jeudi 4 octobre 2012

I Love Paris


 Journée sniffathlon d'un #TeamProvincial minute-par-minute




F**k me, I'm Phoebus




        J'ai donc sauté dans un train assez tôt ce matin là, direction Gare de l'Est.
        Cette parenthèse à la capitale n'était pas franchement préparée, mais j'étais au moins sûr de deux choses en poinçonnant mon billet : j'en avais à la fois l'opportunité et la volonté, deux facteurs assez difficiles à réunir pour un perfumista-des-champs. Il y a deux ans j'ai compris, après avoir reçu un échantillon de l'Artisan Parfumeur, que mon odorat allait mourir de faim en province, et j'écumais le site d'Auparfum en suivant l'itinéraire parfumé que Jeanne a esquissé à l'époque dans cet article. Il y a deux semaines, j'ai vendu deux flacons sur La Bourse Des Parfums à deux parisiens (j'y reviendrai), le montant total pouvant couvrir une large partie d'un billet de train aller-retour. Lundi dernier, j'ai fini mes examens. Opportunité !





        J'étais peu préparé, mais bien. La tête appuyée contre la vitre froide et vibrante, je vérifiais mon sac à dos, qui contenait : un sweat à capuche généreusement parfumé d'Habanita EDT, une petite trousse de toilette, un stylo et un livre de poche. Sur la page de garde, j'avais griffonné quelques précieux conseils administrés la veille par deux perfumistas parisiens sur notre mur Facebook. Les pages suivantes n'ont par la suite pas été épargnées de la moindre de mes impressions, quand elles n'accueillaient pas déjà une mouillette comme un fourreau pour la conserver. Si bien qu'à la fin de la journée... Voilà à quoi ressemblait mon livre.




        Bien sûr toutes les gares se ressemblent. C'est en arrivant dans le métro que j'ai vraiment réalisé que j'étais en train de fouler le sol parisien.

        Je marchais le livre en main, plié en deux au niveau de la page de garde, et suivais à la lettre ce que j'y avais inscris : deux tickets de métros me suffiraient pour la journée, prendre la ligne 7 jusqu'à Opéra. Je passe sur les mines déconfites que le café n'a pas réussi à booster, et sur les relents de pipi de clochard que nous subissons tous pour faire avance-rapide jusqu'à ce que j'aime appeler mon premier 'Moment Parisien'. Dans cette rame de métro, devant moi cette quinquagénaire en tailleur et N*5, derrière moi ce vieil homme misérable qui jouait Somewhere Over The Rainbow à l'accordéon. Quelque part, j'adore l'idée que le premier parfum qu'il m'ait été donné de sentir à Paris soit le N*5. J'adore que ma journée ait commencé par cette chanson. Et j'adore que ce clochard l'ait jouée à l'accordéon – il la jouait merveilleusement bien le bougre – parce que s'il y a bien un lieu commun auquel moi et Les Aristochats tenons particulièrement, c'est qu'on ne représente pas Paris sans accordéon. Délicieusement vieillot, ridiculement actuel, il canalise vraiment tout le charme et la passion de cette ville. De même, je ne peux pas vous dépeindre ma journée sans y insérer un peu d'accordéon, en truffant de liens les débuts de paragraphe, c'est une condition essentielle pour vivre Paris par procuration. Donc rien que pour vous je me suis aventuré dans cette obscure partie de Youtube où de vieux psychopathes moustachus qui ne clignent pas des yeux jouent de leur instrument, entre une horloge à coucou suisse et une vitrine exposant une formidable collection de ragondins empaillés.
La quinqua au goût très sûr, loin d'être aussi absorbée que moi par le musicien, l'a tout de même gratifié d'un petit billet avant de partir, c'était si parisien de sa part. J'ai suivi le N*5 qui montait les marches jusqu'à la lumière du jour.

        C'était vraiment délicieux de se perdre dans la foule. Le temps était radieux – je n'aurai finalement pas besoin de ma veste. J'ai laissé mes pieds choisir une direction, puis me suis enfoncé dans une petite foire avant de ressortir mon livre : "direction les jardins du palais royal". C'est là que j'ai commencé à faire connaissance avec les sourires parisiens, qui tout au long de la journée ont paru ravis de m'aider à m'orienter, dégainant le GPS de l'iPhone si nécessaire, où me rattrapant sur le trottoir parce qu'en fait, par l'autre rue c'est encore plus rapide. J'imaginais des créatures froides au temps précieux - comme une version Française des je-marche-le-cellulaire-à-l'oreille de Wall Street - et je n'aurais pas pu me tromper plus. De la même manière, j'étais dubitatif quand on m'a assuré que je trouverais les Jardins du Palais Royal en me faufilant dans le passage sous cet horrible et énorme échafaudage. 
        Hé bien honnêtement ? C'est le plus bel endroit qu'il m'ait été donné de visiter ce jour là. Je n'ai pas pu m'empêcher de sortir mon portable pour photographier frénétiquement les statues, la fontaine, les arbres, ces magnifiques roses blanches, et les gens. J'adore photographier les gens. Il y avait beaucoup de couples, dont deux hommes près du bassin qui se disputaient de manière théâtrale et accaparaient toute l'attention.



        J'y aurais bien passé quelques heures encore, mais mon temps était compté (et la batterie de mon téléphone également). J'ai pressé une rose blanche dans mon livre avant d'entrer chez Rosine.








       La rose, cette note si "difficile" auprès des néophytes. J'ai dû rappeler à la vendeuse une ou deux fois que je n'ai peur de rien – que j'adore la rose même – et les mouillettes ont pu défiler à rythme d'usine. Première remarque : effectivement, aucun (ou presque) des parfums ne se ressemblent. Deuxième remarque : certains prix peuvent paraitre élevés (notamment le dernier Lotus Rose), mais tous sont laaaaaaaaaargement supérieurs à Sa Majesté La Rose, à mon sens, qu'on trouve en export chez Lutens pour le même tarif. Donc à choisir, si on veut de la rose niche...

