Affichage des articles dont le libellé est Peinture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Peinture. Afficher tous les articles

jeudi 29 mars 2012

Ichnvsa - Profvmvm Roma : De Figue en Aiguille

Les présentations faites (chez Sophie sur My Blue Hour), nous vous invitons à boire ce petit breuvage (non, ce n'est pas du poison). Eh eh... Oui oui, ce n'est pas une illusion d'optique, vous voilà en train de devenir tout petit. Vous rétrecissez, et à vue d'oeil !

Vous voilà, homme mortel, en figue transformé.

Les Cinq Sens - Jacques Linard

Pas besoin de vous prendre avec des pincettes puisque, si le sujet est épineux, votre métamorphose est grandiose, grandiloquente, grotesque ! C'est une évidence. Au diable les petites anecdotes fantastiques, vous voilà enduit d'une carapace charnue, et votre coeur fait battre des milliers de petits grains bien cachés dans un foie ma foi succulent. Votre sang est devenu lait, vos cheveux ont fugué et de légers interstices épars vous ont permis de sentir, de voir et de toucher.

Vous voilà métamorphosé, certes. Mais cela ne suffit pas. Il faut vous rassasier, car la figue est gourmande, et dangereuse. Ici, vos entrailles crient famille jusque dans vos feuilles, par un son verdoyant de faim. Tant mieux, on vous a remarqué. D'ailleurs, j'ai l'impression que... Mais oui ! Vous voilà dans les mains d'une belle jeune fille, au teint pâle et aux hanches vertueuses. Vous esquissez un petit sourire...

Pas question de rester figé ni planté là : qu'on vous transporte, et que dans trois jours vous soyez à Rome, sur le forum !

Romulus Et Rémus - Rubens
Car il n'y a pas de hasard dans la vie ! La figue est romaine ! Depuis le berceau des deux jumeaux à cet arbre encore aujourd'hui sur le forum, en passant par un sympathique petit passage à Carthage, la figue est omniprésente.

Ca vous va... Mais, après tout, vous n'êtes qu'une transformation. C'est passager. Au fond de vous même, vous savez que... vous n'êtes qu'une imitation. Une simple imitation.

Vos poils inexistants se hérissent. On en revient au problème épineux du départ.
Et voici que votre peau verte se durcit, devient plus foncée. Vos grains intérieurs se révulsent, se convulsent et sortent, grandioses, de votre corps !

Vous voilà, figue superbe, en arbre hérissé transformé !

Vos aiguilles sont acérées, votre soif de pouvoir semble satisfaite. Détruire Rome ? Non ! Magnifier Rome ! A vrai dire, vous êtes une espèce composite, ni figue ni sapin. Vous n'êtes plus une imitation, vous êtes plus que cela.
Votre puissance semble tellement vous coller à la peau qu'il n'est plus question de retrouver votre forme humaine. Puis, après tout, c'est ici qu'il réside, votre art, non ?

J.

Ps : il n'y a pas de hasard dans la vie... Je pars à Rome demain ! Donc je répondrai pas à vos message avant mercredi, mais Mister Phoebus guette, soyez rassurés ;)
Vive l'odorat !

jeudi 29 décembre 2011

Tilleul - Parfums D'Orsay : Quiétude

Rarement une maman n'aura eu une telle empreinte sur son bébé.
Une création d'Olivia Giacobetti a toujours ce tendre et ce craquant qui donnent à l'enfant de quoi raconter une histoire qui lui est propre. Et chez Parfums d'Orsay, Tilleul réussit à montrer que douceur, subtilité et sobriété peuvent se lier à la beauté pure et simple.

Il est clair que le style d'Olivia Giacobetti se rapproche plus d'un paysagisme légérement impressioniste que d'une vanité baroque. C'est pourquoi nous sommes rarement étonnés, du moins surpris lorsqu'on nous présente Tilleul. Cependant, l'ennui se tient loin de nous. Très loin !

Corot, Souvenir de Morte Fontaine, 1864

D'une manière similiaire à Une Rose, la sublime Fleur du Malle, Tilleul parvient à exister en trois dimensions. Ainsi, dans un registre vert, tendre et craquant, nous voilà en train de nous enfoncer dans une forêt claire, à l'allure un peu mystique, mais pas trop. Juste de quoi nous inciter à l'exploration sylvaine, sans qu'il y ait un quelconque sentiment de peur.
Et c'est là tout le compromis du parfum : tout est équilibré de manière à ce que seul un sentiment de quiétude, murmure d'une ataraxie diffuse, se fasse ressentir à chaque respiration. C'est pourquoi on arrive à peine à en parler sans commencer à partir dans de vagues figures clichés entre clairière, licorne, et après-midi reposant. Et cependant, dieu sait que ce parfum inspire.

Pour ma part, le tilleul fait toujours référence à l'enfance, que ce soit chez Goutal ou chez L'Artisan Parfumeur. Chez Parfums d'Orsay, en plus de la dimension proustienne, Olivia Giacobetti réussit à donner du sens aux couleurs : vert, bleu, jaune, ... Dans ses traditionnelles notes de concombre aqueux, d'iris délicat ou de blé craquant, Tilleul se déploit confortablement.

Et parfois je me dis que, tout de même, la parfumerie grand public pourrait sans aucune honte faire des sorties de cet acabit sans que la foule se mette à villipender sur la beauté du parfum. En attendant, Tilleul demeure un petit délice de perfumista, simple, beau et accessible, à porter comme si on tenait microsystème vivant entre nos mains.

Tilleul de Parfums d'Orsay respire.



J.

jeudi 10 novembre 2011

Sharif - Via Del Profumo : Orientalisme

"L'Orient est devenu pour les intelligences autant que pour les imaginations une préoccupation générale"
V. Hugo, dans la préface de son recueil Les Orientales

J. Villegas y Cordero, Le Rêve

A peine la phrase est-elle soufflée que Sharif nous plonge dans un sommeil sans nom, et entraîne notre esprit dans un monde peuplé de djinns, de déserts, de touaregs, de vents solaires et de tempêtes de sable.

