô combien joyeux et magnifié !






"Cette couleur irritante et maladive, aux splendeurs fictives, aux fièvres acides : l'orangé" écrit Huysmans dans A Rebours (amen). Cette description de l'orange selon Des Esseintes correspondrait surement à l'orange selon Iris Silver Mist. Car ce parfum n'évoque pas la teinte. Il en a l'esprit. Au-delà de l'austère froideur, l'Iris de Lutens transporte de la terre ocre, brune, vers le ciel noir de la nuit, qui reflète au loin les lumières orangées, de la ville, du Soleil qui s'en est allé.

Porter Iris Silver Mist chromatiquement renvoit à l'esprit, véritablement : il faut intellectualiser l'odeur et la couleur. Pour que les deux sens se mêlent, que du gris naisse la couleur, et que du froid paysage apparaisse la messagère de la Sagesse....


Le Pandemonium - John Martin

"Si le rouge et le jaune se magnifient aux lumières, il n'en est pas toujours de même de leur composé, l'orangé, qui s'emporte, et se transmue souvent en un rouge capucine, en un rouge feu"
JK Huysmans, A Rebours

J.


jeudi 13 octobre 2011

Angel - L'Extrait

L'Extrait avait ce goût du solitaire éternel. Celui qui reste cloitré dans une grande demeure imposante, massive et à la limite de l'austérité, où rien n'est fait pour l'accueil. Le vestibule est un amas de tapis poussiéreux, de tableaux désuets et effrayants, de candélabres en tout point semblables à de la cire suintant des murs serrés et semble le vestige d'une dynastie déchue.

Extrait en Vanité -  © Emilie G. 

Il vagabonde dans ses appartements, seulement accompagné de deux antiques domestiques qui errent éteints, à l'image des vieux meubles de bois nobles qui décorent la maison faussement délabrée. Les couleurs ont perdu d'un éclat qui semble n'avoir jamais existé, et les sons qui traversent des corridors étroits résonnent comme si le foyer était entièrement vide.

Illusions - Emilie G
L'Extrait y règne en maître, majestueux, ayant réduit toute concurrence de beauté. Chaque détail est pensé, muri, a été médité longtemps, comme un grand cru. Chaque élément a été revu dans son aspect le plus subtil, et le plus excessif. Le parquet qui tapisse tous les sols de la demeure reflète une myriade de couleurs  allant de l'orangé au brun le plus sombre. Strié de tons rudes, mais élégants, ce dernier craque sans bruit sous les pas de L'Extrait, dont la démarche sublimée semble être véritablement issu de plancher boisé.

La rage du temps a polarisé chaque facette des coursives. La violence des meubles classiques est exacerbée par le patinage des secondes qui passent. "Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote : Souviens-toi !". C'est le Temps qui impose au sein de L'Extrait toute sa beauté et les détails allant de pair.


L'Extrait, majestueux - © Emilie G. 
Remarquer un pot de miel sur un meuble en acajou vernis n'est rien. Mais sentir sa décomposition sucrée et cailleuse, dont la lenteur est palpable, odorante, est une tout autre chose. Ce détail sensible n'est qu'une humble partie de l'incroyable château. En effet, une minutie mordante se remarque : l'odeur carnassière d'une fleur hante les couloirs froids. Or, aucun pétale n'ornemente les pièces. L'émanation florale évoque une tubéreuse violente, blanche, rouge et verte à la fois. Elle irradie  sans jamais se révéler. Elle brille par une absence remarquée, qui nous permet de visiter maintes pièces à la recherche de l'odeur. Ses particules spectrales flottent dans l'air saturé de poussière, et crient à notre oreille des sons trop graves ou trop aigus pour être entendus. Seul notre esprit semble capter ses appels tortueux. Que penser des décharges chromatiques diffusées par la fleur des appartements de L'Extrait ?


De cette lumière crue, mais d'une majestueuse beauté surgit le noir profond des recoins mystérieux. Alcôves, boudoirs et cabinets apparaissent tout au long de la découverte de ce palais méconnu, révélant aspérités obscures et rudes. La puissante odeur de cette absence de lumière est palpable, saisissable.


Vous découvrirez avec L'Extrait un  monde de curiosités, où les proportions n'ont plus de sens. Où le temps n'est plus l'ennemi, mais le sublime. Où les fleurs s'expriment en fantômes, où le noir est élégant, presque discret et s'allie à son ennemi de toujours, la lumière.


Car aussi illusoire paraisse t-elle, la lumière inonde L'Extrait, ce solitaire avare, qui n'attend que d'être découvert, non pas pour le bonheur de son porteur, mais pour l'essence même de son propre bonheur, qui se suffit à lui même.



"Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, 
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,

Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"
J.


jeudi 22 septembre 2011

Angel Eau de Toilette - Volutes de Souvenirs

19 ans de règne impitoyable. 19 ans de majesté et de beauté. 19 ans de pédance. Angel sait ce qu'elle veut. Et elle en sait beaucoup. Néanmoins, la transition est faite. Trois semaines seront consacrées à l'étoile de la parfumerie, plus qu'un phénomène olfactif, plus qu'un règne sans pitié, l'histoire d'Angel est une Odyssée Moderne vers le statut de "Classique". Méprisez Angel, pleutres, mais admirez son aventure. Admirez sa puissance. Admirez, tout simplement, admirez le ciel miroitant mirages et miracles.

Car Angel voltige en eau de toilette désormais. Oubliez pédance et cruauté, parce que l'étoile bleue sait aussi se faire docte et plaisante. Angel sait se faire galante.

Nous voilà embarqués dans une nouvelle dimension où un livre de conte s'ouvre pour partager un nouveau savoir. Angel Eau de Toilette est riche d'un classique senti, senti et ressenti, mais chaque virgule, chaque lettre y est réajustée pour que d'un déséquilibre volontaire naisse une nouvelle harmonie.

Le premier chapitre est peut être celui qui diffère le plus de l'histoire initiale : de sa voix douce et aux pointes veloutées, Angel raconte avec plus de pétillance et moins de lourdeur, l'histoire de cette fête foraine, que l'on connait déjà. Mais à peine ce sémillant chapitre prend fin, qu'Angel ferme le livre, dans une envolée de poussière argentée...

" - Les enfants, à vous de vivre l'eau de toilette... Vous la portiez, maintenant vous allez la rêver".



Dans toute sa pédagogie, l'eau de toilette capture notre esprit dans un scintillement imperceptible, et nous voilà chacun plongé dans un éther de sensations autour de l'histoire d'Angel. Pour ma part, je me suis retrouvée dans un lit blanc, parsemé de plumes violettes et oranges, qui évoquaient la douceur d'une époque révolue. Dans un esprit proustien, le rêve de cet Angel m'a ramené dans un monde où les odeurs, les saveurs et les sons correspondaient ensemble, dans une harmonie insaisissable. Bizarrement, ces réminiscences apparaissaient par vagues, par lueurs indistinctes, presque électriques. Par échos, on entendait au loin la puissante résonnance de la voix d'Angel, qui rallumait quelques lueurs oubliées, noyées comme elles pouvaient l'être dans l'eau de parfum. Cette multitude de couleurs désorganisées s'assemblaient, et formaient petit à petit un nouveau tout, cohérent, magique. Et surtout BEAU.

Les rêves d'Angel eau de toilette sont simplement dans la beauté, l'esthétisme pur et la pétillance. L'originalité de l'histoire du parfum d'origine est de mise, mais voilà que les contrastes colorés ont été accentués, et que la douceur des songes a enrobé de velours et de rubans les atours abruptes du l'eau de parfum.

Angel eau de toilette dure éternellemement. Aussi bien dans l'esprit que sur le corps. Elle reste gravée dans notre esprit, car comme il est souvent énoncé, "il n'y a rien de plus tenace qu'une idée". Et le rêve, si on pourrait croire qu'il est limpide et qu'il glisse sur notre esprit, ne manque jamais de laisser briller ces étoiles qui scintillent dans nos yeux. Chanson utopique, décor coloré, rêves d'horizon mais pensées vers le ciel, Angel eau  de toilette a de quoi rendre le rêve plus beau.



J.

jeudi 6 janvier 2011

Des histoires de parfums pour le bureau !

 Par Phoebus.


On le sait, le perfumista est un libre penseur olfactif. Il se joue des codes masculins/féminins, il voyage dans le temps en sniffant des flacons vintages, il rit à gorge déployée devant le petit noeud de Ricci Ricci et assume sans complexes d'experimenter les "parfums de vieilles" quand il prend le métro aux heures de pointes. Mais dans des situations comme notre lieu de travail, il faut parfois accepter de ne pas pouvoir afficher nos goûts olfactifs les plus farfelus, (même sous prétexte que c'est invisible !). En effet, qu'on le veuille ou non, l'image compte énormément au bureau, et de même vous n'oseriez jamais venir travailler dans votre vieux survêtement fluo, vétérant des années 90 (aussi confortable et léger soit-il), de même vous ne pourriez vraiment pas venir travailler en ayant vidé un flacon de Dans Tes Bras sur vous. Que ce soit visuel ou olfactif, il faut éviter tout décalage, toute faute de goût qui puisse trop attirer l'attention sur vous, car ici on ne vous demande pas de vous démarquer, ou d'être original... Il faut juste être irréprochable. Et impeccable.
Attention, on ne vous demande cependant pas d'être un mouton, non plus... Mister Phoebus vous explique comment se démarquer olfactivement au bureau, de manière discrète et efficace.

