dimanche 16 août 2015

le snobisme des amateurs de parfum : l'enfer, c'est les autres. (partie III)

Phoebus, au rapport.


Je sais, je sais, je ne vous laisse aucun répit : c'est le jour du Seigneur et pourtant on continue la torture.
Mais ne faites pas comme si vous n’étiez pas impatients. Levez la main si vous n'avez pas pu dormir de la nuit en imaginant les atrocités sur lesquelles nous allons nous pencher aujourd'hui ? (non, arrêtez, vous êtes ridicules je ne peux pas vous voir.)

Pour ceux qui prennent le train en marche : cet article est la troisième partie d'un projet masochiste et sans apport aucun, consistant à observer le consommateur moyen parler de notre sujet préféré. Nous voilà comme des enfants observant un bocal de poissons rouges, faussement étonnés de constater qu'ils mangent leurs propres excréments.


CHAPITRE 3 : la notion de bon goût.


De La Rochefoucauld disait "le bon goût vient plus du jugement que de l'esprit". Et c'est vrai que le corolaire du bon goût, c'est bien cette notion omniprésente de jugement - le jugement qu'on porte sur les autres, et plus souvent la peur d'être jugé soi-même sur ce qui nous rend vulnérable. C'est à dire, ce qu'on aime.

Le bon goût est donc le carrefour entre nos sensations honnêtes et la nécessité de les confronter aux autres. Or dès que "les autres" arrivent dans l'équation, l'idée d'apparence intervient et il peut y avoir une distorsion plus ou moins volontaire, plus ou moins accentuée entre ce que l'on ressent et ce que l'on projette. Le bon goût finalement, chez les passionnés, c'est "ce qu'il faut projeter", c'est le diktat de ceux qui ont mieux étudié le sujet.

Mais de manière intéressante, chez les non passionnés, les consommateurs (donc dans l'hypothèse assez unique de la parfumerie, puisqu'à notre époque il est plus aisé à large échelle de se forger une culture sur la musique ou les fringues), la notion de bon goût est beaucoup moins complexe et ne passe pas par l'idée de projection. Pour eux, dire "tu as bon goût" signifie en fait "tu as le même goût que moi". Ils retrouvent en l'autre le même sentiment interne et le valident. Vous le constaterez plus bas dans l'article. Inversement, quand l'autre n'aime pas la même chose qu'eux, c'est l'autre qui a mauvais goût. Il y aurait, dans cette version primitive du bon goût, autant de bon goûts que de ... goûts. Ce qui est étonnement positif et juste, quand on y pense, n'est-ce pas ? 

Mais revenons-en aux passionnés deux minutes avant de nous plonger dans les captures d'écran. Marcel Duchamps disait "le grand ennemi de l'art, c'est le bon goût", ce qui nous intéresse particulièrement ici puisque les passionnés considèrent majoritairement la parfumerie comme un art. Or on peut observer deux courants : les passéistes et les moins passéistes. Tout le monde reconnait la valeur des classiques (sans toujours apprécier les porter), ils n'ont pas fait leurs preuves pour rien. Ce sont les sorties récentes qui font débat. Alors certes 90% du temps les lancements ne sont que des ersatz édulcorés des uns et des autres mais lorsque l'un d'eux se démarque par sa créativité, il pourra, assez ironiquement, être critiqué pour son esthétique trop éloignée des classiques de référence. C'est en cela que le bon goût devient l'ennemi de l'art, si on considère que l'art est une succession de remises en cause. D'ailleurs Mathilde Laurent assimile très pertinemment, dans une interview récente, la parfumerie moderne à l'art moderne en général : tout ce qui est créatif aujourd'hui est une réponse à ce qui s'est fait hier, une réaction. il faut tuer le père...



Mais je m'éloigne du sujet. Remontons un peu à la surface. BRING BACK.............my gurlz. #référence




*moi quand j'ouvre twitter*









Tuerie (nf) : action de tuer en masse ; abattre.