        D'ailleurs en parlant de choix, les miens : j'ai particulièrement apprécié La Rose de Rosine, rouge, très équilibrée. Roseberry également, la "rose buisson" (pensez L'Ombre Dans l'Eau sans l'eau). Une Folie de Rose enfin, pour sa profondeur... Mais il faut vraiment que je trouve le temps d'approfondir les autres, il y avait souvent un intérêt dans l'association avec les notes hespéridées. Et puis si vous aimez le chocolat, Rose Praline est vraiment surprenante, délicate et bien faite.




       Chez Lutens, un peu plus loin... C'est une autre ambiance. C'était presque violent de quitter le petit boudoir aux noeuds roses pour pousser sans transition la lourde porte de la boutique Serge Lutens. Mais passée la première impression "maison hantée/train fantôme de fête foraine" (rah, ces néons) l'endroit est vraiment très joli. J'appréhendais l'accueil également, ayant eu quelques retours sur le sens du contact des "prêtresses de Serge Lutens". Mais encore une fois, loin s'en faut, la vendeuse était adorable. Elle a pu être témoin de l'un de mes grands coups de cœur de la journée : Un Lys, si doux et solaire, joliment muguet en tête et laissant deviner une vanille sourde et épicée en background. Vraiment pas le plus original des Lutens, à côté de la folie de Tubéreuse Criminelle ou de l'extravagance de Santal De Mysore, mais certainement l'un de mes préférés. Autrement, j'ai été surpris par la prune coriace de Boxeuses, par le délicieux cocon de Cuir Mauresque (dont la vendeuse soulignait la parenté avec L'Heure Bleue, ce qui est tout à fait juste), par l'animalité ondoyante du jasmin de Sarrasins (je ne sais toujours pas si je préfère A La Nuit) et par la douceur fauve du Vétiver Oriental.

Je suis revenu un peu plus tard pour appliquer quelques gouttes d'Un Lys sur mon poignet. Parce que.



       Quand je suis sorti, c'était visiblement l'heure de manger. Des dizaines de groupes scolaires, ou touristiques, mais aussi pas mal de duos costume-cravate profitaient du joli cadre pour pique-niquer. Moi je devais retourner à la sortie de la bouche de métro pour retrouver C, auteur du blog Note de Parfum à qui j'ai pu vendre mon flacon de Perles via La Bourse Des Parfums.

En l'attendant, pour la n-ième fois je me suis fait la remarque que les Parisiens ont cela de particulier qu'ils ont tous un style. Bon, c'est pas forcément toujours joli. Pour les plus irrécupérables, ça trahit juste un désir désespéré d'attirer l'attention. Mais derrière la plupart des passants on devine un goût, ou du moins une recherche dans la façon de s'habiller, ce qui rend la rue... Divertissante ! C'est beaucoup moins le cas en province. Cet homme par exemple (bon je suis quasiment sûr qu'il s'avait que je prenais des photos et qu'il a pris la pose - je veux dire, qui s'arrête en plein milieu du trottoir pour lire son journal comme ça sur l'heure de midi ?), il ne manquait plus que lui pour donner à la photo des allures de carte postale vintage.



        Il était aussi agréable de remarquer que 70% des parisiens (oui, j'ai inventé ce pourcentage) ont un sillage, c'est beaucoup plus qu'en province, encore une fois. Et ce jour là j'ai pu reconnaitre : le 19, le 5 (beaucoup de 5), Terre, Passage d'Enfer, Angel, Chloé. Je ne cite que ceux qui m'ont fait plaisir bien sûr... Parce que perfumista des Villes ou perfumista des Champs, résistance face au patchoufruit c'est MEME COMBAT mes amis.


        Une fois la vente conclue, j'ai ressorti mon livre : direction boulevard Haussman, pour trouver les Galeries Lafayette et le Printemps. Je me suis dit que j'allais trouver un endroit où manger en chemin (vu que j'étais pressé on m'a très fortement déconseillé le macdonald parce que, hé, c'est l'heure de midi mon coco). J'ai pu saliver devant une multitude de petits restaurants et de brasseries, ce n'est vraiment pas de cela qu'il manque. Il y a cette culture, je crois, de la cuisine de bistrot beaucoup plus marquée qu'en province. Et ça fait vraiment envie. Mais bon, je me suis contenté de prendre quelques photos (les terrasses moitié-de-trottoir je trouve ça vraiment TROP MIGNON), et me suis rabattu sur un petit quelque chose en boulangerie.





       Côté parfum, en chemin, j'ai croisé plusieurs nociphorianaud bien sûr... Ce n'était pas dans mon programme mais je suis quand même rentré dans l'un d'entre eux. Pour la forme. J'ai eu raison : j'ai pu découvrir ma deuxième bonne surprise de la journée. OUI, Truth or Dare, le parfum que Madonna vient de lancer... Si je m'étais attendu à ça ! Non franchement c'est de la bonne came. Une tubéreuse blanche et crémeuse à souhait, portable, identifiable... Je ne connaissais aucune "frag-star" avant, mais je savais leur mauvaise réputation. Et clairement, Truth or Dare ne joue pas dans la même cour. Si vous en doutez encore, essayez donc Fame de Lady Gaga pour comparer le niveau ("Conseil malin ! Emportez un sac à vomi avec vous").

