jeudi 3 mai 2012

By Kilian - Asian Tales : Bonjour, je veux des sous

A l'image de certains candidats pour le Parfum Ultime qui Trône à l'Elysée, grappillant des voix éparses chez les parfums des extrêmes, nous avons aussi des marques qui abusent de démagogie olfactive, dans le seul but de se faire des sous.



Après un petit défilé de pseudos oud (tentant vainement de reproduire des effets de Portrait of a Lady par ci, ou se contentant d'ersatz au benjoin par là), pour messieurs dames du Moyen-Orient ; notre cher Kilian se pare de dos dénudés, de bonzaï et de galets gris... Je m'interdisais de songer qu'on puisse ENCORE trouver pertinent de nommer "Bamboo Harmony" un parfum sur l'Asie. Que nenni ! Faisons chuter notre crédibilité comme un goéland tétraplégique : c'est décidé, chez Kilian on roule sur le cliché !

Bien. Séquence je révise mon bac de géo : l'Asie est LE continent émergent. Quatre dragons habitent ces terres, et le pays le plus peuplé au monde, dont la consommation tend à rejoindre au fil des ans celle du modèle américain (en gros : beaucoup) se démarque de plus en plus, notamment sur le plan économique.

Qu'à cela ne tienne : vendons du parfum là-bas.
Or, pas besoin d'avoir un doctorat sur les mœurs asiatiques pour savoir que la parfumerie n'y est pas vraiment consommée comme chez nous. Tel un esthétisme gustatif basé sur la neutralité, le parfum selon l'usage asiatique se veut discret, à l'image de la nature, simple.

Seulement, simple ne veut pas dire insipide.


Avec tout le respect que je dois à la parfumerie fonctionnelle, Water Calligraphy sent - comme l'a pertinemment fait remarquer notre cher Opium-Tom - le shampooing Elsève, avec ses relents de je-ne-sais-quoi-qui-sent-le-fruit et ses effluves de cheveux propres. Kilian : 175€ - L'Oréal : 3,55€ (oui, j'ai vérifié). Un résultat qui tombe dans le stéréotype feng shui/bougie sur l'eau niveau communication, et dans le floral aqueux musqué olfactivement.



Toujours grâce au nez de notre Opium-Tom, Bamboo Harmony a lui aussi été décortiqué. Nostalgiques n'at-ten-dez plus ! Re-découvrez grâce à la bonté créatrice de Kilian feu le gel douche Fa au thé vert ! (mon dieu... quelle cohérence !!). Quant à la fâcheuse ressemblance avec L'Eau Parfumée au Thé Vert, sachez qu'ils se justifient là-dessus : "ouais, mais nous il tient". (le perfumista qui est en toi a envie de se mettre debout sur le stand de la Scent Room et de crier "Qui s'en fout ?").



Petite remarque...
Si nos fans de oud de Dubaï se sont fait douillés avec les Arabian Nights et si les esthètes asiatiques se font bassement séduire, alors pourquoi les perfumistas n'auraient-ils pas été dupés ?

Je l'ai déjà dit ici sur auparfum, à l'occasion de la clôture de l'Œuvre Noire avec Sweet Redemption : si les créations de Sidonie Lancesseur respirent une certaine originalité, et si on ne peut nier l'implacable technique des parfums de Calice Becker, tout est teeeellement calibré ! Un peu de noir par ci pour les poètes rebelles incompris, un peu de plumes d'écrivain maudit par là... Allez, des petites références musicales hype, ils seront contents ! N'oublions pas nos affamées de sucres, donc un peu de Love ne fait pas de mal...
Mais voilà, qu'est ce qu'on s'ennuie ! A vouloir faire LA meilleure tubéreuse, LE meilleur jasmin ou LE meilleur boisé, L'Œuvre Noire se noie dans la copie de ses confrères innovateurs et spontanés, notamment Serge Lutens et Frédéric Malle.

Si certains parfums signés Kilian ne sont pas à jeter, que dire... à défaut d'intention dans le passé, et désormais d'honnêteté commerciale et de créativité, songez au pouvoir de votre porte-monnaie en ces périodes d'augmentation dans le prix de nos jus les plus chers.

