Affichage des articles dont le libellé est Anncik Goutal. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Anncik Goutal. Afficher tous les articles

lundi 16 avril 2012

Les Soliflores Annick Goutal


Par Phoebus




       ... Et je me rends compte à l'instant que je n'ai jamais écrit de billet sur la maison Goutal ?! Pourtant Dieu sait que je l'aime. Mon cas est assez simple à expliquer : si je devais être abandonné dans un village fermier d'Europe de l'Est à mille lieux de toute parfumerie potable... Ma foi je survivrais en n'emportant que des soliflores d'Annick Goutal dans mon baluchon.

       Oui, à ce point.





       Ne jamais sous-estimer l'importance des solinotes : ce sont eux qui permettent de se faire une réelle idée sur la marque. Ils donnent le ton, l'esprit, l'intention. C'est un exercice de style à part entière, officieusement obligatoire pour les marques alternatives.
       La plupart, pour refléter leur bonne foi, choisiront des notes simples qui collent au plus près de la réalité, quitte à ce que leurs soliflores restent éternellement dans l'ombre des champions en titre – l'exemple le plus frappant étant la mode du "je fais un iris parce que ça fait toujours bien d'avoir un iris"... Mais, la mouillette en moustache, tout le monde esquive le regard émerveillé de la vendeuse parce que c'est juste super embarrassant de nous balancer un iris moyen comme ça alors qu'il y a déjà Iris Silver Mist dans le paysage.

       D'autres marques, Goutal en chef de file, ne connaitront jamais ce problème, pour la simple et bonne raison qu'elles ont une vraie "patte" comme on dit. Un oui mais pas que. Une identité, un message, c'est dingue comme l'ensemble de la gamme est finalement très cohérent sans jamais tomber dans la redite, une fois qu'on a tout senti. Pour cela, pas de secret, c'est grâce à un duo de choc, un nez – Isabelle Doyen – et un cœur – Camille Goutal.

        Après avoir trempé leur pinceau dans la transparence d'un verre de muscs blancs et d'hédione, elles l'imbibent d'une couleur pastel, en piochant dans leur palette de fleurs. Avec leurs soliflores j'ai toujours l'impression qu'elles cherchent à nous dépeindre ces jeunes actrices au cheveu fin, au nez court et au regard clair. L'air mutin, l'épaule jetée, le sein qui tient encore sans soutien-gorge, fier et parfait.

       Évidemment, irréductible, je faisais parti des rares conquis par le dernier Mimosa de Goutal, qui a un peu agité la blogosphère. Sans doute parce que contrairement à beaucoup de déçus je ne m'attendais pas à retrouver sous une lumière crue la note typique des petits pompons jaunes. Non, chez Goutal si le nom est une cible, la flèche ne tombe jamais en plein centre – mais il faut dire que le centre n'était pas visé de toute façon. Cette interprétation du Mimosa s'ouvre sur un accord de pêche mûre et duveteuse, tout aussi doux et coloré que la fleur. Les muscs blancs et ronds, familiers – on pourrait presque les qualifier de "goutaliens" – prennent la relève et oh !... Voilà enfin, en diva qui sait se faire attendre, le mimosa légèrement épicé. A porter cet été entre deux rayons de soleil, si vous savez sourire.

Dianna Agron - Le Mimosa


       La Violette a mit un peu plus de temps à me conquérir : les violettes sont le chasse-gardé de ma mère. Ah et, "accessoirement" je n'aime pas la violette... Je suis toujours frustré par sa timidité, sa fugacité. Mais pour dessiner cette violette là, le pinceau gonflé de muscs laisse courir de larges sillons mauves sur du papier en sucre à grain serré. La violette, encore une fois loin du souci de paraitre naturelle, se veut plutôt bonbon à l'ancienne. Le sillage est mauve, vif et translucide, finalement très portable pour du bonbon : sans jamais être écoeurante, elle reste présente et claque comme une bulle de chewing-gum sous le regard défiant d'une collégienne.

Mélissa Mars - La Violette


       Le Jasmin est un peu à l'opposé du spectre, dans le sens où il évoque davantage la femme que la jeune fille. Et ce malgré la filiation avec Petite Chérie, suffisamment évidente pour ne pas la développer : on retrouve le duo poire juteuse – muscs en tête, mais le soliflore se distingue par la suite. Tout en transparence, débarrassé d'indoles, un jasmin vert et frais s'installe sur la peau. C'est ce qui le rend si "easy to wear" pour un jasmin, mais l'eau n'est calme qu'en surface : en sourdine, il crépite comme un nuage avant la pluie, sa verdeur devient presque entêtante... Il a ce petit côté femme fatale orageuse (pour ne pas dire chieuse), au ricanement menaçant comme le tonnerre, débordante d'assurance.

Ashley Greene - Le Jasmin


       Une autre déclinaison du bien-connu thème de Petite Chérie se retrouve encore dans Le Muguet. Je l'ai découvert cette semaine, je ne sais pas pourquoi je n'étais pas curieux de le sentir avant... Peut-être parce que, comme le dirait quelqu'un que je connais, "porter du muguet, c'est toujours un peu chiant" ? Certainement. Mais, héhé, vous commencez à connaitre la chanson maintenant, ce n'est pas franchement du muguet chez Goutal ! C'est une interprétation de la fleur du bonheur, construite autour d'une colonne vertébrale de poire pas encore mûre, cajolée de muscs et d'hédione. Les fleurs blanches sont traitées de manière astringente, et font ressortir leurs facettes vertes du mieux qu'elles peuvent. Malgré tout je n'arrive pas à cerner précisément le parfum des petites clochettes blanches, et il est vrai que cette interprétation du muguet se veut avant tout portable : elle compte sur un sillage un peu lessiviel à la Chloé pour évoquer la blancheur et la pureté du muguet. Blanc et pur, mais surtout textile et hypersage comme un chemisier boutonné jusqu'en haut. C'est marrant comme une fleur cataloguée "chiante" arrive à se dégager du qualificatif justement sans chercher à se dévergonder mais, au contraire, en allant à fond dans la direction opposée, comme par fierté ou esprit de contradiction. By the way, je pense qu'il s'agit du 'flanker officieux' de Petite Chérie que je préfère.

Lana del Rey - Le Muguet



       Bon, promis, là j'en ai fini avec les variations d'un demi-ton de Petit Chérie. J'aimerais vous parler de roses, et la raison voudrait que j'évoque Rose Absolue, premier soliflore rose de la marque, mais... je le trouve d'une platitude affligeante, et pas plus original ni plus complexe que le parfum d'un papier toilette un peu cher. Mon cœur est tout entier tourné vers la dernière Rose Splendide. 

       J'ai dit tout le bien que j'en pensais dans un article sur Auparfum, à sa sortie, au printemps dernier. En voulant le ressentir deux mois plus tard, la vendeuse m'apprenait qu'ils n'avaient déjà plus de flacons en stock ! Victime de son succès, ce qui était prévu pour être une édition limitée restera un peu plus longtemps dans les backs finalement ? 
Je ne connais que l'eau parfumée, mais je ne crois pas qu'elle diffère de l'eau de toilette. Une chose est sûre : elle reprend le délicieux accord de la gamme soin de la marque. La rose est fraiche, à peine fruitée (vraiment, à peine pour une fois) sertie d'herbe coupée. Elle se fond près de la peau sur des notes de magnolia légèrement cosmétique. Mais ma partie préférée reste le fond-du-fond-de-l'archi-fond, dont la fine amertume m'évoque les pépins de pomme. Une rose citadine, matinale, les pétales en friche, délicieusement imparfaite.

Mélanie Laurent - Rose Splendide



       Parler toute la soirée couchés dans l'herbe, courir pieds nus jusqu'à la maison quand tombe l'averse, respirer les bouquets de jonquilles dans l'entrée en écartant une mèche de cheveux trempés...