       Sur ma route, j'ai croisé la boutique Jo Malone, un peu plus tard au moment où je commençais à regretter d'avoir mis mes bottines plutôt que des baskets – mine de rien j'ai piétiné quatre bonnes heures à force de trainer à droite à gauche. Je ne connaissais Jo Malone que de nom, je ne savais absolument pas ce qui m'attendait à l'intérieur. J'ai pu y découvrir, à l'aise (vendeuses très en retrait) presque toute la collection. Enfin, "à l'aise"... Encore une fois les mouillettes défilaient à rythme d'usine, mais j'ai plutôt apprécié l'esprit anglais très eaux légères de la marque, portée par des accords simples et efficaces (parfois, c'est aussi de cela dont on a besoin). Je ne sais pas pourquoi mais la simplicité ridicule de l'un d'eux m'a interpelé, c'est Wild Bluebell Cologne. Je suis même allé jusqu'à en demander un échantillon d'ailleurs. Loin d'être une jacinthe rustique comme j'en rêve parfois, c'est en fait plutôt une infusion de fleurs de montagnes très délicate, sur un fond musqué ultrapropre et gorgé de fruits d'eau. C'est devenu instantanément mon Parfum de la Honte ! On dirait qu'il n'y a que deux molécules dans la formule. La proximité avec l'odeur d'un gel douche pour homme (style tahiti noir, mais bon Wild Bluebell est quand même plus fin) peut laisser pantois, tandis que la capacité à faire durer la fraicheur reste appréciable. C'est une remarque qui vaut pour l'ensemble de la gamme d'ailleurs. Autrement, petit crush sur Red Roses Cologne (la mouillette sent encore à l'heure où j'écris), qui est effectivement une rose très rouge mais pas sombre, ce qui est assez rare dans mes ressentis. C'est une rose Anglaise (noooooooooooon ?!..), elle me fait penser à celle d'Elizabethan Rose, mais en beaucoup, beaucoup plus portable. Les muscs et le thé remplacent une partie du géranium, donc cela en fait une version plus douce et actuelle. Sinon, il y avait une nectarine fraiche et revigorante qui m'a plu également. Je ne me rappelle plus franchement des autres, c'était toujours simplement, joliment exécuté... Mais oubliable.

        J'apprends après coup que la marque a lancé l'idée de prendre plusieurs parfums pour les mixer ensemble, ce qui explique l'extrême simplicité de certaines eaux. Je ne suis pas du tout fan de l'idée. Cela dit je conseillerais bien la marque à tous les fans hardcores d'Ellena, ou à ces si nombreuses personnes qui, lors d'un conseil-parfum, demandent "quelque chose de léger, hein !".



        Je vais faire court sur mon passage à la boutique Guerlain ensuite parce que bon.

L'endroit est assez joli, mais mal placé et très bruyant. J'ai été super déçu par leurs exclusifs (Floral Romantique : wotzeufeuk). Je retiens Oriental Brûlant pour son côté "marshmallow qui crame sur un pique en bois", Tonka Impériale parce que tout est dit dans le nom, et Rose Barbare parce que c'est une jolie rose de caractère. En soit c'est bien fait mais euh... Je sais pas, je trouve leurs mainstreams mille fois plus intéressants, en fait (et je dis ça sans être un fan inconditionnel desdits mainstreams non plus, donc voyez). Et c'est pas sensé être dans ce sens là quand une marque crée une gamme exclusive. Aucun coup de cœur ici.
¨Parce qu'on m'a dit après qu'il ne faut pas
prendre de photos de la boutique.
C'est plutôt mignon, en fait.

       Je suis passé en vitesse chez Iunx, aussi. C'est en face, un peu avant sur le trottoir.

La boutique est minuscule, et je la partageais avec un immense papi Californien, dont le short et la casquette bleu électrique juraient adorablement avec le contexte. Étant 'outsiders' tous les deux on a fini par discuter un peu (je vous le donne dans le mille, nous adorons Paris). Il venait acheter des bougies et tenait à savoir quel était le parfum que je préférais dans la gamme et pourquoi. Je me suis aventuré dans un anglais fébrile en montrant l'Eau Argentine. Elle avait quelque chose de spécial, tandis que les autres, même si elles étaient magnifiques, fines, équilibrées, me rappelaient un peu trop ce qu'Olivia Giaccobetti a déjà pu faire (le fantôme de Passage d'Enfer ne flottait jamais loin). L'Eau Argentine m'a particulièrement ému, et même si ce n'était pas ça qui l'a inspiré, elle m'a évoqué une odeur insaisissable qu'on retrouve dans la garrigue...
- La garrigue. You know, dry, spicy vegetation in south of france... Nice...
- Oh yeeeeeeeeeaaaaaaaah, I know Nice, I love Nice !


                            * ENTRACTE * 





       Si vous suivez le même itinéraire que moi, n'hésitez pas à faire un mini-crochet par l'Opéra Garnier, vous asseoir sur les marches pour savourer un granité en vous dorant la pilule (sous des jolies statues d'anges partouseurs, en plus). Attention, risque de pigeons et de groupes touristiques asiatiques : orange.

                      *FIN DE L'ENTRACTE *



       En arrivant au Printemps, j'ai pu poursuivre mon périple en excellente compagnie. Jicky et Opium m'y ont rejoint et guidé à partir de là. C'était assez drôle de côtoyer ce tandem improbable et complice, qui évoluait avec aisance entre les corners, claquait la bise aux vendeurs sympas.. On aurait aussi bien pu se trouver dans une boite branchée de la Croisette. Mais donc-donc-donc, qui sont les VIP (Very Important Perfumistas) que vous ne devez pas louper là-bas, me demandez vous ?




       Si vous n'êtes pas une grande fortune Russe ou Moyen-Orientale, il est très probable que vous repartiez de chez Tom Ford bredouille – mais avec le sourire. Xavier (COUCOU XAVIER si tu nous lis), le gentil-géant du corner nous a présenté la collection avec humour et bon sens. Les "power-house" (comme dirait Opium) ont eu beau se succéder, plusieurs semaines plus tard, au moment où j'écris, c'est le plus faible de la gamme qui m'a le plus marqué : Néroli Portofino. (J'enfonce des portes ouvertes mais, pour un néroli, il faut avouer que c'est incroyablement cher tout de même. A choisir, celui de Goutal a peut-être les chevilles beaucoup moins gonflées ?).

       Nous avons aussi pu sentir Velvet Gardenia, qui est discontinué (et je vais m'improviser voix du peuple pour hurler en direction des bureaux Tom Ford : POURQUOI ?!?!). Il a un petit côté Tubéreuse Criminelle, et c'est clairement un gardénia orienté côté pot de peinture de la Force (ce que certains ressentent comme du champignon je crois. Je n'ai jamais vraiment compris cette image). Ce n'est pas mon gardénia préféré cela dit, mais il est plutôt intéressant à sentir ! Pour finir, Santal Blush m'avait laissé une impression très positive, en sachant que j'ai du mal avec cette note.