La vision est clichée, idéalisée, mais après tout, l'Orient du XIXème siècle était ainsi. Pourtant, Sharif n'est pas l'oriental stéréotypé ! Bien au contraire : oubliée la vanille, l'ambre et les fruits confits. L'Orient est ici poussière, grains, poudre et fumée. Car Sharif, comme il l'a été de nombreuses fois remarqué (chez Grain de Musc notamment), est une référence absolue au parfum tel qu'on le conçoit depuis la prime origine : par la fumée.

En effet, comme un vieux livre de conte sur lequel un souffle divin libère de la poussière foule d'histoires millénaires, Sharif par vents et fumées transparentes se déploie pour nous transporter dans un univers ciselé, parallèle à toute autre forme de parfumerie.
Car, comme tout enfant que nous avons été, les livres de contes sont peut-être les ouvrages qui m'ont le plus marqué. Similairement, Sharif arrive à nous emmener à ses côtés, dans un rêves transcendant en évoquant des images que nous connaissons, mais traitées de manière nouvelle, ou détournée.


F. Fabbi, Le Rêve
Une page se tourne, après l'envol de poussières cristallines nous voici embarqués par un petit génie soucieux de l'image qu'il se donne. Le voilà à soigner le petit sillage cendré qu'il prodigue, pour notre plus grand bonheur. Dans son monde à lui, le désert n'est pas vide. Il est profond, habité et incarné. De la noblesse de la Nature, il a tiré une essence simple, claire et efficace : rendre compte des rêves de l'Orient, où la fumée transporte, le sable fait frétiller, les sons résonnent et la poudre sublime.

Touché par ce désert magnifié, c'est avec un certain gène que je découvre cet univers que Sharif transmet, dans une sorte de nouveau langage qu'égoïstement je pense être le seul à saisir. Une effluve venant du vent, une odeur émanant du sol ou un frisson olfactif dont l'origine m'échappe : tous ces signes sont agencés de manière à ce qu'ils ne se découvrent pas.

Comme si le désert était assailli par une violente tempête de sable et que Sharif dispersait lentement les volutes assassines, me permettant de découvrir au loin quelques indices d'un nouveau mystère. Et comme il est naturel de tendre à percer les mystères... A vaincre la tempête !


L. H. Fischer, Bédouins dans une tempête de sable, 1891
C'est pourquoi je vous invite à percer les mystères de l'Orient de Sharif à travers un jeu concours... Je dispose d'une fiole magique gentiment offerte par Abdes Salam Attar, contenant 16ml du précieux Sharif.

Exprimez un mystère, une sensation, un oriental, une vision... en somme, interprétez et exprimez le petit génie de votre nez qui vous guide dans les sentiers olfactifs du quotidien.
Le souffle divin viendra chercher par tirage au sort le gagnant prochainement...

Et... c'est Catherine qui remporte le flacon de 16ml !!
Merci à tous d'avoir participé, et nous remercions la générosité de la marque pour avoir permis cela !
Et nous vous disons à bientôt pour de futurs petits jeux !

J.

lundi 3 octobre 2011

Entretien avec Serge Lutens – Des Essences aux Sens

Juin 2011. Ca y est ! On m’a enfin proposé l’expérience ultime de tout perfumista : rencontrer Serge Lutens en personne !
Sauf que voilà, les mois se sont écoulés (et ma tête commençait à guérir), mais devant la feuille destinée aux questions, syndrome de la page blanche pour le petit Jicky. Que dire ? Que poser ?
Cependant, au fil du temps, il a bien fallu se rendre à l’évidence : une interview de Serge Lutens n’apporte rien de vraiment révolutionnaire. Ce qu’il fallait, c’était trouver le filon, la soie capable de faire naître le texte destiné au Gardien du Temple du Palais-Royal.
Petit à petit, je me suis mis à tisser une interprétation personnelle, pour la présenter à Serge Lutens himself.



Lutens dessine ses parfums comme on compose un tableau polymorphique à la Arcimboldo. Connu pour ses saisons et ses potagers, Arcimboldo joue de multiples illusions d’optiques, où le jardinier se transforme en corbeille de fruits et où le cuisinier s’avère être aussi un plat de gibier, inversé.
Il en est de même pour la parfumerie Lutens, qui joue de tous les sens, de tous les univers et de tous les temps.

Cinq Univers. Cinq Sens. Cinq Mots.
De l’origine de Féminité du Bois à L’Eau, en passant par les flacons cloches, Serge Lutens explore les mots, les sons et les couleurs pour nous embarquer dans un monde où l’exotisme côtoie raffinement, mysticisme et jouissance dans une ambivalence sans pareil.

Zao Wou Ki

Tout d’abord, un premier mot : Abondance. Les parfums Serge Lutens font écho à un territoire olfactif puissant. Le néophyte dira avant tout en sentant le parfum « Hou ça sent fort ! ». L’univers olfactif fait référence à un monde d’épices, de banquets, voir de ripailles. Confiserie, miel, résines et épices agrémentent les repas et rappellent ces gourmandises rares et précieuses de l’époque médiévale et à l’Orient.

Car petit à petit, l’esprit s’oriente. Exotisme. Nous voilà transporté depuis le parfum à un univers immanquablement exotique, étranger. Le culte de Lutens pour l’Orient et l’Extrême-Orient se retrouve partout. La décoration des Salons du Palais-Royal révèle foule d’indices japonisants, les gravures des flacons font écho à un orientalisme pointu, les noms sonnent comme des titres honorifiques arabisants et les odeurs, entre couscous, pain d’épices, thé et encens, renvoient à des contrées lointaines. La pensée s’affine et mène à un troisième univers.


Le Raffinement. A travers l’exotisme, l’esprit s’ouvre et mène à une deuxième impression, au début  qui s’apparente au « Finalement c’est pas si fort », mais qui surtout, dans un troisième temps, mène à une réflexion de l’esprit. Les épices évoquent des lieux, des moments, des sensations. L’odorat fait appel aux autres sens. Le goût développe l’odeur, et par association, fait entrer en jeu la vue, l’ouïe et parfois même le toucher. Le Lapsang Souchon qui fume sous notre nez parait palpable. La richesse et la rareté des évocations annonce un luxe opulent, qui transporte l’esprit dans un autre monde.