       J'ai gardé mon préféré pour la fin. Un coup de cœur immédiat... Je ne saurais pas dire s'il sent le chèvrefeuille de près ou de loin puisque je n'en ai jamais senti. Reste que ses notes de narcisses, de lierre et d'herbe coupée en font un délicieux parfum vert, sans aucun rapport avec le Chèvrefeuille d'Yves Rocher. Les jonquilles sont une des rares odeurs qui ont marqué mon enfance, et je suis assez dépité de ne pas pouvoir plus en retrouver l'odeur en flacon....J'espère avoir des amis parfumeurs dans une dizaine d'année pour remédier à ça, mais en attendant je me contenterai du Chèvrefeuille de Goutal. Son départ légèrement citronné, fugace, reste symboliquement présent tout le long grâce à l'acidité du cœur floral (acidité que je retrouve dans Grand Amour, d'ailleurs). Pour ce qu'il m'évoque, par sa richesse insoupçonnée et par la finesse avec laquelle il est traité, ce parfum a un pouvoir incroyablement apaisant sur moi. J'aime quand il m'accompagne dans la fraicheur des nuits printanière, mais mon échantillon se vide dangereusement vite..... Je veux tous les soliflores, mais aucun doute dans l'ordre de mes priorités : c'est ce flacon là que je vais rechercher en premier.

Jennifer Lawrence - Le Chèvrefeuille



       Et il y en a bien d'autres, mais je n'en parlerai pas ce soir : la tubéreuse, gardénia passion.... Et puis il y a les discontinués, comme Des Lys, que j'aurais bien aimé sentir... Enfin il y a ceux qui sont sur la sellette, comme le Néroli !! Une vendeuse m'a dit qu'ils allaient l'arrêter, c'est à n'y rien comprendre : il est pourtant salué et reconnu par les amateurs de parfum comme l'une des plus belles fleur d'oranger du marché... 



       Bref, voilà. Je sais que ça peut paraitre louche de parler en des termes aussi élogieux d'une marque, mais là ce n'est ni plus ni moins qu'un cri du cœur : Isabelle je t'aiiiiiiiiiiiiiime ! <3

mardi 9 août 2011

Do You Want To Go To The Plage With Me ?



Chez Dr Jicky & Mister Phoebus, on s'est toujours fait comme spécialité maison le racontage de life. Pour tout vous dire, au moment où j'écris, nous sommes le 6 août 2011 et il est 1h44 sur l'iPod que j'ai emprunté à ma soeur (spéciale dédicace à elle, qui est toute de N°5 Eau Première vêtue). Cela faisait cinq minutes que je me tatais à prendre cette feuille et ce stylo qui me faisaient de l'oeil. Et j'ai cédé. Après tout, c'est toujours dans dans ces heures là que "l'inspiration m'habite" (*ouh... y yé vé rajouter oune protubérance sous la lobe !*)

Cela va faire une semaine que je vis quarante-cinq clichés que j'amasse dans un panier marseillais, après deux semaines passées dans une zone du Var où l'ascension du mont Everest est nécessaire dès que l'on souhaite obtenir une misérable barre de réseau.

Une retraite dont tout le monde rêve. Oui, ce sont les bien les vacances d'un (très élégant :p) jeune homme de 17 ans. (je pourrais rajouter à la place de cette parenthèse une sympatique petit phrase du genre "pas d'impôts, pas de pluie, pas d'boulot", cependant je tiens à nos lecteurs majeurs).

Mais bon, pour avoir observer des "jeunes" à la plgae, un mec de 17 ans, par le caleçon de Jacques Guerlain c'que ça peut être chiant ! Ca bronze, ça fait du bruit, ça s'arrose, ça frime, mais surtout... ça pue ! Ca se pavane sur le port en soirée avec des "potes", et comme j'ai pu le lire dans le Paris Match (avec la Une sur Amy Winehouse) présentant un article sur le mec des Strokes, égérie du nouveau Décibel d'Azzaro : "ça sent fort l'adolescent qui souhaie masquer un manque de savon" (citation approximative, vous m'excuserez).

Tous ? Non ! Un 'tit gars irréductible se parfume encore et toujours avec goût et assurance ! (enfin... j'espère).

copyright à "mon souffle divin"
Il est maintenant 1h57 sur cet éternel iPod, et j'ai passé ma journée avec le Dieu de L'Eté : Ninfeo Mio. On raconte que les amours d'été sont éphémères, mais au risque de vous décevoir, je n'ai pas flirté avec Brin de Réglisse. Mon couple avec Ninfeo Mio est éternel. Cette simple réflexion (naïve, je suis un ado bercé d'illusions, j'insiste) veut tout dire : me voila incapable de me lever sans tête hespéridée, ni de me coucher sans fond de figuier. Incapable de ne pas vanter mon alter égo olfactif chez le coiffeur, auprès d'amis d'enfance, de chats, et même incapable de ne pas clamer un "Putain je sens trop bon" à ma fenêtre, sous le regard hébété de mon voisin.

Ironie du sort ou fatalité du destin, j'ai un figuier dans le jardin, et la plage la plus proche de mon antre aux miasmes Goutaliens n'est autre que l'Estaque, représentation idyllique de Ninfeo Mio. et comme le disait feue miss Winehouse (décidemment, il n'y a pas de hasards, juste une suite d'événements dont la logique nous échappe), "l'amour est un jeu dont on sort perdant". Ninfeo et moi (Mio - Moi... toujours cette logique hasardeuse, encore plus troublante lorsqu'on sait quand on est perfumista quand le correcteur d'orthographe des ordinateurs remplace toujours "Mio" par "Moi"), nous pimentons notre couple en nous trompant toujours un peu.

Me voilà ainsi avec la Cologne du 68 de Guerlain, dont le regard chocolat et le teint halé aux odeurs de peau de femme me séduisent. Me voilà avec l'éternel Shalimar, avec qui je m'acoquine en mode "eau de parfum vintage", dans une relation torride dont je tairai le contenu (j'ai moins de 18 ans oh !). Me voilà faire du pied à Philosykos, à répliquer aux coups de Vitriol d'Oeillet, à me faire bercer dans les bras d'Angel en eau de toilette (dont vous entendrez bientôt parler en exclusivité chez nous), à me faire charmer par le pétillant Still Life d'Olfactive Studio, à retourner en enfance en donnant les mains à L'Heure Brillante et Iris Ukiyoé et à rêver vertical avec Iris Silver Mist.

Ces amourettes n'en sont pas. Vous, perfumistas, vous le savez tous autant que moi, notre nez n'appartient pas à un unique parfum.

copyright à "mon souffle divin"
Voici donc un article pas très utile, pas très pertinent et pas écrit dans la plus recherchée des proses, mais j'espère y avoir transmis ce que je ressens à l'instant où l'encre bleue de mon stylo grave ma feuille (double) à jamais : la joie de vivre, la simplicité et la spontanéité. 

Il est maintenant 2h24. Cela va faire 40 minutes que la même chanson tourne dans mes oreilles et, pour être honnête, tout se relâche dans ma tête et je jurerais presque avoir un début de mal de crâne. Je pensais écrire un article sur Ninfeo Mio, mais ces quelques lignes en disent tout autant : il mérite d'être adoubé en tant que parfum du bonheur.
Je ne sais pas quand je publierai cet article, bientôt surement, mais quand vous aurez fini de lire la petite signature "J" en bas à droite, allez - non, courrez - vous aspergez de votre parfum du bonheur à vous, et partagez ce moment avec vos proches, avec votre flacon ou même ici.

Do you want to go to the plage with me ? J'espère bien
J.



jeudi 16 juin 2011

Trois Petits Figuiers

Les Trois Petits Figuiers - © EG pour J&P
Il était une fois, trois petits Figuiers, tous pleins de fruits charnus, et qui s'aimaient tendrement, tout en étant très différents. Le Premier petit Figuier aimait manger et dormir. Le second, le Boisé, aimait la nature et le grand air et le troisième, le Minéral était plutôt sérieux, il aimait lire sur des rochers, face au Soleil à la mer. Ils eurent un jour envie de voir du pays. Aussi, après avoir embrassés leurs mamans respectives (sachant que le Premier et le Minéral étaient frères et embrassèrent la même mère), ils se mirent en chemin.