        La magie de ces grands magasins parisiens, c'est quand même de n'avoir que quelques pas à faire pour changer de corner, ce qui en fait un concentré de gens super intéressants. En quelques enjambées, nous sommes allés voir Josiane aka "la légende du stand Cartier" (ON FAIT TOUS UNE OLA POUR JOSIANE DERRIERE NOS ECRANS). Elle concurrence la marraine bonne fée de Cendrillon en sourire contaminant et "adorablittude". Et puis j'adore les vendeurs qui ont un avis, qui sont réellement amoureux de certaines de leurs références, c'est mille fois plus intéressant et efficace que des représentantes qui idolâtrent machinalement tous leurs produits, sans aucun plaisir, comme de vieilles péripat'.

        Cartier est sans doute avec Hermès une des meilleures marques du mainstream actuel. Tous deux ont intégré un parfumeur maison, développé une image, un esprit. Ils s'accrochent à la direction qu'ils ont choisi, en apportant qualité et cohérence, ce qui est vraiment très appréciable au regard de la concurrence. On peut leur reprocher d'avoir cédé à ce qui semble devenir aujourd'hui une figure imposée pour donner du crédit à une marque, c'est à dire créer sa propre gamme exclusive attrocement chère (respectivement : les Hermessences et Les Heures de Cartier). Mais là où d'autres gammes exclusives sont de bon gros 'epic fail' pour la plupart des références (*toussetousse*Armani*toussetousse) ou ont augmenté les prix sans explications, en faisant passer des parfums discontinués en gamme exclusive (*ETERNUE*Guerlain*ETERNUE*), on pourrait presque excuser le tarif de ces Heures de Cartier. Mathilde Laurent nous offre certains des parfums les plus créatifs du marché (certains courronnés de prix ou de nominations), et déblaye de nouvelles voies créatives intéressantes. Certes, toutes les Heures ne sont pas exceptionnelles, et ne justifient pas leur prix – je n'en achèterai peut-être jamais d'ailleurs, mais d'une certaine manière juste savoir qu'elles existent me fait très plaisir. Je ne peux que vous recommander de sentir l'Heure Fougueuse, le fameux accord maté-crinière de cheval, tout simplement magique. La Treizième Heure vous surprendra également, et elle inaugure un travail sur la fumée, ce thème qui semble inspirer actuellement une poignée d'autres marques.
Les autres références jouent sur des codes plus convenus mais ont souvent quelque chose qui marque la différence. Tenez, L'Heure Folle par exemple, est un fruité créé par une parfumeuse qui déteste ces notes : plutôt que de jouer sur le côté sucré des fruits rouges (comme... tout le temps ?), Mathilde Laurent a préféré n'en garder que l'acidité. Même les petits grains de la groseille qui ne se croquent pas sous la dent. Et puis, le buisson qu'il y a tout autour du fruit, aussi, tant qu'à faire. Avec l'Heure Promise, elle dépeint tout en douceur un iris vert et angélique. Avec L'Heure Défendue (la préférée de Josiane !) c'est un patchouli sous toutes ses coutures, liquoreux et cacao, qu'elle construit. Avec L'Heure Brillante, elle explore toutes les facettes du citron, citron vert, petit grain, zeste, jus, amertume... Dans un travail que j'ai beaucoup apprécié.

       Niveau mainstream, on ne présente plus Déclaration, qui demeure un des piliers de la parfumerie masculine. Mais Jicky vous a présenté la semaine dernière Déclaration d'un Soir, la rose poivrée très différente du Déclaration initial, qui innove en incorporant une rose dans le rayon masculin mainstream. Il était temps ! Et cela démontre bien une fois de plus que nous sommes actuellement dans une grosse phase "rose", peut-être initiée en amont dans la niche avec la dernière sortie de Portrait of a Lady, puis de l'édition limitée des "trois roses de Goutal". Le succès mainstream des roses lessivielles de Chloé y a très sûrement contribué en parallèle, et aujourd'hui les flankers orientés rose fleurissent un petit peu partout (ça a parfois du bon : Parisienne l'Eau est du coup beaucoup moins collant et plus subtil que son ainé, Chloé L'Eau beaucoup moins lessive..). Quand une tendance remonte jusqu'au rayon homme, c'est la preuve qu'elle s'installe. Bientôt une flopée de floraux hybrides dans les rayons masculins ?



       Petite visite de courtoisie auprès des stands Artisans Parfumeur, Goutal et Lutens, que j'aime et connais déjà bien assez. Je suis venu à Paris pour découvrir, alors découvrons !
Au Printemps, Méchant loup nous a rejoint. Un petit tour très rapide chez Piguet, où le petit groupe que nous formions m'a fait sentir à l'aveugle Visa, dans le but de m'entendre dire spontanément "Angel !" (visiblement ça ne loupe jamais). Le reste de la gamme vaut le détour, avec une tubéreuse-coco-bubblegum powerhouse de légende, Fracas ; un cuir hardcore sympatoche, Bandit ; Un hespéridé aldéhydé, dans l'esprit savonette de luxe, très intéressant, Baghari...


       La jolie Sophie de My Blue Hour tenait un stand juste à côté. Nous avons passé la demi-heure suivante à sentir quelques créations d'Etat Libre d'Orange. Une marque irrégulière et déstabilisante...

J'étais le seul à découvrir, chacun avait déjà ses petits préférés et les présentait. Derrière des noms surprenants, parfois peu ragoutants, on découvre des accords efficaces, parfois moins bons, parfois excellents, parfois.... dégueulasses.
       Oui. Je parle sans surprise de Sécrétions Magnifiques... Et de ce moment magique où les gens s'écartent lors de la pulvérisation, puis scrutent mon visage attentivement... pour enfin éclater de rire devant ma face contractée d'huitre qui vient de se prendre une giclée de citron.
       Je n'ai pas pu re-tester ce parfum tellement il me déclenchait presque un réflexe nauséeux. Et s'il fallait tenter de le décrire, la meilleure comparaison serait ce matelas sur lequel dormait un SDF, devant lequel je suis passé la semaine dernière, et qui inondait la chaussée d'une odeur de pisse métallique, d'alcool et de transpiration.

