lundi 27 décembre 2010

Ce que sentent les gentilles dans les contes de fée

 Par Phoebus

Nous avons vu plus tôt que les méchants de Walt Disney étaient des perfumistas non-déclarés (non content d'avoir un rire démoniaque et un esprit diabolique, ils ont aussi un parfum qui tue mouahaha !).
Aujourd'hui, Mister Phoebus vous emmène du côté gentil de la force pour aller faire la bise aux héroïnes des contes de fée et découvrir par la même occasion le parfum qu'elles portent, et gardent secret depuis très longtemps... (Bon je précise que je ne m'intéresserai pas aux versions de Walt Disney, qui ont tendance à faire reculer la position de la femme d'un demi siècle en mettant en scène d'adorables cruches qui adooorent siffler en passant un coup de balais. Je parlerai donc des contes originaux, même si les illustrations qui vont suivre seront de Disney...Parce qu'il faut bien reconnaitre leur superbe coup de crayon !).


Quand je sens Elizabethan Rose de Penhaligon's, je ne peux pas m'empêcher de penser à la Belle et la Bête, la version de Mme Leprince de Baumont. C'est en sentant une rose du jardin de la bête que le père de Belle s'est condamné à mort...Et c'est par amour pour son père que Belle a choisis de mourir à sa place. C'est grâce à l'amour, enfin, que Belle a pu délivrer la Bête de sa malédiction. Et quand on pense que toutes ces péripéties sont les conséquences...d'une simple rose ! C'est sûrement pour cette raison que j'imagine très bien Belle porter un parfum à la rose. Il y a de nombreux candidats au poste, mais c'est vraiment la rose de penhaligon's qui m'interpelle ici. Comme l'héroïne, le parfum est vibrant de naturel et si simple en même temps ! Tellement plus modeste qu'Une Rose d'Edouard Fléchier, et beaucoup plus réaliste que la plupart des soliflores que les maisons proposent. La Belle et la bête est connu pour être le conte qui nous apprend le véritable amour, d'après Bruno Bettelheim...Elizabethan Rose nous apprend comment sent une véritable rose, c'est moins ambitieux mais avouons que c'est déjà ça ! 



Pour la Cendrillon de Charles Perrault, je n'avais pas d'idée précise avant de devoir réfléchir pour l'article. Mais le lien était presque trop évident pour y songer tout de suite : on la surnomait "Cendrillon" parce qu'elle couchait dans les cendres ; elle ne pouvait pas sentir autre chose que le brûlé ! Et c'est justement l'odeur de la fumée qu'a tenté de recréer Mathilde Laurent dans sa XIII ème heure pour Cartier. Cendrillon était belle même en étant sale et vêtue pauvrement, sa valeur n'était dûe à aucun artifice. Quel autre parfum lui irait mieux que celui qui nous apprend la valeur des cendres ? (Oh et puis la référence à l'heure fatidique imposée par la bonne fée tombe à point, il faut le dire !).



J'avais des réticences à coller un parfum au conte de Blanche-Neige des frères Grimm, parce que le thème de la pomme tentatrice a été exploité en long en large et en travers par un bon nombre de marques. J'aime énormément Lolita Lempicka, mais son premier parfum a beaucoup trop de caractère et de fantaisie pour appartenir à Blanche Neige. L'autre parfum-pomme, Nina de Nina Ricci, même s'il sent bon, n'a en revanche ni caractère ni fantaisie... Blanche-Neige est certes une oie blanche comme ses collègues mais elle n'est pas insubstentielle au point de porter Scarlett ! (Cela dit, la blanche neige de disney pourrait...). C'est là le danger des associations. Une fraction de seconde j'ai même pensé à Light Blue de D&G parce que c'est le seul parfum que je connaisse qui sente la pomme...Mais non, non, non trop facile, pas assez fin ! J'ai alors sérieusement songé à Essence de Narcisso Rodriguez parce qu'il m'évoque clairement la blancheur, mais là encore c'était trop facile. Et puis Olfactorum a publié un article sur Cruel Gardénia de Guerlain, que je n'ai jamais sentit mais dont la description m'a interpelé de suite : des diamants, une blancheur aveuglante, un aspect minéral, et une fleur qui scintille au milieu de tout ça. Evidemment ! Quand Blanche-Neige "meurt" à cause de la pomme empoisonnée, ses fidèles sept nains l'installent dans un immense cercueil de cristal, pour continuer à admirer sa beauté (et la suite vous la connaissez : c'est grâce à ce système de vitrine que le prince charmant, qui passait par là, a assumé sans complexes ses tendances nécrophiles en demandant à embrasser le cadavre d'un baiser d'amour qui, oh chance, a rompu le charme !). Si on oublie le "cruel" et qu'on se focalise sur "gardénia", ce Guerlain pourrait convenir à merveille à Blanche-neige, non ?