Mais un matin, ils apprirent une terrible nouvelle : le grand Méchant Loup était revenu au pays ! Et d'après les rumeurs que chuchotaient les molécules odorantes dans l'air, il était proche !


© EG - le Premier Figuier
"C'est notre pire ennemi, c'est nos mamans qui l'ont dit !" s'exclamèrent les trois petits figuiers. Tous les parfums du voisinage ayant regagné leurs maisons, les pauvres petits figuiers comprirent qu'il leur fallait s'en construire une au plus vite. Le troisième petit figuier se mit tout de suite à creuser de bonnes fondations : il voulait construire une maison de pierre. Quant au Premier, il se hâta de tresser des brins de paille qu'il avait trouvés sur une meule voisine : le soir même il acheva sa paillote et put y dormir à l'abri sans plus penser au Méchant Loup.

© EG - le 2nd petit figuier : Ninfeo Mio


Le second petit figuier planta des piquets aux quatre coins de sa cabane de bois et disposa comme il put des branches pour faire les murs, les fenêtres et de quoi meubler sont intérieur. Contrairement à son habitude, il travailla même le deuxième jour pour poser son toit avant d'aller jouer : "qu'il vienne, ce Méchant Loup !" clama-t-il après avoir achevé son oeuvre.


© EG - le 3ème petit figuier : Philosykos


Le troisième jour, le troisième petit figuier avait cimenté le dernier rang de pierre. Ses amis se moquaient bien un peu de lui et de son travail acharné. Lui le disait rien mais, en assemblant sa charpente, il pensait : "pourvu que j'aie le temps de finir !". Le soir, la maison étant achevée, il réalisa qu'il manquait une cheminée : il se remit  à l'ouvrage et, toute la nuit en construisit une bien solide.




Le lendemain, l'évidence ne fit hésiter aucun des figuiers, la grosse voix avait retenti dès le lever du jour : "qui a osé s'installer dans MA clairière ?" gronda le Méchant Loup. Puis, voyant que ce n'était que trois petits figuiers boisés, il se ravisa : "Hum... moi qui rêvait de m'amuser un peu, voilà une réelle opportunité de "jouer" avec les figuiers jusqu'aux notes de fond...".
Entendant cette sombre voix, les trois figuiers, leur sève glacée d'effroi, se ressaisirent et coururent bien vite se mettre à l'abri, chacun dans sa maison.

Le Méchant Loup se précipita sur la paillote du Premier Figuier, et vaporisa si fort son parfum, que la protection du Premier s'envola tout de suite. Profitant du petit essouflement du Méchant Loup, le malheureux petit figuier se précipita chez son ami.
"Au secours Ninfeo ! Ouvre-moi vite !". Le Boisé lui ouvrit, et le Premier se réfugia dans la cabane de bois de son ami. Le Méchant Loup s'approcha alors de la cabane et atomisa si fort son jus que celle-ci trembla, craqua... mais résista ! Surpris, le Méchant Loup inspira alors plus profondément et vaporisa, vaporisa si longtemps que la cabane du second petit figuier s'éparpilla autour des infortunés bijoux parfumés.

Tandis que le Méchant Loup toussait tout en reprenant son souffle, les deux petits figuiers coururent chez leur ami : "Au secours Philosykos ! Ouvre-nous vite !". Et le plus sérieux des trois figuiers, ouvrit sa porte et le Premier et le Boisé se réfugièrent dans sa maison de pierre. Alors le Méchant Loup se planta devant la maison de pierre, ôta son bouchon pour mieux vaporiser sa colère, retroussa ses manches, inspira et pulvérisa comme il l'avait fait sur la cabane.
La maison ne bougea pas.

Les 3 Figuiers protégés - -© E. G.

Une fois qu'il eut bien toussé quelques gouttes de son jus, craché notes de tête et juré sur ses notes de fond, le Méchant Loup reprit son souffle. A l'intérieur, les trois petits figuiers étaient dans la plus grande des angoisses. La seconde pulvérisation fut encore plus grande et plus longue, et sa puissance était incroyablement plus impressionnante que les précédentes. Mais la maison tint bon.

Fou de rage, le Méchant Loup s'étranglait, haletait, et à l'intérieur, les petits figuiers s'embrassaient, pensant que ce serait la dernière fois. Le Méchant Loup inspira si fort qu'il créa une tempête parfumée, et vint la vaporisation, la dernière, la plus terrible... Tout s'envolait autour de la maison de pierre : herbe, terre, cailloux, tout... sauf la maison ! Epuisé, humilié, le Méchant Loup s'éloigna.

Les trois petits figuiers tremblèrent de peur encore très longtemps. Ce n'est que tard dans la nuit qu'ils purent fermer leurs bouchons et se reposer, blottis les uns contre les autres. Mais au petit matin, réveillé par des bruits de frottements de verre sur le toit, le troisième petit figuier secoua ses amis : "Vite ! Aidez-moi ! Allumons le feu sous le distillateur !". Tandis qu'ils vaporisaient du vent pour attiser le feu, de la suie tombait dans le distillat.

Le distillateur bouillonnait quand une énorme masse noire s'abattir dans une gerbe d'étincelle, d'huiles essentielles, et surtout de cris : "Waouuuuu !!!". Brûlé, ébouillanté, pelé et parfumé clandestinement et à vie, le Méchant Loup ressortit aussitôt par là où il était entré.

Les 3 Petits Figuiers , se reposant sous la voute étoilée - © EG pour J&P
On raconte que dans la clairière, on peut encore voir trois petites maisons de pierre. Mais ce n'est pas vrai. La vérité, c'est que le troisième petit figuier agrandit sa maison pour accueillir ses deux amis et les deux mamans, Olivia et Isabelle (ainsi que tatie Camille les jours où la sieste et les festins le permettent). On dit aussi que Premier Figuier fabriqua des lits douillets pour se reposer sous les autres vrais figuiers, que Ninfeo Mio installa un hamac, et que Philosykos bâtit une bibliothèque de pierre, pour se détendre en fin de journée, au coin de la cheminée...
J.

Texte librement inspiré de la version de  Jean Claverie des Trois Petits Cochons

mardi 24 mai 2011

(Ceci n'est pas un article) Amour, parfums et cigarettes : une histoire d'addictions.

Par Phoebus.

       J'ai écris cette nouvelle entre deux séances de révision pendant le mois de mai, et ça a donné quelque chose de plutôt sérieux donc tant qu'à faire... Autant vous la montrer ? C'est une réflexion sur les addictions, à travers la relation qui lie deux personnages (l'un des deux étant la Pernelle de l'article sur les histoires de parfums pour le bureau, perfumista notoire). Enfin bref, si vous avez du temps et si vous voulez savoir comment les parfums peuvent sauver quelqu'un... Bonne lecture !
(PS : les clichés des premiers paragraphes s'envolent très vite, rassurez-vous).




          La cigarette du matin, c'est celle qui m'a le plus manqué, au début. Sans rire, j'en rêvais la nuit parfois. Et de frustration, arrivé au point du rêve où l'on comprend qu'on est en train de rêver, que le feu dans les poumons est factice, factice l'odeur de la fumée, imaginaire le nez qui pique, c'est le réveil, c'est le manque. C'est moi, droit comme un I dans mon lit, les yeux grand ouverts, faisant la navette entre le plafond, le radio-réveil, le plafond. J'attends 7H00. 7H00 ne vient pas. Le plafond.