Donc, ouai.










Sinon le premier parfum de lolita lempicka, si tu veux te la jouer puriste.












Mais garde tes sous, ma pauvre fille, va t'acheter une gaufre.











Un choix cornélien, didondidonc.














Voilà ce qu'il se passe quand les parents n'ont pas donné assez d'amour à leurs enfants.










spotted : futur nez.












Invictus est tellement infect que seule la pub avec l'athlète torse nu le fait vendre. Ce que je veux dire par là c'est que tu refoule clairement ton homosexualité.











Princessswag a parlé.







sans déconner en vrai elle parle du quel
à votre avis ?... Mandarine Ambrée à la
rigueur...




 Appel à témoins : si vous croisez un parfum Hermès qui sent le sucre, n'agissez pas seul. Un numéro vert s'affiche en bas de votre écran.






 



 C'est noir, mais en même temps c'est blanc mmh mmh i feel you gurl.






décidément les tueries vous passionnent.





*pokerface*














Forcément, tu offres un parfum que tu aimes, ça va te plaire, les lois de l'univers ne sont pas si mystérieuses.






sous-titre : "aimons-nous la même chose
en vue d'un futur hypothétique coït ?"




 Je te répondrais la même chose que ce qu'Amy Winehouse a dit à ceux qui ont try to make her go to rehab.





Sur une note positive, je vais quand même terminer avec une citation de Nietzsche : "le mauvais goût a autant son droit que le bon goût".



*    *    *    *    *


Voilà, c'est fini pour aujourd'hui ! Vous pouvez retrouver une activité normale. #atchaobonsoir

Demain, nous étudierons... Oh et puis non, je ne vous l'annonce pas, ça casserait l'effet :)

Cela dit, /!\ spoiler alert : vers l'infini et l'au delà.


samedi 15 août 2015

le snobisme des amateurs de parfum : l'enfer, c'est les autres. (partie II)

Phoebus, au rapport.


C'est avec un plaisir mêlé de fascination et d'effroi que je vous retrouve aujourd'hui pour aller toujours plus loin de l'autre côté du miroir.

Avec pour seuls moteurs l'ouverture d'esprit et la volonté de comprendre (arrêtez de rire svp) je vous propose un voyage dans la tête du consommateur lambda de parfum, via des captures d'écran twitter. Des moments précieux, pris sur le vif, des instants d’honnêteté éclatante...

Attention, j'informe notre lectorat qu'il est déconseillé de boire son thé durant l'expérience qui va suivre. Dr Jicky & Mr Phoebus ne sont pas responsables des réflexes malencontreux qui pourraient survenir durant la lecture.

Donc accrochez-vous à vos flacons : aujourd'hui, nous nous frottons aux classiques.



CHAPITRE 2 : N*5 de Chanel



C'est la suite logique de la partie I.
Nous avons découvert la passion incompréhensible que Bleu suscite chez l'Homo Twiterus. J'ai voulu poursuivre sur cette voie encourageante et ait donc interrogé la fonction recherche de Twitter pour connaitre l'opinion du public sur le N*5.

Chez les passionnés, le N*5 c'est un peu le Nouveau Testament : la parfumerie existait avant mais elle n'est plus la même depuis. Son jasmin lumineux raidi d'aldéhydes, pour en faire une simplification vulgaire, est quasi légendaire. Il a enfanté la pratique du parfum de couturier. Il inspire un tendre respect aux passionnés, aux gens de la profession, et  se gonfle d'une symbolique très puissante : à jamais lié à Marilyn, il traverse les âges, increvable incarnation du rayonnement Français à l'international.
Aujourd'hui, en l'an de grâce 94 après Chanel n*5, il est toujours en tête des ventes mondiales. Pour combien de temps encore ? Que pensent la génération Y et la génération millénium de l'aïeul de Bleu ? Feront-ils perdurer le succès ? Enquête.