Car il est une notion universelle à la parfumerie Lutens : le Mysticisme. Tout repose sur le travail de l’esprit. L’abondance, l’exotisme, le raffinement renvoient tous à l’univers silencieux et éthéré de l’esprit, à travers une certaine austérité dans les compositions, à des codes précis, qui font qu’un parfum Lutens est un parfum Lutens. Directement, avec des évocations d’église et de méditation, ou indirectement, le parfum reprend sa forme sacrée initiale. L’esprit rejoint la fumée, et les deux forment un tout.

Parce que chez Lutens, on aiguise chaque chose pour que deux ne fasse plus qu’un, tout en gardant son essence. L’Ambivalence. Après un mysticisme qui, il faut l’avouer, dérange, l’esprit atteint une autre dimension. Les noms des parfums jouent avec les perceptions : couleur, sons, odeurs se répondent et renvoient à une interprétation du monde presque alchimique. La nourriture rejoint la mort, comme la vie se lie à l’immatériel. Il n’y a pas de sens clair, juste un panneau vide qui pointe une direction sans révéler l’arrivée. Finalement, tous les parfums Lutens mène par des chemins différents à ce monde là, ce monde aux intrications multiples.

Redon, L'Appartion - 1910

L'Entretien

Serge Noire, Gris Clair…, Rousse, Iris Silver Mist. Et tous vos parfums, aux couleurs toutes plus prononcées et contrastées les unes que les autres. Le jeu visuel est chez vous un parti pris. Comment ces couleurs vous répondent, comme dirait Baudelaire, dans l’imaginaire créatif ?

Comme vous le dîtes dans le texte où vous vous présentez, un sens appelle un autre sens et s'y lie. La couleur, le titre, la forme d'un flacon et l'odeur qu'on y découvre, sont évidemment ce qu'on nommerait dans un roman ou un film : "son parfum".
Par ailleurs, puisque vous évoquez Baudelaire - où l'image n'apparaît que par les mots, qui mêlent aux corps des phrases, la couleur, le parfum, les formes, la chaleur et le toucher qui les influent - la pudeur me conseillant de ne surtout pas recueillir un extrait du poète pour "venter" un parfum, choisissez vous-mêmes un poème ou alors mieux, relisez les tous !
Quant aux couleurs de mes senteurs, elles s'attachent aux parfums mêmes, comme je l'explique ci-dessus ("son parfum")

En amateur de mots que vous êtes, une question toute bête s’impose : s’il n’y avait qu’un mot à avoir, lequel ce serait selon vous ? Quel est celui qui fait résonner le plus de chose à votre oreille ? Et au contraire, quel mot vous insupporte ?

C'est leur accord qui est impressionnant. Ils peuvent être des deux côtés de votre question : les mêmes mots injustement utilisés peuvent inverser leur pouvoir et passer de merveilleux à... ridicules !

El Attarine, Mandarine-Mandarin, Five O’Clock au Gingembre, Jeux de Peau. La touche Lutens semble éminemment gourmande, et cet univers gustatif que vous transposez est essentiellement oriental. Est-ce-que le gustatif atone, neutre et dit d’un équilibre parfait selon la culture extrême oriental vous touche, vous parle dans le processus de création ? Est-ce-que l’Asie pourrait caractériser un nouveau « goût Lutens » ? 

Pas plus que la couleur, le son ou le toucher, la géographie n'est capitale dans mes parfums. Si elle s'y reflète parfois, ce serait plutôt par l'intermédiaire d'un nom comme "Cuir mauresque" ou "Sarrasins", qu'on peut comme sur une carte, situer.
Il est clair que j'aime quand du jour, la nuit tombe et quand l'aube sort du noir, quand tient aux deux bouts se qu'offre un feu : au plus chaud de sa couleur, au plus haut de sa flamme, et quand il s'éteint, d'abord par la braise puis la cendre, ceci - pour ainsi dire - jusque sa disparition.
On peut placer à chacune de ces extrémités, celle portée au fer rouge sur le bras d'une criminelle; "Tubéreuse criminelle", à la plus éthérée, "Serge noire", pour la cérémonie religieuse d'un "De profundis".

J.

mardi 24 mai 2011

(Ceci n'est pas un article) Amour, parfums et cigarettes : une histoire d'addictions.

Par Phoebus.

       J'ai écris cette nouvelle entre deux séances de révision pendant le mois de mai, et ça a donné quelque chose de plutôt sérieux donc tant qu'à faire... Autant vous la montrer ? C'est une réflexion sur les addictions, à travers la relation qui lie deux personnages (l'un des deux étant la Pernelle de l'article sur les histoires de parfums pour le bureau, perfumista notoire). Enfin bref, si vous avez du temps et si vous voulez savoir comment les parfums peuvent sauver quelqu'un... Bonne lecture !
(PS : les clichés des premiers paragraphes s'envolent très vite, rassurez-vous).




          La cigarette du matin, c'est celle qui m'a le plus manqué, au début. Sans rire, j'en rêvais la nuit parfois. Et de frustration, arrivé au point du rêve où l'on comprend qu'on est en train de rêver, que le feu dans les poumons est factice, factice l'odeur de la fumée, imaginaire le nez qui pique, c'est le réveil, c'est le manque. C'est moi, droit comme un I dans mon lit, les yeux grand ouverts, faisant la navette entre le plafond, le radio-réveil, le plafond. J'attends 7H00. 7H00 ne vient pas. Le plafond.