         Je gratte le matelas du bout des ongles, je tortille des orteils, je m'en rend compte, j'arrête tout de suite. Pernelle dort à côté.
7H00, c'est pour elle. Pas pour moi. Elle, elle travaille. Elle ne rêve pas de se cramer les poumons. Pernelle, elle rêve de smileys, de poneys, d'arc en ciels. De parfums, aussi, je crois, c'est elle qui le dit. Elle se parfume toujours avant d'aller dormir, ça doit aider. Elle a un tiroir où elle entasse tous ses échantillons (je ne sais pas très bien comment elle se les procure, tu me fileras l'adresse de ton dealer que je lui dis des fois, et elle me fusille du regard - même pour rire elle ne veut plus que j'évoque le fantôme de mes années sombres). Les échantillons, donc, c'est son rituel, elle en prend un au hasard dans sa boite en fer forgé après la douche, avant de se glisser sous la couette. Le creux des coudes, les poignets, le cou – sa sainte trinité. Les coudes et les poignets, c'est pour elle, évidemment et c'est très drôle de la voir se contorsioner subitement toutes les trente secondes ; comme prise d'une impulsion souveraine, elle se bat avec les draps pour qu'enfin, ENFIN elle puisse renifler son poignet. Et soupirer d'aise. Et sourire niaisement. Une bonne trentaine de fois avant qu'elle ne s'endorme – et que je puisse aussi m'endormir à mon tour...
       Mais le cou ? Le cou, c'est pour moi.

       J'ai mis du temps à le comprendre. Sans doute parce que je n'ai retrouvé l'usage de mon odorat que très, très récemment. Après des années passées à m'auto-détruire consciencieusement, j'ai rencontré Pernelle. Elle avait la volonté que je n'avais pas de me reconstruire pierre par pierre. De me nourrir pour adoucir les angles de mes côtes et de mes pommettes. De rafistoler ce qu'il y avait à rafistoler. De passer un coup de fil à mes parents à Noël. Mais pour mon odorat, Ô mon odorat. Elle était catastrophée, elle a pleuré pendant des heures quand je lui ai dit que je ne sentais plus rien depuis longtemps. Pour elle, qui éprouvait une empathie disproportionnée envers ces chats d'Amérique Latine à qui on coupe les moustaches, c'était inconcevable, terrible. Alors on a vu un doc pour ça. Elle m'a fait toute une scène, moi je m'en fichais, à quoi bon, tu sais, ce que j'ai oublié ne peux pas me manquer, et puis c'est cher et puis et puis.

       J'ai cédé, elle m'a convaincu. On l'a vu. Et il n'y a rien à faire Monsieur, je suis désolé pour vous. Prenez donc une brochure : "C'est un pic, c'est un cap, et ça ne sert plus à rien : apprendre à vivre sans odorat".

Une fois dehors.
  • tu vois.
  • Je vois quoi.
  • Je te l'avais dis, glissai-je entre deux nuages gris désabusés.
      Je savourais ma cigarette, ma victoire, son amertume – maigre consolation, il me restait le sens du goût.


       Mais le cou, donc.
Un matin, 7H00 nous a réveillé tous les deux (une époque pas si lointaine où je dormais encore comme une loutre). Comme en fait il était sept heures moins cinq, une idée de Pernelle, ça nous laissais cinq minutes pour trainasser, maugréer, se câliner et bâiller. Tout ça à la fois sur fond de crachotement radiophonique mal réglé. Hit miousique on' lit.
Sauf que. Sauf que ce matin. Ce matin donc. Je l'ai appelé Josy.

       Blanc. Regard torve. L'air de dire, hum, t'es pas crédible dans le rôle de l'homme à femme qui mélange le nom de ses conquêtes, et puis t'es pas drôle. Et va te brosser les dents si tu veux continuer à m'embrasser. Elle s'est levé, je l'ai retenu par un pan de drap, déboussolé, j'ai plongé la tête dans son cou, elle m'a repoussé, tu sais bien que j'ai pas le temps je vais être en retard au. Je l'ai coupé.

  • Tu portes Shalimar ! Je me suis écrié.

       C'était léger, étrange, translucide, le fantôme d'une sensation que je n'avais plus connu depuis longtemps. L'impression que l'air autour du cou de Pernelle avait un peu plus de relief, un peu plus de teinte. Un accord qui résonnait en moi, lointain, familier. Une vision s'est imposée à moi : celle de ma tante Josy, qui n'était pas ma tante en fait mais bref, Josy qui me gardait pendant que mes parents travaillaient à l'Elysée, Josy très dadame, avec son manteau Léopard, ses godillots dorés, sa permanente pour avoir les cheveux très bouclés. Josy, toujours flanquée de ces deux choses qui ne la quittaient jamais et la suivaient partout, même aux toilettes : Amadeus (son yorkshire nain blond, grand vainqueur du concour canin la truffe d'or de 1984 à 1987) et le puissant parfum qui imbibait le col de son manteau en imprimé-léopard : Shalimar.

  • Oui, oui, souffla Pernelle, la voix blanche. Tu as reconnu ? (C'est pas une blague ? Non ?). Mais alors... Ca veut dire que tu peux ? Tu peux encore ..?
  • Il semblerait...

       Je n'étais pas certain, c'était si léger, mais je n'ai pas pu penser à Shalimar par hasard, il devait bien y avoir un lien de cause à effet, non ? De son côté, Pernelle exultait, je l'ai même entendu chanter sous la douche, et elle m'a gratifié d'un "on en reparlera ce soir" avant de refermer la porte d'entrée avec énergie.

       J'ai essayé de me rendormir, en vain. Étendu en diagonale sur le lit, j'avais parfois des rictus, comme des spasmes en réalisant qu'un parfum était venu chatouiller mes narines quelques instants plus tôt, après toutes ces années d'anosmie intersidérale. Je n'arrivais plus à me focaliser sur autre chose, je visualisais des volutes ocres, mordorées, oranges et Terre de Sienne, qui se mélangeaient sans s'altérer, dans une harmonie parfaite. Sans ambition précise, je me suis installé dans la pièce de l'appartement de Pernelle qui me servait d'atelier, et après avoir dégagé toutes les toiles inachevées qui encombraient l'espace, j'en ai pris une nouvelle pour tenter de coucher mes souvenirs en peinture.
       L'abstrait n'est pas vraiment le genre que je maitrise le plus mais cela faisait vraiment longtemps que je n'avais pas terminé une toile – et encore moins en aussi peu de temps !

       Un peu plus tard, une idée commençait à me démanger. Je suis sortit dehors, et en chemin je repensais au sourire de Pernelle. Je devinais que la perspective de pouvoir partager avec moi sa passion pour la parfumerie allais sans doute la rendre aussi sautillante et excitée qu'Amadeus (du moins avant que je ne lui marche dessus par inadvertance en 1988, après il ne sautillait plus le pauvre, n'a plus remporté aucun concours et mes parents ont dû engager une autre nounou - mais je ne marcherai jamais sur Pernelle).
       Je jetai mon mégot avant d'entrer dans une boulangerie.

       J'en suis ressortit déçu, et avec deux-baguettes-pas-trop-cuites-s'il-vous-plait.
       Quelque part, je m'attendais...Hé bien je m'attendais à sentir le pain. Mais non. L'air était neutre, sans teinte ni relief, comme partout où je vais depuis...Oh je ne sais plus depuis combien de temps je suis anosmique. Longtemps.
J'ai toujours déclaré que mon sens de l'odorat ne me manquait pas. Ne pas pouvoir identifier la mare stagnant entre deux bennes à ordures débordantes comme étant de l'urine ... est d'ailleurs plutôt utile quand tu dois te réfugier deux fois par nuit dans une ruelle étroite pour utiliser ton matos tranquille. Et puis les parfums, honnêtement, je ne m'y suis jamais intéressé, c'est un luxe de gonzesses. Je ne suis jamais entré dans un Sephora de ma vie – Dieu m'en préserve. Alors bon, mon odorat...
       Seulement, il y a des odeurs auxquelles j'étais attaché. Celle du pain chaud, je m'en rappelle, c'était l'une de mes préférées. J'aimais aussi tondre l'herbe devant chez mes parents pour sentir cette odeur verte un peu désagréable, qui finissait par me faire éternuer. Le white spirit. Les tubes de gouache. Les fusains. Et le café. Et le tabac. Oh oui, j'adorais l'odeur des paquets de cigarette.


Mon odorat me manque.