Mais avant de passer au cas par cas, il est nécessaire de revenir sur quelques fondamentaux :
  • Tous les parfums trop forts, trop opulents, trop épicés bref...tous les "trops" sont à bannir. Car qui dit surdose dit polarisation, or ici on cherche l'unanimité. La discrétion est de rigueur.
  • Ensuite, faites attention aux saisons et aux changements de température... Inutile de vouloir combattre "le feu par le feu" en été, pour découvrir de nouvelles facettes de votre Shalimar préféré, encore une fois, ne cherchez pas à être original, gardez toutes vos expérimentations pour le week end afin d'éviter les mauvaises surprises. Ici il faut jouer avec des valeurs sûres ! Donc en été, ne choisissez que des colognes, des eaux fraiches... (ou même, ne portez rien du tout).
  • Pour finir, je pense qu'il est de bon ton de ne pas choisir les best-sellers du mainstream pour aller travailler, car ils sont trop facilement identifiables et évocateurs (et seront certainement déjà choisis par vos collègues !). Rappelez vous que vous devez tout de même conserver votre identité de perfumista, même sous muselière !



On garde tout ceci en tête ... et on commence avec les demoiselles :

Vous êtes une-jeune-cadre-qui-a-de-l'avenir. Vous vous habillez de façon élégante mais stricte, le pantalon à pinces n'a plus de secret pour vous, vous évitez les décolletés, les cheveux relâchés et le maquillage, bref tout ce qui pourrait rappeler de façon trop évidente à votre entourage masculin que vous êtes une femme. Car il faut bien se l'avouer, pour avancer dans ce milieu, il faut avoir une poigne de fer, et sans gants de velours ! Ainsi donc, les seuls accessoires que vous vous autorisez pour trahir votre féminité sont des chaussures à talon (mais petits, les talons) et votre parfum. A la machine à café, pendant la pause, vous mordillez nerveusement le bord de votre gobelet en plastique pendant que Cindy, la secrétaire décolorée, fait rire tout le monde en racontant ses mésaventures du week-end. Mais vous ne l'écoutez pas : vous jalousez en silence le floral-fruité qui s'évapore de son décolleté et irradie toute la pièce quand elle bouge, allant même jusqu'à couvrir le banal sillage de votre Coco Mademoiselle. Vous la suivez à la trace, narines retroussées dans les couloirs, mais pour RIEN au monde vous n'iriez la complimenter et lui demander le nom de son parfum...Alors vous voilà en train d'arpenter le Sephora du coin pour identifier le sillage de l'ennemi-à-abattre. En deux minutes, montre en main, vous dénichez le flacon de Amor Amor Elixir en étant sérieusement tentée de l'acheter, vous aussi...Jusqu'à ce qu'une vendeuse vous présente Womanity de Thierry Mugler. Et là, c'est le choc, le coup de foudre : c'est aussi un floral fruité, mais plus sucré, plus fort, plus diffusif, vous vous imaginez très bien porter ça en arrivant à la machine à café le lundi matin, avec des talons très hauts, un jean à taille très basse, un rire très fort et des cheveux très brillants. A côté de vous, Cindy aurait l'air de sortir d'un film muet en noir et blanc.
La vendeuse aurait pu vous secouer l'épaule depuis une minute déjà, mais par politesse, elle vous a laissé aller jusqu'au bout de votre rire démoniaque. Le rouge aux joues, en vous rendant compte de votre manque de discrétion, vous avez pu réfléchir aux comportements à adopter en fonction des situations et, vraiment, non, Womanity n'est pas fait pour le bureau.

Quelques semaines plus tard, vous avez tout de même fini par trouver votre bonheur en dénichant une boutique Annick Goutal pas loin de chez vous. Vous portez désormais Petite Chérie, un floral-fruité simple et très naturel, d'une infinie douceur. Il n'a certes pas un sillage à creuser des tranchées, mais il est suffisamment diffusif pour qu'on vous complimente quand on vous fait la bise, et pour que vous le sentiez vous-même tout au long de la journée, comme un talisman de votre féminité, caché derrière un chemisier boutonné jusqu'en haut.
Ah, et Thomas, l'autre-jeune-cadre-qui-à-de-l'avenir, s'est détourné de Cindy l'autre jour pour vous complimenter sur votre nouveau parfum...Ce qui ne gâche rien, avouons-le !



