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samedi 30 août 2014

Curiosités - Diptyque : Grise en abîme

Je n'ai pas l'habitude de parler des odeurs pour la maison, à tort ou à raison. Mais mon amour des beaux parfums me pousse à aborder les compositions importantes à mes yeux. Pour cette rentrée, diptyque lance trois cierges parfumés dans le cadre d'une collection graphique tout à fait en phase avec l'esprit de la maison : la Collection du 34. Ainsi, si vous pouvez y découvrir Le Redouté, un pot-pourri plus complexe qu'il pourrait paraître de prime abord, ou encore Les Lilas, qui propose une transcription de la note pleine de justesse et d'émotion, l'incroyable s'appelle Curiosités...



À la découverte, elle avait brûlé quelques heures dans une pièce. Ce fut un choc. Ce genre d'émotion violente, vous la connaissez sûrement, vient vous prendre à la gorge et fracasse votre tête quelques secondes après. Malléabilité du temps et de l'espace, je me suis retrouvé dans une salle de séchage de rhizomes d'iris. Pour obtenir leur substantifique moelle, ces rhizomes doivent en effet sécher sur une durée de trois ans dans un espace spécial sous forme de grande salle vide où règne une odeur puissante d'iris. Une giclée de terre à peine humide, le râpeux d'un parchemin jauni, le poudré glacé de la lune et la flamme bleue d'une bougie solitaire. Cette odeur en soi ferait chavirer le plus solide des cœurs. Curiosités va encore plus loin. 

Car l'iris terreux n'est qu'un rideau cachant une scène plus complexe encore ! En filigrane, un cèdre vient donner de la verticalité au cierge, dévoilant alors toute sa profondeur. Riant à gorge déployée, la note épicée du clou de girofle appuie une texture à la fois rugueuse et paradoxalement inaccessible, comme ces pièces isolées cherchant à reproduire le silence absolu sans jamais y parvenir. De silence, il en est question lorsque le rôle de l'angélique se dévoile : insaisissable, cette floralité s'accroche aux notes épicées et offre un effet de flou blanc à une peinture olfactive pouvant sembler trop sombre. C'est que l'iris se teinte d'un bleu cendré à la noblesse rare (même en parfumerie fine pointue), un vétiver souligne les nuances brunes et vertes de la terre et le gris se déploie à la fois de l'iris, de l'angélique et d'une note pour le moins inattendue... l'ambre gris !

C'est l'ambre gris qui déforme et obsède tous les autres aspects de Curiosités ! À la fois clef de voûte et murmure d'une rumeur antique, rarement un si bel hommage lui aura été rendu. Une fois que l'on comprend que c'est son personnage qui tirait les ficelles de l'intrigue depuis le début, tout s'éclaire. Les couleurs se fondent, les texture se condensent puis s'étirent à l'infini : dans l'air, une salinité poudrée, presque crayeuse, apparaît ; la terre vient se mêler à la brume pour finalement éroder tout ce à quoi l'odeur - impalpable - peut s'accrocher. L'animalité se cache dans une caverne moussue et humide, pleine d'une vapeur d'eau chargée de souvenirs. Tout prend vie.

Rarement je n'ai senti un tel aboutissement dans une bougie. Curiosités va très loin. Si loin qu'elle donne l'impression de désamorcer sa simple condition de "produit pour la maison" : ses teintes sombres suggèrent une obscurité que combat la flamme et ses effluves de papier séché posé sur la terre évoquent, par analogie, la lueur d'un feu permettant de lire ce qui y est inscrit. Mise en abîme. L'expression lui va si bien...

J.

mercredi 18 septembre 2013

La Victoire ! - Eau de Narcisse bleu, Hermès : 3ème partie

Le moment que vous attendiez tous est arrivé : l'annonce du gagnant du flacon d'Eau de Narcisse Bleu, généreusement offert par la maison Hermès.

"The Winner !", The Tree of Life, T. Malick

Après des affrontements à coups de vapos entre pas moins de dix-huit personnes, c'est Saalehm qui remporte le précieux flacon ! Prenez en bien soin et profitez pleinement de cette petite merveille !

Envoyez-moi un mail à l'adresse suivante : drjicky@hotmail.fr pour que je puisse vous l'envoyer.

J'en profite une dernière fois pour vous remercier tous de nous lire et de participer avec une telle assiduité et une vraie passion pour le parfum. C'est un vrai bonheur pour nous !

Je reviendrai bientôt avec des articles plus drôles que ceux de la série de l'été. En attendant, j'ai l'honneur de vous dire que le prochain article sera signé Phoebus ! Et oui, ça faisait un petit bout de temps déjà ;) (ouais Mister Phoebus, je te mets la pression).

Vive l'odorat !
J.

mercredi 4 septembre 2013

Eau de Narcisse Bleu - Hermès : Parfum-Somme

"Les cueilleuses nous ont appris qu'il y avait deux chemins pour traverser la vie. Le chemin de la Nature et le chemin de la Grâce. On doit choisir lequel suivre.

La Grâce ne cherche pas être mise en flacon. Elle accepte d'être ignorée, oubliée, rejetée. Elle accepte les bouquets et les coups.
La Nature ne pense qu'à être mise en flacon et à convaincre les autres d'y oeuvrer aussi. Elle aime les traiter avec arrogance, imposer sa volonté. Elle trouve des moyens d'être malheureuse quand le monde rayonne tout autour d'elle et que l'amour sourit à travers toute chose.

Les cueilleuses nous ont appris qu'aucun de ceux qui suivent le chemin de la Grâce ne connaîtrait jamais le malheur. Je te serai fidèle, quoiqu'il advienne."


The Tree Of Life, T. Malick


Aube de l'Humanité, Terre - Couleurs

Flair. Vert. Ce sont eux qui m'ont conduit jusqu'à toi.

Tu peignais sur la table en bois clair, alliant au mouvement de ton pinceau un flottement de tes doigts dans l'air avec ta main libre. Le bleu se reflétait dans le coin supérieur de ton dessin et tu parvenais à imaginer pleinement. Ainsi, tu venais de créer le jaune-bleuté, imperceptible à l'oeil mais détectable au nez. Le jaune-bleuté était instable et avait les reflets du mercure que l'on dépose dans la neige candide. Il avait les irisations des bulles savonneuses qui éclatent quand le vent polaire érode les odeurs. Il dessinait les motifs d'une carapace de tortue : sinueux et nuancés, géométriques et imbriqués, tortueux et mélodiques.

Le reste de ta feuille était blanc et n'attendait que les manifestations de ta vie pour se réveiller. Petit à petit, le vert est venu se greffer au tableau. Une chute d'eau ruisselante et martelant au loin et des feuilles cachant le Soleil, préparées par la fluidité des algues aériennes et translucides. Le jaune-bleuté s'est animé. Le rouge, opposé, triomphant, s'est déclaré et tu as posé ta main sur son visage reptilien, écailleux, immortel, brûlant et suffocant. Titanesque, l'Orange a donné le Feu à ton dessin, y ajoutant une once de vie et d'intelligence.