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Et puis, un petit bonus de la part de Jicky ! (05/01/2011

Le parfum de la bonne fée ! Celle de Cendrillon, celle des Fées (de Charles Perrault), bref, notre archétype de THE sauveuse. Et bien vous savez quoi, je la vois bien avec Encre Noire de Lalique. Parce que c'est bien connu, la bonne fée ne se dévoile pas immédiatemment ! Non ! Elle se transforme en vieille dame laide, en détresse et faisant l'aumône afin de tester "l'honnêteté" de "la gentille".
Encre Noire, d'abord parce que, comme le dit Jeanne ici, il est presque désigné comme meilleur vétiver sur terre, puis aussi parce qu'il a en effet un côté assez sombre, qui s'oppose à la clarté évidente d'une fée (rappelez vous le test ;). Le côté terreux peut lui aussi s'opposer à l'aspect aérien d'une fée. Et puis, vous savez, je parle de facette terreuse, mais Encre Noire est tellement limpide dans sa construction, dans son évolution, si évident que, tout comme les pouvoirs magiques de la bonne fée, il semble tout résoudre. Il peut sentir le minéral du diamant, mais aussi peut rappeler les serpents, pour un certain côté sombre et glissant. Le bois de la baguette magique. Le pétillement dans les yeux. La métamorphose.
Oui, un réel parfum d'illusionniste !

Illustration : Gustave Doré, Les Fées

jeudi 23 décembre 2010

Les Méchants en parfum - Deuxième Partie : Les Méchants

Après les Méchantes en parfum, voici aux tours de leurs "adorables" compagnons de crime de se laisser parfumer. Ils aiment terrifier, crier, rire en plein orage, brûler tout sur leur passage, jouer avec le temps et le feu, préparer des plans machiavéliques pour se venger ou tout simplement semer le chaos. Mais c'est que ces petits bonhommes ont aussi leurs moments de plaisir à eux.
Horizons olfactifs des plus vilains des Méchants animés !

Jafar

Jafar, c'est le vizir cupide, qui en plus  d'être un des méchant les mieux vêtu et d'avoir un sceptre m'ayant impressionné alors que j'atteignais à peine mes 4 bougies, veut gouverner le monde de l'orient (rien que ça). Avec lui, coups bas à volonté, entre hypnotisation, manipulation et hypocrisie, il ensorcèle les plus faibles avec son sillage amadoueur.
Ambre Narguilé, il l'a choisi pour ses douces effluves de compote au chaudron, réchauffée par de la cannelle et des épices baignées de rhum. Un cocktail séduisant, pour un homme fourbe et qui attend, la main cachée dans le dos, ses doigts crispés sur un poignard effilé.

Shere Khan

Le tigre sauvage, mangeur d'homme, méchamment attirant. Oh oui ! On aimerait tellement se lover sous son pelage fauve. Aimerait. Car sous ses airs de peluche géante, Shere Khan est un être electrique : il fuse, il choque, il marque à jamais dans les esprits. Il déclare le feu aussi (mais je ne veux pas gacher le film à ceux qui ne l'ont pas vu, bien évidemment...). Allez savoir pourquoi, je le vois bien avec Odeur 71, de chez Comme des Garçons. Ce n'est pas un parfum, un vrai, mais ce n'est ni rien non plus. Le côté faussement gentil du tigre semble ressortir avec cette... odeur. "C'est pour mieux te manger, mon enfant".