D'ailleurs, en parlant du loup.

Vous êtes un-jeune-cadre-qui-a-de-l'avenir. Vous prenez soin de vous, vous êtes toujours à votre avantage, vous avez des dents très blanches et vous avez un nez très fin. Vous détectez le jour même lorsqu'un collègue change de parfum, et vous ne cachez pas votre joie lorsque vous reconnaissez une création de niche sur quelqu'un. Tenez, par exemple, qu'on vous croit ou non, hier vous avez découvert qu'une de vos collègues portait Petite Chérie ! Oui, parce que, bon, au bureau, tout le monde a un parfum, mais vous savez très bien que peu de gens s'en préoccupent réellement... Mais vous, être préoccupé par la question, on peut dire que vous l'êtes ! Vous avez multiplié les essais, en portant des échantillons d'à peu près toutes les marques possible. Seulement, vous êtes dépassé par les goûts de votre entourage, qui vous inonde de compliments lorsque vous portez des parfums très classiques comme Bleu de Chanel ou Le Mâle de Jean-Paul Gaultier... Et personne ne dit rien lorsque vous arborez fièrement l'échantillon de Tonka Impériale que vous avez ramené de Paris et ne sortez que pour les grandes occasions ! Alors évidemment vous êtes tiraillé entre l'idée de plaire aux autres, ou de faire un choix personnel qui ne comblerait que vous même. En bon jeune loup du marketing, vous cherchez avant tout la conciliation, et restez persuadé qu'un parfum pourrait plaire aux masses et à vous-même... Tout en reflétant l'originalité de vos goûts !
Vous avez confié votre dilemme à la gérante de la boutique Frédéric Malle, qui avec le temps (et vos visites très fréquentes) vous connait aussi bien que votre mère. D'un air assuré, elle vous a tendu un échantillon d'Une Rose d'Edouard Fléchier en prétendant que ce parfum était infiniment classe sur un homme. Et comme c'est un floral-boisé, ce n'est pas le genre de sillage qu'on croise à tous les coins de l'entreprise ! Enchanté par l'idée, vous l'avez testée chez vous d'abord et vous êtes délecté de cette rose loin d'être trop féminine ou sucrée, effectivement... Puis, un lundi matin, après vous être rasé, vous avez décidé de tester cette Rose au boulot sans prévenir personne. Mais là, catastrophe : zéro compliment dans l'ascenseur, zéro compliment dans le couloir, et le pire du pire du pire, c'était à la machine à café. Vous êtes allé dire bonjour aux filles, et le plus innocemment du monde, Cindy s'est demandé à voix haute qui avait pu avoir la stupidité de confondre son déodorant avec un désodorisant pour toilettes à la rose.
Pétasse.
Vous êtes parti aussitôt, passablement agacé par le fait que le commun des mortel ne sache pas faire la différence entre une bombe pour chiottes et de l'absolu de rose turque. Après avoir appuyé cinq fois sur le bouton de l'ascenseur, vous vous êtes retourné et avez pu surprendre Pernelle qui avançait lentement vers vous, comme un zombie, menton levé, yeux fermés, narines déployées. A l'évidence, elle vous avait suivit... Et s'est rendu compte du ridicule de sa situation après une seconde de flottement. Elle a ouvert les yeux d'un air paniqué et a bredouillé que non, elle n'était pas folle, ou plutôt si en fait, mais folle de votre parfum. Ses joues sont devenues très roses, et malgré le chignon serré et le pantalon à pinces, on aurait dit une petite fille qui attendait de se faire disputer. Vous avez souris et vous êtes dit qu'elle portait décidément Petite Chérie à ravir.
Ce fut l'occasion de parler parfum pour la première fois sérieusement avec une collègue ; elle vous a expliqué ses aventures à propos de sa propre quête du parfum idéal pour le bureau et vous a conseillé vivement de ne pas porter un parfum aussi fort qu'Une Rose, même si elle est splendide sur vous.
Quelques semaines plus tard, vous avez (peut-être ?) trouvé votre bonheur en dénichant une boutique l'Artisan Parfumeur pas loin de chez vous. Vous avez encore découvert de magnifiques parfums, très originaux, et au sillage suffisamment modeste, comme vous l'avait conseillé Pernelle. Votre cœur balance entre Méchant Loup, Voleur de Roses et Fou d'Absinthe.
Finalement, vous avez compris que vous ne cherchez pas à plaire aux masses, mais seulement à une seule personne. Vous comptez bien demander à Pernelle de vous accompagner en ville le week-end prochain, pour vous aider à choisir...