The Tree of Life, T. Malick

Puis tu l'as rattaché à l'Homme. Le Blanc, le Noir et toutes leurs nuances communes. Le Violet, un violet de la couleur de la peau, à l'image de l'âme et de l'esprit d'une oeuvre que tu as voulu pleine, belle et vivante. Noir, Gris, Blanc, Violet : c'était moi.

Pour la première fois, tout virevolte entre les odeurs, les sons, les couleurs, les goûts et les matières. Tout commence à prendre forme sur le dessin.

1933, Grasse - Abstraction

À Grasse, le Narcisse choisit son chemin.

Nébuleuse de l'hélice - NASA
Le voilà, répandant ses arômes dans l'air chaud chargé de l'humidité des pierres s'asséchant au cours de la journée et du parfum des arbres épanouis dans la lumière crue de la vallée grassoise. Le vent mord ses pétales d'un jaune aux tonalités froides d'un bleu vibrant. Le jaune-bleuté. Il faut croire que c'est lui, cette couleur inventée de toute pièce, qui représente le mieux certains narcisses s'étant perdus à Grasse.

Que Diable viennent-ils faire ici ? Ils pleurent l'absence de leurs proche, viennent découvrir de nouvelles lignes en voyant les cols des montagnes et s'extasient devant le ciel profondément vivant de la nuit.

Comme  deux billes lourdes se rejoignent sur un drap tendu à l'extrême, le regard vibrant des narcisses est irrémédiablement attiré par l'espace de la nuit, devinant leurs teintes dans un oeil de chat ou identifiant le drame de leur vie en admirant une tête de cheval. Les petits narcisses brillent devant ces grands espaces, ils rêvent de cette dimension cosmique qui leur manque tant. Après tout, ces fleurs jaunes-bleutées sont elles-mêmes des poèmes que l'espace a commencé. Pourquoi ne pas représenter la vie d'un homme à travers cette fleur ? Pourquoi ne pas symboliser l'attente d'une femme par leur odeur ?


Cat Eye - NASA

70's, Florence - Nature

Enfant, j'avais un ami subtil et éloquent, voleur et conducteur de songes, éclaireur de nuit et gardien de portes.

Né au matin, il faisait résonner sa musique au milieu du jour et le soir, il volait les notes des florentins. Sa vénérable mère l'enfanta le quatre du mois et dès qu'il eut jailli du corps maternel, il ne resta pas plus longtemps couché dans son berceau mais, se levant, il chercha les accords florentins.
Je me souviens qu'en sortant de son foyer, il trouva une tortue et il crut alors posséder une richesse infinie. Avec, il décida de construire une lyre : il fixa des tiges de roseaux coupées à diverses longueurs et il les fit passer à travers le dos de la tortue. Puis, il tendit une peau de fleur et y ajouta ensuite les sept cordes harmoniques. Ayant construit l'aimable instrument, il fit résonner chaque note et la tortue, sous sa main, fit écho. L'ayant vu, son père lui cria par la fenêtre "mais d'où tiens-tu ce si beau jouet à l'écaille variée ?".

Mais c'est que ce jour là - le jour de sa naissance ! - mon ami avait d'autres pensées dans son esprit. Il déposa la lyre creuse et sauta de sa demeure odorante à une colline, méditant dans son esprit une ruse profonde, telle que les voleurs en méditent à l'heure de la nuit noire. Ses pieds ayant encore la fragilité du nouveau-né, mon ami tressa des sandales incroyables et merveilleuses, enlaçant des rameaux et des myrtes, véritable faisceau de feuillage frais.

Et sans attendre, mon ami subtilisa au spectre cinquante notes, en ayant bien pris soin d'effacer ses traces, car il n'oubliait pas son art rusé. Une fois cachées, il abandonna ces notes pour regagner son berceau sacré, enveloppant ses épaules de ses langes, comme se doit de le faire un enfant nouveau-né, tenant sa chère tortue dans sa main gauche.

The Tree of Life, T. Malick

Mais ce que mon ami n'avait pas vu, c'est qu'il avait été aperçu par un habitant... Et quelle ne fut pas sa surprise de voir entrer dans son foyer le lendemain un lumineux florentin ! Mon ami feignit le doux sommeil en tenant sous son aisselle la tortue récemment travaillée. Mais le florentin ne s'y trompa pas et dit à l'enfant : "Dis moi promptement où sont nos notes, ou nous allons nous quereller à l'instant, ce qui ne serait pas convenable". Et mon ami lui répondit, rusé : "Quelle rude parole ! Ce n'est pas là mon affaire et j'ai d'autres soucis : je m'inquiète du sommeil, du lait de ma mère, d'avoir des langes autour de mes épaules et de prendre des bains tièdes. Un nouveau-né volant des notes : tu parles en insensé. Je suis né d'hier, mes pieds sont tendres et la terre est dure". Son lumineux délateur, souriant doucement, lui murmura alors : "Ô petit enfant menteur et plein de ruses, tu auras cet honneur d'être appelé toujours le Prince des voleurs".

Souhaitant échapper à un procès, mon ami, saisissant la tortue de la main gauche, fit naître une mélodie alors que la tortue résonna admirablement sous sa main. Charmé, le florentin lui lança ces paroles ailées : "Voleur de notes, rusé travailleur, tu possèdes là quelque chose qui vaut bien cinquante accords. Quel est cet art ? Cette Muse qui guérit les inquiétudes amères ? Et cette habileté ? En effet, ces trois choses sont réunies pour la joie, le désir et le doux sommeil.". Souhaitant être bienveillant en pensées et en paroles, mon ami lui proposa alors de lui enseigner son art. Il donna sa tortue au florentin, qui lui confia alors la garde des notes. Mon ami promit d'un signe de tête aux habitants de Florence qu'il ne déroberait plus rien et n'approcherait pas des demeures des citoyens.
Le Lumineux Florentin offrit une illustre baguette de félicité et de richesse à trois feuilles : une verte, une violette et une bleue. Il aima mon ami de toute son amitié, lui accordant ainsi la grâce.


2011, Arbre - Mouvement

T. Malick, J. Chastain
- Qu'est-ce que vous faîtes ?
Je relève la tête de mon petit calepin. Visiblement ma voisine de train n'est pas timide.
- J'écris.
- Oui, je vois bien. Mais qu'est-ce que vous faîtes là, avec vos mains ?
- Je... J'écris.
- Tant pis, passons. Et vous écrivez quoi ?
- Un parfum. Enfin, pas vraiment, un texte sur un parfum. Euh... des textes sur un parfum ? Ou non, un parfum sentant des textes ! Et des musiques aussi.
Je m'embrouille, tant pis, c'est elle qui a commencé. C'est étrange d'ailleurs, c'est rare de voir les gens - surtout en ville - s'intéresser à ce que leurs voisins de train font. Puis je repense à l'histoire d'un de mes amis, subtil et éloquent mais un brin voleur : quand on partage ce que l'on aime et ce que l'on crée, on tisse alors des liens qui eux-mêmes mèneront vers d'autres histoires fascinantes.