Edgar

Les Aristochats ! Mon dessin animé préféré, et par conséquent, comment ne pas parler d'Edgar ? Edgar le Fourbe, l'hypocrite, mais Edgar le drôle aussi. Il s'évertue à posséder un héritage destiné à... des chats. Dans le Paris du début du XXème siècle, il pourchassera Duchesse et les Châtons, pour notre plus grand plaisir !
Le côté aristocratie française à l'époque de la Tour Eiffel me fait penser à Pour Monsieur de Chanel : une interprétation de la cologne, mais en plus chyprée, plus épicée, puis plus savoureuse aussi. Un méchant domestique classique en apparence, mais tellement croquant au final !

Lord Farquaad

Le petit nain tout vilain qui fait des pieds et des mains pour épouser Fiona dans Shrek 1. Il est moche, bling-bling, insupportable, il est en fait des tonnes, est hyper égocentrique, arrogant... Je crois qu'il n'y a qu'une seule fragrance qu'on pourrait lui associer. Un lingot, un petit jeune claqueur de doigts... oui, on se comprend ! One Million pour vous servir.
Boutons dragons, ogres et petits bonhommes de pain d'épices pour mieux régner dans un monde olfactif uniforme et tape-à-l'oeil... Ça y est, c'est dit.

Barkis Bittern

Peut être moins connu, car appartenant au folklore de Tim Burton, Lord Barkis est un noble déchu de l'aristocratie anglaise du XIXème siècle. Dans Les Noces Funèbres, il cherche à se marier à la belle Victoria afin de regagner une fortune perdue au fil du temps. Eh eh, sauf que mister Barkis n'est pas blanc comme neige. Usurpation, vols, meurtres, coups bas, le tout en petite chemise blanche à dentelle : tout est permis pour arriver à ses fins.
Je le vois bien avec Grey Flannel, de Geoffrey Beene. Il y a bien sûr le côté lessive propre, mais aussi le sourire émail diamant aseptisé, celui du flatteur véreux. Un chic un peu passé pourrait-on dire.

Oogie Boogie

Toujours chez Tim Burton, Oogie Boogie, notre Croque-Mitaine qui "se glisse comme une ombre noire et qui transforme vos rêves en cauchemards". Particulièrement joueur, il aime bien titiller la nourriture avant de la manger. Tout chez lui est noir complet. Il est fait d'obscurité et d'ombres pas si surnoises que cela.
Un parfum qui ne manque pas d'évoquer le noir ? Hum... la splendide Heure Mystérieuse de Cartier ! L'Heure où la nuit se pare de son manteaux aux mailles tressées d'inconnu, de peurs et de mystères. Une ode aux matières sombres et rapeuses comme le corps de notre doux petit monstre des caves !

dimanche 19 décembre 2010

Les Méchants en parfum - Première Partie : Les Méchantes

Diriger le monde, soumettre tous les peuples, tuer les héros, réduire à néant une quête perdue d'avance, lancer des sorts surpuissants sur les Gentils, annihiler l'espoir. Ce sont toutes des routines de Méchants. On les connait pour les cauchemards qu'ils nous ont fait faire, pour ces séances de spiritisme vaudou où on leur plantait des aiguilles sur des poupées à leur effigie.
Ils ont marqué notre enfance, les Méchants des dessins animés. Mais quels seraient leurs parfums ?

Aujourd'hui, première approche avec les fameuses Méchantes !

La belle mère de Cendrillon

En plein délire victorien, elle aime faire perdre tout espoir. Dans l'ombre, elle laisse s'épanouir un minimum la Gentille, pour que sa chute soit plus douloureuse. Habillée de pourpre, parée de bijoux cuivrés et aux yeux d'un vert d'eau transperçant, elle est brillante à l'écran par sa prestance de beauté froide. Portrait Of A Lady, c'est son parfum. Une robe aux même teintes vineuses, d'une qualité exceptionnelle et aux accents passés. Intimidant, sombre aussi : quelle prestance pour une telle fragrance !