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...Et on continue avec les seniors du bureau ! Cette fois on commence par les messieurs :

Vous êtes le chef-de-service-plus-si-jeune-que-ça. Vous allez avoir cinquante ans cette année mais chut, c'est un secret. L'inconvénient, c'est que vous allez recevoir malgré tout des cartes d'anniversaire, pour vous rappeler grâce à des dessins humoristiques que vous avez "un demi-siècle dans les pattes". L'avantage, c'est que ça met définitivement fin à votre crise de la quarantaine, durant laquelle vous avez successivement tenté : de vous remettre au sport, de vous habiller à la mode "djeuns", de tromper votre petite femme avec cindy-la-secrétaire-décolorée-qui-porte-amor-amor-et-qui-vous-a-grillé-parce-que-vos-nouveaux-habits-de-djeuns-empestaient-son-parfum-quand-vous-êtes-rentré-un-soir...Et vous avez aussi essayé pas mal de nouveaux parfums visant un public jeune. Comment dire ? Vous étiez ridicule. C'est ce que disait votre femme. Et vous vous rendez compte maintenant qu'elle avait raison sur toute la ligne.
Le divorce s'est mal passé. Ça vous a donné encore plus de cheveux blancs (et pourtant, vous veniez de vous faire faire une coloration au niveau des tempes !). Mais vous avez décidé de les garder, cette fois-ci. Après tout, George Clooney n'est pas de la toute première fraicheur non plus, et il est réputé pour être l'homme le plus sexy de la planète. Vous avez décidé d'accepter de vieillir. Enfin. Alors vous avez donné vos nouveaux habits flashy à une association. Fini les t-shirts à inscriptions anglophones, finis les jeans trop serrés, finies les baskets blanches tendances... Place à une garde robe plus mature, plus classique, et plus sombre aussi. Plus classe, quoi. Voilà. Classe. C'est le mot d'ordre de la cinquantaine.

Vous soupirez en épiant Pernelle et Thomas qui flirtent devant la machine à café. Tous jeunes et tous beaux. Ils sentent bon, aussi, vous l'avez souvent remarqué. Tiens, ça vous rappelle que vous n'avez plus de parfum. Vous avez donné à vos fils les derniers flacons que vous avez acheté (Lolita Lempicka au Masculin, Black XS pour Homme et One Million). Vous avez honte, rétrospectivement, d'avoir pu porter des parfums aussi forts et aussi sucrés pour venir au travail (et vous les portiez même l'été, quelle abomination). Mais vous n'avez pas spécialement envie de retourner à votre vieille Eau Sauvage, qui vous a accompagné exactement le temps qu'a duré votre mariage avec votre ex-femme. Ça vous rappellerais trop de mauvais souvenirs.
Au Séphora, les jolies jeunes vendeuses vous ont conduit vers Terre d'Hermès et Habit Rouge, mais non, non, non, pas question de porter la même chose que les collègues hein. Elles vous ont ensuite guidé vers Play de Givenchy (un peu trop plat), Bleu de Chanel (un peu trop passe-partout), Allure Homme Sport (c'est le parfum de votre prof de tennis) et Azzaro pour Homme (c'était le parfum de votre patron au temps où vous même étiez un jeune-cadre-plein-d'avenir...). Vous n'avez rien acheté, mais êtes sortis avec les poches pleins d'échantillons de Chanel N*5 ("pour votre femme" s'est exclamée la vendeuse en vous lançant un clin d'œil et en vous les fourrant dans la paume). Revenez avec elle, elle vous aidera à choisir, qu'elle disait.
Poubelle.

Ce matin là, pendant la pause café, Thomas et Pernelle se sont éclipsés un peu avant les autres. En les regardant s'éloigner main dans la main, Cindy s'est exclamée, sans chercher à être discrète, qu'elle était très contente que Thomas assume enfin son homosexualité. Hilarité générale de la gent masculine présente. Vous vous êtes levé et êtes allé rejoindre vos deux employés amoureux et amoureux du parfum, avec la ferme intention d'aller éclaircir un point. Thomas avait porté un parfum à la rose, quelques jours plus tôt, un parfum que vous, le chef-de-service-plus-si-jeune-que-ça , auriez pu reconnaitre entre mille.