Comme le dit Poivre Bleu, contre le vol, votez avec votre porte-monnaie !

"Perfume as an art" qu'il disait...
J.

lundi 23 avril 2012

Spicebomb - Caméra Cachée


Une pub affreuse (mon dieu... cette "musique"... OH ! Ce n'est pas parce que y'a trois ploucs qui "écoutent" David Guetta qu'on va en mettre dans les pubs de parfums nanméo !), un nom pompé sur Tom Jones, un flacon pas très fin, un féminin qui représente ce qui se fait de pire en parfumerie...

Comment - diable - Viktor & Rolf a-t-il fait pour réussir à ce point Spicebomb ?

On est chez L'Oréal, dans une marque qui n'en a, je suppose, rien à taper du jus, tant que les coffrets s'écoulent à Noël. Et voilà que... PAF ! On a le meilleur mainstream de 2012 à ce jour ?

C'est un piège, on est d'accord ? Quand tu pschittes ça sur ta mouillette dans ton Séphora paumé, d'un coup t'as François Demachy qui surgi de nulle part et te dit, avec un sourire émail diamant : "Mon cher, vous vous leurrez, voici le vrai Spicebomb", sachant que le flacon qu'il tient dans la main est forcément une bonne vieille fougère macho macho man...

De ce scénario il n'en est rien. Au mieux, c'est l'élégant Olivier Polge qui surgit de nulle part et vous fait sentir le Midnight In Paris désormais en bas des étagères (enfin, Iris Silver Mist sait s'il a toujours été en bas des étagères) ; au pire, pour le perfumista des Champs-Elysées, toute l'équipe du Séphora va se mettre à faire une danse à pousser Salomée au suicide en plein milieu du chemin (et pile où il y a le rayon Lutens).



Rassurez-vous, maintenant, vous êtes armé pour vaincre ces gentes vendeuses qui se trémoussent et vous attaquent à coup de Miss Dior CHERIE. Le marketing chez Viktor & Rolf a tout prévu pour vous : avec Spicebomb, vous aurez de quoi vous frayer un chemin hors des patchoufruits et des sportfreshextrem.

Au contraire, rejoignez le petit être qui s'est réfugié dans l'auberge Compote A La Canelle avec Ambre Narguilé. Si Spicebomb est moins fin que l'opus d'Ellena, loin de l'austérité d'un Iris Silver Mist ou de l'ambiance sépulcrale d'un M/Mink, il réussit à rendre un peu d'éclat à notre petit marché grand public pas forcément brillant ces derniers temps.

Modération

Cependant, si tout chez lui semble respirer l'attaque, l'hyper-activité et la virilité macrocéphale, vous vous apercevrez qu'au fil du temps, Spicebomb va laisser tomber le Grand Marnier à la Compote A La Canelle. Il ira chercher un petit cardigan à motif à carreaux marrons et oranges et s'installera paisiblement dans un petit coin reculé de l'auberge, aux boiseries plutôt abimées et déjà vues, mais qui ne gâchent en rien le plaisir de voir le petit dernier tranquillement en train de relire le passage où Ricquet à la houppe se marie.

Il en devient presque galant, certes. Il n'empêche, la naissance de ce parfum reste un mystère.
J.

lundi 16 avril 2012

Les Soliflores Annick Goutal


Par Phoebus




       ... Et je me rends compte à l'instant que je n'ai jamais écrit de billet sur la maison Goutal ?! Pourtant Dieu sait que je l'aime. Mon cas est assez simple à expliquer : si je devais être abandonné dans un village fermier d'Europe de l'Est à mille lieux de toute parfumerie potable... Ma foi je survivrais en n'emportant que des soliflores d'Annick Goutal dans mon baluchon.

       Oui, à ce point.