         Je gratte le matelas du bout des ongles, je tortille des orteils, je m'en rend compte, j'arrête tout de suite. Pernelle dort à côté.
7H00, c'est pour elle. Pas pour moi. Elle, elle travaille. Elle ne rêve pas de se cramer les poumons. Pernelle, elle rêve de smileys, de poneys, d'arc en ciels. De parfums, aussi, je crois, c'est elle qui le dit. Elle se parfume toujours avant d'aller dormir, ça doit aider. Elle a un tiroir où elle entasse tous ses échantillons (je ne sais pas très bien comment elle se les procure, tu me fileras l'adresse de ton dealer que je lui dis des fois, et elle me fusille du regard - même pour rire elle ne veut plus que j'évoque le fantôme de mes années sombres). Les échantillons, donc, c'est son rituel, elle en prend un au hasard dans sa boite en fer forgé après la douche, avant de se glisser sous la couette. Le creux des coudes, les poignets, le cou – sa sainte trinité. Les coudes et les poignets, c'est pour elle, évidemment et c'est très drôle de la voir se contorsioner subitement toutes les trente secondes ; comme prise d'une impulsion souveraine, elle se bat avec les draps pour qu'enfin, ENFIN elle puisse renifler son poignet. Et soupirer d'aise. Et sourire niaisement. Une bonne trentaine de fois avant qu'elle ne s'endorme – et que je puisse aussi m'endormir à mon tour...
       Mais le cou ? Le cou, c'est pour moi.

       J'ai mis du temps à le comprendre. Sans doute parce que je n'ai retrouvé l'usage de mon odorat que très, très récemment. Après des années passées à m'auto-détruire consciencieusement, j'ai rencontré Pernelle. Elle avait la volonté que je n'avais pas de me reconstruire pierre par pierre. De me nourrir pour adoucir les angles de mes côtes et de mes pommettes. De rafistoler ce qu'il y avait à rafistoler. De passer un coup de fil à mes parents à Noël. Mais pour mon odorat, Ô mon odorat. Elle était catastrophée, elle a pleuré pendant des heures quand je lui ai dit que je ne sentais plus rien depuis longtemps. Pour elle, qui éprouvait une empathie disproportionnée envers ces chats d'Amérique Latine à qui on coupe les moustaches, c'était inconcevable, terrible. Alors on a vu un doc pour ça. Elle m'a fait toute une scène, moi je m'en fichais, à quoi bon, tu sais, ce que j'ai oublié ne peux pas me manquer, et puis c'est cher et puis et puis.

       J'ai cédé, elle m'a convaincu. On l'a vu. Et il n'y a rien à faire Monsieur, je suis désolé pour vous. Prenez donc une brochure : "C'est un pic, c'est un cap, et ça ne sert plus à rien : apprendre à vivre sans odorat".

Une fois dehors.
  • tu vois.
  • Je vois quoi.
  • Je te l'avais dis, glissai-je entre deux nuages gris désabusés.
      Je savourais ma cigarette, ma victoire, son amertume – maigre consolation, il me restait le sens du goût.


       Mais le cou, donc.
Un matin, 7H00 nous a réveillé tous les deux (une époque pas si lointaine où je dormais encore comme une loutre). Comme en fait il était sept heures moins cinq, une idée de Pernelle, ça nous laissais cinq minutes pour trainasser, maugréer, se câliner et bâiller. Tout ça à la fois sur fond de crachotement radiophonique mal réglé. Hit miousique on' lit.
Sauf que. Sauf que ce matin. Ce matin donc. Je l'ai appelé Josy.

       Blanc. Regard torve. L'air de dire, hum, t'es pas crédible dans le rôle de l'homme à femme qui mélange le nom de ses conquêtes, et puis t'es pas drôle. Et va te brosser les dents si tu veux continuer à m'embrasser. Elle s'est levé, je l'ai retenu par un pan de drap, déboussolé, j'ai plongé la tête dans son cou, elle m'a repoussé, tu sais bien que j'ai pas le temps je vais être en retard au. Je l'ai coupé.

  • Tu portes Shalimar ! Je me suis écrié.

       C'était léger, étrange, translucide, le fantôme d'une sensation que je n'avais plus connu depuis longtemps. L'impression que l'air autour du cou de Pernelle avait un peu plus de relief, un peu plus de teinte. Un accord qui résonnait en moi, lointain, familier. Une vision s'est imposée à moi : celle de ma tante Josy, qui n'était pas ma tante en fait mais bref, Josy qui me gardait pendant que mes parents travaillaient à l'Elysée, Josy très dadame, avec son manteau Léopard, ses godillots dorés, sa permanente pour avoir les cheveux très bouclés. Josy, toujours flanquée de ces deux choses qui ne la quittaient jamais et la suivaient partout, même aux toilettes : Amadeus (son yorkshire nain blond, grand vainqueur du concour canin la truffe d'or de 1984 à 1987) et le puissant parfum qui imbibait le col de son manteau en imprimé-léopard : Shalimar.

  • Oui, oui, souffla Pernelle, la voix blanche. Tu as reconnu ? (C'est pas une blague ? Non ?). Mais alors... Ca veut dire que tu peux ? Tu peux encore ..?
  • Il semblerait...

       Je n'étais pas certain, c'était si léger, mais je n'ai pas pu penser à Shalimar par hasard, il devait bien y avoir un lien de cause à effet, non ? De son côté, Pernelle exultait, je l'ai même entendu chanter sous la douche, et elle m'a gratifié d'un "on en reparlera ce soir" avant de refermer la porte d'entrée avec énergie.

       J'ai essayé de me rendormir, en vain. Étendu en diagonale sur le lit, j'avais parfois des rictus, comme des spasmes en réalisant qu'un parfum était venu chatouiller mes narines quelques instants plus tôt, après toutes ces années d'anosmie intersidérale. Je n'arrivais plus à me focaliser sur autre chose, je visualisais des volutes ocres, mordorées, oranges et Terre de Sienne, qui se mélangeaient sans s'altérer, dans une harmonie parfaite. Sans ambition précise, je me suis installé dans la pièce de l'appartement de Pernelle qui me servait d'atelier, et après avoir dégagé toutes les toiles inachevées qui encombraient l'espace, j'en ai pris une nouvelle pour tenter de coucher mes souvenirs en peinture.
       L'abstrait n'est pas vraiment le genre que je maitrise le plus mais cela faisait vraiment longtemps que je n'avais pas terminé une toile – et encore moins en aussi peu de temps !