       L'après-midi, je suis partit en expédition dans la boite en fer-forgé de Pernelle. Je l'ai jeté sur le lit, clang, avant de sauter la rejoindre (re-clang). Allongé sur le ventre, la tête dans la boite, j'extrayais un à un les petits flacons, en examinais la couleur, les débouchonnais consciencieusement, les reniflais, RIEN, remettais le bouchon et rebelote.
       J'avais gardé le petit flacon orné d'une étiquette où on distinguait tant bien que mal "Shalimar" pour la fin. Mais, non, rien, cette fois pas de tante Josy à l'horizon. Cette fois c'est plat, aussi plat que le reste. Shalimar est tristement allé rejoindre l'immense pile des "ça sent pas". Il n'y avait rien du côté "ça sent". J'avais donc fabulé ce matin. J'avais peut-être entendu Pernelle parler de Shalimar la veille, sans vraiment écouter, et m'en suis rappelé inconsciemment au réveil et... Bon sang je resterai anosmique pour toujours.
       Je n'avais pas la force de me lever pour me cogner la tête contre les murs. Alors j'ai pris mon oreiller et l'ai plaqué sur mon visage pour étouffer ma plainte.

       Quelques heures plus tard, Pernelle est rentrée en sonnant les clairons, les poches débordantes de mouillettes qu'elle tenait à me faire sentir, parce que bon, ho, là, faudrait quand même sérieusement songer à me trouver un parfum, le déodorant axe ça va bien cinq minutes.

       Je ne pouvais pas lui répondre, le visage écrasé contre l'oreiller, et je ne voulais pas retirer l'oreiller parce que...Je transpirais des yeux. On va dire. Mais Dieu merci, elle a percuté toute seule. Je l'ai entendu poser son sac, faire couler le robinet, se moucher, feuilleter un magazine, trainer les pieds jusqu'à moi, tout ranger dans sa boite en fer forgé, ranger la boite, s'assoir à côté de moi, se taire un instant.

  • Tu...Tu veux que je te fasse à manger ? (Elle rectifia :) Remue les pieds si tu veux que je te fasse à manger.

       Je me suis raidit davantage.


*****

       Mais en fait – et la prise de conscience est venue bien plus tard, des semaines après cette journée – j'étais en mesure de récupérer mon odorat très facilement. Depuis longtemps. C'était tout bête : je devais arrêter de fumer.
       J'ai toujours fumé comme un pompier, mais ça Pée ne le considérait pas comme un danger direct pour notre histoire. Lorsqu'elle m'a relevé d'une poigne de fer par le col, Pernelle m'a lancé un ultimatum, c'était elle OU toutes les joyeusetés qui transformaient mon cerveau en coton. Étrangement, ça n'a pas été si dur de tirer sur la chasse d'eau en guise de verdict (oui parce qu'elle avait de toute façon jeté le contenu de mes petit sachets plastiques dans la cuvette). Dans la zone de mon cerveau qui contrôle les addictions, ce n'était pas vraiment un choix, c'était plutôt une substitution. Ce n'était pas elle ou, mais elle à la place de. Je suis vraiment devenu dingue d'elle à partir de ce moment là.

       Sauf qu'une ligne ne vous rend anosmique que l'espace de 48 heures. Et que nous sortons ensemble depuis presque deux ans. Si on fait le calcul...

       Un matin, 7H00 ect, vous connaissez la chanson, hit miousique on'lit, avance rapide jusqu'au câlin-bonjour, alors que j'étais incroyablement dans le coltard, j'ai demandé à ma petite Pée clochette si c'était elle qui avait eu l'adorable idée de faire griller des toasts.
       En guise de réponse, elle a faillit s'étrangler avant de m'avouer d'une voix prudente et un peu plus aiguë que d'habitude, qu'elle portait .... (suspense)... Jeux de Peau (et moi de la regarder comme une poule devant un couteau ; il a fallu qu'elle m'explique plusieurs fois qu'un mec avait récemment eu l'idée de faire un parfum à la brioche avant que je ne la rejoigne dans un rire nerveux).
       Hé, finalement, je l'ai eu mon odeur de boulangerie...

       Mais cette fois-ci, je ne me suis pas emballé, j'ai profité de l'instant (Pernelle est arrivée en retard au travail d'ailleurs). Je n'ai pas cherché à me dire que j'avais recouvré mon sens de l'odorat de façon définitive, pour ne plus tomber de haut.
Cette fois encore, je me suis installé dans mon atelier, et la chose que je désirais le plus au monde à ce moment là, c'était de peindre une jolie brioche avec de la peinture à l'huile. Bien texturée, la brioche. Légèrement carbonisée...

       Hmm ?

       Carbonisée, carbone, brûler, fumée, feu, tabac, cigarette : l'esprit humain est un peu étrange, il peut s'obstiner à ne pas voir ce qui est sous son nez pendant des années, et il suffit parfois d'un seul mot pour déclencher une cascade d'associations d'idées. En l'espèce, je ne sais pas très bien comment je suis passé de la brioche brûlée que j'étais en train de peindre, au fait qu'hier soir, par manque de provision, je n'ai pas eu ma dose de feu, mais toujours est-il que ça c'est fait. Et que les même facteurs étaient réunis pour le matin-shalimar.
Victoire ?

       C'est ainsi que j'ai pris la décision un peu abrupte d'arrêter de fumer complètement. Comme ça, du jour au lendemain, de deux paquets par jour à rien. Tous nos amis nous ont dit que c'était impossible, et j'aurais pensé pareil qu'eux, il y a quelques temps. Mais mon désir de retrouver mon sens de l'odorat était si fort que... Qu'il fallait que j'essaye... Bon, je l'accorde, c'était vraiment -- vraiment vraiment vraiment – dur, même avec les patchs et tous ces trucs que Pernelle a prit pour moi à la pharmacie (les chewing-gums pour arrêter de fumer ont un goût atroce). J'ai commencé à avoir des insomnies.

       Mais chaque fois que je regardais le plafond en attendant 7H00, je ne pouvais pas m'en vouloir parce que... Ça fonctionnait.

       Telle une Shéhérazade, Pernelle me racontait une nouvelle histoire chaque matin grâce à ses parfums. Et tous les matins, je sentais effectivement quelque chose. Chaque jour un peu plus, un peu mieux. C'est la curiosité qui m'empêchait d'exploser (car le manque, sa douleur, et tous ses symptômes venaient malheureusement noircir le tableau).
       Mais je tenais bon. Et je m'émerveillais de cette dimension invisible que je découvrais peu à peu.


  • Tu vas enfin savoir ce que je sens tous les jours, m'annonça Pernelle, un soir.
Et le lendemain je découvrais Petite Chérie dans son cou. Une adorable odeur de...Poire ? J'ai bon ? Il te va à ravir !

  • Celui-ci, je n'aime pas trop personnellement mais il devrait te plaire.
Et le lendemain je découvrais M/Mink, mon premier "coup de cœur" comme dirait Pernelle, quelque chose de furieusement glacé, aigu, animal, ... Qui me rappelait de façon saisissante mon atelier.

  • Je ne te dis rien pour celui ci.
Et le lendemain, je sentais dans le cou de cette traitresse Arpège, le parfum de ma mère, à qui je n'avais pas parlé depuis une dizaine d'année. Je ne l'avais certes pas beaucoup vu dans mon enfance, à cause de son travail, mais son parfum est tout de même resté ancré quelque part dans un coin de ma tête...
(Le surlendemain, je l'ai appelé... Je n'avais plus entendu le son de sa voix depuis le jour de mes 18 ans, quand j'ai quitté la maison. J'ai beaucoup transpiré des yeux ce jour là. On a passé le Noël suivant chez mes parents).

       Mais mon préféré de tous, j'y ai eu droit le matin de mon anniversaire.
    • Je suis dingue de celui ci.
       Et elle m'a avoué n'avoir rien mit.



*****


       L'histoire aurait pu s'arrêter sur cet Happy End. Mais la vie n'est pas une photographie et continue de valser avec son lot de surprises, bonnes ou mauvaises...