*moi quand j'ouvre Twitter*




Ajouter une légende






Boom. C'est sans introduction que Marion Loves Cher jette un pavé dans la mare.











faut pas toucher à mémé




Contre toute attente c'est Kimberley, qui se fera l'avocat du diable.











Do you believe in life after le CAP ?






Mais Marion Loves Cher rassemble ses troupes.
















Fine analyse sociale de was lloygzeygfifzg : la femme n*5 serait plutôt d'âge mûr, et issue d'un milieu social aisé.







C'est toi sa pue






Lau, elle dit les choses, elle met le doigt là où sa fé male.
















Y'en a qui n'ont pas peur d'être déshérité.











C'est cohérent.






Après la vieillesse : l'obsolescence des chaires.










Je vais te faire sentir Sarrasin, toi
on va voir si le 5 sent toujours
le popo.






Après l'obsolescence des chaires : la pourriture.




















Encore une fois, c'est avec cohérence que le n*5 passe du caca aux WC.






Consciencieuse, Tammy B a fait un test à
l'aveugle pour confirmer ses conclusions
empiriques.






Puis on tire la chasse d'eau.
CO-HE-RENCE je vous dis.













Alors qu'une Eau Jeune à la fraise
qui sent kro bon c'est 20 euros réveillez
vous !







Être ou ne pas être nette. Telle est la kwechtieune.


















Même Outre Atlantique on s'interroge.








Mieux qu'un piège à ours







Moi aussi je préfère les parfums frais et léger genre Black XS pour elle.















Ah je le connaissais pas celui là.



















Un cran au dessus dans la contestation : non content de puer, maintenant le N*5 a carrément usurpé son succès.





Wait : Marilyn elle portait pas
J'adore ?






Et maintenant on va remettre en cause la légende parce que c'est pas possible qu'une icône du glamour sente la vieille-mort-caca-wc.













Ah non Philippe on avait dit : pas de récupération politique.




*se frappe la tête contre un mur*






 Tu ne mérites pas de travailler à côté du n*5. Tu ne mérites même pas de le regarder, vas te mettre au coin.











 *    *    *    *    *



 VOILA c'est fini pour aujou....

Oh et puis non.


Ça vous tente un petit bonus ? 




 BONUS : Shalimar de Guerlain




 Je ne fais pas un article entier sur celui là parce que la pêche a été plutôt maigre. Les internautes exprimaient essentiellement (et en masse) leur mécontentement à propos du mini film Shalimar paru il y a plusieurs mois : ils ont eu le temps de finir leur pop-corn avant que le vrai film ne commence, tellement c'était long. Rendez-vous compte.

Shalimar est un peu à Guerlain ce que le n*5 est à Chanel : une poule aux oeufs d'or, parfois incomprise du grand public et de la nouvelle génération. Mais globalement, j'ai lu plusieurs tweets positifs à son propos, ce qui est rassurant et qui rejoint l'avis des passionnés.

Une rasade de bergamote suivie de l'oppoponax dans son écrin de cuir : Shalimar est une vitrine idéale sur l'univers Guerlain, et s'exporte inévitablement mieux que ses ainés puisqu'il nous parle de séduction.




ché pa ptetre el aV cho






 Oui parce que, la nudité dans une pub pour un parfum, c'est du jamais vu.









#parfumdevieille






 J'ai loupé quelque chose ? C'est plus Natalia Vodianova l'égérie ?
(qui est dans sa petite trentaine, au passage, donc un peu loin des
20 ans quand même).













 OK sinon la dernière pub Perrier (une putain d'EAU PETILANTE EN BOUTEILLE) on en parle ?






C'est toi l'espèce de languette !








Mais sinon, comme je le disais, Shalimar suscite quelques réactions positives sur le réseau social.





Cet automne, vibrez aux pulsations de
Shalimar Shéplukwa, le nouveau flanker.