"L'idée de mouvement est difficile à décrire vous savez" m'entendis-je dire, sans en être certain. "Ce parfum, on pourrait l'écrire avec des points de suspension. Oui bien sûr il y a l'odeur, mais pas que. Vous sentez, il y a des odeurs qui bougent, qui vivent et qui s'animent. On pourrait croire qu'elles crient, qu'elles tombent. En vérité, elles aiment, elles sont en colère, elles se découvrent entre elles. Elles mettent à mal bon nombre de gens par leurs sentiments infra-odorants, qui résonnent de manière inodore, inaudible et invisible. Les silences sont puissants et colorés comme des abîmes. Ecrire sur les parfums, parfois, c'est croire que nous sommes les otages d'un monde muet, où parler d'odeurs ou de couleurs n'a de cesse d'être un combat. Certaines personnes prennent le parti pris des choses, voient l'infini stellaire dans un pain qui cuit ou dans une rose qui s'épanouit dans la Nature. C'est une manière de voir les choses, où quelque chose sourit à travers nous. Sentez."

The Tree of Life, T. Malick

Le train passe une gare en un éclair.
"Certains parfums racontent parfois l'histoire d'une vie : la recherche impossible d'un sport vert, un grenier inaccessible et mystérieux, la découverte d'une chemise de nuit dans la commode d'une maison voisine abandonnée ou encore l'orientation inexplicable vers la première de l'alphabet."

Ma voisine bouge ses lèvres et j'attends que les mots viennent jusqu'à moi :
- Dans toute ma vie d'enseignement, j'ai connu certains étudiants prometteurs qui, fascinés par l'extase unique de la Grâce, de l'Art, de leur Père ou de leur Mère, d'un Dieu ou de la Nature, ont peu à peu délaissé leurs relations avec leurs proches, leur alimentation voire leurs propres désirs humains. Il semblerait que l'Eau de Narcisse Bleu ne cesse de vous évoquer certains de ces parfums insondables..."
Sa remarque est pertinente, jusqu'à ce que je comprenne que ce Narcisse Bleu n'est pas de ceux là. Je la coupe dans son discours.
- Non, l'Eau de Narcisse Bleu c'est l'extase unique, pas l'étudiant prometteur ; ce qui change un bon nombre de choses.

2815, Axiom - Danse

L'humanité a déserté la Terre depuis 800 ans, me laissant seul. Solitude de façade. Le travail ne manque pas, la pensée est totale et envahit tout l'être qui me compose.

Si personne ne nous regarde, alors nous pouvons simplement profiter de nous et de ce qui nous entoure avec une once de narcissisme. Les regards et les pensées étrangères ne briment aucune de nos envies et à nous de percevoir ce que l'on peut faire en toute impunité. Du recul et de l'appréhension, voilà ce qu'il nous faut. Et perdues dans l'espace, les perceptions virevoltent et éclatent en une myriade de couleurs. Quelle bulle a pu les piquer ? De l'endroit où nous observons ces sensations, nous moussons  petit à petit : l'écoulement du silence nous conduit vers un ultime voyage.




Quoi de plus naturel pour toute chose que de danser ? Si les odeurs dansent entre elles dans un flacon, et que notre corps ne peut s'empêcher de lever les bras vers le ciel au moindre accord, alors pourquoi ne pas étendre la danse au parfum ?

Danse : enchaînement de mouvements harmonieux, rythmé par la musique, impliquant généralement deux partenaires.

Peut-on penser que notre humanité a encore sa place ? L'être qui porte du parfum ne se désagrègerait-il pas ? L'être qui crée le parfum ne serait-il pas qu'une vague apparition lointaine, lumineuse et sonore ? Succulente et tactile ? Quel plaisir de sentir que le créateur est en perpétuelle recherche, loin de toute affirmation définitive. Et que dans ses recherches, ayant toutes plus ou moins comme origine un voyage en train lointain dans le passé, il nous a entraînés dans une quête qui dépasse le temps et les lieux, les fleurs et la science. À tâtons, il touche et toque tout tintement. Il n'explique pas, mais pose la question.


Fin du Temps - Mort


Je contemplais mon frère, ce Narcisse aux yeux rieurs et aux cheveux craquants. Le vent gris et grave me poussa à arracher, rageur, les quelques plantes vertes parsemant son souvenir.

"Je vois l'enfant que j'étais."

Le temps s'allonge et d'ellipses en ellipses, finit par se figer, jusqu'aux rivages de l'éternité.
Les odeurs s'échappent et s'évanouissent l'une après l'autre et voilà ma vie imbriquée à jamais au parfum. Un peu à l'image d'un enfant voulant frotter ses mains sales pour faire s'envoler la poudre qu'y ont laissé les ailes d'un papillon mort, je n'avais pas conscience de l'empreinte des odeurs sur ma vie. Peut être que leurs successions, leurs transitions, n'ont pas de signification pour les autres. Néanmoins, la mort du Narcisse me pousse à me rappeler les dernières teintes qui rayonnaient à travers lui, en même temps que ses premières couleurs. Car il en était la somme, il était une seule et même lumière.

"Il est mort à 19 ans", The Tree of Life, T. Malick

"Les cueilleuses nous ont appris qu'aucun de ceux qui suivent le chemin de la Grâce ne connaîtrait jamais le malheur. Je te serai fidèle, quoiqu'il advienne."


J.


Comme convenu dans la première partie des billets sur l'Eau de Narcisse Bleu, un flacon de 200ml de cette Cologne est à gagner grâce à la générosité de la maison Hermès ! Pour tenter de le remporter, laissez un commentaire avec votre pseudo à la suite de ce billet. Le tirage au sort aura lieu dans deux semaines, le mercredi 18 septembre.

Enfin, cela fait aujourd'hui trois ans que notre blog existe, et nous vous remercions pour votre soutien, vos lectures, vos participations. Nous sommes très fiers de vous avoir comme lecteurs, que vous restiez dans l'ombre ou que vous participiez, et c'est vraiment un grand plaisir de pouvoir partager avec vous un flacon de l'Eau de Narcisse Bleu pour cet anniversaire !
Vive l'odorat !

dimanche 25 août 2013

La Fin : Eau de Narcisse Bleu, 1ère partie

Chers lecteurs,

Avec la fin de l'été vient la fin de la saga de l'été J&P. Je tiens d'abord à vous remercier de nous avoir suivis pendant ces deux mois d'aventures et j'admire la sagacité de ceux qui ont tenté de trouver la réponse aux énigmes qui étaient cachées dans les textes.