       Ceci dit, tout le monde n'a pas ma réaction avec ce parfum. Jicky par exemple, a fini par l'apprécier. Il s'en est d'ailleurs joyeusement aspergé l'avant bras pour pouvoir le sentir de tout son saoul le restant de la journée. (Il s'est bien amusé à me proposer CET avant-bras plutôt que l'autre qu'il venait d'asperger d'un autre parfum qu'il voulait me faire sentir...). De même, P de Musque-Moi ! a sournoisement glissé une mouillette de Sécrétions Magnifiques sans indications dans un colis qu'il m'avait fait parvenir quelques jours plus tard. Et comment dire : j'ai failli mourir sur mon lit ? J'ai jeté la mouillette à l'autre bout de la pièce et je n'y ai plus touché pendant une semaine, évitant soigneusement de passer devant... Puis timidement, je me suis approché, ai reniflé du bout des narines et je dois avouer que, OUI : le fond du fond du foooooooooooooooooooooooooond de l'archi fond de l'ultra fond de ce parfum EST intéressant. Il y a une animalité appréciable, originale, mais ne me demandez plus de le sentir, je ne supporterais jamais d'attendre une journée que la crasse se décolle pour profiter de cela. Les 24 premières heures de ce parfum me décrochent la nausée à tous les coups (l'autre parfum réussissant cet exploit étant M/Mink).




       J'ai tout de même trouvé mon bonheur chez Etat Libre d'Orange, et mon plus gros coup de coeur de la journée avec ce qui semble décrocher la palme du nom le plus GNANGNAN-STYLE de la galaxie : Bijou Romantique. Pour le premier degré du moins. En suivant le raisonnement de la marque, c'est à la littérature que ce parfum fait référence, puisque son nom est tiré d’une réplique d'Hugo Pratt - "Adieu, Bijou Romantique" dans La Ballade de la Mer Salée. De plus, la marque le présente avec une citation d' Alfred de Musset dans On ne badine pas avec l'amour : "j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois, mais j'ai aimé".
       Je l'ai testé directement sur poignet, remarquant au passage qu'Un Lys s'était déjà envolé sur l'autre. Pour le coup, c'était un love at first snif comme dans les plus belles scènes de "première vue" de la littérature française, j'ai très rarement senti un parfum dont l'impression était si tactile, riche, foisonante et parfaitement orchestrée. Une folie douce comme je les aime. Méchant Loup le décrit très bien ici sur son blog, c'est un genre de rencontre au sommet entre Shalimar et Musc Ravageur... Et à l'heure où j'écris j'ai juste très, très envie de me le procurer.


       En fin d'après midi, il ne restait plus que Jicky et moi pour terminer ce sniffathlon parisien, une heure avant le départ de mon train de retour. En longeant les allées, on a fini par arriver devant ce qui semblait être un joli coin salon, très décoré comparé aux autres corners mais... A l'intérieur c'était vide, il n'y avait personne. Cela s'est révélé être le stand Killian, sans métaphore aucune (encore que).

       Bon alors effectivement, les Asian Tales, c'est vrai que c'est ultra bof bof, pas grand chose à dire une fois la mouillette sous le nez. Jicky les a pas mal descendus dans un article, et si j'avais au fond de moi un micro doute sur une hypothétique exagération de sa part quand à la platitude abyssale de "Bamboo Harmony" et autres " ching chang cliché samouraï", hé bien il s'est envolé. J'ai connu des gels douche plus complexes !
       Est-ce que le reste de la marque est nulle, techniquement parlant ? Clairement non. On peut reprocher tout ce qui gravite autour en revanche, le manque de créativité, le positionnement luxe et les prix qui suivent, la prétention qui s'en dégage avant même d'avoir fait ses preuves. Mais les jus ne sont pas répugnants loin de là. J'aime vraiment beaucoup Sweet Redemption, une fleur d'oranger-vanille, verte en tête avec un effet "scintillant" que j'adore. Back to Black est plaisant aussi, un miel liquide et sombre, une spirale sirupeuse qui pour le coup est réussie. En ce qui concerne le reste, au moment où j'écris, j'avoue qu'ils ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable, mais n'étaient pas horribles pour autant.

       Non, le vrai problème c'est les clichés qu'ils nous servent, le gros manque de créativité par moment (pour ne pas dire... le plagiat). Jicky en a d'ailleurs fait une illustration assez drôle !
       Un homme s'est arrêté au stand pour sentir quelques Killian et nous avons commencé à discuter. En sentant les ouds, il a fini par dire qu'il appréciait et qu'il trouvait cela original. Jicky a aussitôt fait volte-face sans rien dire, s'est dirigé vers le corner Frédéric Malle juste à côté, et est revenu avec une mouillette qu'il a planté sous le nez de l'homme pour qu'il compare. C'était Portrait of a Lady, et la ressemblance saute franchement aux yeux. "Des questions ?".
       L'homme a reconnu que c'était troublant. Il a senti quelques Frédéric Malle ensuite. Nous avons continué à discuter. Et là, oui, OUI mes chers frères, nous avons assisté à ce moment magique de la naissance d'un perfumista – mais je ne vous apprends rien, puisque votre tatouage en forme de licorne dorée sur l'avant bras s'est instantanément mis à chauffer et à briller légèrement cet après-midi là.
       Tous les éléments étaient réunis : l'homme est ouvert à la discussion, nous a listé les parfums qu'il a porté (sans même en être conscient, uniquement du "mainstream de qualité" au rayon homme : vieux Chanel, vieux Caron, Hermès). Il a semblé très intéressé lorsque nous lui avons appris qu'il existait toute une littérature du parfum sur internet, et lui avons recommandé quelques lectures passionantes (auparfum, poivre bleu, grain de musc, olfactorum ect... Bref la base !). Nous nous sommes enfin présentés nous même, Dr Jicky & Mister Phoebus. Sans le savoir, il venait d'ailleurs d'assister à notre toute première (et unique à ce jour) rencontre !