Pour certains c'est même leur parfum préféré, oui oui.






 Et voilà pour l'analyse socio. *bâille*  








 Un argumentaire à toutes épreuves.






 *    *    *    *    *




 Ça y est, cette fois c'est vraiment fini pour aujourd'hui !
On se retrouve demain pour observer nos petits consommateurs sur une nouvelle thématique, qui ne manquera pas de piquer votre curiosité, j'ai nommé : "le bon goût". 



/!\ Spoiler alert : ils ont essayé de goûter leurs parfums.



























































vendredi 14 août 2015

le snobisme des amateurs de parfum : l'enfer, c'est les autres. (partie I)

 Phoebus, au rapport.



*Dans les épisodes précédents* 


Rappelez-vous, c'était il y a quelques années : je vous parlais du snobisme des amateurs de parfum sous un angle introspectif, qui renvoyait à notre propre rapport au parfum, au développement de notre sens critique et à la phase de suffisance particulièrement développée par laquelle nous sommes tous passés. Quand l'égo se gargarise de ses connaissances et fait de la culture de sa différence une priorité, il empêche la vraie critique objective.

Aujourd'hui nous élargissons le cercle de l'étude pour y inclure... Les autres.
Je vous vois venir et : non, cet article n'a pas pour but de me plaindre du mauvais goût des jeunes, des moins jeunes et des sillages que je croise à Châtelet. Cet article n'a pas pour but de descendre, au hasard, Black Opium. (au hasard hein).

Je vous parle d'une aventure encore PLUS effrayante. Je vous invite à entrer DANS LA TÊTE de la cliente Black Opium. Observer SON regard sur la parfumerie. 

Grâce à Twitter, qui rend publics tous les messages qui y sont postés, et à sa fonction "recherche", je vous donne accès au fil de pensée spontané de ces consommateurs qui pèsent si lourd sur le marché du parfum que nous chérissons. En choisissant soigneusement mes mots-clés, c'est à travers 6 chapitres que nous allons observer ces êtres, leurs émotions, leurs peurs, et parfois même leur mœurs, si différents des nôtres.

Les cardiaques, les femmes enceintes, les intolérants aux émoticônes et les nazis du Bescherelle sont invités à fermer dès à présent cette fenêtre pour leur propre protection.



CHAPITRE 1 : Bleu de Chanel.






C'est tout simplement la star du réseau social.

Bleu de Chanel, chez les passionnés, ça a fait tout un foin en 2010 : pour les plus durs, c'était une insulte à la maison historique, pas moins. Pour les plus indulgents c'était un jus neutre, sans émotions, qui n'a rien inventé mais a le mérite d'être équilibré et plutôt agréable. Cependant tous s'accordent à dire que c'est une déception, loin en dessous des standards de la marque.

C'est devenu le succès commercial qu'on connait. Qui sont les acteurs derrière cette ascension ? Enquête. 


 
*moi quand j'ouvre twitter*









Tel Eau Sauvage en son temps, Bleu devrait-il son succès aux femmes qui, mutines, le chapardent dans le rayon masculin ?...








 ... Heureusement Le Rat est présent pour rappeler aux jeunes donzelles d'avoir l'obligeance de rester dans leurs zones de genre.
Mais alors, d'où vient ce succès ?














Harry est un membre du groupe idole des jeunes One Direction.








*asperge un bâton de Bleu*
*le jette par la fenêtre ouverte*












Dès lors, Bleu convoque la naissance du sentiment romantique chez les jeunes filles en fleur...












 ... De manière TRES intense ...



On n'a pas la même définition du sexy.








     ... Voir TRES TRES intense ...
















    . . .


 "Nina, arrête l'ordinateur et descend tout de suite, on va être en retard à ton cour de poney".