       J'ai recontacté mon ancien agent. Il a adoré mes dernières toiles, celles que m'ont inspiré les parfums. Je suis de nouveau exposé à Paris (7H00, désormais, c'est aussi pour moi), et la pièce-maitresse de la collection, un immense abstrait sombre un peu psychédélique, est en fait un visuel de l'odeur de Pernelle.

       Je comptais le lui avouer le jour du vernissage, et la demander en mariage le soir même. Mais elle m'a quitté la veille. "Je vois quelqu'un d'autre. Qui a besoin de moi. Toi, ce n'est plus le cas. Et tu le sais. Et c'est formidable. Si tu m'oublies, tu oublieras aussi qui tu étais avant".

       Il était clair que nous n'avions pas du tout la même philosophie. Pour moi... Dur à expliquer, mais quand on a besoin de quelque chose, en fait, on a juste besoin. Le quelque chose n'est que la variable de l'équation. Tout est remplaçable, pourvu que l'intensité du besoin reste comblée. J'ai troqué la cigarette contre les parfums, tout comme j'avais troqué le crack contre Pernelle.
       Alors quoi ? Si j'ai repris le crack, c'est pour elle ou pour moi ? Pour qu'elle revienne, ou parce qu'elle est partie ?

       Sans doute les deux...

jeudi 6 janvier 2011

Des histoires de parfums pour le bureau !

 Par Phoebus.


On le sait, le perfumista est un libre penseur olfactif. Il se joue des codes masculins/féminins, il voyage dans le temps en sniffant des flacons vintages, il rit à gorge déployée devant le petit noeud de Ricci Ricci et assume sans complexes d'experimenter les "parfums de vieilles" quand il prend le métro aux heures de pointes. Mais dans des situations comme notre lieu de travail, il faut parfois accepter de ne pas pouvoir afficher nos goûts olfactifs les plus farfelus, (même sous prétexte que c'est invisible !). En effet, qu'on le veuille ou non, l'image compte énormément au bureau, et de même vous n'oseriez jamais venir travailler dans votre vieux survêtement fluo, vétérant des années 90 (aussi confortable et léger soit-il), de même vous ne pourriez vraiment pas venir travailler en ayant vidé un flacon de Dans Tes Bras sur vous. Que ce soit visuel ou olfactif, il faut éviter tout décalage, toute faute de goût qui puisse trop attirer l'attention sur vous, car ici on ne vous demande pas de vous démarquer, ou d'être original... Il faut juste être irréprochable. Et impeccable.
Attention, on ne vous demande cependant pas d'être un mouton, non plus... Mister Phoebus vous explique comment se démarquer olfactivement au bureau, de manière discrète et efficace.

Mais avant de passer au cas par cas, il est nécessaire de revenir sur quelques fondamentaux :
  • Tous les parfums trop forts, trop opulents, trop épicés bref...tous les "trops" sont à bannir. Car qui dit surdose dit polarisation, or ici on cherche l'unanimité. La discrétion est de rigueur.
  • Ensuite, faites attention aux saisons et aux changements de température... Inutile de vouloir combattre "le feu par le feu" en été, pour découvrir de nouvelles facettes de votre Shalimar préféré, encore une fois, ne cherchez pas à être original, gardez toutes vos expérimentations pour le week end afin d'éviter les mauvaises surprises. Ici il faut jouer avec des valeurs sûres ! Donc en été, ne choisissez que des colognes, des eaux fraiches... (ou même, ne portez rien du tout).
  • Pour finir, je pense qu'il est de bon ton de ne pas choisir les best-sellers du mainstream pour aller travailler, car ils sont trop facilement identifiables et évocateurs (et seront certainement déjà choisis par vos collègues !). Rappelez vous que vous devez tout de même conserver votre identité de perfumista, même sous muselière !



On garde tout ceci en tête ... et on commence avec les demoiselles :

Vous êtes une-jeune-cadre-qui-a-de-l'avenir. Vous vous habillez de façon élégante mais stricte, le pantalon à pinces n'a plus de secret pour vous, vous évitez les décolletés, les cheveux relâchés et le maquillage, bref tout ce qui pourrait rappeler de façon trop évidente à votre entourage masculin que vous êtes une femme. Car il faut bien se l'avouer, pour avancer dans ce milieu, il faut avoir une poigne de fer, et sans gants de velours ! Ainsi donc, les seuls accessoires que vous vous autorisez pour trahir votre féminité sont des chaussures à talon (mais petits, les talons) et votre parfum. A la machine à café, pendant la pause, vous mordillez nerveusement le bord de votre gobelet en plastique pendant que Cindy, la secrétaire décolorée, fait rire tout le monde en racontant ses mésaventures du week-end. Mais vous ne l'écoutez pas : vous jalousez en silence le floral-fruité qui s'évapore de son décolleté et irradie toute la pièce quand elle bouge, allant même jusqu'à couvrir le banal sillage de votre Coco Mademoiselle. Vous la suivez à la trace, narines retroussées dans les couloirs, mais pour RIEN au monde vous n'iriez la complimenter et lui demander le nom de son parfum...Alors vous voilà en train d'arpenter le Sephora du coin pour identifier le sillage de l'ennemi-à-abattre. En deux minutes, montre en main, vous dénichez le flacon de Amor Amor Elixir en étant sérieusement tentée de l'acheter, vous aussi...Jusqu'à ce qu'une vendeuse vous présente Womanity de Thierry Mugler. Et là, c'est le choc, le coup de foudre : c'est aussi un floral fruité, mais plus sucré, plus fort, plus diffusif, vous vous imaginez très bien porter ça en arrivant à la machine à café le lundi matin, avec des talons très hauts, un jean à taille très basse, un rire très fort et des cheveux très brillants. A côté de vous, Cindy aurait l'air de sortir d'un film muet en noir et blanc.
La vendeuse aurait pu vous secouer l'épaule depuis une minute déjà, mais par politesse, elle vous a laissé aller jusqu'au bout de votre rire démoniaque. Le rouge aux joues, en vous rendant compte de votre manque de discrétion, vous avez pu réfléchir aux comportements à adopter en fonction des situations et, vraiment, non, Womanity n'est pas fait pour le bureau.

Quelques semaines plus tard, vous avez tout de même fini par trouver votre bonheur en dénichant une boutique Annick Goutal pas loin de chez vous. Vous portez désormais Petite Chérie, un floral-fruité simple et très naturel, d'une infinie douceur. Il n'a certes pas un sillage à creuser des tranchées, mais il est suffisamment diffusif pour qu'on vous complimente quand on vous fait la bise, et pour que vous le sentiez vous-même tout au long de la journée, comme un talisman de votre féminité, caché derrière un chemisier boutonné jusqu'en haut.
Ah, et Thomas, l'autre-jeune-cadre-qui-à-de-l'avenir, s'est détourné de Cindy l'autre jour pour vous complimenter sur votre nouveau parfum...Ce qui ne gâche rien, avouons-le !



D'ailleurs, en parlant du loup.