       Ne jamais sous-estimer l'importance des solinotes : ce sont eux qui permettent de se faire une réelle idée sur la marque. Ils donnent le ton, l'esprit, l'intention. C'est un exercice de style à part entière, officieusement obligatoire pour les marques alternatives.
       La plupart, pour refléter leur bonne foi, choisiront des notes simples qui collent au plus près de la réalité, quitte à ce que leurs soliflores restent éternellement dans l'ombre des champions en titre – l'exemple le plus frappant étant la mode du "je fais un iris parce que ça fait toujours bien d'avoir un iris"... Mais, la mouillette en moustache, tout le monde esquive le regard émerveillé de la vendeuse parce que c'est juste super embarrassant de nous balancer un iris moyen comme ça alors qu'il y a déjà Iris Silver Mist dans le paysage.

       D'autres marques, Goutal en chef de file, ne connaitront jamais ce problème, pour la simple et bonne raison qu'elles ont une vraie "patte" comme on dit. Un oui mais pas que. Une identité, un message, c'est dingue comme l'ensemble de la gamme est finalement très cohérent sans jamais tomber dans la redite, une fois qu'on a tout senti. Pour cela, pas de secret, c'est grâce à un duo de choc, un nez – Isabelle Doyen – et un cœur – Camille Goutal.

        Après avoir trempé leur pinceau dans la transparence d'un verre de muscs blancs et d'hédione, elles l'imbibent d'une couleur pastel, en piochant dans leur palette de fleurs. Avec leurs soliflores j'ai toujours l'impression qu'elles cherchent à nous dépeindre ces jeunes actrices au cheveu fin, au nez court et au regard clair. L'air mutin, l'épaule jetée, le sein qui tient encore sans soutien-gorge, fier et parfait.

       Évidemment, irréductible, je faisais parti des rares conquis par le dernier Mimosa de Goutal, qui a un peu agité la blogosphère. Sans doute parce que contrairement à beaucoup de déçus je ne m'attendais pas à retrouver sous une lumière crue la note typique des petits pompons jaunes. Non, chez Goutal si le nom est une cible, la flèche ne tombe jamais en plein centre – mais il faut dire que le centre n'était pas visé de toute façon. Cette interprétation du Mimosa s'ouvre sur un accord de pêche mûre et duveteuse, tout aussi doux et coloré que la fleur. Les muscs blancs et ronds, familiers – on pourrait presque les qualifier de "goutaliens" – prennent la relève et oh !... Voilà enfin, en diva qui sait se faire attendre, le mimosa légèrement épicé. A porter cet été entre deux rayons de soleil, si vous savez sourire.

Dianna Agron - Le Mimosa


       La Violette a mit un peu plus de temps à me conquérir : les violettes sont le chasse-gardé de ma mère. Ah et, "accessoirement" je n'aime pas la violette... Je suis toujours frustré par sa timidité, sa fugacité. Mais pour dessiner cette violette là, le pinceau gonflé de muscs laisse courir de larges sillons mauves sur du papier en sucre à grain serré. La violette, encore une fois loin du souci de paraitre naturelle, se veut plutôt bonbon à l'ancienne. Le sillage est mauve, vif et translucide, finalement très portable pour du bonbon : sans jamais être écoeurante, elle reste présente et claque comme une bulle de chewing-gum sous le regard défiant d'une collégienne.

Mélissa Mars - La Violette


       Le Jasmin est un peu à l'opposé du spectre, dans le sens où il évoque davantage la femme que la jeune fille. Et ce malgré la filiation avec Petite Chérie, suffisamment évidente pour ne pas la développer : on retrouve le duo poire juteuse – muscs en tête, mais le soliflore se distingue par la suite. Tout en transparence, débarrassé d'indoles, un jasmin vert et frais s'installe sur la peau. C'est ce qui le rend si "easy to wear" pour un jasmin, mais l'eau n'est calme qu'en surface : en sourdine, il crépite comme un nuage avant la pluie, sa verdeur devient presque entêtante... Il a ce petit côté femme fatale orageuse (pour ne pas dire chieuse), au ricanement menaçant comme le tonnerre, débordante d'assurance.