       Épuisé dans le train du retour, j'ai finalement mis mon sweat à capuche et ai pu profiter des notes de fond d'Habanita. J'ai fais l'inventaire de mes souvenirs en grifonnant quelques notes là où il restait de la place, dans mon livre de poche transpercé de mouillettes.
       J'encourage tous les amoureux du parfum qui habitent en province à économiser pour s'offrir un billet de train aller-retour à la capitale (le prendre trois mois à l'avance revient moins cher). Même sans rien rapporter, cela vaut le coup de découvrir ! Je vous invite aussi à rejoindre notre page Facebook - si ce n'est pas encore fait – n'hésitez pas à demander sur notre mur quand se déroule le prochain sniffathlon parisien si vous souhaitez vous y greffer !

Pour ma part, j'ai passé une excellente journée.


mercredi 3 octobre 2012

Paris, capitale du parfum : grand thème du mois d'octobre sur DrJ&MrP !

>>Warning<<, ceci n'est pas un article.. Mais il en annonce beaucoup d'autres !



Après avoir profité de l'été jusque dans ses derniers retranchements, Dr Jicky & Mr Phoebus relancent sérieusement la machine en automne. Par ces quelques lignes d'introduction, nous vous annonçons notre envie de dédier ce mois d'octobre à la ville de Paris, l'amour que nous lui portons, ses rues, et surtout son incroyable réseau de parfumeries...



 Tout au long du mois, plusieurs articles dans des styles assez différents seront portés par ce thème. Vous pourrez lire la prose de Jicky qui vit à la capitale et la mienne, moi qui ne fait que passer. Et nous attendons bien évidemment la votre dans les commentaires, sur notre page facebook ou encore sur twitter !


Que vous soyez #TeamProvincial ou #TeamParisien, tout le monde est d'accord avec Zoé Valdés lorsqu'elle nous dit que <<Paris est la capitale des divines tentations>> .



(hé, qui a dit "Pigalle" ?!)





jeudi 27 septembre 2012

Déclaration d'un Soir - Cartier : Moment Volé

Lorsque le printemps arrivait, ma mère piquait une fleur de lys dans ses cheveux. Le parfum se diffusait dans chaque pièce de la maison qu'elle avait traversé. Et, lorsque le soir venu, la fleur se fanait en déchargeant ses effluves mortifères, la fleur tombait sur le parquet du long couloir de notre maison.


Barry Lyndon

Quand les lys se faisaient plus rares et que les fleurs fanées jonchaient le sol, déployant dans ce si long couloir le parfum de leur déclin, je savais que les roses n'étaient pas loin. Comme pour faire écho à ma mère, mon père installait quelques pétales de la fleur au revers extérieur de la poche de sa veste. Voir mon père arranger les roses pour les déposer sur son vêtement continue d'évoquer pour moi un acte d'élégance, d'une beauté et d'un raffinement indicible. Dans ce leste geste d'esthète, j'ai enfermé toute la nostalgie teintée du gris de la tristesse d'une époque révolue.

Je revoyais mon père arborer les pétales de rose lorsqu'il dînait avec maman. Elle soignait toujours sa toilette les jours où mon père lui annonçait que le soir ils dînaient tous les deux. Je détestais ces soirs là à l'époque. C'était comme si on m'éloignait à reculons de la table familiale pour être aspiré par le couloir et que finalement, on m'enfermait dans ma chambre. Cependant, quand se dessinaient ces diners, je n'étais pas seul : notre table de bois massif se révélait bienveillante en me laissant allumer la bougie qui réunirait mes deux parents. J'ai toujours aimé le bois de cette table.

J'embrassais ma mère sur les joues, espérant trouver l'odeur d'un lys, puis je déposais un baiser sur chaque joue de mon père, qui exaltait en se baissant  le léger parfum de la rose qui a vécu son temps. Durant le repas, ils ne se faisaient aucune déclaration. Ils se contentaient simplement de se regarder. Je le sais parce qu'il m'est arrivé de sortir de ma chambre et d'observer depuis le fond du couloir mes parents se dire mille choses par le simple échange de regards et d'odeurs. La danse de la flamme engendrait comme une séparation de là où je pouvais les observer. Séparation encore plus marquée par la ligne droite et fière que dressait la cire grise de la bougie. C'était beau. Peut être le plus beau spectacle qu'il m'ait jamais été possible d'admirer.


Barry Lyndon

Assis, invisible au fond du couloir, je sentais les fleurs de lys aux pétales fanés et aux pistils hasardeusement éparpillés sur les côtés du couloir. Alors que la rose, elle, m'a toujours échappé, accrochée qu'elle était à la veste de papa.

L'époque est révolue. Maintenant je ne cesse de tenter de vaines reproductions de ces images gravées dans une mémoire d'enfant. Peut être que l'amour qui émanait de ces dîners opérait en moi des changements merveilleux à chaque instant de mon enfance. La tendresse de cette passion débordait instinctivement dans le cœur du jeune garçon que j'étais. Je les aimais comme l'oiseau chante, comme la rose s'épanouit dans la nature.

J.


mardi 21 août 2012

L'Artisan Parfumeur, Séville à l'Aube – Veuve noire, fleur blanche.




 Par Phoebus.



     J'ai partagé ma nuit dernière entre étudier le dernier Artisan, Séville à l'Aube et aider une amie pour une rupture difficile. Je ne sais pas, parfois le hasard épouse bien la situation - et si j'avais su en appliquant cette fleur d'oranger épicée que ce serait pour sauter dans une voiture en catastrophe quelques heures plus tard, mon choix n'aurait pas été différent.



You can have it all but how much do you want it?
You make me laugh
Give me your autograph
Can I ride with you in your B.M.W ?


