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lundi 22 avril 2013

Géranium Pour Monsieur - Frédéric Malle : Lettre d'une fougère à son fils



Le flash crépite : la course est finie.
Quelle course. Je l'ai vu, merveilleusement synchronisé avec ses acolytes, endurant et les yeux fixés sur la ligne d'arrivée. Ces sourcils qui se froncent, cette bouche qui se serre et ces muscles qui se raidissent... Mon dieu, on aurait dit moi à son âge.
Je reprends mon souffle et fais craquer mon aromatique ossature. C'est pas moi qui serais capable de refaire une course. J'éteins le poste de télévision et je me dirige vers le bureau. Mes pas font grincer le plancher. Quel désespoir ! Là où ce gaillard rame au rythme de ses équipiers, voilà mes vieux os qui gémissent en parfaite harmonie avec mon bon vieux parquet. Tragique ironie (cela dit, puisse l'IFRA ne pas m'obliger à passer au lino).

Une fois mon stylo saisi, je sors un petit paquet de feuilles du tiroir à ma gauche : il faut que je lui écrive à mon fils ! Ma lampe de bureau est allumée, tout mon matériel pour écrire est en place... Ah ! J'allais oublier : un petit peu de musique. Du Grieg, ce sera parfait.

"Cher Géranium,

Quand je repense à toi adolescent, je ne peux m'empêcher de visualiser une pièce immense, sans fin, avec un plancher de verre et aux fenêtres sans aucune délimitation. Tu es complètement plongé dans la lumière, seule ombre au tableau : l'obscurité émanant de tes sombres pensées.

Car baignant dans la gloire de cette lumière fauve se tient la silhouette fluette d'un jeune homme aux yeux grisés. Il est allongé sur le canapé élimé, vêtu des fringues qu'il a porté depuis une centaine d'années : une chemise blanche à manche longue toute froissée sur un marcel désabusé, un jean gris foncé rapiécé et des chaussettes qui ont été blanches (un jour). Il renifle et tousse souvent, régulièrement, comme synchronisé sur une respiration difficile et mécanique, simple accessoire d'une chaîne qui ne tendrait qu'à s'épuiser. Je ne pouvais laisser cette silhouette, pourtant pleine d'avenir, dans cette morosité parasite.

Mais qui étais-je pour pouvoir prétendre t'aider ? Ces vêtements, tu les tenais de moi et de tes oncles gâteux. Ces pensées, c'était par ma faute qu'elles corrompaient la lumière de ton aura.
Je t'ai donc mis dans un canot et nous avons ramé, tous les deux. J'étais ta colonne vertébrale, je structurais tes mouvements et ajustais ta coordination. Je t'ai appris la force et j'ai modelé ton corps.

Géranium Pour Monsieur par Konstantin Kakanias

Mais je ne soupçonnais pas la portée de ton talent. A chaque mouvement de rame, je te voyais en adéquation avec le monde. Je jalousais l'air d'entrer dans tes poumons, te permettant ainsi de transmettre une énergie inespérée au bois, à l'eau, dans un cycle d'une mécanique scrupuleuse. Si on avançait, c'était par toi et l'ampleur de ta respiration. Ton regard aux teintes grises jamais ne cillait et il révélait la fermeté de ta détermination innée. Quand je repense à toi conduit par la Vitesse et l'Expansion, gouverné par l'énergie et la vitalité, je vois tes pensées noires se décliner en gris, en vert et en quelques teintes ocres que tu distilles par l'écume de ton corps transpirant.

Au fil des courses, ta stature s'est révélée. Je parle bien de ta stature car ton ossature, celle que je t'ai laissée comme héritage, tu l'as balayée - sans anesthésiant - alors que tu étais envahi d'une fureur verte. J'ai longtemps pensé que tu avais rejeté ta filiation, que tu m'avais rejeté moi. Mais ta course de cet après-midi m'a éclairé : tu l'as dépassée comme tu as devancé tes adversaires. Et c'est aujourd'hui que j'ai vu que, dans la famille, le victorieux c'était toi. Les rouages du sport n'ont plus de secret pour toi. La musique si bénéfique pour ta concentration, tu l'as assimilée puis tu l'as transformée. Electrique, désormais tu rayonnes comme peu d'entre nous n'ont jamais brillé.


The Social Network

Désormais je me dis que c'est à toi, le "petit fougueux qui gère" d'imaginer la silhouette rachitique de ton "fou de père". Tu pourrais : je n'ai plus rien à t'apprendre. Il ne me reste plus qu'à t'aimer comme l'oiseau chante, comme la rose s'épanouit dans la nature : le plus naturellement du monde. Cependant, j'ai compris aujourd'hui que quand tu regardais vers l'arrière pour me sourire, c'était pour y puiser de l'énergie. Cette lumière, cet éclat dans ton regard, je sais que tu le transmettras comme je sais que je te l'ai transmis : tu l'irradies. La génération à venir sera technologique ; heureusement que la mécanique te connais. En liant l'ossature de ton "fou de père" à ta stature de "fougueux qui gère", tu créeras les plus belles choses que la Terre ait connu."