Mais le malaise ne s'arrête pas là :












#TuEnAs14






Elles sont hors de contrôle, Bleu de Chanel engrange toutes les déviances sexuelles #ila12ans











n'est pas harry qui veut.





Pourtant, bilan :

















 Niall est un autre membre apprécié du groupe pop sensation, One direction.















 Les porteurs de Bleu se plaisent très souvent à détourner la citation de Monroe. Comme si c'était sexy.








A la rigueur, elle apprécie d'être
sous terre pour ne pas avoir à sentir
ce qu'on a eu l'audace d'associer à son nom.





 Non : Coco se retourne dans sa tombe.

















 *    *    *    *    *




C'est tout pour aujourd'hui ! Nous venons de lever un premier voile sur le mystère des consommateurs lambda. Demain, je publierai le chapitre 2 dans lequel nous observerons ces même spécimens confrontés au célèbre N*5 de la même marque.

/!\ Spoiler alert : ils sont restés au stade anal.




mercredi 29 octobre 2014

Les envies d'automne.

Hocus Pocus Phoebus



        Je travaille trop. Le fil de mes pensées est constamment saturé. La route que j'emprunte chaque jour est la même, puisque je n'y fais pas attention.
        Mais un matin, les marronniers sont en feu sous un ciel bleu compact, la lumière est magnifique. Des feuilles mortes tourbillonnent au sol et s'écrasent contre mes bottines. Je réalise à temps que nous sommes en octobre, la nature était prête à faire tomber des bogues sur ma tête. 


ce collage à deux francs sur paint s'intitule "écureuil sous acides"



        Je travaille trop, donc. C'est précisément ce qui m'oblige à m'aménager une heure pour rédiger ce billet. J'ai cette horrible impression de ne plus être maitre de mon temps et de courir après l'impossible. Mon cœur bat constamment la chamade alors que je suis assis sur ma chaise.

        Mes parfums sont encore dans leur carton de déménagement ouvert dans un coin, je dis que je les rangerai demain, je ne le ferai pas. J'ai promis beaucoup de choses aux assiettes sales sur la table basse, aussi.

        Mon piano dans l'entrée me sert de porte-manteau.

        Mon portable vibre comme un chat crache, et liste les remontrances de mes proches. Je ne leur accorde pas assez de temps. Je répondrai quand j'aurai fini de travailler. Mais quand je termine, je m'endors.

        J'aimerais profiter de la capitale, dans laquelle je viens d'emménager. J'aimerais que ma vie soit aussi simple que de shooter dans les feuilles mortes sur le trottoir, aussi douce qu'un air de jazz.
        J'aimerais m'intégrer sans effort dans ces nouvelles rues, mon parfum servira de liant.
        Je voudrais avoir le temps, donc je vais le prendre. 





       Ce billet est en fait un ricochet lancé par Musque-Moi sur le thème des classements d'automne. Il y a le sien, et puis celui de Dau, de Thierry, ect.   
   
       Je n'en avais jamais fait. Je m'attendais à ce que des différences significatives apparaissent d'une année à l'autre, mais je me rends compte que je vis sur des nuances.
        En hiver je remets les compteurs à zéro, je recherche l'épure et l'impeccable. Les eaux chyprées, le printemps venu, annoncent sobrement le festival de fleurs blanches dans lequel je me vautre en été. Suivant cette logique, il ne m'est pas du tout surprenant de constater qu'en automne j'ai envie de parfums plus riches, plus tactiles, plus chaleureux. A l'image des paysages orangés, des récoltes abondantes sur les étals des marchés, c'est une parfumerie pleine, ronde et épicurienne qui s'impose à moi. On a trop tendance à voir l'automne comme un reflux, ou une redescente, un printemps triste, mais l'automne, métaphoriquement ce n'est pas encore la mort. On peut choisir de le voir comme une bulle vibrante de vie, sur le point d'éclater, un été exagéré. A trop se concentrer sur la courbe du mercure, on ne rêve plus.