       Un peu plus tard, une idée commençait à me démanger. Je suis sortit dehors, et en chemin je repensais au sourire de Pernelle. Je devinais que la perspective de pouvoir partager avec moi sa passion pour la parfumerie allais sans doute la rendre aussi sautillante et excitée qu'Amadeus (du moins avant que je ne lui marche dessus par inadvertance en 1988, après il ne sautillait plus le pauvre, n'a plus remporté aucun concours et mes parents ont dû engager une autre nounou - mais je ne marcherai jamais sur Pernelle).
       Je jetai mon mégot avant d'entrer dans une boulangerie.

       J'en suis ressortit déçu, et avec deux-baguettes-pas-trop-cuites-s'il-vous-plait.
       Quelque part, je m'attendais...Hé bien je m'attendais à sentir le pain. Mais non. L'air était neutre, sans teinte ni relief, comme partout où je vais depuis...Oh je ne sais plus depuis combien de temps je suis anosmique. Longtemps.
J'ai toujours déclaré que mon sens de l'odorat ne me manquait pas. Ne pas pouvoir identifier la mare stagnant entre deux bennes à ordures débordantes comme étant de l'urine ... est d'ailleurs plutôt utile quand tu dois te réfugier deux fois par nuit dans une ruelle étroite pour utiliser ton matos tranquille. Et puis les parfums, honnêtement, je ne m'y suis jamais intéressé, c'est un luxe de gonzesses. Je ne suis jamais entré dans un Sephora de ma vie – Dieu m'en préserve. Alors bon, mon odorat...
       Seulement, il y a des odeurs auxquelles j'étais attaché. Celle du pain chaud, je m'en rappelle, c'était l'une de mes préférées. J'aimais aussi tondre l'herbe devant chez mes parents pour sentir cette odeur verte un peu désagréable, qui finissait par me faire éternuer. Le white spirit. Les tubes de gouache. Les fusains. Et le café. Et le tabac. Oh oui, j'adorais l'odeur des paquets de cigarette.


Mon odorat me manque.


       L'après-midi, je suis partit en expédition dans la boite en fer-forgé de Pernelle. Je l'ai jeté sur le lit, clang, avant de sauter la rejoindre (re-clang). Allongé sur le ventre, la tête dans la boite, j'extrayais un à un les petits flacons, en examinais la couleur, les débouchonnais consciencieusement, les reniflais, RIEN, remettais le bouchon et rebelote.
       J'avais gardé le petit flacon orné d'une étiquette où on distinguait tant bien que mal "Shalimar" pour la fin. Mais, non, rien, cette fois pas de tante Josy à l'horizon. Cette fois c'est plat, aussi plat que le reste. Shalimar est tristement allé rejoindre l'immense pile des "ça sent pas". Il n'y avait rien du côté "ça sent". J'avais donc fabulé ce matin. J'avais peut-être entendu Pernelle parler de Shalimar la veille, sans vraiment écouter, et m'en suis rappelé inconsciemment au réveil et... Bon sang je resterai anosmique pour toujours.
       Je n'avais pas la force de me lever pour me cogner la tête contre les murs. Alors j'ai pris mon oreiller et l'ai plaqué sur mon visage pour étouffer ma plainte.

       Quelques heures plus tard, Pernelle est rentrée en sonnant les clairons, les poches débordantes de mouillettes qu'elle tenait à me faire sentir, parce que bon, ho, là, faudrait quand même sérieusement songer à me trouver un parfum, le déodorant axe ça va bien cinq minutes.

       Je ne pouvais pas lui répondre, le visage écrasé contre l'oreiller, et je ne voulais pas retirer l'oreiller parce que...Je transpirais des yeux. On va dire. Mais Dieu merci, elle a percuté toute seule. Je l'ai entendu poser son sac, faire couler le robinet, se moucher, feuilleter un magazine, trainer les pieds jusqu'à moi, tout ranger dans sa boite en fer forgé, ranger la boite, s'assoir à côté de moi, se taire un instant.

  • Tu...Tu veux que je te fasse à manger ? (Elle rectifia :) Remue les pieds si tu veux que je te fasse à manger.

       Je me suis raidit davantage.


*****

       Mais en fait – et la prise de conscience est venue bien plus tard, des semaines après cette journée – j'étais en mesure de récupérer mon odorat très facilement. Depuis longtemps. C'était tout bête : je devais arrêter de fumer.
       J'ai toujours fumé comme un pompier, mais ça Pée ne le considérait pas comme un danger direct pour notre histoire. Lorsqu'elle m'a relevé d'une poigne de fer par le col, Pernelle m'a lancé un ultimatum, c'était elle OU toutes les joyeusetés qui transformaient mon cerveau en coton. Étrangement, ça n'a pas été si dur de tirer sur la chasse d'eau en guise de verdict (oui parce qu'elle avait de toute façon jeté le contenu de mes petit sachets plastiques dans la cuvette). Dans la zone de mon cerveau qui contrôle les addictions, ce n'était pas vraiment un choix, c'était plutôt une substitution. Ce n'était pas elle ou, mais elle à la place de. Je suis vraiment devenu dingue d'elle à partir de ce moment là.

       Sauf qu'une ligne ne vous rend anosmique que l'espace de 48 heures. Et que nous sortons ensemble depuis presque deux ans. Si on fait le calcul...

       Un matin, 7H00 ect, vous connaissez la chanson, hit miousique on'lit, avance rapide jusqu'au câlin-bonjour, alors que j'étais incroyablement dans le coltard, j'ai demandé à ma petite Pée clochette si c'était elle qui avait eu l'adorable idée de faire griller des toasts.
       En guise de réponse, elle a faillit s'étrangler avant de m'avouer d'une voix prudente et un peu plus aiguë que d'habitude, qu'elle portait .... (suspense)... Jeux de Peau (et moi de la regarder comme une poule devant un couteau ; il a fallu qu'elle m'explique plusieurs fois qu'un mec avait récemment eu l'idée de faire un parfum à la brioche avant que je ne la rejoigne dans un rire nerveux).
       Hé, finalement, je l'ai eu mon odeur de boulangerie...