Vous êtes un-jeune-cadre-qui-a-de-l'avenir. Vous prenez soin de vous, vous êtes toujours à votre avantage, vous avez des dents très blanches et vous avez un nez très fin. Vous détectez le jour même lorsqu'un collègue change de parfum, et vous ne cachez pas votre joie lorsque vous reconnaissez une création de niche sur quelqu'un. Tenez, par exemple, qu'on vous croit ou non, hier vous avez découvert qu'une de vos collègues portait Petite Chérie ! Oui, parce que, bon, au bureau, tout le monde a un parfum, mais vous savez très bien que peu de gens s'en préoccupent réellement... Mais vous, être préoccupé par la question, on peut dire que vous l'êtes ! Vous avez multiplié les essais, en portant des échantillons d'à peu près toutes les marques possible. Seulement, vous êtes dépassé par les goûts de votre entourage, qui vous inonde de compliments lorsque vous portez des parfums très classiques comme Bleu de Chanel ou Le Mâle de Jean-Paul Gaultier... Et personne ne dit rien lorsque vous arborez fièrement l'échantillon de Tonka Impériale que vous avez ramené de Paris et ne sortez que pour les grandes occasions ! Alors évidemment vous êtes tiraillé entre l'idée de plaire aux autres, ou de faire un choix personnel qui ne comblerait que vous même. En bon jeune loup du marketing, vous cherchez avant tout la conciliation, et restez persuadé qu'un parfum pourrait plaire aux masses et à vous-même... Tout en reflétant l'originalité de vos goûts !
Vous avez confié votre dilemme à la gérante de la boutique Frédéric Malle, qui avec le temps (et vos visites très fréquentes) vous connait aussi bien que votre mère. D'un air assuré, elle vous a tendu un échantillon d'Une Rose d'Edouard Fléchier en prétendant que ce parfum était infiniment classe sur un homme. Et comme c'est un floral-boisé, ce n'est pas le genre de sillage qu'on croise à tous les coins de l'entreprise ! Enchanté par l'idée, vous l'avez testée chez vous d'abord et vous êtes délecté de cette rose loin d'être trop féminine ou sucrée, effectivement... Puis, un lundi matin, après vous être rasé, vous avez décidé de tester cette Rose au boulot sans prévenir personne. Mais là, catastrophe : zéro compliment dans l'ascenseur, zéro compliment dans le couloir, et le pire du pire du pire, c'était à la machine à café. Vous êtes allé dire bonjour aux filles, et le plus innocemment du monde, Cindy s'est demandé à voix haute qui avait pu avoir la stupidité de confondre son déodorant avec un désodorisant pour toilettes à la rose.
Pétasse.
Vous êtes parti aussitôt, passablement agacé par le fait que le commun des mortel ne sache pas faire la différence entre une bombe pour chiottes et de l'absolu de rose turque. Après avoir appuyé cinq fois sur le bouton de l'ascenseur, vous vous êtes retourné et avez pu surprendre Pernelle qui avançait lentement vers vous, comme un zombie, menton levé, yeux fermés, narines déployées. A l'évidence, elle vous avait suivit... Et s'est rendu compte du ridicule de sa situation après une seconde de flottement. Elle a ouvert les yeux d'un air paniqué et a bredouillé que non, elle n'était pas folle, ou plutôt si en fait, mais folle de votre parfum. Ses joues sont devenues très roses, et malgré le chignon serré et le pantalon à pinces, on aurait dit une petite fille qui attendait de se faire disputer. Vous avez souris et vous êtes dit qu'elle portait décidément Petite Chérie à ravir.
Ce fut l'occasion de parler parfum pour la première fois sérieusement avec une collègue ; elle vous a expliqué ses aventures à propos de sa propre quête du parfum idéal pour le bureau et vous a conseillé vivement de ne pas porter un parfum aussi fort qu'Une Rose, même si elle est splendide sur vous.
Quelques semaines plus tard, vous avez (peut-être ?) trouvé votre bonheur en dénichant une boutique l'Artisan Parfumeur pas loin de chez vous. Vous avez encore découvert de magnifiques parfums, très originaux, et au sillage suffisamment modeste, comme vous l'avait conseillé Pernelle. Votre cœur balance entre Méchant Loup, Voleur de Roses et Fou d'Absinthe.
Finalement, vous avez compris que vous ne cherchez pas à plaire aux masses, mais seulement à une seule personne. Vous comptez bien demander à Pernelle de vous accompagner en ville le week-end prochain, pour vous aider à choisir...



***************

...Et on continue avec les seniors du bureau ! Cette fois on commence par les messieurs :

Vous êtes le chef-de-service-plus-si-jeune-que-ça. Vous allez avoir cinquante ans cette année mais chut, c'est un secret. L'inconvénient, c'est que vous allez recevoir malgré tout des cartes d'anniversaire, pour vous rappeler grâce à des dessins humoristiques que vous avez "un demi-siècle dans les pattes". L'avantage, c'est que ça met définitivement fin à votre crise de la quarantaine, durant laquelle vous avez successivement tenté : de vous remettre au sport, de vous habiller à la mode "djeuns", de tromper votre petite femme avec cindy-la-secrétaire-décolorée-qui-porte-amor-amor-et-qui-vous-a-grillé-parce-que-vos-nouveaux-habits-de-djeuns-empestaient-son-parfum-quand-vous-êtes-rentré-un-soir...Et vous avez aussi essayé pas mal de nouveaux parfums visant un public jeune. Comment dire ? Vous étiez ridicule. C'est ce que disait votre femme. Et vous vous rendez compte maintenant qu'elle avait raison sur toute la ligne.
Le divorce s'est mal passé. Ça vous a donné encore plus de cheveux blancs (et pourtant, vous veniez de vous faire faire une coloration au niveau des tempes !). Mais vous avez décidé de les garder, cette fois-ci. Après tout, George Clooney n'est pas de la toute première fraicheur non plus, et il est réputé pour être l'homme le plus sexy de la planète. Vous avez décidé d'accepter de vieillir. Enfin. Alors vous avez donné vos nouveaux habits flashy à une association. Fini les t-shirts à inscriptions anglophones, finis les jeans trop serrés, finies les baskets blanches tendances... Place à une garde robe plus mature, plus classique, et plus sombre aussi. Plus classe, quoi. Voilà. Classe. C'est le mot d'ordre de la cinquantaine.

Vous soupirez en épiant Pernelle et Thomas qui flirtent devant la machine à café. Tous jeunes et tous beaux. Ils sentent bon, aussi, vous l'avez souvent remarqué. Tiens, ça vous rappelle que vous n'avez plus de parfum. Vous avez donné à vos fils les derniers flacons que vous avez acheté (Lolita Lempicka au Masculin, Black XS pour Homme et One Million). Vous avez honte, rétrospectivement, d'avoir pu porter des parfums aussi forts et aussi sucrés pour venir au travail (et vous les portiez même l'été, quelle abomination). Mais vous n'avez pas spécialement envie de retourner à votre vieille Eau Sauvage, qui vous a accompagné exactement le temps qu'a duré votre mariage avec votre ex-femme. Ça vous rappellerais trop de mauvais souvenirs.
Au Séphora, les jolies jeunes vendeuses vous ont conduit vers Terre d'Hermès et Habit Rouge, mais non, non, non, pas question de porter la même chose que les collègues hein. Elles vous ont ensuite guidé vers Play de Givenchy (un peu trop plat), Bleu de Chanel (un peu trop passe-partout), Allure Homme Sport (c'est le parfum de votre prof de tennis) et Azzaro pour Homme (c'était le parfum de votre patron au temps où vous même étiez un jeune-cadre-plein-d'avenir...). Vous n'avez rien acheté, mais êtes sortis avec les poches pleins d'échantillons de Chanel N*5 ("pour votre femme" s'est exclamée la vendeuse en vous lançant un clin d'œil et en vous les fourrant dans la paume). Revenez avec elle, elle vous aidera à choisir, qu'elle disait.
Poubelle.

Ce matin là, pendant la pause café, Thomas et Pernelle se sont éclipsés un peu avant les autres. En les regardant s'éloigner main dans la main, Cindy s'est exclamée, sans chercher à être discrète, qu'elle était très contente que Thomas assume enfin son homosexualité. Hilarité générale de la gent masculine présente. Vous vous êtes levé et êtes allé rejoindre vos deux employés amoureux et amoureux du parfum, avec la ferme intention d'aller éclaircir un point. Thomas avait porté un parfum à la rose, quelques jours plus tôt, un parfum que vous, le chef-de-service-plus-si-jeune-que-ça , auriez pu reconnaitre entre mille.

Une Rose ?
Oui, c'est ça. Le parfum de la nouvelle femme de votre ex-patron, ça, jamais vous ne l'oublierez. C'était il y a vingt-sept ans, et les vestiges de cette aventure sont rapportées dans l'histoire des fleurs du malle.
  • Vous voulez peut-être que je vous accompagne à la boutique Frédéric Malle, pour la retrouver ? Elle est veuve depuis très longtemps, maintenant...Et vous, vous avez divorcé, alors...
  • C'est tentant Thomas, mais ça ira. Transmettez lui tout de même mes amitiés.