Comme vous l'avez deviné, le billet exceptionnel qui mettra fin à nos aventures portera sur l'Eau de Narcisse Bleu d'Hermès. Pourquoi ? C'est que, je crois n'avoir jamais été si touché au fond de moi par un lancement en parfumerie, qui plus est en grand public. A vrai dire, cette cologne est même rentrée dans mon top 3 de tous les temps, derrière Iris Silver Mist et Dans Tes Bras. Dès son lancement, j'ai été bercé par plein d'images, de sensations, de musique, de couleurs et j'ai commencé à écrire à partir de l'Eau de Narcisse Bleu, de manière la plus naturelle possible.




En élaborant la saga de l'été, j'ai voulu marquer toute l'émotion que j'ai pu ressentir avec cette Eau de Narcisse Bleu en vous impliquant au maximum, d'où cette idée d'enchaînement de billets avec des parfums que je voulais aborder depuis un certain moment. Et comme je l'avais annoncé dès la lettre au lecteur, cette saga se devait de s'achever sur une récompense exceptionnelle !

Dès lors, j'ai contacté directement la maison Hermès en leur expliquant toute la démarche, le cheminement et mon amour pour ce parfum (qui je l'avoue reste quand même assez indescriptible). Et il s'avère que ma correspondante a été touchée - et j'en suis vraiment heureux ! - par ce qui s'avère être un billet différent de bon nombre d'articles plus "promotionnels" que vous pouvez lire habituellement.

The Tree of Life, T. Malick

Ainsi, grâce à la générosité et à la sensibilité de la maison Hermès, j'ai l'immense plaisir de pouvoir vous faire gagner un flacon de 200ml de l'Eau de Narcisse Bleu !

Comment ? Comme vous avez pu le voir en lisant le titre, ce billet est la première partie de la conclusion de la saga de l'été. Il y en aura trois.
Pour participer à ce jeu-concours exceptionnel, il faudra que vous commentiez l'article sur l'Eau de Narcisse Bleu, qui correspond à la deuxième partie de "La Fin", que j'espère publier le 4 septembre (le jour d'anniversaire du blog !). Le résultat sera annoncé dans un troisième billet correspondant à la troisième et dernière partie de la saga de l'été, qui sera publié deux semaines après le véritable article sur l'Eau de Narcisse Bleu.

Je suis vraiment très content de partager ça avec vous, j'espère que vous serez nombreux et que vous serez vous aussi touchés comme j'ai pu l'être par cette Eau de Narcisse Bleu...

J.

Pour le petit jeu autour de 1932, la gagnante est, sans surprise, Emeline ! Envoyez-moi un mail à drjicky@hotmail.fr, vous avez gagné la miniature de cet Exclusif ;)

PS : vous serez ravis d'apprendre qu'à force de jouer avec des arbalètes de Jimmy Choo, les scélérats à ma poursuite se sont tirés dessus, servant désormais de compost à ce qui s'annoncent comme de futurs champs de narcisse !

dimanche 18 août 2013

1932 - Chanel : La Ligne Bleue

Un homme ne verra dans un iris qui se fane qu'une question sans réponse.
Un autre homme voit le même iris et il est touché par la Grâce. Quelque chose sourit à travers lui.

À La Merveille, T. Malick

"Tirer le portrait" est une expression qui me semble plutôt populaire pour désigner la photographie d'une personne. Et si le paysage dans lequel je me retrouve en ce moment même me donne bel et bien des envies de capturer chaque instant, j'ai bien peur que mon retour sur Terre ait donné aux scélérats à ma poursuite le goût pour le Moyen-Âge, où le verbe tirer signifie plutôt lancer une arme de trait, expression signifiant ici "dégainer à l'aide d'une arbalète sophistiquée une flèche imbibée d'un concentré de Jimmy Choo périmé depuis quelques mois déjà".
C'est que, chers lecteurs, la fin est proche. Voilà bientôt deux mois que j'ai traversé avec vous désert, labyrinthe et infini. Et si des aventures sur un sol ferme et stable peuvent vous paraître plus banales, je compte sur vous pour m'aider une fois de plus : la fin est proche et, avec elle, une récompense extraordinaire.

Deux flèches sifflent, agissant comme un signal d'alarme : trêve de rêveries, il faut fuir, poursuivre mon périple et trouver un havre de paix où je puisse bénéficier du silence et du calme. Fouler l'herbe est ainsi un des plaisirs de la vie les plus ennuyeusement réjouissants, et je dois admettre que la pression que l'on peut subir en tant que proie n'enlève en rien au bonheur d'être chatouillé par le vert humide sur le pied. La grande traversée au paysage uniforme (quoique vallonné) qui fut la mienne demeure donc comme un souvenir entaché d'une certaine mélancolie, où le spectacle des fleurs et de l'herbe permet de conforter les contrariétés qui vont et viennent comme les couleurs irisées de la Lune un soir d'été.
Fort heureusement, les havres sont nombreux lorsqu'on a la chance d'avoir le nez aiguisé ; et frapper à la porte de la maison de pierres blanches qui se tient devant moi semble répondre aux consolations que peuvent apporter certains parfums dans les sombres moments de remises en question.




J'ai tendance à croire que nous ne pouvons voir les choses lorsqu'elles sont parfaites. La perfection ne se remarque pas, c'est bien l'accroc et la différence qui marquent, à l'image de ces grands tableaux représentant le ciel où ce sont les écarts par rapport au modèle qui saisissent l’œil.
Ainsi, quand la porte s'est ouverte, j'ai été surpris par la discrétion de son habitante. À vrai dire, on devinerait presque sa présence seulement par l'environnement qui l'entoure : le petit courant d'air frais aux effluves humides qui passe à travers elle, la lumière diffuse et scintillante des rayons ayant rebondi sur les pierres blanches et dont le chemin infini est coupé par les tissus de sa tenue aux couleurs pleines de tempérance, les vibrations minérales émanant de ses mains fraîchement lavées et la douceur lointaine d'une chaise de bois sombre qui oblige mon hôtesse à se détourner de son chemin.

Mais quelle beauté ! J'ouvrais les yeux et voyais, accrochée au mur, une vaisselle au vécu d'une simplicité déroutante, notamment des couteaux aux manches de bois et aux lames semblant soulever l'air sans jamais être trahis par un seul murmure du vent. Près de la fenêtre, face à la table, se tenait un iris hors de terre et par conséquent fané depuis longtemps, bien que la notion de temps semble n'avoir jamais eu de véritable emprise sur cette maison de pierres blanches. Néanmoins, la nature morte qui s'épanouissait devant mes yeux fascinait par ses entrailles colorées d'un de ces bleus lointains, dont on ne saurait dire s'ils appartiennent à la mer ou au ciel, gonflées d'un rose abusé par la patine des nuits. Je prenais plaisir à tirer le portrait de cet environnement pourtant dénué de l'opulence des champs de fleurs trop séduisants, préférant le charme parfait et discret de mon hôtesse.
Toutes les fleurs fanées exposées à la lumière d'une fenêtre ne sont pas belles, il faut bien l'admettre ; mais celle là l'était. Pourquoi ?