       Évidemment, dans ce classement je ne parle que d'envies passagères et récidivantes propre à la saison. Je peux voir Mitsouko apparaitre quasi-systématiquement lorsqu'il faut parler d'automne, mais je ne l'évoquerai pas ici puisque je le porte toute l'année (je l'ai d'ailleurs acheté au printemps).



       Pour parler d'envies d'automne, donc, au sens "femme-enceinte-réclamant-une-glace-à-la-fraise-nappée-d'olives-vertes" du terme, l'illustration la plus évidente est mon rapport à la vanille. Il n'y a qu'en automne que je la recherche. Ou du moins, que j'en cherche la coloration, puisque je ne me dirige pas exactement vers des solinotes alimentaires, mais vers des parfums plus construits dans lesquels elle apporte l'éclairage mordoré d'un soleil automnal.
        L'automne dernier, j'ai vidé avec délice la moitié d'un flacon de Vanille Absolument (feu Havana Vanille) de l'Artisan Parfumeur. Il y a quelque chose d'assez fabuleux dans son départ, un décollage scintillant (qu'on sait labeler aujourd'hui de "duchauffourien") quoiqu'un peu trop doux pour certains. On imagine sniffer une ligne de sucre vanillé. Mais par la suite on retrouve une gousse au naturel, fondue dans le foin et le tabac, un must-have pour tous vos gros-pull-tout-doux-tout-chaud.

       Cette année, ma dernière et toute récente acquisition est un fond de flacon de la première version de Shalimar Ode A la Vanille. Il sert sa vanille comme je l'aime, androgyne et enveloppée dans d'autres étoffes... Il comble d'ailleurs également mes envies d'ambres.

     
   L'ambre (plus généralement "l'effet ambré", en fait), m'ennuie assez vite s'il chante trop fort dans la composition. Mais en automne je lui ouvre grand les bras. Alors est-ce la couleur orange qu'il évoque, ou la sensation de "plein" et de "satisfaisant" qu'il procure immanquablement aux narines, et qui le rend indissociable de cette saison à mes yeux ?. Une autre piste à explorer serait mon désir secret de me réincarner en bougie d'intérieur (ce qui demande encore moins de responsabilités qu'un chat de salon, pensez-y).
        L'ambre Russe de Parfum d'Empire, et Ambre Sultan de Serge Lutens sont les ambres qui surnagent dans mon estime. Ce dernier en particulier me donne l'impression, lorsque je le porte, d'être on fire, un peu comme la nana des jeux de la faim.


   
    Ma dernière envie d'automne, et j'ai eu l'impression qu'elle était nouvelle l'espace d'un moment, c'est le vetiver. J'ai porté Encre Noire de Lalique sur une base bien trop longue pour que cela caractérise une envie saisonnale. Mais récemment, en ressentant Sycomore de Chanel, l'évidence s'est imposée – alors qu'objectivement ce n'est pas cet Exclusif-là que j'aurais tendance à poursuivre en premier. La facette "pin" de la racine m’obsède et évoque bien plus précisément une ballade en forêt pour moi que la plupart des patchoulis qui sont connus pour leur aspect "tapis de feuille morte".
       Remettre le nez dans les vetivers me ramène invariablement à ma passion pour Habanita. La version EDP d'aujourd'hui lui a rabotté sa racine, mais quiconque possède encore un flacon de l'EDT vénère la raideur du départ qui fait se dresser les poils des avants-bras. Je le porte encore régulièrement mais à une époque, c'était vraiment tous les jours. Tous les amis qui me connaissaient en automne 2011 en ont un souvenir indélébile : le vetiver, la vanille, l'ambre entre autres... tout était déjà là, et finalement moi je n'ai pas changé.



samedi 30 août 2014

Curiosités - Diptyque : Grise en abîme

Je n'ai pas l'habitude de parler des odeurs pour la maison, à tort ou à raison. Mais mon amour des beaux parfums me pousse à aborder les compositions importantes à mes yeux. Pour cette rentrée, diptyque lance trois cierges parfumés dans le cadre d'une collection graphique tout à fait en phase avec l'esprit de la maison : la Collection du 34. Ainsi, si vous pouvez y découvrir Le Redouté, un pot-pourri plus complexe qu'il pourrait paraître de prime abord, ou encore Les Lilas, qui propose une transcription de la note pleine de justesse et d'émotion, l'incroyable s'appelle Curiosités...