Cruella D'Enfer


Ah la la... Elle elle m'a fait vraiment peur quand j'étais petit ! Cette overdose de fourrure, de châles, cette double personnalité, personnifiée par ses cheveux. Et ces longs allume-cigares. Tout est dans la gestuelle, dans le débit de paroles. 

Un parfum fourrure, pour une dame aux gants montants ? Vol de Nuit pardi ! Aussi facetté qu'elle, et exactement dans la même élégance, ce parfum est la fourrure que Cruella ne pourra jamais s'offrir !

Ursula


Une pieuvre imposante, à la voix grave et aux formes généreuses, vivant sous l'eau. Elle prend un malin plaisir à tromper les personnes qu'elle piège dans ses innombrables tentacules.

Je ne sais pas pourquoi, je la vois bien avec Boucheron. Oui, quelque chose de brûlant, de collant. Un peu comme ses tentacules. Puis son maquillage aux teintes bleutées n'est pas sans rappeler le flacon. Ursula est imposante et elle le montre. Il lui faut un parfum à sa hauteur !

Maléfique

Ma Méchante préférée. La plus belle, la plus mystérieuse. En même temps la plus froide et peut être une des plus... maléfique ? Elle est d'un autre monde : elle n'a pas besoin de mots, de gestes grandiloquents. Tout est dis dans ses regards et ses sourires hautains !
Autant de froideur, de majesté, de beauté ! Iris Silver Mist, ça ne peut être que lui. Il est intimidant, mais tellement beau ! Son sillage peut être glacé, terreux, poudré, mais aussi boisé, et fait tourner le regard des autres gens, gênés devant tant de maudite perfection !

Karaba La Sorcière

La Sorcière dans Kirikou ! Une beauté à la peau noire et aux effluves poudrées et charnelles. Elle martyrise les habitants du village du héros, maudite par un sort depuis bien trop longtemps ! Elle occupe une sorte de forteresse régie par des automates cruels. On ne la voit que plongée dans le rouge chatoiement de son logis.
Je le vois porter La Traversée du Bosphore, de l'Artisan Parfumeur, dont les odeurs poudrées et proches de celles de la peau, offrent parfois des effets de fumée et de fruits... Envoutant !

Yzma

Moins connue, mais peut être la Méchante la plus fun, venant tout droit du plus drôle dessin animé que je connaisse : Kuzco. "Elle est la preuve vivante que les dinosaures ont existé" et "sa crème de jour est périmée". Elle dort avec des concombres sous les yeux et n'aime pas les gougères aux épinards. Un peu (beaucoup) folle, méchamment drôle et légérement narcissique, pourquoi ne mettrait-elle pas L'Heure Bleue (en eau de toilette, je précise) ? Bien évidemment, elle le porte en mode mamie-fourrure ;)



La Seconde Partie arrive bientôt (dans le courant de la semaine prochaine), avec pour thème, les parfums des Méchants !

Bonnes fêtes en attendant !

jeudi 16 décembre 2010

L'Heure Bleue : Mamie-fourrure /VS/ le sillage d'une bougie.

Par Phoebus.

Attention danger, monument de la parfumerie Française. Il faut bien choisir ses mots, là. The Parfum, avec un P majuscule pour la quasi totalité des perfumistas, ça peut faire un énorme retour de flamme si je me plante. Donc on va dire...Mmh...Tiens, pourquoi pas la même chose que 99% de la blogosphère à son sujet ? [Dans le genre je prends pas de risques]. Laissez moi une minute pour préparer mon air ému. Voilà. Ah, l'Heure Bleue ! C'est un mythe, c'est à vous couper le souffle, c'est un chef d'œuvre, c'est-la-vraie-parfumerie-Guerlain-d'autrefois-parce-que-maintenant-Guerlain-c'est-n'importe-quoi-ça-part-dans-tous-les-sens-et-puis-de-toute-façon-ils-ont-reformulé-l'Heure-Bleue-mais-c'est-pas-grave-je-l'adore-quand-même !