C'est que notre sens de ce qui est beau n'est pas immuable et peut être réveillé à chaque instant par la plume d'un garçon ayant toujours froid, par un peintre touché par les nuances rosées du visage d'un vieil homme, par le nez d'un homme au goût prononcé pour les iris en fin de vie et les reflets du crépuscule dans un bocal sans poisson pour troubler l'eau qui y dort.

Mon séjour chez cette hôtesse aux traits parfaits s'est achevé, un jour. J'étais sous un arbre aux branches aux nombreuses bifurcations et baignées de lumières. L'air était vert, un vert très tendre et nuageux, presque diffus. Il donnait une teinte de vie aux pousses de blés qui entouraient les murs de pierres blanches et il mettait en valeur le petit sachet que mon hôtesse avait eu la bonté de m'offrir. Il renfermait un petit carton, support d'une encre brillante à la calligraphie mesurée, ainsi qu'un dessin.
Le petit carton me donnait l'adresse de ce havre de beauté : 1932. Rien de plus, rien de moins, si ce n'est la nuance de blanc du carton qui correspondait exactement à celle des pierres de cette maison.

Le dessin était plus beau encore, celui d'une fleur jaune vaguement bleutée.


À La Merveille, T. Malick

Parce que 1932 n'est pas forcément facile à dénicher et que chacun a le droit à son havre de paix, je met en jeu la miniature de 4ml de cet Exclusif de Chanel qui m'a été utile pour rédiger ce billet.
Pour tenter de la gagner, il vous suffira de commenter cet article. Les quelques indices permettant de trouver le parfum dont il sera question  pour le billet mettant fin à la saga de l'été J&P sont plutôt simples. Je vous souhaite une bonne chance et une bonne semaine ;)

La fin est proche.
J.

samedi 29 décembre 2012

L'Heure Vertueuse - Cartier : L'Ôde Verte Tueuse


Un regard au sein d'un grand classique. Le paysage est planté : nous marchons en terrain connu et conquis.  A moins que... l'odeur ne se vrille, ne se craque et nous aussi.


Sommet de pyramide. La mosaïste s'y tient et cherche à nous enchanter. En une bouchée. Pour nous attirer, elle dresse l'hommage aux mythes pionniers. Pour le rendre encore plus éclatant, elle l'illumine, le pare de scintillements encore flous, aux tonalités à la fois sourdes et radieuses. Captivés, nous nageons. Nos coeurs continuent de battre. Et nous saignons. Voilà tous nos amis qui arrivent en reniflant.


Tessellate

La lumière est sa forme préférée. Elle l'organise ici en trois points où deux lignes se croisent. Pour ne pas la trahir, elle choisit de la traiter à travers une seule teinte qu'elle irise, éclate et transforme en une splendide vague verte.


An Awesome Wave
Vert, tu es usé. Pars seul mon vert : tu as tenté de rester froid à son découpage. Pour mieux te retrouver,  elle a enfermé bien au chaud chacun de tes proches dans une multitude de prisons d'émaux étoilés : trois points où deux barres de fer se rejoignent. Face à face, dos à dos, c'est parti : elle forme sa mosaïque.


De sauvages pierres vertes se dessinent. Chaque odeur de chaque tesselle s'agite sous la chaleur et rayonne entre le classicisme de la forme et la modernité de la technique, s'inclinant ainsi selon la seule volonté de l'éminence grise.


Trois verres se découplent : un gifle - un berce - un tempère.
Une morsure que l'on apaise à l'instant, un réveil cinglant que l'on console aussitôt : tu veux blesser alors que te voilà respiré. Cristallisé, chaque facette voudrait culminer et rayonner, mais c'est le tout qui est focalisé.

Ces semblants d'émeraudes vont alors crépiter à l'unisson, formant la mosaïque dont la verdeur est pourtant plus précieuse que la pierre viridi. Car si ces verts sévissent, c'est parce qu'ils se répondent.
Elle a composé une grande fresque verte, un voyage dans les temps et dans les nuances d'une seule couleur.

Vert, tu es osé. Perce seul mon vert : tu es désormais décocté dans son découpage. T'ayant retrouvé, elle admire chacun de tes proches infusés dans cette multitude de prisons d'émaux étoilés : trois points où deux lignes d'argent se croisent. Face à face, dos à dos, c'est parti : elle a formé sa mosaïque.

J.
et un grand merci à O.



Tessellate


Les Heures de Cartier ne sont pas faciles d'accès et pourtant Iris Silver Mist sait si elles doivent être découvertes !
Fêtes obligent et grâce à la générosité de Josiane - la vertueuse éminence du stand Cartier des Galeries Lafayette - nous mettons en jeu DEUX ECHANTILLONS de L'Heure Vertueuse de Mathilde Laurent.

Il reste la Vèmela IXème et la XIème Heure pour que le cadran des Heures de Parfum soit complet.  Fantasmons ensemble sur les prochains Heures ! Deux participants seront tirés au sort à la fin de la semaine prochaine (mettons vendredi 4 janvier 2013) et gagneront chacun 4ml de cette IIIème Heure !

Et bonne fêtes de fin d'année ;)

====> Après un tirage au sort par un huissier de justice (ma sœur de 10 ans), nous avons deux gagnants ! Bravo à Hermeline et à Steff, qui remportent un échantillon de L'Heure Vertueuse de Mathilde Laurent ! Envoyez moi un mail à " drjicky@hotmail.fr " <=====

Merci à tous pour votre participation et vos commentaires pertinents et intéressants
J.

dimanche 14 octobre 2012

Les Rives de la Beauté 2012 et 70 ans de la SFP

#TeamParisien

Paris, du 19 au 23 septembre 2012.

Oubliez la Fashion Week, le Festival de Cannes, la Fête de la Musique ou la Nuit des Musées : the "place to be" fin septembre c'étaient les parfumeries de Paris ! Juste après Pitti à Florence (gros meeting des marques de parfums en Italie), le beau monde du parfum choyait ses amoureux à coups de grands lancements, d'exposés-redécouvertes, de conférences anniversaires et de célébrations parfumées en l'honneur de nos sacrés flacons !

No photo please

Trois jours, quatre événements : un programme chargé pour un étud... (ah oui mais non ça va c'était le début de la fac !)

