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jeudi 13 octobre 2011

Angel - L'Extrait

L'Extrait avait ce goût du solitaire éternel. Celui qui reste cloitré dans une grande demeure imposante, massive et à la limite de l'austérité, où rien n'est fait pour l'accueil. Le vestibule est un amas de tapis poussiéreux, de tableaux désuets et effrayants, de candélabres en tout point semblables à de la cire suintant des murs serrés et semble le vestige d'une dynastie déchue.

Extrait en Vanité -  © Emilie G. 

Il vagabonde dans ses appartements, seulement accompagné de deux antiques domestiques qui errent éteints, à l'image des vieux meubles de bois nobles qui décorent la maison faussement délabrée. Les couleurs ont perdu d'un éclat qui semble n'avoir jamais existé, et les sons qui traversent des corridors étroits résonnent comme si le foyer était entièrement vide.

Illusions - Emilie G
L'Extrait y règne en maître, majestueux, ayant réduit toute concurrence de beauté. Chaque détail est pensé, muri, a été médité longtemps, comme un grand cru. Chaque élément a été revu dans son aspect le plus subtil, et le plus excessif. Le parquet qui tapisse tous les sols de la demeure reflète une myriade de couleurs  allant de l'orangé au brun le plus sombre. Strié de tons rudes, mais élégants, ce dernier craque sans bruit sous les pas de L'Extrait, dont la démarche sublimée semble être véritablement issu de plancher boisé.

La rage du temps a polarisé chaque facette des coursives. La violence des meubles classiques est exacerbée par le patinage des secondes qui passent. "Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote : Souviens-toi !". C'est le Temps qui impose au sein de L'Extrait toute sa beauté et les détails allant de pair.


L'Extrait, majestueux - © Emilie G. 
Remarquer un pot de miel sur un meuble en acajou vernis n'est rien. Mais sentir sa décomposition sucrée et cailleuse, dont la lenteur est palpable, odorante, est une tout autre chose. Ce détail sensible n'est qu'une humble partie de l'incroyable château. En effet, une minutie mordante se remarque : l'odeur carnassière d'une fleur hante les couloirs froids. Or, aucun pétale n'ornemente les pièces. L'émanation florale évoque une tubéreuse violente, blanche, rouge et verte à la fois. Elle irradie  sans jamais se révéler. Elle brille par une absence remarquée, qui nous permet de visiter maintes pièces à la recherche de l'odeur. Ses particules spectrales flottent dans l'air saturé de poussière, et crient à notre oreille des sons trop graves ou trop aigus pour être entendus. Seul notre esprit semble capter ses appels tortueux. Que penser des décharges chromatiques diffusées par la fleur des appartements de L'Extrait ?


De cette lumière crue, mais d'une majestueuse beauté surgit le noir profond des recoins mystérieux. Alcôves, boudoirs et cabinets apparaissent tout au long de la découverte de ce palais méconnu, révélant aspérités obscures et rudes. La puissante odeur de cette absence de lumière est palpable, saisissable.


Vous découvrirez avec L'Extrait un  monde de curiosités, où les proportions n'ont plus de sens. Où le temps n'est plus l'ennemi, mais le sublime. Où les fleurs s'expriment en fantômes, où le noir est élégant, presque discret et s'allie à son ennemi de toujours, la lumière.


Car aussi illusoire paraisse t-elle, la lumière inonde L'Extrait, ce solitaire avare, qui n'attend que d'être découvert, non pas pour le bonheur de son porteur, mais pour l'essence même de son propre bonheur, qui se suffit à lui même.



"Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, 
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,

Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"
J.


jeudi 2 juin 2011

L'Heure Défendue : La Traversée de deux mondes - Jeu Concours !

Tout l'univers du chocolat s'ouvrait à moi. Poudre de cacao, chocolat noir, blanc, au lait, avec des noisettes grillées entières, à la menthe, ou encore en forme de terrain de skate (assez étrange cette nouvelle tendance d'ailleurs...). J'aurais pu jouer sur la mode sensuelle-chic des pub de chocolat noir intense (ou comment il est nécessaire de déshabiller une brune bronzée sur un fond noir, avec une musique lancinante et des éclats de poudre dorée, le tout pour vendre une tablette de chocolat).

Chocolat en forme de terrain de skate
Ou alors j'aurais pu jouer sur le côté régressif de la matière : le bouchon de Maurice poussé trop loin, la petit fille trop mignonne qui enseigne au papa comment manger son gâteau au chocolat, la poudre de cacao qu'on doit mettre dans le lait chaud le matin (mais non, désolé, team thé pour moi).