Une Rose ?
Oui, c'est ça. Le parfum de la nouvelle femme de votre ex-patron, ça, jamais vous ne l'oublierez. C'était il y a vingt-sept ans, et les vestiges de cette aventure sont rapportées dans l'histoire des fleurs du malle.
  • Vous voulez peut-être que je vous accompagne à la boutique Frédéric Malle, pour la retrouver ? Elle est veuve depuis très longtemps, maintenant...Et vous, vous avez divorcé, alors...
  • C'est tentant Thomas, mais ça ira. Transmettez lui tout de même mes amitiés.

Vous saviez pertinemment que ce genre de femme, c'est elles qui vous trouvent et pas l'inverse. Donc un jour, peut-être...Mais pas comme ça.
Bon, assez parlé du passé et de votre vie amoureuse désastreuse, vous étiez venu demander conseil à vos deux employés très au parfum ! Ils se sont aussitôt excités comme des puces, comme seuls de vrais perfumista savent le faire lorsqu'il s'agit de conseiller un ami pour choisir un nouveau parfum. Thomas s'est aussitôt exclamé qu'il vous aurait toujours bien vu en Vétiver Extraordinaire, très vite approuvé par Pernelle. Pourquoi pas. Le vétiver, c'est in. Et pas trop "djeuns". Et classe. Très cinquantaine, quoi ! Pourquoi pas, pourquoi pas. Ah mais non ! C'est de chez Frédéric Malle. Autre chose ? Celui de Guerlain ? Ah non, vous n'aimez pas du tout celui de Guerlain. Celui de Chanel ? Trop cher. Celui d'Annick Goutal ?
Annick qui ?

Le week end suivant, Pernelle vous a accompagné chez cette fameuse Annick goutal (elle devait s'acheter un nouveau flacon de Petit Chérie, de toute façon). Très excité par la gamme, vous avez eu un coup de coeur MONUMENTAL pour Sables (original, intelligent, brillant, complexe, beau, il se démarque, bref c'est tout à fait VOUS ça !............Enfin, d'après vous, quoi). Vous l'auriez acheté sur le champs si Pernelle ne vous avait pas aggripé le bras, avec un regard suppliant et les mots "pas pour le bureau" sur les lèvres. C'est vrai qu'il est fort, quand même. Tant pis, celui là, ce sera pour le week end. Et puis, à vrai dire, c'est bientôt l'été...
Tiens, c'est quoi ça ?
L'Eau d'Hadrien. (Pernelle levait les deux pouces).
Pshiit.
Mmmmmmh. Très... Classe !

Il faudra montrer ça à votre amie Emma. Enfin, dans trois ans, quand elle reviendra de son congé maternité quoi...
Ah ? elle revient déjà ..?