Je vais commencer par préciser que je n'ai absolument AUCUN lien affectif avec ce parfum, ce qui est plutôt rare et me donne un point de vue assez différent de celui des autres blogs (en bref si vous adorez ce parfum et que vous n'êtes pas capable d'en lire une critique un tant soit peu négative sans vous énerver dans un commentaire élaboré me disant en quoi et pourquoi je me trompe, passez votre chemin, j'ai mieux à faire). On peut remarquer qu'en général ses adorateurs ont toujours connu un être cher qui a porté l'Heure Bleue... Et la magie des associations a éventuellement saupoudré des étincelles d'affections dans le flacon, ce qui conditionne d'avance à aimer ce parfum. Mes grand-mères à moi ne se parfumaient pas (peu de gens se parfument dans ma famille en fait...) et j'ai découvert l'Heure Bleue tout seul l'an dernier, en étant émerveillé par les commentaires d'Auparfum.
Imaginez ma déception lorsqu'après avoir sentit la mouillette et fermé les yeux, j'ai vu de très très près le visage ridé d'une grand-mère édentée, sur fond de hurlement suraigu comme dans Scream. Parce que ce parfum, je le connais en fait. Depuis pas mal de temps. Je l'ai côtoyé tous les matins à l'arrêt de bus pendant mes années collège... Grâce à Mamie-Fourrure. Vous ne la connaissez pas mais elle prend toujours le bus en même temps que vous, elle se maquille comme une voiture volée et a peut-être tué à mains nues le dernier ours des Pyrénées pour confectionner son manteau. Enfin, d'après la rumeur. Mais surtout, surtout, elle cocotte à quinze kilomètres à la ronde un parfum tellement fleuri et saturé qu'on ne se doute même pas qu'il y a des fleurs dans le sillage. C'est ça l'Heure Bleue. Même si c'est un peu réducteur (car n'importe quel parfum appliqué par une main trop lourde parait corrosif pour les narines), ça m'a tout de même permit d'en saisir les défauts. Du moins, seulement les défauts de l'Heure Bleue Deuxpointzéro, le reformulé, pas la première version. Ce qui frappe le plus, c'est un espèce de déséquilibre, un trop-plein de note...En général, c'est ce schéma là (la surdose d'un composant) qui donne des "classiques" de la parfumerie. Le revers de la médaille, c'est que ces parfums sont souvent polarisants, vont créer autant d'addictions que d'allergies. Ici, c'est l'alliance d'une vanilline au rendu un peu cheap avec un œillet épicé qui me retourne l'estomac... Alors que d'autres plongeront la main dans un flacon grand format et s'en aspergeront en faisant le signe de croix comme si c'était de l'eau bénite. 

Sexy-mamie !


Mais je ne me laisse pas abattre si facilement (ça ou alors je suis un peu masochiste, à vous de voir) : j'ai ressenti encore et encore l'Heure Bleue à chacun de mes passages au Sephora, provocant l'incrédulité la plus totale des vendeuses. Même s'il ne me plaisait pas d'emblée, je voulais à tout prix savoir ce qui le rendait aussi incroyable aux nez des autres. L'originalité de la composition ? Ça oui, je suis d'accord, l'œillet n'est pas très très exploité en parfumerie...La qualité des matières première ? Alors là j'en doute, c'est en partie ce qui m'a déplu lorsque je l'ai sentit au début, mais une fois encore la reformulation a certainement fait des ravages... Pourquoi le qualifier de "grand vanillé" alors qu'il me paraissait plus fleuri qu'autre chose, et que la vanille, justement, n'était franchement pas ce qui relevait la composition ?