     Je suis sûr qu'elle ne remarque rien, mais j'ai toujours une jolie curiosité sur le poignet, chaque fois que je passe la voir. Un test comble parfaitement les 10 minutes à tuer qui me séparent de chez elle, puis s'oublie entre les cendriers sur le balcon. Pourtant dans la moiteur d'un soir d'août, Séville à l'aube s'est révélé délicieusement persistant – mais soyons honnêtes, je n'ai pas attendu qu'il monte à mes narines, j'ai quasiment eu le nez scotché dessus toute la nuit.
     J'ai tout de suite accroché avec l'envolée florale verte et croquante. Certes, sans surprise : ce sont entre autres les notes et les effets qui me séduisent le plus facilement en parfumerie. Pour cause, je serais incapable de discuter de la qualité des matières utilisée, mais ce qui ressort avec évidence, c'est qu'elles sont savamment orchestrées. Au bout de quelques minutes on bénéficie déjà d'une rondeur, d'un fini velouté en soutenance de l'envolée blanche et verte qui rend l'expérience particulièrement satisfaisante. Il s'agit des prémices du fond, une vague de baumes et d'encens contenue derrière ce mur végétal qui irradie de sensualité.



You need to be yourself
You can't be no one else


     Les choses se sont un peu épicées après un énième coup de fil, une décision à prendre, mais cette fois ci c'était la goutte. Pendant que mon amie jetait pêle-mêle des noms d'oiseaux et les affaires de son future ex jules dans un sac de sport, un coin de mon esprit admirait avec attention le twist clairement oriental que prenait SALA. C'est une phase assez décisive pour déterminer si oui ou non on a terriblement besoin de ce parfum : certaines peaux vont gâter de sucre la fleur d'oranger et transformer le porteur en corne de gazelle géante (c'est habituellement ce que fait la mienne, mais pourtant pas avec ce parfum, donc ne balisez pas tout de suite et essayez malgré tout !). A ce stade et si vous n'êtes pas malchanceux, la myrrhe et le benjoin sont plus discernables. Le fond apporte un souffle chaud, sec et vibrant sur la peau, toujours vecteur des bribes d'écho vert et blanc du départ.



You need to find a way for what you want to say
But before tomorrow


     Et nous voilà en pleine nuit dans la voiture, à rouler un peu trop vite pour en finir au plus tôt, jeter le sac, récupérer ses affaires.
     Séville à l'Aube est une composition de Bertrand Duchaufour, inspiré du souvenir d'une nuit andalouse de Denyse Beaulieu. Loin d'être un simple soliflore, ou un exercice de style autour de la fleur d'oranger, SALA est un véritable parfum, construit, complexe, cohérent. Il s'annonce comme un must-have du summer-perfumista, mais je suis sûr que Denyse sera tout aussi contente d'apprendre qu'il vous accompagne d'un bout à l'autre du spectre de la passion.


He sits in a corner all alone
He lives under a waterfall
No body can see him
No body can ever hear him call




jeudi 12 juillet 2012

Onda Eau de Parfum - Vero Profumo : Showtime !

Si l’inspiration initiale d’Angel se situe dans une fête foraine, rares sont les diverses évocations du monde du carnaval en parfumerie. Au diable la barbe à papa et autres joies de la poutine québécoise, l’idée du carnaval se fait avant tout par les symboles.



Le carnaval, la fête foraine ou l’univers du cirque est le monde de la déformation et de l’enfance. Ces deux thèmes se confondent et se répondent tour à tour dans une sorte de manège si fluide que tout semble naturel. Les traits sont déformés, comme l’illustrent le jeu des miroirs ou les yeux des clowns très géométriques (sous forme de traits voire d’étoiles). De plus, les contours de la bouche sont repeints et le nez se fait soit très voyant, soit il est complètement dissimulé. En un mot, cette déformation augmente les sens, et par conséquent les perceptions. Cette modification entraine dès lors un changement de comportement : ce qui auparavant était manifeste et ridicule fait désormais parti de la norme. Rayures, masques, formes géométriques simples : tous les éléments du carnaval et de la fête foraine sont ramenés à un divertissement que les plus jeunes vont vivre pleinement, et que les plus grands vont retrouver à coups de cris et d’expériences de déformation.

Beetlejuice

L’expérience d’Onda en extrait est déjà un grand huit olfactif en soi. Sûrement un jour j’aurais l’occasion d’en reparler ici ou ailleurs, mais c’est face à l’eau de parfum que je décide de faire chapeau bas aujourd’hui : une eau de parfum carnavalesque créée par l’incroyable Véro Kern !
Pour entamer cette fête masquée, deux écrans monochromatiques légèrement rugueux sont projetés au nez : un jaune dont on ne saurait dire s’il était éclatant au temps jadis ou s’il a conservé une pâleur maladive au fil des siècles ; un vert amer, pas criard mais presque, ce que nos amis les romains désignaient par « prasinus ». De ces deux tonalités majeures, le carnaval d’Onda en a fait un système de rayures harmonieux et enjoué, aux matières brutes et déformées, maîtrisé par une poigne de fer.

Onda
Eau de Parfum
Alors qu’au loin jouent des cuivres et des mélodies, on sent la bannière bariolée se mouvoir petit à petit, avec une beauté sans concept, touchant simplement et avec brio la corde de l’âge tendre. Le tout demeure dans une harmonie orchestrale. De la déformation des couleurs et des matières initiales nous arrivons à l’enfance, notamment en communiquant la joie du déguisement, ce déguisement carnavalesque permettant de fêter en quelque sorte une nouvelle facette cachée en nous.
Onda profite ainsi du tumulte de départ pour faire partir une petite procession de fruits, d’épices et de fleurs en tête d’une marche costumée. A vrai dire, Onda crée une nouvelle forme olfactive complétement déformée par rapport à la plupart des insipides jus du commerce si fades et si vulgaires, définissant ainsi une nouvelle norme. Les notes très sales du fond de l'eau de parfum deviennent magiques, sourdes comme des rires de clowns cruels, mais exaltants pour l'enfant amateur de sensations qui est en nous.

Et c'est d'ailleurs ce fond, ces ultimes notes, ces derniers gens du défilé qui donnent la complexité et la grandeur d'Onda. Ses dernières notes sont des sortes de fantômes de gens qui ne concernent que nous, que nous sommes les seuls à voir, qui nous racontent une histoire qui transformera seulement notre personne. En ce sens, l'amateur d'Onda - le perfumista - est le marginal qui voit ces fantômes qui défilent à la toute fin du carnaval orchestré par Véro Kern. Des fantômes qui ne font pas peur, non, mais des fantômes qui sont là pour réveiller ces histoires enfouies en nous et qui ont façonné notre enfance à travers des dessins et des gribouillis dans les cahiers. Les musiques festives des fêtes foraines et des manèges revivent à travers eux dans un éclat lumineux et intense, décuplant nos sens et notre manière de sentir, de penser.