Ashley Greene - Le Jasmin


       Une autre déclinaison du bien-connu thème de Petite Chérie se retrouve encore dans Le Muguet. Je l'ai découvert cette semaine, je ne sais pas pourquoi je n'étais pas curieux de le sentir avant... Peut-être parce que, comme le dirait quelqu'un que je connais, "porter du muguet, c'est toujours un peu chiant" ? Certainement. Mais, héhé, vous commencez à connaitre la chanson maintenant, ce n'est pas franchement du muguet chez Goutal ! C'est une interprétation de la fleur du bonheur, construite autour d'une colonne vertébrale de poire pas encore mûre, cajolée de muscs et d'hédione. Les fleurs blanches sont traitées de manière astringente, et font ressortir leurs facettes vertes du mieux qu'elles peuvent. Malgré tout je n'arrive pas à cerner précisément le parfum des petites clochettes blanches, et il est vrai que cette interprétation du muguet se veut avant tout portable : elle compte sur un sillage un peu lessiviel à la Chloé pour évoquer la blancheur et la pureté du muguet. Blanc et pur, mais surtout textile et hypersage comme un chemisier boutonné jusqu'en haut. C'est marrant comme une fleur cataloguée "chiante" arrive à se dégager du qualificatif justement sans chercher à se dévergonder mais, au contraire, en allant à fond dans la direction opposée, comme par fierté ou esprit de contradiction. By the way, je pense qu'il s'agit du 'flanker officieux' de Petite Chérie que je préfère.

Lana del Rey - Le Muguet



       Bon, promis, là j'en ai fini avec les variations d'un demi-ton de Petit Chérie. J'aimerais vous parler de roses, et la raison voudrait que j'évoque Rose Absolue, premier soliflore rose de la marque, mais... je le trouve d'une platitude affligeante, et pas plus original ni plus complexe que le parfum d'un papier toilette un peu cher. Mon cœur est tout entier tourné vers la dernière Rose Splendide. 

       J'ai dit tout le bien que j'en pensais dans un article sur Auparfum, à sa sortie, au printemps dernier. En voulant le ressentir deux mois plus tard, la vendeuse m'apprenait qu'ils n'avaient déjà plus de flacons en stock ! Victime de son succès, ce qui était prévu pour être une édition limitée restera un peu plus longtemps dans les backs finalement ? 
Je ne connais que l'eau parfumée, mais je ne crois pas qu'elle diffère de l'eau de toilette. Une chose est sûre : elle reprend le délicieux accord de la gamme soin de la marque. La rose est fraiche, à peine fruitée (vraiment, à peine pour une fois) sertie d'herbe coupée. Elle se fond près de la peau sur des notes de magnolia légèrement cosmétique. Mais ma partie préférée reste le fond-du-fond-de-l'archi-fond, dont la fine amertume m'évoque les pépins de pomme. Une rose citadine, matinale, les pétales en friche, délicieusement imparfaite.

Mélanie Laurent - Rose Splendide



       Parler toute la soirée couchés dans l'herbe, courir pieds nus jusqu'à la maison quand tombe l'averse, respirer les bouquets de jonquilles dans l'entrée en écartant une mèche de cheveux trempés...

       J'ai gardé mon préféré pour la fin. Un coup de cœur immédiat... Je ne saurais pas dire s'il sent le chèvrefeuille de près ou de loin puisque je n'en ai jamais senti. Reste que ses notes de narcisses, de lierre et d'herbe coupée en font un délicieux parfum vert, sans aucun rapport avec le Chèvrefeuille d'Yves Rocher. Les jonquilles sont une des rares odeurs qui ont marqué mon enfance, et je suis assez dépité de ne pas pouvoir plus en retrouver l'odeur en flacon....J'espère avoir des amis parfumeurs dans une dizaine d'année pour remédier à ça, mais en attendant je me contenterai du Chèvrefeuille de Goutal. Son départ légèrement citronné, fugace, reste symboliquement présent tout le long grâce à l'acidité du cœur floral (acidité que je retrouve dans Grand Amour, d'ailleurs). Pour ce qu'il m'évoque, par sa richesse insoupçonnée et par la finesse avec laquelle il est traité, ce parfum a un pouvoir incroyablement apaisant sur moi. J'aime quand il m'accompagne dans la fraicheur des nuits printanière, mais mon échantillon se vide dangereusement vite..... Je veux tous les soliflores, mais aucun doute dans l'ordre de mes priorités : c'est ce flacon là que je vais rechercher en premier.