       Mais cette fois-ci, je ne me suis pas emballé, j'ai profité de l'instant (Pernelle est arrivée en retard au travail d'ailleurs). Je n'ai pas cherché à me dire que j'avais recouvré mon sens de l'odorat de façon définitive, pour ne plus tomber de haut.
Cette fois encore, je me suis installé dans mon atelier, et la chose que je désirais le plus au monde à ce moment là, c'était de peindre une jolie brioche avec de la peinture à l'huile. Bien texturée, la brioche. Légèrement carbonisée...

       Hmm ?

       Carbonisée, carbone, brûler, fumée, feu, tabac, cigarette : l'esprit humain est un peu étrange, il peut s'obstiner à ne pas voir ce qui est sous son nez pendant des années, et il suffit parfois d'un seul mot pour déclencher une cascade d'associations d'idées. En l'espèce, je ne sais pas très bien comment je suis passé de la brioche brûlée que j'étais en train de peindre, au fait qu'hier soir, par manque de provision, je n'ai pas eu ma dose de feu, mais toujours est-il que ça c'est fait. Et que les même facteurs étaient réunis pour le matin-shalimar.
Victoire ?

       C'est ainsi que j'ai pris la décision un peu abrupte d'arrêter de fumer complètement. Comme ça, du jour au lendemain, de deux paquets par jour à rien. Tous nos amis nous ont dit que c'était impossible, et j'aurais pensé pareil qu'eux, il y a quelques temps. Mais mon désir de retrouver mon sens de l'odorat était si fort que... Qu'il fallait que j'essaye... Bon, je l'accorde, c'était vraiment -- vraiment vraiment vraiment – dur, même avec les patchs et tous ces trucs que Pernelle a prit pour moi à la pharmacie (les chewing-gums pour arrêter de fumer ont un goût atroce). J'ai commencé à avoir des insomnies.

       Mais chaque fois que je regardais le plafond en attendant 7H00, je ne pouvais pas m'en vouloir parce que... Ça fonctionnait.

       Telle une Shéhérazade, Pernelle me racontait une nouvelle histoire chaque matin grâce à ses parfums. Et tous les matins, je sentais effectivement quelque chose. Chaque jour un peu plus, un peu mieux. C'est la curiosité qui m'empêchait d'exploser (car le manque, sa douleur, et tous ses symptômes venaient malheureusement noircir le tableau).
       Mais je tenais bon. Et je m'émerveillais de cette dimension invisible que je découvrais peu à peu.


  • Tu vas enfin savoir ce que je sens tous les jours, m'annonça Pernelle, un soir.
Et le lendemain je découvrais Petite Chérie dans son cou. Une adorable odeur de...Poire ? J'ai bon ? Il te va à ravir !

  • Celui-ci, je n'aime pas trop personnellement mais il devrait te plaire.
Et le lendemain je découvrais M/Mink, mon premier "coup de cœur" comme dirait Pernelle, quelque chose de furieusement glacé, aigu, animal, ... Qui me rappelait de façon saisissante mon atelier.

  • Je ne te dis rien pour celui ci.
Et le lendemain, je sentais dans le cou de cette traitresse Arpège, le parfum de ma mère, à qui je n'avais pas parlé depuis une dizaine d'année. Je ne l'avais certes pas beaucoup vu dans mon enfance, à cause de son travail, mais son parfum est tout de même resté ancré quelque part dans un coin de ma tête...
(Le surlendemain, je l'ai appelé... Je n'avais plus entendu le son de sa voix depuis le jour de mes 18 ans, quand j'ai quitté la maison. J'ai beaucoup transpiré des yeux ce jour là. On a passé le Noël suivant chez mes parents).

       Mais mon préféré de tous, j'y ai eu droit le matin de mon anniversaire.
    • Je suis dingue de celui ci.
       Et elle m'a avoué n'avoir rien mit.



*****


       L'histoire aurait pu s'arrêter sur cet Happy End. Mais la vie n'est pas une photographie et continue de valser avec son lot de surprises, bonnes ou mauvaises...

       J'ai recontacté mon ancien agent. Il a adoré mes dernières toiles, celles que m'ont inspiré les parfums. Je suis de nouveau exposé à Paris (7H00, désormais, c'est aussi pour moi), et la pièce-maitresse de la collection, un immense abstrait sombre un peu psychédélique, est en fait un visuel de l'odeur de Pernelle.

       Je comptais le lui avouer le jour du vernissage, et la demander en mariage le soir même. Mais elle m'a quitté la veille. "Je vois quelqu'un d'autre. Qui a besoin de moi. Toi, ce n'est plus le cas. Et tu le sais. Et c'est formidable. Si tu m'oublies, tu oublieras aussi qui tu étais avant".

       Il était clair que nous n'avions pas du tout la même philosophie. Pour moi... Dur à expliquer, mais quand on a besoin de quelque chose, en fait, on a juste besoin. Le quelque chose n'est que la variable de l'équation. Tout est remplaçable, pourvu que l'intensité du besoin reste comblée. J'ai troqué la cigarette contre les parfums, tout comme j'avais troqué le crack contre Pernelle.
       Alors quoi ? Si j'ai repris le crack, c'est pour elle ou pour moi ? Pour qu'elle revienne, ou parce qu'elle est partie ?

       Sans doute les deux...

dimanche 3 avril 2011

Guerlain Homme L'Eau - Fratrie Héroïque !

Être ce que l'on appelle, dans notre jargon de perfumista, un "flanker", à la base, c'est pas bon signe. On y voit une vieille démarche commerciale aussi douteuse que la mention "Jasmin D'Egypte et Tubéreuse d'Inde" dans le descriptif de Miss Dior Chérie, visant à embrumer le consommateur dans de nébuleuses déclinaisons, aux noms aussi créatifs que le dernier tube de David Guetta.