Au moment même où ma plume se retire et que le son de l'encre humidifiant le papier s'amenuise en écho au morceau de musique qui s'achève, le Monde tremble. Mon corps s'agite, se convulse en une seconde, puis c'est le calme ! Que... Que se passe t-il au juste ? Crise cardio-coumariniaque ? Accident lavandaire cérébral ?
Nouvelle secousse : l'effet de surprise m'a permis de retrouver la raison. Mon téléphone ; c'est juste mon téléphone qui vibre. Tiens, j'ai reçu un SMS :

"On a gagné Papa !!!"
J.

samedi 29 décembre 2012

L'Heure Vertueuse - Cartier : L'Ôde Verte Tueuse


Un regard au sein d'un grand classique. Le paysage est planté : nous marchons en terrain connu et conquis.  A moins que... l'odeur ne se vrille, ne se craque et nous aussi.


Sommet de pyramide. La mosaïste s'y tient et cherche à nous enchanter. En une bouchée. Pour nous attirer, elle dresse l'hommage aux mythes pionniers. Pour le rendre encore plus éclatant, elle l'illumine, le pare de scintillements encore flous, aux tonalités à la fois sourdes et radieuses. Captivés, nous nageons. Nos coeurs continuent de battre. Et nous saignons. Voilà tous nos amis qui arrivent en reniflant.


Tessellate

La lumière est sa forme préférée. Elle l'organise ici en trois points où deux lignes se croisent. Pour ne pas la trahir, elle choisit de la traiter à travers une seule teinte qu'elle irise, éclate et transforme en une splendide vague verte.


An Awesome Wave
Vert, tu es usé. Pars seul mon vert : tu as tenté de rester froid à son découpage. Pour mieux te retrouver,  elle a enfermé bien au chaud chacun de tes proches dans une multitude de prisons d'émaux étoilés : trois points où deux barres de fer se rejoignent. Face à face, dos à dos, c'est parti : elle forme sa mosaïque.


De sauvages pierres vertes se dessinent. Chaque odeur de chaque tesselle s'agite sous la chaleur et rayonne entre le classicisme de la forme et la modernité de la technique, s'inclinant ainsi selon la seule volonté de l'éminence grise.


Trois verres se découplent : un gifle - un berce - un tempère.
Une morsure que l'on apaise à l'instant, un réveil cinglant que l'on console aussitôt : tu veux blesser alors que te voilà respiré. Cristallisé, chaque facette voudrait culminer et rayonner, mais c'est le tout qui est focalisé.

Ces semblants d'émeraudes vont alors crépiter à l'unisson, formant la mosaïque dont la verdeur est pourtant plus précieuse que la pierre viridi. Car si ces verts sévissent, c'est parce qu'ils se répondent.
Elle a composé une grande fresque verte, un voyage dans les temps et dans les nuances d'une seule couleur.

Vert, tu es osé. Perce seul mon vert : tu es désormais décocté dans son découpage. T'ayant retrouvé, elle admire chacun de tes proches infusés dans cette multitude de prisons d'émaux étoilés : trois points où deux lignes d'argent se croisent. Face à face, dos à dos, c'est parti : elle a formé sa mosaïque.

J.
et un grand merci à O.



Tessellate


Les Heures de Cartier ne sont pas faciles d'accès et pourtant Iris Silver Mist sait si elles doivent être découvertes !
Fêtes obligent et grâce à la générosité de Josiane - la vertueuse éminence du stand Cartier des Galeries Lafayette - nous mettons en jeu DEUX ECHANTILLONS de L'Heure Vertueuse de Mathilde Laurent.

Il reste la Vèmela IXème et la XIème Heure pour que le cadran des Heures de Parfum soit complet.  Fantasmons ensemble sur les prochains Heures ! Deux participants seront tirés au sort à la fin de la semaine prochaine (mettons vendredi 4 janvier 2013) et gagneront chacun 4ml de cette IIIème Heure !

Et bonne fêtes de fin d'année ;)

====> Après un tirage au sort par un huissier de justice (ma sœur de 10 ans), nous avons deux gagnants ! Bravo à Hermeline et à Steff, qui remportent un échantillon de L'Heure Vertueuse de Mathilde Laurent ! Envoyez moi un mail à " drjicky@hotmail.fr " <=====

Merci à tous pour votre participation et vos commentaires pertinents et intéressants
J.