Vous êtes une jeune-maman-qui-travaille-aussi. Vous jonglez entre le bureau, la maison et la crèche, entre les biberons, les couches et les dossiers. Et vous vous en sortez plutôt bien, sans vouloir vous vanter... Il faut dire qu'être Maman, ce n'est pas complètement une nouveauté dans votre vie, alors l'arrivée de votre petite fille a apporté son lot de joie sans tous les inconvénients qui y sont liés par manque d'habitude. La fibre maternelle, vous l'avez toujours eu, et d'ailleurs on vous surnomme dans votre dos "la maman de l'entreprise", et ça vous fais beaucoup sourire. Vous aimez vraiment aider les autres, et vous avez été désolée d'apprendre que vous étiez en congé maternité au moment où Paul était en instance de divorce. Heureusement, Pernelle et Thomas, vos deux petits protégés, se sont occupés de lui à ce qu'on vous a dit, et aujourd'hui, il a enfin retrouvé le sourire. Vous êtes très fière de ces deux poussins, et avez pleuré de joie quand Pernelle vous a annoncé qu'ils sortaient ensemble aujourd'hui. C'est vrai qu'ils reviennent de loin. Vous vous souvenez comme si c'était hier des débuts désastreux de la belle petite Pernelle, qui a dû subir pendant un an des harcèlements sexuels de son chef de stage avant de craquer et de venir vous en parler. C'est à partir de ce jour là que vous l'avez pris sous votre aile ; vous l'avez aidé à remplir les procédures judiciaires, vous l'avez accompagné au tribunal, vous êtes allée avec elle lui acheter de nouveaux habits, dans lesquels elle se sentirait plus en sécurité pour venir travailler. Vous lui avez conseillé de s'endurcir... C'est ce qu'elle a réussis à faire, mais elle n'a fréquenté aucun jeune homme depuis cet évènement. Vous avez eu tellement peur pour elle ! Et maintenant, elle a trouvé Thomas. Elle n'aurait pas pu tomber mieux. C'est un trésor. A son arrivée dans l'entreprise, il ne savait pas encore bien s'habiller et portait toujours un appareil dentaire...(Olala vous avez sûrement une photo qui traine quelque part, il faudra penser à la ressortir un de ces jours)...Vous lui avez appris à faire son premier nœud de cravate, et aujourd'hui il pourrait en donner des cours ! Le vilain petit canard s'est changé en cygne, mais ce qui fait toute sa valeur, c'est qu'il n'a jamais été vaniteux ou narcissique. Sur ce point, il se démarque de bon nombre de ses collègues...
Ah ça y est, c'est enfin l'heure. Vous avez droit à des horaires aménagés depuis que vous êtes revenue travailler, et pouvez donc aller chercher votre petit cœur à la crèche tous les jours à 17 heures. Vous rangez votre bureau, enfilez votre manteau, mais avant de partir : vous vous saisissez du flacon d'Un Matin d'Orage que vous cachez dans le tiroir du bas. C'est devenu un rituel, désormais. Vous avez porté Matin d'Orage en abondance durant votre grossesse, si bien que vous l'associez inexorablement à votre petite fille...Et nul doute qu'elle aussi vous associe à cette odeur, c'est incroyable comme ce parfum peut réussir à la calmer si vous en vaporisez un peu sur son doudou ! Mais pour rien au monde vous ne viendriez travailler en portant un parfum aussi personnel, ce serait presque impudique... C'est pour cette raison que dans le tiroir du haut, vous conservez Infusion de Tubéreuse, de Prada. Le matin en arrivant, vous vous en vaporisez un peu derrière les oreilles, et c'est comme si vous enfiliez un masque de femme d'affaire en tailleur noir ! Une tubéreuse impeccable comme une savonnette, lumineuse comme un rayon de soleil, et pas trop diffusive. Ce qui vous plait le plus dans ce parfum, c'est la faible tenue qui vous permet de changer de parfum en fin d'après-midi. Vous avez plusieurs rôles, vous êtes multiple, et vous avez compris depuis longtemps que vous appréciez encore plus vos parfums quand ils reflètent un aspect de votre personnalité.

  • Bon tout le monde à demain, bonne soirée !
  • Embrasse la petite pour nous !






Un peu plus tard, à la machine à café...

  • *snif snif *... Hmm ? Quelqu'un porte Angel ? Clara, c'est toi ?
  • Non, pas du tout.
  • Qui ça alors ?
  • ...?
  • ...?
  • ...?
  • ...Personne je pense... Mais tu n'hallucines pas, je le sens aussi, moi.
  • Moi aussi.
  • Ouai, moi aussi.

Haussement d'épaules général.
Trente secondes plus tard, Cindy entra en trombes dans l'espace-détente, avec la tête des bonnes nouvelles.

  • Hey tout le monde ! Devinez quoiiii ! J'ai ENFIN changé de parfum, mais wahou, ça change beaucoup de mon Amor Amor, vous allez êtes surpris, allez, devinez c'est quoi, devinez c'est quoi !
  • Nous donnons tous notre langue au chat, Cindy...
  • ANGEL ! Il me correspond si bien ! Je crois que j'ai trouvé MON parfum, celui qui reflète ma personnalité et est au plus proche de mon âme !
  • Ah, ma Cindy, s'exclama Pernelle en cachant son nez dans son chemisier. Toujours aussi imprévisible, une vraie joueuse de poker...

(Mon nez à couper que l'an prochain, elle nous fera exactement la même scène après s'être douchée avec FlowerBomb).




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Bon, cet article n'est pas aussi centré sur les parfums que je l'aurais voulu, mais de toute façon quand on dresse une liste de parfums, le plus intéressant se passe dans les commentaires !
.......Donc voilà, VOUS vos parfums de bureau, c'est quoi ? =)




(PS : inutile, mais j'ai pas réussi à le caser dans l'article... Pour ceux qui se demandaient, Pernelle a beaucoup aimé Voleur de Rose chez l'Artisan, donc c'est celui là que Thomas a pris bien sûr !)

jeudi 9 septembre 2010

Womanity - Le parfum du matheux autoroutier

Womanity est le camion nouvelle génération que tous les autoroutiers ont rêvé d'avoir. La belle carlingue, le rêve de toute une génération de camionneurs, qui déjà petits rêvaient en grand. L'immensité de la route, les kilomètres innombrables du progrès. Puis une domination sous le signe de lignes blanches discontinues !