Ainsi, vous découvrirez pour nos chères eaux fraîches estivales les éternelles "Eaux", "Eaux Fraîches", "Eau d'été" ou encore "Summer", mais aussi, pour les plus audacieux, les "Fresh Attitude Summer Cocktail" ou "Sunessence Edition Nuage d'été".
Pour les déclinaisons plus "djeuns", on a les bons vieux "Florale", "Mademoiselle" et "Chérie", avec là aussi les petites bizarreries telles que "Blooming Bouquet" et les déclinaisons par matières comme "Le Secret Santal D'hiver" !

Un système qui marche bien donc, étant donné que certaines marques en usent et abusent (je ne citerai rien, si ce n'est une marque qui commence par "di" et finit par "or").

Mais alors en plus quand on est ce que tout le monde qualifie de ce que je nommerai (houla la phrase....) "une fougère virile de base" (ou de "merde" selon les jours et les humeurs), c'est pas gagné !
Sauf que, manque de pot, vous êtes tombé sur le plus grand adorateur perfumista de Guerlain Homme, et que, re pas de bol, son flanker "Guerlain Homme L'Eau" est une merveille !


Derrière ce nom légèrement à rallonge et ce jus turquoise, voici le meilleur flanker 2010 selon Dr Jicky ! On aurait très bien pu parler de l'éternelle fraîcheur, de la sensation moderne et classique d'un tel accord, ou du caractère osé d'une création unique. Sauf que chez nous, on n'aime pas trop les délires des mecs chargés de la communication ! Et comme nous Guerlain Homme L'Eau fait profil bas par rapport à tout ce qu'on pouvait attendre de lui !

Non ! Il ne ressemble pas du tout à son grand frère ! Non ! Ce n'est pas un vulgaire hespéridé marin ! Non ! Ce n'est pas une création masculine insipide et commerciale !

Guerlain Homme L'Eau est le genre de bonhomme avec qui je passerais bien une fin d'après-midi allongé sur l'herbe, la tête tournée vers le ciel à admirer le bleu teinté de picots noirs de l'immensité. C'est simple, beau, et en plus, tout reste dans une cohérence subtile, mais sans clichés ! Certes, le moment est frais, vivifiant, mais toujours délicat : il n'y a pas d'envolées aqueuses étranges et dissonantes, ni de beuveries sponsorisées par Paic Citron. Guerlain Homme L'Eau semble préférer le piquant du poivre, la fraicheur de la menthe et du cèdre, et en fin de journée, grosse batailles d'oreillers de muscs blancs (d'ailleurs, j'ai cassé mon bac à glaçons à cause de ça... Merci Guerlain Homme L'Eau !).

Il délaisse les petits kékés courant, chemise défaite par le vent du large, sur les vagues comme Dior Homme Sport et les superhéros de pacotille qui restent au stade de sauveurs en taille-crayon ! Non ! Guerlain Homme L'Eau joue dans la cour des Terre d'Hermès, des Dior Homme Cologne voir même des Géranium Pour Monsieur !

Osez maintenant ! Osez enfoncer les portes de ces saloons de Sephoriaunnaud, pour affronter, vous, plante superbe en shérif transformée, les profiler de l'ombre ! Puis prenez dans vos rangs ce cher Guerlain Homme L'Eau, afin de bouter hors du paysage olfactif tous ces petits surplus hespéridés dont la seule complexité repose sur le nom d'une matière synthétique, ayant pour unique finalité un bon score au Scrabble !

Le Serment des Horaces, David
Au centre, Guerlain Homme L'Eau, et Géranium Pour Monsieur, Dior Homme et Terre en compagnons d'armes !

vendredi 4 février 2011

Carnal Flower - Jungle Power


Dans la jungle humide et dans la moiteur de ce labyrinthe de nature vierge, je l'ai rencontrée. Sauvage. C'est l'impression initiale que donne Carnal Flower, quand on l'aborde pour la première fois. Cependant, l'approche en elle même de cet animal en voie d'extinction vaut le détour.

A la base, pas de safaris de prévu. Juste le plaisir d'errer dans cette jungle, antre humide du monde, où le temps n'est plus tel qu'il est. La jungle est le pays des sons. Le craquement d'une branche, le vent qui fouette quelques feuilles plus grandes que notre visage dans un murmure silencieux, la goutte qui perle au bout la large verdure de cette contrée. Chaque son est analysé par une oreille au pouvoir décuplé.

Mais la jungle est aussi le pays des odeurs. Celle un peu piquante des fleurs sauvages de couleurs prononcées, celle délicatement aquatique de la végétation humide, mais aussi celle légèrement sèche du bois protégé par la densité de la nature, celle délicatement fraîche et verte de ces feuilles que l'on fait crisser sous nos pieds.

Carnal Flower est une entité réelle de la jungle. Elle est l'animal, le végétal et le minéral de l'environnement inconnu dans lequel j'erre. Animale par sa vivacité, sa fougue et son aura d'être impalpable et pourtant bien présent. Car on ne rencontre, pour ainsi dire jamais Carnal Flower. Nous la sentons, la devinons, mais jamais elle n'apparaît devant nous.

Henri Rousseau, Tigre attaquant un buffle

Un bruit d'ailes qui s'envolent se fait entendre juste au-dessus de moi. Des feuilles proches d'un marron passé tombent à mes pieds, et je m'arrête. Le bruit naturel de la jungle s'est éteint. Plus de crissements, de sifflements ou de résonnances aquatiques. Une accalmie effrayante, qui me révèle en fait la profonde obscurité du lieu.

Je ne suis pas en sécurité. Des sortes d'yeux invisibles s'ouvrent dans l'obscurité soudaine de la jungle. De petits bruits comme si une cape frôlait le sol jonché de feuilles titanesques parviennent à mon oreille, et je décide de me sauver. Au début, je marchai vite à vrai dire, je ne courrai pas pour ne pas m'effrayer moi-même. Mais... les odeurs furent plus rapides ! La violence d'un coup dans le ventre, d'un autre à la tête et un dernier juste sous le nez, sans y rentrer, m'assomma. Je suis tombé, le visage dans la terre. Je ne bougeai plus, de peur d'être à nouveau assailli, mais en fait, je fus aidé.