Jennifer Lawrence - Le Chèvrefeuille



       Et il y en a bien d'autres, mais je n'en parlerai pas ce soir : la tubéreuse, gardénia passion.... Et puis il y a les discontinués, comme Des Lys, que j'aurais bien aimé sentir... Enfin il y a ceux qui sont sur la sellette, comme le Néroli !! Une vendeuse m'a dit qu'ils allaient l'arrêter, c'est à n'y rien comprendre : il est pourtant salué et reconnu par les amateurs de parfum comme l'une des plus belles fleur d'oranger du marché... 



       Bref, voilà. Je sais que ça peut paraitre louche de parler en des termes aussi élogieux d'une marque, mais là ce n'est ni plus ni moins qu'un cri du cœur : Isabelle je t'aiiiiiiiiiiiiiime ! <3

jeudi 29 mars 2012

Ichnvsa - Profvmvm Roma : De Figue en Aiguille

Les présentations faites (chez Sophie sur My Blue Hour), nous vous invitons à boire ce petit breuvage (non, ce n'est pas du poison). Eh eh... Oui oui, ce n'est pas une illusion d'optique, vous voilà en train de devenir tout petit. Vous rétrecissez, et à vue d'oeil !

Vous voilà, homme mortel, en figue transformé.

Les Cinq Sens - Jacques Linard

Pas besoin de vous prendre avec des pincettes puisque, si le sujet est épineux, votre métamorphose est grandiose, grandiloquente, grotesque ! C'est une évidence. Au diable les petites anecdotes fantastiques, vous voilà enduit d'une carapace charnue, et votre coeur fait battre des milliers de petits grains bien cachés dans un foie ma foi succulent. Votre sang est devenu lait, vos cheveux ont fugué et de légers interstices épars vous ont permis de sentir, de voir et de toucher.

Vous voilà métamorphosé, certes. Mais cela ne suffit pas. Il faut vous rassasier, car la figue est gourmande, et dangereuse. Ici, vos entrailles crient famille jusque dans vos feuilles, par un son verdoyant de faim. Tant mieux, on vous a remarqué. D'ailleurs, j'ai l'impression que... Mais oui ! Vous voilà dans les mains d'une belle jeune fille, au teint pâle et aux hanches vertueuses. Vous esquissez un petit sourire...

Pas question de rester figé ni planté là : qu'on vous transporte, et que dans trois jours vous soyez à Rome, sur le forum !

Romulus Et Rémus - Rubens
Car il n'y a pas de hasard dans la vie ! La figue est romaine ! Depuis le berceau des deux jumeaux à cet arbre encore aujourd'hui sur le forum, en passant par un sympathique petit passage à Carthage, la figue est omniprésente.

Ca vous va... Mais, après tout, vous n'êtes qu'une transformation. C'est passager. Au fond de vous même, vous savez que... vous n'êtes qu'une imitation. Une simple imitation.

Vos poils inexistants se hérissent. On en revient au problème épineux du départ.
Et voici que votre peau verte se durcit, devient plus foncée. Vos grains intérieurs se révulsent, se convulsent et sortent, grandioses, de votre corps !

Vous voilà, figue superbe, en arbre hérissé transformé !

Vos aiguilles sont acérées, votre soif de pouvoir semble satisfaite. Détruire Rome ? Non ! Magnifier Rome ! A vrai dire, vous êtes une espèce composite, ni figue ni sapin. Vous n'êtes plus une imitation, vous êtes plus que cela.
Votre puissance semble tellement vous coller à la peau qu'il n'est plus question de retrouver votre forme humaine. Puis, après tout, c'est ici qu'il réside, votre art, non ?

J.

Ps : il n'y a pas de hasard dans la vie... Je pars à Rome demain ! Donc je répondrai pas à vos message avant mercredi, mais Mister Phoebus guette, soyez rassurés ;)
Vive l'odorat !

mercredi 29 février 2012

M / Mink - Byredo : Toujours la même

Toujours la même. La même ligne. Toujours la même ligne que nous suivons tous. Peu importe comment chacun d'entre nous la perçoit, ce qui importe c'est d'être conscient que, toujours nous déambulons, gris, sur cette tristesse étrange, montant comme la mer sur le roc noir et nu.