Vous saviez pertinemment que ce genre de femme, c'est elles qui vous trouvent et pas l'inverse. Donc un jour, peut-être...Mais pas comme ça.
Bon, assez parlé du passé et de votre vie amoureuse désastreuse, vous étiez venu demander conseil à vos deux employés très au parfum ! Ils se sont aussitôt excités comme des puces, comme seuls de vrais perfumista savent le faire lorsqu'il s'agit de conseiller un ami pour choisir un nouveau parfum. Thomas s'est aussitôt exclamé qu'il vous aurait toujours bien vu en Vétiver Extraordinaire, très vite approuvé par Pernelle. Pourquoi pas. Le vétiver, c'est in. Et pas trop "djeuns". Et classe. Très cinquantaine, quoi ! Pourquoi pas, pourquoi pas. Ah mais non ! C'est de chez Frédéric Malle. Autre chose ? Celui de Guerlain ? Ah non, vous n'aimez pas du tout celui de Guerlain. Celui de Chanel ? Trop cher. Celui d'Annick Goutal ?
Annick qui ?

Le week end suivant, Pernelle vous a accompagné chez cette fameuse Annick goutal (elle devait s'acheter un nouveau flacon de Petit Chérie, de toute façon). Très excité par la gamme, vous avez eu un coup de coeur MONUMENTAL pour Sables (original, intelligent, brillant, complexe, beau, il se démarque, bref c'est tout à fait VOUS ça !............Enfin, d'après vous, quoi). Vous l'auriez acheté sur le champs si Pernelle ne vous avait pas aggripé le bras, avec un regard suppliant et les mots "pas pour le bureau" sur les lèvres. C'est vrai qu'il est fort, quand même. Tant pis, celui là, ce sera pour le week end. Et puis, à vrai dire, c'est bientôt l'été...
Tiens, c'est quoi ça ?
L'Eau d'Hadrien. (Pernelle levait les deux pouces).
Pshiit.
Mmmmmmh. Très... Classe !

Il faudra montrer ça à votre amie Emma. Enfin, dans trois ans, quand elle reviendra de son congé maternité quoi...
Ah ? elle revient déjà ..?





Vous êtes une jeune-maman-qui-travaille-aussi. Vous jonglez entre le bureau, la maison et la crèche, entre les biberons, les couches et les dossiers. Et vous vous en sortez plutôt bien, sans vouloir vous vanter... Il faut dire qu'être Maman, ce n'est pas complètement une nouveauté dans votre vie, alors l'arrivée de votre petite fille a apporté son lot de joie sans tous les inconvénients qui y sont liés par manque d'habitude. La fibre maternelle, vous l'avez toujours eu, et d'ailleurs on vous surnomme dans votre dos "la maman de l'entreprise", et ça vous fais beaucoup sourire. Vous aimez vraiment aider les autres, et vous avez été désolée d'apprendre que vous étiez en congé maternité au moment où Paul était en instance de divorce. Heureusement, Pernelle et Thomas, vos deux petits protégés, se sont occupés de lui à ce qu'on vous a dit, et aujourd'hui, il a enfin retrouvé le sourire. Vous êtes très fière de ces deux poussins, et avez pleuré de joie quand Pernelle vous a annoncé qu'ils sortaient ensemble aujourd'hui. C'est vrai qu'ils reviennent de loin. Vous vous souvenez comme si c'était hier des débuts désastreux de la belle petite Pernelle, qui a dû subir pendant un an des harcèlements sexuels de son chef de stage avant de craquer et de venir vous en parler. C'est à partir de ce jour là que vous l'avez pris sous votre aile ; vous l'avez aidé à remplir les procédures judiciaires, vous l'avez accompagné au tribunal, vous êtes allée avec elle lui acheter de nouveaux habits, dans lesquels elle se sentirait plus en sécurité pour venir travailler. Vous lui avez conseillé de s'endurcir... C'est ce qu'elle a réussis à faire, mais elle n'a fréquenté aucun jeune homme depuis cet évènement. Vous avez eu tellement peur pour elle ! Et maintenant, elle a trouvé Thomas. Elle n'aurait pas pu tomber mieux. C'est un trésor. A son arrivée dans l'entreprise, il ne savait pas encore bien s'habiller et portait toujours un appareil dentaire...(Olala vous avez sûrement une photo qui traine quelque part, il faudra penser à la ressortir un de ces jours)...Vous lui avez appris à faire son premier nœud de cravate, et aujourd'hui il pourrait en donner des cours ! Le vilain petit canard s'est changé en cygne, mais ce qui fait toute sa valeur, c'est qu'il n'a jamais été vaniteux ou narcissique. Sur ce point, il se démarque de bon nombre de ses collègues...
Ah ça y est, c'est enfin l'heure. Vous avez droit à des horaires aménagés depuis que vous êtes revenue travailler, et pouvez donc aller chercher votre petit cœur à la crèche tous les jours à 17 heures. Vous rangez votre bureau, enfilez votre manteau, mais avant de partir : vous vous saisissez du flacon d'Un Matin d'Orage que vous cachez dans le tiroir du bas. C'est devenu un rituel, désormais. Vous avez porté Matin d'Orage en abondance durant votre grossesse, si bien que vous l'associez inexorablement à votre petite fille...Et nul doute qu'elle aussi vous associe à cette odeur, c'est incroyable comme ce parfum peut réussir à la calmer si vous en vaporisez un peu sur son doudou ! Mais pour rien au monde vous ne viendriez travailler en portant un parfum aussi personnel, ce serait presque impudique... C'est pour cette raison que dans le tiroir du haut, vous conservez Infusion de Tubéreuse, de Prada. Le matin en arrivant, vous vous en vaporisez un peu derrière les oreilles, et c'est comme si vous enfiliez un masque de femme d'affaire en tailleur noir ! Une tubéreuse impeccable comme une savonnette, lumineuse comme un rayon de soleil, et pas trop diffusive. Ce qui vous plait le plus dans ce parfum, c'est la faible tenue qui vous permet de changer de parfum en fin d'après-midi. Vous avez plusieurs rôles, vous êtes multiple, et vous avez compris depuis longtemps que vous appréciez encore plus vos parfums quand ils reflètent un aspect de votre personnalité.

  • Bon tout le monde à demain, bonne soirée !
  • Embrasse la petite pour nous !






Un peu plus tard, à la machine à café...

  • *snif snif *... Hmm ? Quelqu'un porte Angel ? Clara, c'est toi ?
  • Non, pas du tout.
  • Qui ça alors ?
  • ...?
  • ...?
  • ...?
  • ...Personne je pense... Mais tu n'hallucines pas, je le sens aussi, moi.
  • Moi aussi.
  • Ouai, moi aussi.

Haussement d'épaules général.
Trente secondes plus tard, Cindy entra en trombes dans l'espace-détente, avec la tête des bonnes nouvelles.

  • Hey tout le monde ! Devinez quoiiii ! J'ai ENFIN changé de parfum, mais wahou, ça change beaucoup de mon Amor Amor, vous allez êtes surpris, allez, devinez c'est quoi, devinez c'est quoi !
  • Nous donnons tous notre langue au chat, Cindy...
  • ANGEL ! Il me correspond si bien ! Je crois que j'ai trouvé MON parfum, celui qui reflète ma personnalité et est au plus proche de mon âme !
  • Ah, ma Cindy, s'exclama Pernelle en cachant son nez dans son chemisier. Toujours aussi imprévisible, une vraie joueuse de poker...

(Mon nez à couper que l'an prochain, elle nous fera exactement la même scène après s'être douchée avec FlowerBomb).




**************

Bon, cet article n'est pas aussi centré sur les parfums que je l'aurais voulu, mais de toute façon quand on dresse une liste de parfums, le plus intéressant se passe dans les commentaires !
.......Donc voilà, VOUS vos parfums de bureau, c'est quoi ? =)




(PS : inutile, mais j'ai pas réussi à le caser dans l'article... Pour ceux qui se demandaient, Pernelle a beaucoup aimé Voleur de Rose chez l'Artisan, donc c'est celui là que Thomas a pris bien sûr !)