À la découverte, elle avait brûlé quelques heures dans une pièce. Ce fut un choc. Ce genre d'émotion violente, vous la connaissez sûrement, vient vous prendre à la gorge et fracasse votre tête quelques secondes après. Malléabilité du temps et de l'espace, je me suis retrouvé dans une salle de séchage de rhizomes d'iris. Pour obtenir leur substantifique moelle, ces rhizomes doivent en effet sécher sur une durée de trois ans dans un espace spécial sous forme de grande salle vide où règne une odeur puissante d'iris. Une giclée de terre à peine humide, le râpeux d'un parchemin jauni, le poudré glacé de la lune et la flamme bleue d'une bougie solitaire. Cette odeur en soi ferait chavirer le plus solide des cœurs. Curiosités va encore plus loin. 

Car l'iris terreux n'est qu'un rideau cachant une scène plus complexe encore ! En filigrane, un cèdre vient donner de la verticalité au cierge, dévoilant alors toute sa profondeur. Riant à gorge déployée, la note épicée du clou de girofle appuie une texture à la fois rugueuse et paradoxalement inaccessible, comme ces pièces isolées cherchant à reproduire le silence absolu sans jamais y parvenir. De silence, il en est question lorsque le rôle de l'angélique se dévoile : insaisissable, cette floralité s'accroche aux notes épicées et offre un effet de flou blanc à une peinture olfactive pouvant sembler trop sombre. C'est que l'iris se teinte d'un bleu cendré à la noblesse rare (même en parfumerie fine pointue), un vétiver souligne les nuances brunes et vertes de la terre et le gris se déploie à la fois de l'iris, de l'angélique et d'une note pour le moins inattendue... l'ambre gris !

C'est l'ambre gris qui déforme et obsède tous les autres aspects de Curiosités ! À la fois clef de voûte et murmure d'une rumeur antique, rarement un si bel hommage lui aura été rendu. Une fois que l'on comprend que c'est son personnage qui tirait les ficelles de l'intrigue depuis le début, tout s'éclaire. Les couleurs se fondent, les texture se condensent puis s'étirent à l'infini : dans l'air, une salinité poudrée, presque crayeuse, apparaît ; la terre vient se mêler à la brume pour finalement éroder tout ce à quoi l'odeur - impalpable - peut s'accrocher. L'animalité se cache dans une caverne moussue et humide, pleine d'une vapeur d'eau chargée de souvenirs. Tout prend vie.

Rarement je n'ai senti un tel aboutissement dans une bougie. Curiosités va très loin. Si loin qu'elle donne l'impression de désamorcer sa simple condition de "produit pour la maison" : ses teintes sombres suggèrent une obscurité que combat la flamme et ses effluves de papier séché posé sur la terre évoquent, par analogie, la lueur d'un feu permettant de lire ce qui y est inscrit. Mise en abîme. L'expression lui va si bien...