Début des festivités le mercredi 19 septembre. J'étais inscrit pour assister au premier événement de la semaine : la réédition de Sublime chez Patou ! Bon, soit ok c'est pas forcément le plus trippant qu'on voulait voir réédité, MAIS patience... (suspens).
Chaldée - Patou
Le but de Patou était surtout de présenter leur nouveau parfumeur maison : Thomas Fontaine ! Que de soupirs de soulagements pour la grande maison Patou : ils ont quitté Procter & Gamble, sont retournés dans une société familiale qui a le mérite de se soucier de l'héritage de la maison et de ses parfums, et ils ont un nouveau parfumeur sur les starting-blocks qui a le mérite de savoir quelle maison il a entre les mains ! Et donc je cesse le suspens : ils ont bien l'intention de rééditer certains classiques de Patou !! Et celui qui est bien parti pour, c'est le merveilleux Chaldée, qu'il m'a notamment été donné de sentir cet été au cou d'une perfumista fabuleuse. Le nec plus ultra ? On était à la plage :D !
Que de bonnes nouvelles donc pour la maison Patou. Pas facilite de ressortir après la dure parenthèse Procter & Gamble. Donc crions le ici : bonne chance et... vivement les prochaines rééditions !!

Les effluves de jasmin et de chypre rétro nous accompagnent jusqu'au lendemain et nous trainent dans les salons du Lutétia pour découvrir Musc Tonkin chez Parfum d'Empire. Dans le cadre d'une exposition "Du sacré à la volupté" menée autour du très joli Wazamba et du dernier né Musc Tonkin. Patrice en fait d'ailleurs une pertinente description ici sur son blog "Musque-Moi !" (NB : oui, vous pouvez faire des recherches bizarres avec le nom de son blog sur Google, c'est très amusant).
Pas forcément très animalo-sexuelo-sensuel (oui, je suis un journaliste du Monde), Musc Tonkin a le mérite d'avoir une belle vibration vintage (bien sûr) m'évoquant feue l'eau de toilette d'Opium, ici en plus ronde et surtout, opposée à un concert de bord de mer original et déconcertant. La suite viendra sur auparfum ;) Si j'avoue ne pas être conquis à porter le susdit parfum, il est néanmoins très intéressant dans sa construction. Il a quelque chose dans le bide, et c'est agréable !

Accompagné de la crème des perfumistas parisiens, nous nous rendons ensuite près de Bastille pour participer au lancement des Parfums Ann Gérard. Par où commencer si ce n'est pour clamer le coup de coeur ? Bon... calme toi déjà (*respire*).

Perle de Mousse - Ann Gérard
Créatrice de bijoux, il se trouve qu'Ann Gérard est aussi une amie de Bertrand Duchaufour que l'on ne présente plus... Un premier projet commun il y a deux ans les a rassemblé et a donné naissance à l'actuel Cuir de Nacre, un cuir iris aux matières somptueuses reprenant le cuir "à la Duchaufour" aux multiples facettes florales. Un travail de finesse pour le parfumeur ès niche qui fait éclater tout son talent dans mon coup de coeur de la marque : Perle de Mousse. Reprenant la structure du chypre en la dépouillant, Ann Gérard a voulu éclairer la création avec un muguet qui a en effet le scintillement d'un bijou. Loin du racoleur de la majorité des parfums d'aujourd'hui (même en niche), Perle de Mousse ne se révèle pas immédiatement. Un peu à la manière d'un Déclaration d'un Soir en fait : ces parfums prennent le temps de se révéler peu à peu, de faire tomber les masques petit à petit. Et quoi de plus beau qu'un masque qui chute irrémédiablement vers le sol ?

Et comment clore en beauté Les Rives de la Beauté 2012 ? Ma foi, en festoyant et en sentant allégrement chez Jovoy ! Ah Jovoy ! Evidemment, pour ce mois parisien, vous allez bientôt entendre parler de ces magnifiques boutiques parisiennes à ne manquer sous aucun prétexte ainsi que des longs corridors des magasins Haussmanniens ; pour l'heure, il est temps de conclure avec maestria une semaine intense ! Les créateurs et parfumeurs se sont tous donnés le mot ce jour là et la boutique accueillait ainsi à tour de rôle tous les acteurs de la semaine : Thomas Fontaine, Marc Antoine Corticchiato, Ann Gérard et Bertrand Duchaufour.

Jovoy le 21/09/12 - Ann Gérard en premier plan et en fond à gauche, avec la chemise bleue, c'est Bertrand Duchaufour avec à ses côtés Neela Vermeire

Céline Verleure, la créatrice passionnée d'Olfactive Studio, présentait le dernier-né Lumière Blanche et livrait même quelques mots sur la future création ! Neela Vermeire était aussi de la partie avec les colorés Mohur, Bombay Bling et Trayee. On pouvait croiser Elisabeth de Feydeau pour parler bougies et littérature olfactive ou Cécile Zarokian pour nous présenter son travail pour la marque Jovoy ou Amouage ! Cela dit, cette journée avait surtout pour but de découvrir de nouvelles marques, des nouveautés parfums et croiser les créateurs de la niche parfumée de demain !
Deux rencontres m'ont marquées : Anaïs Biguine, la créatrice de la marque "Jardins d'écrivains" qui a retranscrit sa vision des édens personnels des plus grands auteurs français, de Hugo à Zweig en passant par Maupassant et Colette ! Et surtout son parfum Georges, pour Georges Sand, qui parvient à traiter l'ambigüité du personnage sans fausse note !

Jovoy le 21/09/12 - Céline Verleure à gauche et Anaïs Biguine à droite !
Et contre toute attente, c'est un créateur de bougies qui m'a surpris ! Si Bruno Truchon-Bartès, le créateur de la marque La Manufacture des Châteaux, a retenu mon attention c'est avant tout parce que... il s'agit d'un cousin d'un proche ami ! Le hasard faisant bien les choses, l'objectif était de recréer certains atmosphères de châteaux français (de Vaux le Vicomte au château de Chaumont) à travers un endroit particulier (le jardin, le feu, les pierres des cuisines...), flattant mon intérêt pour les odeurs minérales.

Enfin, je vais finir avec cette aventure Jovoy par deux coups de coeur intenses !
Mito, le dernier-né de Vero Kern (la maman d'Onda), comme vous pouviez vous y attendre ! J'imagine que vous avez déjà pu lire mes impressions en avant-première ici sur auparfum sur ce magnifique parfum vert et chypré, qui rend hommage à Diorella, Eau Fraîche et autres Cristalle, le tout avec la puissante écriture de Vero Kern. Un équilibre touchant et plein de poésie dont je reparlerai sûrement bientôt !

Et enfin, ce n'est pas un nouveau parfum mais une nouvelle marque qui a réussi à toucher le coeur de nos perfumistas parisiens ! Oriza L. Legrand, la "belle endormie qui se réveille", est une maison de 1720 que le temps a oublié mais que des passionnés, dont Hugo qui travaille chez Jovoy, ont fait renaître à force de patience et d'amour. Quatre parfums pour quatre ambiances qui arrivent à retranscrire un univers olfactif de l'époque réadapté selon le XXIème siècle. Pour ma part, j'ai un immense coup de coeur pour Relique d'Amour, parfum zolien à mi-chemin entre La Faute de l'abbé Mouret et Le Rêve, ainsi que L'Oeillet Louis XV, qui semble désormais être le plus bel oeillet sur le marché : à l'image de la marque, la fleur respire. Déjà Le Printemps et Rêve d'Ossian sont elles aussi des compositions aérées et innovantes. Comme quoi la parfumerie n'en finira plus de nous étonner !