J'ai eu beau le porter plusieurs fois, je ne comprenais pas ce qu'il avait d'hors du commun, et je lui préférais de loin Shalimar...
En fait, j'ai trop intellectualisé mes ressentis. C'est comme un musicien qui, à force de trop analyser sa musique finit par ne plus la ressentir. La première fois que j'ai vraiment eu le souffle coupé par l'Heure Bleue, c'était il y a deux mois dans une laverie automatique. J'attendais que ma machine se termine, une jeune fille est entrée (pas très jolie, et mal habillée...Je précise parce qu'on risque de me sortir l'argument de la fraicheur physique alors que ce n'était pas du tout le cas). J'ai tout de suite pensé à une bougie à la vanille géante, tellement son sillage était épais, chaleureux et doux à la fois. Et c'était l'heure bleue, les étincelles d'œillet, c'est comme si c'était signé ! C'était vraiment incroyable, et le rendu n'était pas du tout pareil que l'eau de toilette que je connaissais. C'est là que je me suis frappé le front en me souvenant des différences entre les concentrations EDT, EDP...Et surtout l'extrait dont parle souvent Jeanne Doré. De plus, j'avais comme l'impression qu'elle avait tout de même eu la main légère, comme si les composants avaient la place de s'épanouir dans son sillage au lieu de s'encombrer et de se bousculer comme derrière Mamie-Fourrure...

C'est là que j'ai compris les qualités de l'Heure Bleue. Sa douceur infinie, sa chaleur, son côté cireux (qui remplace la vanilline à deux francs six sous) et surtout son immense pouvoir d'évocation. Un coucher de soleil, une table en formica imitation bois, des chants d'oiseaux cachés dans les arbres, une brise tiède, des fumets de soupe au poireaux, un tube de labelo, et des pieds nus dans l'herbe fraiche, un soir. 


(oui, ce sont bien mes orteils sur la photo).

 

Je ne peux pas dire qu'il soit devenu mon parfum préféré, il fait un peu les montagnes russes dans mon cœur (un jour je l'adore, le lendemain il m'écœurera...) mais il me touche, maintenant. Je le porte parfois. Et je me dis qu'il mérite vraiment son titre de classique, car il a réussit à me prouver sa valeur sans lien subjectif pour me conditionner à l'aimer, et surtout en allant à contre courant des codes parfumés avec lesquelles ma génération a grandit et est habituée. Donc Bravo !

dimanche 12 décembre 2010

J'Adore L'Or - La pâte à modeler de M. Roudnitska


Ces derniers temps, on a en un peu entendu parler, et pour une fois en bien. Il s'agit du dernier bambin de chez Dior : J'adore L'Or Essence de Parfum (que le dernier ferme la porte). Et je l'ai donc rencontrée.

Bon, je suis parti avec des a priori, c'est évident : j'ai du mal avec la maman J'Adore, la famille Dior et ses récents enfants. Mais bon, voyez-vous, en matière de personnalité, l'hérédité n'est pas le facteur le plus sûr !

La première fois que j'ai croisé Dame L'Or, j'en ai pris plein la vue : des vêtements amples, des châles, des bijoux tous les plus étincelants les uns que les autres, des bracelets clinquants, des bagues aux facettes dorées et sombres. Des boucles d'oreille en améthyste, un rouge à lèvre sombre comme le sang sec, un maquillage à la discrétion peut raffinée et bien sûr le sillage qui correspondait à tout ce que je voyais.

Mon Dieu ! Tout se joue dans l'overdose : quand Dame L'Or parle, ce ne sont plus des effluves délicates de paroles, mais des flots de mots qui envahissent l'espace. Et c'est là qu'est selon moi tout le problème : oui, trop c'est trop.

Me revient en mémoire une comparaison du grand Edmond Roudnitska : "composer un parfum, c'est comme la pâte à modeler : mélangez du bleu et du blanc, ça fait un joli bleu ciel ; rajoutez du rouge, ça donne un violet ; puis un peu de jaune, ça va encore mais si vous continuez, ça devient marron, et il n'y a plus rien, plus d'idée, plus d'esthétique",  (merci à Sixtine, qui le souligne sur son blog). C'est exactement ce qu'il se passe avec Dame L'Or. Trop c'est trop.