Toujours la même ligne, que l'on perd de vue lorsqu'elle s'enfonce dans les méandres des tréfonds marins, noirs et hostiles. Que l'on retrouve et face à laquelle il est de coutume de désespérer lorsque, en pic Cruel, elle s'élève à l'infini, cîme majestueuse couronnée de neige argentée mais aux côtés nus et abrupts.

A. Lee

Toujours la même perspective, conduisant dans une même direction à un point ultime. 
Ce sont ces liens discordants pourtant, tous d'une Beauté classique convulsive, que nous entrevoyons ici.

D'un côté le blanc, la lumière de toutes les couleurs, la brume de toutes les odeurs et l'oncteux de tous les goûts. Tout blanc, il est une douleur très simple, une joie éclatante pour tous.
Au coude à coude, luit le noir fuligineux, l'union de toutes les couleurs, la nuit de toutes les odeurs et le rugueux de tous les goûts.

Il en est de même pour cette mer et cette montagne, toutes deux traversées. Toujours la même mer, noire et lisse, se faisant un sang d'encre pour son avenir. Dans sa lutte contre la linéarité, la voilà en train de gravir les pics, avec une brutalité insoupçonnée. Dans son ascension d'une intensité métallique, la voilà en train de ravir au Cruel ses rocs propres et blancs, et ses pierres noires et friables.

Toujours le même point d'orgue dans le temps. Où l'équilibre entre les pierres, base de l'édifice naturel, cède sous la pression de la plaine saline. En cet instant, les couleurs sont indiscernables.
"Taisez-vous !" semble crier la montagne fière, dans un vague souci de résistance.

Mais qu'importe, la ligne du pic s'affaisse sous la déferlante de la mer. La ligne si haute, finit par plier sous les coups. Toujours la même lenteur, c'est un secret connu de tous, où les secondes défilent, au compte-goutte.

Au sein de la mer pleine de vie, des questions émergent : en brisant l'équilibre ascendant de la montagne, la ligne s'est abaissée, et non élevée. Plus jamais nous retrouverons les Morts aux pieds de la montagne. Toujours la même mer, qui en voulant échapper à la peur perpétuelle de sa propre fin, voit son sourire enfantin noyé face à cette ligne qui s'abaisse. Subsiste alors un malheur vague, montant comme la mer sur le roc noir et nu. Toujours.

Le temps s'en est allé. Aujourd'hui, cette ligne demeure, impériale et impalpable dans ce paysage plat. Ces liens qui autrefois reliaient cette mer à cette montagne et conféraient à la Beauté son classicisme convulsif,  ont disparu. La Vie de la mer et la Mort de la montagne ne forment plus qu'un tout, dérangeant.

Par moment, vos beaux yeux croient surprendre quelques sursauts, à la vision du paysage.
Il semblerait que, plus encore que la Vie, la Mort nous tienne souvent par des liens subtils.

Bocklin, L'Île des Morts, 1896
J.

mercredi 1 février 2012

Han, mais j'vous ai pas dit.

 By J & P.


Désolé, pour une fois ce post ne parlera pas de parfum... Ou plutôt : il nous permettra, à vous, Jicky et moi même, d'en parler un peu plus, un peu mieux à l'avenir.

Parce que nous sommes à la pointe de la technologie et de la hype-ittude *tousse-tousse*, nous avons décidé d'étendre notre blog à Facebook et Twitter... Depuis quelques temps déjà mais on ne l'avait encore jamais proclamé officiellement !





J'entends déjà les true hipsters soupirer dans leur ponchos orange fluos que facebook c'est SO two thousand and eight et que twitter c'est SO two thousand and six. Et que pour être cool aujourd'hui faut avoir un Tumblr - et un poncho orange fluo bien sûr.

Sauf que oui mais non, on n'aura pas de compte Tumblr (du moins pas tout de suite) et ce pour trois raisons :

1)  C'est un peu nombriliste, pas si différent d'un "deuxième blog" en fait.
2) Ce n'est pas un média très intéressant pour nous, dans la mesure où c'est surtout utilisé pour partager des images (comme dans A la recherche de Dau) ou des photos (comme dans Musque moi de Patrice).
3) Essayez-voir de prononcer "Tumblr"? ........................................ On est d'accord.