C'est ainsi que s'achèvent pour nous les Rives de La Beauté ! Mais ne partez pas reposer vos narines : le 27 septembre, Dr Jicky & Mister Phoebus était invité à un grand événement : les 70 ans de la Société Française des Parfumeurs ! La SFP est la plus grande réunion des parfumeurs du monde (près de 300 d'entre eux y sont inscrits) et de passionnés. Actuellement présidée Patrick Saint-Yves, la SFP voulait marquer cette belle cérémonie du sceau de l'avenir. Ainsi, en association avec la Fédération Mondiale des Sociétés de roses, la SFP a élu la "Rose du Parfumeur" que l'on peut notamment découvrir à Bagatelle !

"On était par là avec Miss Poivrebleu, Sieur Olfactorum et Dame My Blue Hour"

Personnellement, j'ai surtout été marqué par le second grand discours de la cérémonie à propos du "Cercle International des Parfumeurs-Créateurs", une initiative de Raymond Chaillan et Maurice Maurin ayant pour but de valoriser le métier de parfumeur, notamment du point de vue de son statut et de sa place dans l'industrie. Il y a été question d'IFRA et de patrimoine olfactif notamment. Si ça vous intéresse, je peux vous mettre une partie du discours dans les commentaires.

Du beau monde pour ces 70 ans de la SFP !

Enfin, c'est ce soir là qu'a été remis le prix des Parfumeurs-Créateurs : tous les deux ans, deux jurys se réunissent pour ce prix dont les participants sont de jeunes parfumeurs de moins de 25 ans. Cette année, le thème était "Le Parfum C'est La Fête". On est d'accord, c'est pas glamour. Tragique ironie, en ces temps sombrement glucosés, c'est un parfum autour du bonbon et du cola qui a été récompensé. Pensé par Virginie Armand (la lauréate donc), ce parfum est un hybride entre le malabar bi-goût fraise-citron et un cocktail rhum-coca. Si ce parfum a le mérite de ne pas être hors-sujet, je crois que mon taux de glucose est assez élévé pour les trois mois à venir... Souhaitons tout de même un bon courage à tout ceux qui ont participé à ce prix 2012 (eh eh parce que c'est pas tout, mais j'ai bien l'intention de participer dans... 4 ou 6 ans ?).

Pour finir le deuxième billet du mois parisien, je vous laisse avec les beaux sourires des grands Jean Kerléo et Maurice Roucel !

Le pouvoir de Patou et la puissance de la Moustache !
Iris Silver Mist soit loué
A la semaine prochaine ;)
J.

jeudi 27 septembre 2012

Déclaration d'un Soir - Cartier : Moment Volé

Lorsque le printemps arrivait, ma mère piquait une fleur de lys dans ses cheveux. Le parfum se diffusait dans chaque pièce de la maison qu'elle avait traversé. Et, lorsque le soir venu, la fleur se fanait en déchargeant ses effluves mortifères, la fleur tombait sur le parquet du long couloir de notre maison.


Barry Lyndon

Quand les lys se faisaient plus rares et que les fleurs fanées jonchaient le sol, déployant dans ce si long couloir le parfum de leur déclin, je savais que les roses n'étaient pas loin. Comme pour faire écho à ma mère, mon père installait quelques pétales de la fleur au revers extérieur de la poche de sa veste. Voir mon père arranger les roses pour les déposer sur son vêtement continue d'évoquer pour moi un acte d'élégance, d'une beauté et d'un raffinement indicible. Dans ce leste geste d'esthète, j'ai enfermé toute la nostalgie teintée du gris de la tristesse d'une époque révolue.

Je revoyais mon père arborer les pétales de rose lorsqu'il dînait avec maman. Elle soignait toujours sa toilette les jours où mon père lui annonçait que le soir ils dînaient tous les deux. Je détestais ces soirs là à l'époque. C'était comme si on m'éloignait à reculons de la table familiale pour être aspiré par le couloir et que finalement, on m'enfermait dans ma chambre. Cependant, quand se dessinaient ces diners, je n'étais pas seul : notre table de bois massif se révélait bienveillante en me laissant allumer la bougie qui réunirait mes deux parents. J'ai toujours aimé le bois de cette table.

J'embrassais ma mère sur les joues, espérant trouver l'odeur d'un lys, puis je déposais un baiser sur chaque joue de mon père, qui exaltait en se baissant  le léger parfum de la rose qui a vécu son temps. Durant le repas, ils ne se faisaient aucune déclaration. Ils se contentaient simplement de se regarder. Je le sais parce qu'il m'est arrivé de sortir de ma chambre et d'observer depuis le fond du couloir mes parents se dire mille choses par le simple échange de regards et d'odeurs. La danse de la flamme engendrait comme une séparation de là où je pouvais les observer. Séparation encore plus marquée par la ligne droite et fière que dressait la cire grise de la bougie. C'était beau. Peut être le plus beau spectacle qu'il m'ait jamais été possible d'admirer.


Barry Lyndon

Assis, invisible au fond du couloir, je sentais les fleurs de lys aux pétales fanés et aux pistils hasardeusement éparpillés sur les côtés du couloir. Alors que la rose, elle, m'a toujours échappé, accrochée qu'elle était à la veste de papa.

L'époque est révolue. Maintenant je ne cesse de tenter de vaines reproductions de ces images gravées dans une mémoire d'enfant. Peut être que l'amour qui émanait de ces dîners opérait en moi des changements merveilleux à chaque instant de mon enfance. La tendresse de cette passion débordait instinctivement dans le cœur du jeune garçon que j'étais. Je les aimais comme l'oiseau chante, comme la rose s'épanouit dans la nature.

J.


mardi 21 août 2012

L'Artisan Parfumeur, Séville à l'Aube – Veuve noire, fleur blanche.




 Par Phoebus.



     J'ai partagé ma nuit dernière entre étudier le dernier Artisan, Séville à l'Aube et aider une amie pour une rupture difficile. Je ne sais pas, parfois le hasard épouse bien la situation - et si j'avais su en appliquant cette fleur d'oranger épicée que ce serait pour sauter dans une voiture en catastrophe quelques heures plus tard, mon choix n'aurait pas été différent.



You can have it all but how much do you want it?
You make me laugh
Give me your autograph
Can I ride with you in your B.M.W ?