Oui, elle est bien habillée, avec des vêtements qui individuellement sont de qualité, de goût. L'ensemble est cohérent, signé. Le maquillage apporté est lui aussi de belle facture. Mais le problème, c'est que tout chez elle me noie. De l'overdose de paroles, qui malgré la beauté et la sélection du verbe, ne fait que m'engloutir encore plus ; aux innombrables châles, semblables à des couvertures, qui voilent non seulement Dame L'Or, telle une fautive, mais aussi cachent les restes de mon corps, une fois tombé sous le flot de paroles. ; tout chez elle est semblable à un poids. Plus rien n'est visible, tout semble dans l'excès. Or, la subtilité est quand même il me semble une qualité essentielle de toute dame de la société olfactive.

Telle un colosse, Dame L'Or écrase donc tout sur son passage. A vrai dire, "L'Or", ça veut tout dire : "je ne suis que richesse, beauté", mais cette matière évoque aussi toutes les batailles sanglantes qu'elle a déclenchée.

Je crois ainsi que c'est impossible pour moi de devenir complice avec une personne telle que Dame L'Or, mais à vrai dire, je pense que la croiser dans la rue ne me fera pas mourir sur-le-champ. D'autant plus que, par rapport à sa mère et ses cousins (et surtout cousines), Dame L'Or a une réelle conversation, certes imposante et parfois incompréhensible.

A l'avenir ma grande, à l'avenir.

Le Colosse, Goya

samedi 27 novembre 2010

Lisptick Rose - Le parfum de Nana


Ah ! Nana ! Quelle femme !
Nana, beaucoup la connaisse grâce à Emile Zola, qui dans son roman éponyme décrit ses frasques dans le monde parisien.

Mais pour ma part, je la découvre grâce à un signe de présence particulier : son sillage. Oui, car à vrai dire, je n'ai vu qu'une seule fois Nana. Elle passait en coup de vent se poudrer une dernière fois le visage dans son magnifique appartement Haussmannien, à la décoration assez chargée. Car Nana est une femme moderne. Elle est toujours actrice, et désormais, en femme du monde accomplie, elle alterne entre les planches des théâtres les plus prestigieux, et les rues parisiennes. Nana est, d'un certain côté, un people sans l'être : elle fascine, mais personne n'arrive à la saisir. Elle correspond au type de personne qui semble disponible et attentionnée, mais est au final, elle paraît presque inaccessible. Comparée à ses cousines, les Fleurs du Malle, exister en harmonie avec Nana peut paraître totalement impossible. Et pourtant, elle galvanise quiconque la voit.

C'est bien beau tout ce que je raconte là, mais ça fait dix minutes que je reste sur le seuil de cette pièce chargée du sillage de Nana, à ne pas bouger, ébahi et plongé dans mes réflexions. Tout semble suspendu : rien ne bouge. L'odeur semble imprégner le lieu, mais forme en même temps un bloc. Disons que ce petit salon sans le sillage de Nana n'aurait eu qu'un charme limité, voir proche du néant.

Mon esprit me fait voir en filigrane l'image d'une Nana se repoudrant les joues avec une houppette ornée d'un petit noeud pastel, puis mettant un autre accessoire ultime : son rouge à lèvre. Doux, sensuel, tout était réuni pour me faire perdre dans mes pensées à nouveau. La vision qui me vient tombe surement dans le cliché, mais quand je reste dans cette pièce, je me revois fouiller dans les tiroirs de maquillage de ma mère, à sortir son bâton de rouge à lèvres, juste pour l'ouvrir et le sentir. Puis ranger le tout de la manière la plus proche possible et sans faire de bruit, comme si je n'avais rien touché.