Bref aucune utilité. Au contraire, nous, on veut vous parler, vous connaitre. Oh bien sûr on peut communiquer dans les commentaires sous les articles, mais le sujet tourne autour du-dit article justement, et c'est pas très privé non plus.

Plus concrètement, en rejoignant notre page facebook ou en nous suivant sur twitter, vous serez prévenu à la minute où un nouvel article de notre cru vient de paraitre. On prévient aussi (assez souvent) de la publication d'un article parfum d'un autre bloggeur, quand on l'a apprécié.... De notre parfum du jour, ou du coup de gueule du moment....Et enfin de tout ce qui a un rapport avec le monde de la parfumerie en général, l'actualité du parfum. Et tout et tout.
De votre côté, si vous le voulez, et parce que les réseaux sociaux sont fait pour ça, vous pouvez toujours venir chercher un conseil (ou nous en donner un ! Tiens d'ailleurs je ne sais toujours pas quel parfum porter pour aller faire ma lessive demain matin), nous demander notre avis sur une marque (ou nous en faire découvrir une !)... Et de façon plus légère vous pouvez aussi nous dire quel est le parfum que vous portez/testez là, maintenant, tout de suite R-I-G-H-T-N-O-W ! (on adore ça ^^).


Et puis je dis ça je dis rien, mais tu sais que t'es un perfumista quand tu as aimé la page de jicky sur Facebook et suivi Phoebus sur Twitter quoi ! Alors on vous dit à tout de suite les monstroplantes (et votremissionsivousl'acceptez  c'est de venir nous dire quel est votre parfum préféré en ce moment.... Sans nous donner le nom ;)).


Vivez parfum 2.0. YES WE C(h)AN(el) !

 
(Mon premier se rencontre
souvent sur des mamies fourrures 
à l'arrêt de bus, 
mon second est très fleuri, 
mon tout a le 
sillage d'une bougie...).





lundi 9 janvier 2012

Shalimar, Guerlain - Sweet Transvestite

(it's Phoebus, bitch).


  • Bon allez. J'le dis ou pas ?
  • Non, tous les amoureux de Shalimar vont se mettre à flipper.
  • Y'a aucune raison pourtant... Et en plus c'est juste une image personnelle.
  • Rappelle-toi de L'Heure Bleue, certains ont mal digéré le coup de la mamie fourrure.
  • Mais ça, ça prouve juste qu'ils ont pas lu l'article jusqu'au bout... c'était une critique positive en fait.
  • Anyway c'est tendu ton thème là. Y'aura forcément quelqu'un quelque part qui trouvera le moyen de mal le prendre, ou...
  • Oh et puis croûte à la fin, je le dis quand même, j'y tiens.


Oui, j'ai des dialogues intérieurs parfois. (Mais ne vous inquiétez pas, nous allons très bien).
Bref, j'ai senti Shalimar à la bibliothèque sur un transsexuel.


"I'm just a sweet transvestite from transexual transyl-vanilla"


Et c'était supercool pour des raisons que je vais développer dans quelques secondes, mais d'abord je préfère mettre les choses au clair : les références à Tim Curry du Rocky Horror Picture Show s'arrêtent là. C'était juste pour l'accroche. Oui, parce qu'au contraire le transsexuel-de-la-bibliothèque que j'ai croisé en juin pendant mes révisions était très femme, lui.

La bibliothèque en question reste ouverte jusqu'à 23h. Le jeudi soir, il n'est pas rare d'y croiser des étudiantes un peu trop élégantes pour le contexte, mais qui gagnent ainsi du temps en sortant danser directement après la fermeture sans devoir retourner chez elles pour se changer. Pour cette raison je n'ai pas été surpris d'entendre des énièmes talons claquer le long des tables, et encore moins de constater une petite robe rouge sous de très longs cheveux noirs se diriger vers un rayon précis de la section économie. Plus surprenant en revanche, la réponse du sillage qui m'atteignait au moment où l'étudiante disparaissait à l'angle. Lourd, à contretemps, c'était Shalimar dans une version qui était au moins l'Eau de Parfum !.. J'en ai posé mon stylo. C'était tellement plus que ce que j'espérais croiser dans une bibliothèque.