La société Thierry Mugler, camionneurs depuis les débuts avec la fusée fonceuse Angel, machine à succès incroyable, ne choisi pas la route de campagne la plus facile. Au diable la petite Twingo J'Adore et oubliée la Clio Coco Mademoiselle. C'est sous le signe d'un vaisseau étrange, mélange d'un alliage futuriste et de mailles médiévales, que Thierry Mugler et sa clique font embarquer "toutes les femmes de l'humanité".

Entrer dans le nouveau véhicule Mugler dépersonnifie totalement le gentil petit bout'chou égérie du palet breton. Un sas d'entrée aux odeurs de gâteau sec avec des airs d'amandes. Le vrombissement du moteur rugit dans le sas. Nous devons partir. La salle du début pour le moins déconcertant voit une extrémité coulisser et présenter une ouverture. Nous y passons.

Aussi brutal qu'un passage de l'eau confortablement chaude à l'eau glacé (ou pire, le passage de L'Heure Bleue à Bleu tout court !), nous voila dans le labo néo-camionno-mathématique : l'autoroutier n'est plus ce qu'il était. Fini le tatouage de l'ancre sur le bras gauche, le calendrier machiste au niveau de l'essui glace et le pendentif en forme de sapin sur le rétro central. De ce que je vois, l'avant de la bête de l'autoroute est une grande baie vitrée avec projection fictive de bord de mer pour rendre la vision d'une zone industrielle plus agréable. Puis, c'est blanc. Très blanc. Trop blanc. Notre chauffeur est assis, avec sa blouse blanche en coton pour les manipulations chimiques. Il l'avouera bientôt : "à vrai dire, je m'en sers juste pour faire genre..."


Car, malgré les apparences, notre conducteur n'est pas qu'un chimiste, c'est un matheux. Un vrai, un pur. Un manipulateur de formules. Aussi bien à l'aise avec les équations différentielles du second degrés qu'avec un moteur à aéropropulsion. Oui ! Il conduit Womanity comme il fait ses formules. Il arrive à mettre en symbiose trois facteurs pas si inconnus que ça, mais à les assembler de manière dynamique et innovante, quoiqu'à mon goût un peu trop intellectuelle.


Je m'intéresse, autant par politesse que par interêt, et il m'explique tout : 


Figue²/biscuit * \/¯calone + (selx10²  * amandes benzaldéhidique) + santal²


Ouais, bon... on s'appelle ? Et encore, je vous épargne bien des lignes...


Thierry Mugler a trouvé le bon chauffeur, à fond sur le concept, très "space" lui aussi. Avec une drôle de tête en plus. Et si on l'appelait "headspace"...
Ouais, le regard inquisiteur qu'il vient de me lancer à la suite de mon "jeux de mots" m'a bien refroidi. D'ailleurs, la savante formule a tendance à devenir froide et blanchir elle aussi. Sur la baie vitrée avec retroprojection de paysage apparaissent des mouettes, la mer puis, et oui, la technologie a parfois de gros souçis mentaux, des images subliminales de tartes au fruit, de mûres sauvages en montagne avec des figues pulpeuses arrosées d'une inondation de lait, de manière aussi dense que le fond de teint sur la peau d'une pouffe !

Puis soudain, je subodore une chose qui me semble être là depuis le dépbut.
Mais, juste, c'est quoi cette odeur ?
Et au routier de me répondre : "Ah ! C'est une de mes expériences, prenez une mangue. Laissez la pourir. Etudiez son odeur. Rajoutez une note de santal, un poil de figue pour la cohérence et vous obtiendrez ce qui semble être l'incarnation olfactive de la fin de notre voyage sur l'autoroute du futur. A noter que cette expérience marche aussi avec le yaourt à l'ananas".

Puis il se fige avec un sourire, comme s'il était un colporteur d'aspirateurs. Et je crois l'avoir embarassé en lui mettant un vent à l'ampleur de Katrina... Je sais, c'est pas toujours mon fort la science de demain.

Le voyage semble s'arrêter là. Je repars par la salle complexe. Une sorte de sas de sortie avec un papier peint compliqué avec pleins de formules mathématiques et des tâches de macadam. Au milieu de la pièce un arbre à l'odeur tenace et imposante. Ainsi qu'une casserole d'eau salé en train de bouillir.

Au final, je vois cette expérience d'un très bon oeil. Autant d'innovations pour un seul petit bonhomme ralliant plusieurs passions incompatibles. C'est émouvant de le voir s'exprimer sur sa création. Thierry Mugler mise gros avec lui, mais je pense qu'il va faire bouger les choses.

Quand on peut réaliser son imaginaire tout en bidouillant son polynôme du troisième degrés, je dis respect.

Vive l’odorat !