Oui, c'est un peu une sorte d'amour interdit qui voit le jour. Espérons qu'il p... Oh ! J'entends des bruits de pas dans le couloir. Et mince, mince ! Les instincts de l'enfance reviennent : tout remettre en place, et partir silencieusement. Je m'y applique et je parviens à sortir du petit salon. Ca y est, je ferme délicatement la porte massive de la pièce, c'est bon !

Je me retourne et...

"Vous permettez"

Nana, dans un sourire immensément plaisant passe juste sous mon nez, l'oeil emplie de joie de vivre.

Nana, Manet

jeudi 18 novembre 2010

Iris Ukiyoé - Iris, Dimanche pluvieux, moi moi et moi

S'il y a un autre film qui a marqué mon enfance, il s'agit de Prince & Princesse, de Michel Ocelot. Une série de 6 contes en ombres chinoises, dont l'ambiance est executée par un jeune homme et une jeune femme, aidés d'un vieux monsieur, qui occupent un cinéma de quartier délabré, aux délicieux accents rétro.
Tout se joue sur leur passion de jouer des scènes au gré de leur envies.
Le manteau de la vieille dame est le 4ème conte de Prince & Princesse, je vous laisse regarder cette parenthèse visuelle, symbole, selon moi, de la nouvelle vision de l'iris par Jean-Claude Ellena.



Aujourd'hui, il pleut dehors. Il fait gris, froid. On est dimanche, et je pense que comme tout le monde, rester dans son lit, à regarder un film est la meilleure des solutions.

Se glisser sous la couverture violette pâle, sur les draps blancs et froids procurent des frissons Ô combien excitants. Présages d'une douce heure à venir où le monde se suspend. On se sent soi : personne ne nous voit, on ne doit rien à personne. On retombe dans un bonheur enfantin, où tout semble se dresser dans un équilibre parfait et où l'on semble, et ce sans aucun égocentrisme, être le centre du monde.

Il faut alors regarder un film de l'enfance. Rester soi-même, jusqu'au bout. On recale son oreiller, on arrange ses pieds pour ne pas qu'ils aient un quelconque contact avec l'air froid de la chambre, stagnant dans un air froid et pur.

Tout tourne autour des sensations.

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
A. Rimbaud, "Sensation"

Pleins de petits moments innocents où tout nous revient : la couleur jaune fade illuminant les pages ocres d'un livre plus grand que notre tête, alors assez respectable pour un enfant de 10 ans. Le bruit, l'odeur, et la vision d'un comprimé effervescent que l'on fait observe jusqu'à ce qu'il "remonte" jusqu'à la surface du verre. L'odeur vaguement électrique de la laine d'un plaid orange. Des frissons nous remonte. On met en route le film.

A vrai dire, on connait tous les dialogues par coeur, les intonations, et mêmes les mimiques des personnages. On rigole tout seul, comme lorsque l'on parlait aux arbres de la cour de récré quand on avait 7 ans.

Pis tout nous revient. L'endroit où on avait l'habitude de voir ce film ! 

Pour ma part, c'était chez mon père, alors que son appartement était en travaux pour faire un escalier. Impossible de sortir de la chambre, donc je regardais Prince & Princesse, en boucle. Je me souviens du vendredi soir où on m'a déposé chez lui. J'ai dû passer à travers l'allée qui conduit à notre maison, et où il cultivait (et cultive toujours), de délicates iris. Des iris de la couleur de mon actuelle couverture. 

Car (ironie du sort ?), tout ce qui est décrit, c'est moi : le plaid orange à la douce et chaude odeur de laine, la couette aux teintes des iris, le petit garçon qui riait avec les arbres et qui apprenait Arthur Rimbaud, celui qui récite mot mot tout le dialogue du film. Et tout ce qui est décrit, c'est Iris Ukiyoé. Un ami si juste, tout en subtilité dans ce qu'il transmet, qu'il est lui même l'âme du dimanche serein. L'odeur du plaid en laine orange, de la couverture et des draps froids que l'on réchauffe. L'humidité ambiante, les comprimés de vitamince C, les iris de papa, l'escalier, le film, les livres. Tout y est, tout est dit.

Jicky est désormais nu.