Shalimar fait parti de ces parfums mythiques qui évoluent de manière surprenante sur une journée, mais conservent malgré tout une saveur, une identité, une signature évocatrice à n'importe quelle heure. Rien ne disparait vraiment, seules les proportions changent : ainsi la violence du départ bergamote ascendant vanille/opoponax se mue suavement en une vanille/opoponax ascendant bergamote dans le dernier acte. Ces matières dominent à mon nez, et font toute la magie de Shalimar, mais cet "accord type" ne serait rien sans le soutien du patchouli, du benjoin et de l'iris qui forment un joli écrin de cuir et confèrent une surprenante, puissante marque masculine à l'ensemble. Un parfum du temps où on savait que femme et girly ne veulent pas dire la même chose.

Le tempo de ses chaussures m'avertissait de son retour imminent, mais la vérité c'est que je ne m'étais pas remis à travailler : j'attendais qu'elle ait fait son choix, tourné vers l'allée, me demandant quel genre d'étudiante pouvait snober ainsi les sucraillons mainstream dont elle était le public cible.

De face, le manuel qu'elle tenait nouvellement du bout des doigts a d'abord attiré mon attention sur ses ongles entretenus très longs, et d'un rouge plus soutenu que la robe, plus proche de celui des lèvres. Mais presque instantanément, je notais que ses hanches étaient peut-être un peu trop droites, ses épaules peut-être un peu trop marquées, et sa mâchoire peut-être un peu trop... Ou pas assez ...? Malgré un maquillage et une coiffure soignés, le doute était permis et s'est 'peut-être un peu trop' trahis sur mon visage. L'espace d'une seconde.

Je souhaite sincèrement qu'il ne l'ait pas remarqué. Ou bien est-ce l'habitude qui lui a enseigné à conserver malgré tout, face aux regards, cette démarche confiante sur des talons plus hauts que beaucoup de femmes ne pourraient supporter ?

Seconde vague de Shalimar.

J'étais, en fait, fasciné, par cet homme (homme car de face il avait sans doute plus de 25 ans, tenait plus du chargé de travaux dirigés que de l'étudiant). J'ai toujours été secrètement admiratif des transsexuels. Peut-on être plus brave ? Peut-on être plus honnête ? J'envie cette manière extrême de pouvoir dire "voilà ce que je suis, voici comment je m'aime", d'incarner une vie qui à elle seule est un majeur levé à une société qui ne sera jamais en mesure de comprendre ce qui déborde du traditionnel. On a tous plus ou moins des difficultés à assumer ce qui nous plait et la façon dont on souhaite l'exprimer, nos passions, ce qui fait vivre, coupe le souffle – on peut choisir, on choisi souvent, de se taire, de s'aliéner pour préserver la quiétude des tiers qui ne nous en souhaitent pas tant, par amour, ou par peur de la marginalisation, ou par, ou par.

Le regard des autres m'a toujours atteint et déterminé de manière considérable. On m'a élevé dans la peur de décevoir. Je sais que je ne suis pas dans cette bibliothèque pour les bonnes raisons.

Shalimar, c'est beaucoup de choses. C'est "la demeure de l'amour" en sanscrit. C'est le parfum le plus féminin qui trônera à jamais dans les Sephora, le plus masculin également, le plus sexualisé en tous cas, la rencontre. Shalimar, c'est un best-seller porté par une grande quantité de mamies-fourrure "parce que c'est du Guerlain". Shalimar, c'est le parfum d'une vie pour une infinité de femmes – je ne crois pas aux parfums d'une vie. Et pourtant, porté par ce jeune homme, Shalimar arrivait à devenir l'une des plus belles manifestations d'individualisme qui m'ait été donné de sentir, si juste, précisément juste, le parfum d'une vie, tu ne crois pas aux parfums d'une vie, et alors ?


Shalimar enfin, c'est la certitude de quitter une pièce en laissant planer derrière soi ce majeur levé, ce fond queeré-vanillé à tomber par terre, une éternité.