Ou bien, dernière option, à moi l'univers du Mon Chéri et du Ferrero Rocher, entre luxe, fête et volupté.

Car le chocolat, s'il est synonyme de repos, de petit plaisir et de subtilité gustative, peut aussi être le grand ami du perfumista. Il joue sur plusieurs tableaux : le sensuel, pour le chocolat noir intense, le gourmand pour le chocolat au lait, accompagné de diverses petites décos croquantes (éclats d'orange, de framboise, de riz, le tout déclinable à l'infini) et surtout, le jeu sur les récoltes. Des années à cacao comme des années à tubéreuse. On constate pourtant que le chocolat semble assez boudé par les amateurs. Il n'y a qu'à voir Angel, grand vainqueur des années 90, bien que victime de sa réputation. Bornéo 1834, de Serge Lutens, est lui plus reconnu pour son patchouli terreux et croquant, que pour sa note cacao extrêmement fidèle. Et je trouve ça relativement dommage.

D'ailleurs, lorsque j'ai lu les articles sur la naissance de L'Heure Défendue sur Ambre Gris et Grain de Musc, je suis resté non pas sceptique, mais disons moins emballé que pour L'Heure Fougueuse (*vénération*). Du chocolat, aussi réaliste soit-il, reste du chocolat. Il ne fait pas parti de mes amis - gustativement parlant (ok, un carré par-ci par-là ne se boude pas. Mais bon, sans plus, quoi !). Pourtant, c'est étrange car Angel et moi nous adorons de manière fusionnelle, et Bornéo 1834 me fait de l'œil à chaque fois que je lui sers le vaporisateur...

Poudre de Cacao

Alors je l'ai porté, cette Heure Défendue. Avec elle, on plonge direct dans l'océan de chocolat marron avec une note alcoolisée, mais surtout une note trèèès... poudrée ! Comme le dit Dame D'Ambre Gris, le cacao se fait oublier assez rapidement. Le morceau de chocolat intensément dosé que L'Heure Défendue a dégusté s'est fait avaler, et arpente maintenant des cavités sombres, avec des effets de miroirs, de reflets vers le monde intelligible. Une sorte de voyage dans le corps du parfum. La note poudrée est réellement la plus visible, et donne de l'éclat, du brillant, à une composition qui paraissait puiser dans le noir. Le noir et le brillant, après le noir et blanc de L'Heure Mystérieuse. En sortant de ce tunnel sombre et légèrement râpeux, Mathilde Laurent nous transporte ensuite dans un paysage aride, où on croirait sentir quelques herbes sèches, dans un paysage au climat aride, à la luminosité incandescente.

Terre Rouge d'Australie
L'Heure Défendue est une sorte de couloir surnaturel où, grâce à la fève de cacao, on passe d'un monde sombre, aux murs craquelés et râpeux, vers un monde sec, à l'aspect poudré et chaud. Un bois chaud et de l'immortelle aux teintes oranges et sombres dominent alors la composition. Partir avec L'Heure Défendue une journée, même à très faible dose, revient à s'aventurer avec une flopée d'autres parfums, car sa présence est incroyable, et réduit à néant tout autre matière olfactive ! Les gens se retournent sur votre sillage et vous regardent, intéressés par la réminiscence régressive, mais en même circonspects par l'absence de notes évoquant cette délicate poudre blanche dont usent et abusent nos chers sucraillons mainstream.

Et puisque L'Heure Défendue est le parfum préféré de Josiane, j'ai nommé la teneuse du stand Cartier des Galeries La Fayette, et qu'elle adore au plus haut point cette Heure, elle a tenu a m'en donner deux échantillons, que je mets en jeu, pour que vous puissiez découvrir cet étonnant parfum !
Evoquez à votre tour : soit votre rapport au chocolat, soit un parfum qui agit comme un tunnel entre deux mondes totalement distinct, ou alors tout simplement ce que vous attendez de cette Heure de Cartier. Nous tirerons au sort dimanche ou lundi les deux gagnants qui remporteront chacun un échantillon de 4ml de L'Heure Défendue !

Ils vous attendent pour embarquer !!!
5 candidats, 2 échantillons. Ma petite soeur a ainsi sélectionné les deux petits papiers chiffonnés. Et nos deux gagnants sont... [on met toujours le suspens, mais en fait, à l'écrit ça sert un peu à rien ^^] -> Zab63 et Moonlight ! Bravo à vous deux, et merci aux autres participants, qui pourront se rattraper surement lors de prochains petits jeux !
Envoyez moi un petit mail =)

Bonne semaine !

J.