     Je suis sûr qu'elle ne remarque rien, mais j'ai toujours une jolie curiosité sur le poignet, chaque fois que je passe la voir. Un test comble parfaitement les 10 minutes à tuer qui me séparent de chez elle, puis s'oublie entre les cendriers sur le balcon. Pourtant dans la moiteur d'un soir d'août, Séville à l'aube s'est révélé délicieusement persistant – mais soyons honnêtes, je n'ai pas attendu qu'il monte à mes narines, j'ai quasiment eu le nez scotché dessus toute la nuit.
     J'ai tout de suite accroché avec l'envolée florale verte et croquante. Certes, sans surprise : ce sont entre autres les notes et les effets qui me séduisent le plus facilement en parfumerie. Pour cause, je serais incapable de discuter de la qualité des matières utilisée, mais ce qui ressort avec évidence, c'est qu'elles sont savamment orchestrées. Au bout de quelques minutes on bénéficie déjà d'une rondeur, d'un fini velouté en soutenance de l'envolée blanche et verte qui rend l'expérience particulièrement satisfaisante. Il s'agit des prémices du fond, une vague de baumes et d'encens contenue derrière ce mur végétal qui irradie de sensualité.



You need to be yourself
You can't be no one else


     Les choses se sont un peu épicées après un énième coup de fil, une décision à prendre, mais cette fois ci c'était la goutte. Pendant que mon amie jetait pêle-mêle des noms d'oiseaux et les affaires de son future ex jules dans un sac de sport, un coin de mon esprit admirait avec attention le twist clairement oriental que prenait SALA. C'est une phase assez décisive pour déterminer si oui ou non on a terriblement besoin de ce parfum : certaines peaux vont gâter de sucre la fleur d'oranger et transformer le porteur en corne de gazelle géante (c'est habituellement ce que fait la mienne, mais pourtant pas avec ce parfum, donc ne balisez pas tout de suite et essayez malgré tout !). A ce stade et si vous n'êtes pas malchanceux, la myrrhe et le benjoin sont plus discernables. Le fond apporte un souffle chaud, sec et vibrant sur la peau, toujours vecteur des bribes d'écho vert et blanc du départ.



You need to find a way for what you want to say
But before tomorrow


     Et nous voilà en pleine nuit dans la voiture, à rouler un peu trop vite pour en finir au plus tôt, jeter le sac, récupérer ses affaires.
     Séville à l'Aube est une composition de Bertrand Duchaufour, inspiré du souvenir d'une nuit andalouse de Denyse Beaulieu. Loin d'être un simple soliflore, ou un exercice de style autour de la fleur d'oranger, SALA est un véritable parfum, construit, complexe, cohérent. Il s'annonce comme un must-have du summer-perfumista, mais je suis sûr que Denyse sera tout aussi contente d'apprendre qu'il vous accompagne d'un bout à l'autre du spectre de la passion.


He sits in a corner all alone
He lives under a waterfall
No body can see him
No body can ever hear him call




jeudi 12 juillet 2012

Onda Eau de Parfum - Vero Profumo : Showtime !

Si l’inspiration initiale d’Angel se situe dans une fête foraine, rares sont les diverses évocations du monde du carnaval en parfumerie. Au diable la barbe à papa et autres joies de la poutine québécoise, l’idée du carnaval se fait avant tout par les symboles.



Le carnaval, la fête foraine ou l’univers du cirque est le monde de la déformation et de l’enfance. Ces deux thèmes se confondent et se répondent tour à tour dans une sorte de manège si fluide que tout semble naturel. Les traits sont déformés, comme l’illustrent le jeu des miroirs ou les yeux des clowns très géométriques (sous forme de traits voire d’étoiles). De plus, les contours de la bouche sont repeints et le nez se fait soit très voyant, soit il est complètement dissimulé. En un mot, cette déformation augmente les sens, et par conséquent les perceptions. Cette modification entraine dès lors un changement de comportement : ce qui auparavant était manifeste et ridicule fait désormais parti de la norme. Rayures, masques, formes géométriques simples : tous les éléments du carnaval et de la fête foraine sont ramenés à un divertissement que les plus jeunes vont vivre pleinement, et que les plus grands vont retrouver à coups de cris et d’expériences de déformation.

Beetlejuice

L’expérience d’Onda en extrait est déjà un grand huit olfactif en soi. Sûrement un jour j’aurais l’occasion d’en reparler ici ou ailleurs, mais c’est face à l’eau de parfum que je décide de faire chapeau bas aujourd’hui : une eau de parfum carnavalesque créée par l’incroyable Véro Kern !
Pour entamer cette fête masquée, deux écrans monochromatiques légèrement rugueux sont projetés au nez : un jaune dont on ne saurait dire s’il était éclatant au temps jadis ou s’il a conservé une pâleur maladive au fil des siècles ; un vert amer, pas criard mais presque, ce que nos amis les romains désignaient par « prasinus ». De ces deux tonalités majeures, le carnaval d’Onda en a fait un système de rayures harmonieux et enjoué, aux matières brutes et déformées, maîtrisé par une poigne de fer.

Onda
Eau de Parfum
Alors qu’au loin jouent des cuivres et des mélodies, on sent la bannière bariolée se mouvoir petit à petit, avec une beauté sans concept, touchant simplement et avec brio la corde de l’âge tendre. Le tout demeure dans une harmonie orchestrale. De la déformation des couleurs et des matières initiales nous arrivons à l’enfance, notamment en communiquant la joie du déguisement, ce déguisement carnavalesque permettant de fêter en quelque sorte une nouvelle facette cachée en nous.
Onda profite ainsi du tumulte de départ pour faire partir une petite procession de fruits, d’épices et de fleurs en tête d’une marche costumée. A vrai dire, Onda crée une nouvelle forme olfactive complétement déformée par rapport à la plupart des insipides jus du commerce si fades et si vulgaires, définissant ainsi une nouvelle norme. Les notes très sales du fond de l'eau de parfum deviennent magiques, sourdes comme des rires de clowns cruels, mais exaltants pour l'enfant amateur de sensations qui est en nous.

Et c'est d'ailleurs ce fond, ces ultimes notes, ces derniers gens du défilé qui donnent la complexité et la grandeur d'Onda. Ses dernières notes sont des sortes de fantômes de gens qui ne concernent que nous, que nous sommes les seuls à voir, qui nous racontent une histoire qui transformera seulement notre personne. En ce sens, l'amateur d'Onda - le perfumista - est le marginal qui voit ces fantômes qui défilent à la toute fin du carnaval orchestré par Véro Kern. Des fantômes qui ne font pas peur, non, mais des fantômes qui sont là pour réveiller ces histoires enfouies en nous et qui ont façonné notre enfance à travers des dessins et des gribouillis dans les cahiers. Les musiques festives des fêtes foraines et des manèges revivent à travers eux dans un éclat lumineux et intense, décuplant nos sens et notre manière de sentir, de penser.

Et face aux gens qui crieront "C'est quoi ce cirque ?", contentez-vous simplement de rigoler.
J.