Par Phoebus
Nous avons vu plus tôt que les méchants de Walt Disney étaient des perfumistas non-déclarés (non content d'avoir un rire démoniaque et un esprit diabolique, ils ont aussi un parfum qui tue mouahaha !).
Aujourd'hui, Mister Phoebus vous emmène du côté gentil de la force pour aller faire la bise aux héroïnes des contes de fée et découvrir par la même occasion le parfum qu'elles portent, et gardent secret depuis très longtemps... (Bon je précise que je ne m'intéresserai pas aux versions de Walt Disney, qui ont tendance à faire reculer la position de la femme d'un demi siècle en mettant en scène d'adorables cruches qui adooorent siffler en passant un coup de balais. Je parlerai donc des contes originaux, même si les illustrations qui vont suivre seront de Disney...Parce qu'il faut bien reconnaitre leur superbe coup de crayon !).

Quand je sens Elizabethan Rose de Penhaligon's, je ne peux pas m'empêcher de penser à la Belle et la Bête, la version de Mme Leprince de Baumont. C'est en sentant une rose du jardin de la bête que le père de Belle s'est condamné à mort...Et c'est par amour pour son père que Belle a choisis de mourir à sa place. C'est grâce à l'amour, enfin, que Belle a pu délivrer la Bête de sa malédiction. Et quand on pense que toutes ces péripéties sont les conséquences...d'une simple rose ! C'est sûrement pour cette raison que j'imagine très bien Belle porter un parfum à la rose. Il y a de nombreux candidats au poste, mais c'est vraiment la rose de penhaligon's qui m'interpelle ici. Comme l'héroïne, le parfum est vibrant de naturel et si simple en même temps ! Tellement plus modeste qu'Une Rose d'Edouard Fléchier, et beaucoup plus réaliste que la plupart des soliflores que les maisons proposent. La Belle et la bête est connu pour être le conte qui nous apprend le véritable amour, d'après Bruno Bettelheim...Elizabethan Rose nous apprend comment sent une véritable rose, c'est moins ambitieux mais avouons que c'est déjà ça ! 
Pour la Cendrillon de Charles Perrault, je n'avais pas d'idée précise avant de devoir réfléchir pour l'article. Mais le lien était presque trop évident pour y songer tout de suite : on la surnomait "Cendrillon" parce qu'elle couchait dans les cendres ; elle ne pouvait pas sentir autre chose que le brûlé ! Et c'est justement l'odeur de la fumée qu'a tenté de recréer Mathilde Laurent dans sa XIII ème heure pour Cartier. Cendrillon était belle même en étant sale et vêtue pauvrement, sa valeur n'était dûe à aucun artifice. Quel autre parfum lui irait mieux que celui qui nous apprend la valeur des cendres ? (Oh et puis la référence à l'heure fatidique imposée par la bonne fée tombe à point, il faut le dire !).
J'avais des réticences à coller un parfum au conte de Blanche-Neige des frères Grimm, parce que le thème de la pomme tentatrice a été exploité en long en large et en travers par un bon nombre de marques. J'aime énormément Lolita Lempicka, mais son premier parfum a beaucoup trop de caractère et de fantaisie pour appartenir à Blanche Neige. L'autre parfum-pomme, Nina de Nina Ricci, même s'il sent bon, n'a en revanche ni caractère ni fantaisie... Blanche-Neige est certes une oie blanche comme ses collègues mais elle n'est pas insubstentielle au point de porter Scarlett ! (Cela dit, la blanche neige de disney pourrait...). C'est là le danger des associations. Une fraction de seconde j'ai même pensé à Light Blue de D&G parce que c'est le seul parfum que je connaisse qui sente la pomme...Mais non, non, non trop facile, pas assez fin ! J'ai alors sérieusement songé à Essence de Narcisso Rodriguez parce qu'il m'évoque clairement la blancheur, mais là encore c'était trop facile. Et puis Olfactorum a publié un article sur Cruel Gardénia de Guerlain, que je n'ai jamais sentit mais dont la description m'a interpelé de suite : des diamants, une blancheur aveuglante, un aspect minéral, et une fleur qui scintille au milieu de tout ça. Evidemment ! Quand Blanche-Neige "meurt" à cause de la pomme empoisonnée, ses fidèles sept nains l'installent dans un immense cercueil de cristal, pour continuer à admirer sa beauté (et la suite vous la connaissez : c'est grâce à ce système de vitrine que le prince charmant, qui passait par là, a assumé sans complexes ses tendances nécrophiles en demandant à embrasser le cadavre d'un baiser d'amour qui, oh chance, a rompu le charme !). Si on oublie le "cruel" et qu'on se focalise sur "gardénia", ce Guerlain pourrait convenir à merveille à Blanche-neige, non ?************
Et puis, un petit bonus de la part de Jicky ! (05/01/2011

Le parfum de la bonne fée ! Celle de Cendrillon, celle des Fées (de Charles Perrault), bref, notre archétype de THE sauveuse. Et bien vous savez quoi, je la vois bien avec Encre Noire de Lalique. Parce que c'est bien connu, la bonne fée ne se dévoile pas immédiatemment ! Non ! Elle se transforme en vieille dame laide, en détresse et faisant l'aumône afin de tester "l'honnêteté" de "la gentille".Encre Noire, d'abord parce que, comme le dit Jeanne ici, il est presque désigné comme meilleur vétiver sur terre, puis aussi parce qu'il a en effet un côté assez sombre, qui s'oppose à la clarté évidente d'une fée (rappelez vous le test ;). Le côté terreux peut lui aussi s'opposer à l'aspect aérien d'une fée. Et puis, vous savez, je parle de facette terreuse, mais Encre Noire est tellement limpide dans sa construction, dans son évolution, si évident que, tout comme les pouvoirs magiques de la bonne fée, il semble tout résoudre. Il peut sentir le minéral du diamant, mais aussi peut rappeler les serpents, pour un certain côté sombre et glissant. Le bois de la baguette magique. Le pétillement dans les yeux. La métamorphose.
Oui, un réel parfum d'illusionniste !
Illustration : Gustave Doré, Les Fées






