J.

mardi 8 juillet 2014

Angel - Thierry Mugler : Angel Reborn

Introduction
Cet été, vous aurez sûrement l'occasion de lire sur certains blogs parfums plusieurs textes sur la création culte de Thierry Mugler : Angel. Pourquoi ? A l'occasion d'une nouvelle campagne de communication et d'un ingénieux changement d'égérie, la marque a décidé de tirer des thématiques fortes à partir de ce parfum, et elle nous a proposé de nous les approprier. J'ai l'habitude de décliner ce genre de projet, mais Angel est un parfum qui m'est cher, et cette approche m'a séduit, laissez-moi vous expliquer pourquoi...*




Angel est un parfum capital pour moi car c'est une des rares créations olfactive moderne à avoir réussi et achevé un personnage féminin complexe, tout en renouvelant la figure de la femme un peu bourgeoise, qui se parfume simplement pour être élégante ou séductrice. Cette féminité nouvelle, Thierry Mugler est allé la chercher dans la figure de l'ange, où transparaît une forte dimension post-humaine. Le post-humain est un concept qui me touche particulièrement, le fait que je sois un enfant des années 90 y étant peut-être pour quelque chose. Cette vision d'une humanité progressivement mutée par la machine s'est beaucoup développée après l'avènement de l'informatique, pour trouver son point d'orgue depuis une vingtaine d'années, à travers des champs artistiques divers et variés. Avec ses femmes-robots et ses androïdes insectisantes, Mugler l'applique au milieu de la mode et aussi (et surtout !) du parfum. Dans un futur pas forcément éloigné, Angel projette la construction d'une figure mythologique construite, manufacturée.

De cette féminité inexplorée a découlé la création d'une nouvelle famille olfactive - celle des parfums gourmands - dont Angel est à la fois le pionnier et le chef de file le plus abouti. L'émergence de la technologie a suscité la crainte et le doute dans la conscience humaine, déplaçant l'humanité vers de nouvelles questions. Angel propose des éléments de réponse à ces questions, mais en évitant les constats alarmistes sur les conflits entre l'Homme et la Machine (à l'image d'un 2001) ou entre l'Homme et son environnement (comme peut le suggérer Wall-E). A ces doutes, Angel décline une nouvelle humanité plus réconfortante et propose une renaissance en grandes pompes.


Gravity, A. Cuaron, Photo : E. Lubezki, 2013

Forcément, un tel renouvellement ne pouvait se faire sans une certaine emphase. C'est par un crescendo flamboyant, où se diffuse le sillage monstre que l'on connaît, que se présente Angel, rappelant à juste titre qu'un parfum reste une véritable composition et possède sa propre construction. Comme le soufflait un cher ami (qui se reconnaîtra), la complexité d'Angel lui permet de s'extirper du "bruit des parfums sucrés actuels", faisant ainsi la nuance entre emballement musical et vacarme indistinct.

Qu'une telle création ait eu ce succès là donne finalement de l'espérance sur l'architecture de la parfumerie et son renouveau constant : Angel n'a jamais été simpliste. A l'heure où certains (et mêmes certaines) sont effrayés par la figure d'une femme complexe, Angel propose une sorte d'enclave matriarcale où l'identification est très forte. La marque communique ainsi sur l'image de la tribu pour parler du pouvoir de ce parfum ; j'avoue que ces réflexions sur la féminité et son implication dans le post-humain sont des thèmes qui me touchent. D'autant plus qu'Angel est un des parfums portés par mon père, n'hésitant pas à jouer avec les genres olfactives et à prouver en même temps l'universalité de la parfumerie.

Jerry Hall par Thierry Mugler
La maternité, Mugler y a songé pour 2014 puisque, 19 ans après sa mère Jerry Hall, c'est Georgia May Jagger qui est la nouvelle femme Angel. Espérons que cette passation permettra à la jeunesse, hélas conditionnée aux médiocrités Lancômesques, de s'identifier à la "tribu" Angel, qui reste pour moi un de ces mythes olfactifs toujours aussi fascinants, 22 ans après sa sortie.

J.

*ce texte n'était pas un billet sponsorisé. Je n'ai ni été payé par la marque, ni n'ai reçu de produit pour le rédiger. Vous pouvez aussi lire ma vision de l'extrait d'Angel ici, et là pour l'eau de toilette.