Et face aux gens qui crieront "C'est quoi ce cirque ?", contentez-vous simplement de rigoler.
J.

vendredi 29 juin 2012

Orchideus !


Comme peut être les trois quarts des personnes nées dans les années 90, j’ai grandi avec ce petit brun aux yeux verts et cheveux ébouriffés, j’ai nommé Harry Potter. Je dirais même que c’est le premier livre que j’ai lu (bon, sans les images hein ! Parce que sinon, c’est Béa Bébé Abeille), avant même le phénomène de société qu’il est devenu (true hipster inside). Véritable phénomène de génération, je fais parti de ceux qui allaient aux restaurants asiatiques pour le simple plaisir de crier « Experliarmus » avec ma baguette (en plastoc, blanche et avec des inscriptions mystiques à la base pour le coup).

Poudlard

Je fais aussi parti de ceux qui se sont sentis trahis lorsqu’ils n’ont pas reçu leur lettre pour Beauxbâtons, à l’heure où sonnaient leurs 11 ans (de toute manière, depuis ce jour, Mme Maxime et moi sommes en froid complet).
Avec le temps, j'ai réussi à canalyser mes pouvoirs magiques (tout à fait, je suis un grand sorcier qui s'ignore, croyez en mon expérience), et à tisser de nouveaux liens avec cette série qui elle aussi a bien grandi. Ainsi, à l'image des méchantes des contes de fées, des portraits olfactifs sont venus de manière plus ou moins évidente au fil des lectures.

Rogue
Severus Rogue, la véritable clef de voûte de la saga et l’antihéros éternel, est puissamment olfactif, ne serait ce que par son titre de Maître des Potions. Personnage le plus complexe et le plus travaillé de la série, Rogue insuffle la beauté et les contrastes de toute une épopée. Olfactivement, Rogue ne peut être qu’un classique, un floral aldéhydé, tant c’est de lui que découle toute l’identité des sept romans. Mais, comment dire… un classique convulsif, torturé, renfermé et explosif. Aussi lumineux que son Patronus, et aussi sombre  que le rêche de sa robe de sorcier. Un classique dans lequel Rogue aurait déversé tous ses philtres et ingrédients les plus corrosifs (comprendre : un peu de Bézoard, de vésicule biliaire de Boutefeu Chinois et une goutte de Veritaserum). Les aldéhydes ont raclé le fer de son chaudron, le cœur floral respire l’espoir, qui a fui vaincu vers le ciel noir, et le fond animal respire l’amour et la déchirure.
Vous l’auriez deviné, Severus Rogue est le M/Mink de Poudlard, arpentant les couloirs des cachots et en constante délibération sur son identité. Chef d’œuvre de complexité et de torture, Rogue comme M/Mink n’attendent que le moment où ils pourront montrer la finalité de leur potion.


McGonagall
"Ah oui, tu aimes ça toi ?"
Minerva McGonagall est professeur de métamorphose et sous-directrice de Poudlard. Elle aime les motifs écossais et apprécie la danse de salon. Elle peut certes se transformer en chat et métamorphoser ce qui lui chante, elle préfère rester camper sur ses valeurs enracinées. Le personnage transfère ainsi sa rigueur et son intransigeance vers le bout de sa baguette, donnant vie aux objets comme aux matières. A l’image de sa stature inébranlable, McGonagall est le Chêne de la maison Gryffondor. De l’âtre brûlant aux écrins de whiskys écossais qu’elle apprécie tant et jusqu’au parquet patiné par le temps, tous les éléments de la maison rouge et or respirent sa patte.
Parfois distants, austères et religieux, Chêne, parfum de Serge Lutens, comme McGonagall protègent tous les deux des valeurs qui leurs sont propres, et dont l’intransigeance permet la stabilité et la défense d’un monde bien particulier.


Bellatrix Lestrange
L’évocation de la belle et cruelle Bellatrix Lestrange fait frémir le moindre sorcier. Dans son habit de cuir délabré par sa folie, Bellatrix fait régner un silence pesant autour d'elle, mêlé de crainte et de soumission. Célèbre pour son goût pour la torture, et le "charmant" usage qu'elle fait de ses pouvoirs, sa simple présence impose respect et frémissement. Longtemps enfermée puis devenue folle à lier, on ne peut que l'imaginer dans une pièce de pierres froides et humides.
Bandit est l'équivalent en parfum de la sorcière. Proclamé "parfum ta gueule" pour sa majesté et sa force olfactive, Bandit impose un silence par ses notes froides et cuirées, dont la tête verte et cinglante fait écho aux maléfices mortels dont abusent Bellatrix. Un parfum de femme toujours aussi ambigu, créé par la grande Germaine Cellier, et dont l'aura ne saura jamais éviter quelques tremblements.


Hedwige, à gauche
Petite star oubliée au fur et à mesure, elle fait pourtant parti des symboles de la saga. Hedwige, la chouette d'un blanc immaculé est le lien constant entre le héros est le monde de la magie, et ce à n'importe quel moment. Chaque apparition de la chouette dans les livres annonce des moments de calme, de quiétude, une sorte de réconfort digne d'un havre de paix. Ainsi, lorsque Harry est seul les soirs d'été enfermé dans sa chambre, dans une atmosphère à la limite du cloisonnement, Hedwige correspond aux seuls instants de liberté et de soulagement dont peut rarement jouir le petit sorcier. En écho à son éclat inaltéré, mais aussi à sa douceur et au réconfort qu'elle apporte, Hedwige se rapproche olfactivement du dernier né Olfactive Studio, Lumière Blanche : un parfum de composition construit autour d'un accord lait, très épicé froid au début, évocant presque la neige, et finissant dans un bois chaud, rond et enveloppant.