La jungle est versatile. Carnal Flower aussi. Tantôt sauvage, elle est maintenant douce. Je relève ma tête en vitesse et observe alentour, cherchant désespérément cette créature finalement omniprésente. L'obscurité s'est atténuée. A vrai dire, je pense que la pluie commence à tomber.  Elle réveille à nouveau la nature : le bruit des petites gouttes qui se transforme en grosses perles d'eau, et qui finissent par tomber sur la terre, dans un chant d'odeurs, de sons et d'images somptueuses. J'ouvre un peu la bouche, et quelques gouttes de cette bruine blanche et fraîche me tombent sur la langue, réveillant un gout un peu amer, lacté et profondément humide dans toute ma bouche.

La bruine s'intensifie au fur, et devient une véritable pluie tropicale. La jungle si hostile au départ est devenue presque qu'accueillante. Des vapeurs semblent s'échapper du sol, des arbres, des lianes et des feuilles. Tout devient noyé dans cette brume inexplicable. Tout se fond.

Et dans un dernier souffle de vent, je sens une dernière fois le sillage de Carnal Flower dans l'air.

mercredi 12 janvier 2011

Osez le Vert, en Hiver (attention, article qui rime !)

Car après les écharpes, dans la rue,
Quand le vent cru souffle rude
Et froid dans son sillage,
Les Orientaux, 
en hommage volent et diffusent
leurs épices délicieusement
au vent. 

Le soleil, leur Muse
S'amuse et se cache et s'évoque
De milles façons
Dans milles flacons, combien d'étés 
Et de miels capturés dans 
un trait de vanille bourbon ?

Et sous ces gousses
Je me gausse de ces clichés
Glissé comme je l'étais dans
un flacon d'Issey : La bouteille verte
Quelle idée ?
Mais si, essayez donc et 
Vous verrez sous vos pieds
Pousser des fleurs, car
l'hiver, le vert et la fraicheur
Semblent tous deux renaitre.

Les oreilles rouges et les dents serrées,
J'avance à contre-vent, je sens mon parfum 
Aussi divin qu'il fut, je sais
Que la température ne remontera point
Et plutôt que de songer à l'été passé,
je préfère rêver déjà 
du printemps à venir.



*****************

En bref, tout ça pour dire que si vous voulez être original cet hiver, portez du vert ! (Et si l'idée vous parait saugrenue, gardez à l'esprit que porter un oriental, aussi ardent soit-il, ne vous servira pas de seconde écharpe dans l'absolu...).

Les parfums se dévoilent différemment selon la température... Pourquoi ne pas combattre le froid par le froid  pour découvrir votre parfum sous un nouveau jour ? Les basses températures "séquestrent" un peu les sillages des parfums...Mais elles permettent aussi de mettre en valeur certains aspects qui sont eclipsés avec la chaleur !
Mes chouchous quand il fait  -2 degrés le matin : A Scent bouteille verte, Cristalle et N*19 de Chanel, et bien sûr Diorissimo de Dior (celui-là, vraiment très surprenant !).

A quoi bon hiberner avec un oriental-vanillé-chaleureux quand on peut se tonifier dès le matin avec du vert ?

Bon hiver à tous !

Tableau : Boreas, John William Waterhouse (merci Anne ;)

samedi 27 novembre 2010

Lisptick Rose - Le parfum de Nana


Ah ! Nana ! Quelle femme !
Nana, beaucoup la connaisse grâce à Emile Zola, qui dans son roman éponyme décrit ses frasques dans le monde parisien.

Mais pour ma part, je la découvre grâce à un signe de présence particulier : son sillage. Oui, car à vrai dire, je n'ai vu qu'une seule fois Nana. Elle passait en coup de vent se poudrer une dernière fois le visage dans son magnifique appartement Haussmannien, à la décoration assez chargée. Car Nana est une femme moderne. Elle est toujours actrice, et désormais, en femme du monde accomplie, elle alterne entre les planches des théâtres les plus prestigieux, et les rues parisiennes. Nana est, d'un certain côté, un people sans l'être : elle fascine, mais personne n'arrive à la saisir. Elle correspond au type de personne qui semble disponible et attentionnée, mais est au final, elle paraît presque inaccessible. Comparée à ses cousines, les Fleurs du Malle, exister en harmonie avec Nana peut paraître totalement impossible. Et pourtant, elle galvanise quiconque la voit.

C'est bien beau tout ce que je raconte là, mais ça fait dix minutes que je reste sur le seuil de cette pièce chargée du sillage de Nana, à ne pas bouger, ébahi et plongé dans mes réflexions. Tout semble suspendu : rien ne bouge. L'odeur semble imprégner le lieu, mais forme en même temps un bloc. Disons que ce petit salon sans le sillage de Nana n'aurait eu qu'un charme limité, voir proche du néant.

Mon esprit me fait voir en filigrane l'image d'une Nana se repoudrant les joues avec une houppette ornée d'un petit noeud pastel, puis mettant un autre accessoire ultime : son rouge à lèvre. Doux, sensuel, tout était réuni pour me faire perdre dans mes pensées à nouveau. La vision qui me vient tombe surement dans le cliché, mais quand je reste dans cette pièce, je me revois fouiller dans les tiroirs de maquillage de ma mère, à sortir son bâton de rouge à lèvres, juste pour l'ouvrir et le sentir. Puis ranger le tout de la manière la plus proche possible et sans faire de bruit, comme si je n'avais rien touché.

Oui, c'est un peu une sorte d'amour interdit qui voit le jour. Espérons qu'il p... Oh ! J'entends des bruits de pas dans le couloir. Et mince, mince ! Les instincts de l'enfance reviennent : tout remettre en place, et partir silencieusement. Je m'y applique et je parviens à sortir du petit salon. Ca y est, je ferme délicatement la porte massive de la pièce, c'est bon !

Je me retourne et...

"Vous permettez"

Nana, dans un sourire immensément plaisant passe juste sous mon nez, l'oeil emplie de joie de vivre.

Nana, Manet