Toujours la même. La même ligne. Toujours la même ligne que nous suivons tous. Peu importe comment chacun d'entre nous la perçoit, ce qui importe c'est d'être conscient que, toujours nous déambulons, gris, sur cette tristesse étrange, montant comme la mer sur le roc noir et nu.
Toujours la même ligne, que l'on perd de vue lorsqu'elle s'enfonce dans les méandres des tréfonds marins, noirs et hostiles. Que l'on retrouve et face à laquelle il est de coutume de désespérer lorsque, en pic Cruel, elle s'élève à l'infini, cîme majestueuse couronnée de neige argentée mais aux côtés nus et abrupts.
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A. Lee |
Toujours la même perspective, conduisant dans une même direction à un point ultime.
Ce sont ces liens discordants pourtant, tous d'une Beauté classique convulsive, que nous entrevoyons ici.
D'un côté le blanc, la lumière de toutes les couleurs, la brume de toutes les odeurs et l'oncteux de tous les goûts. Tout blanc, il est une douleur très simple, une joie éclatante pour tous.
Au coude à coude, luit le noir fuligineux, l'union de toutes les couleurs, la nuit de toutes les odeurs et le rugueux de tous les goûts.
Il en est de même pour cette mer et cette montagne, toutes deux traversées. Toujours la même mer, noire et lisse, se faisant un sang d'encre pour son avenir. Dans sa lutte contre la linéarité, la voilà en train de gravir les pics, avec une brutalité insoupçonnée. Dans son ascension d'une intensité métallique, la voilà en train de ravir au Cruel ses rocs propres et blancs, et ses pierres noires et friables.
Toujours le même point d'orgue dans le temps. Où l'équilibre entre les pierres, base de l'édifice naturel, cède sous la pression de la plaine saline. En cet instant, les couleurs sont indiscernables.
"Taisez-vous !" semble crier la montagne fière, dans un vague souci de résistance.
Mais qu'importe, la ligne du pic s'affaisse sous la déferlante de la mer. La ligne si haute, finit par plier sous les coups. Toujours la même lenteur, c'est un secret connu de tous, où les secondes défilent, au compte-goutte.
Au sein de la mer pleine de vie, des questions émergent : en brisant l'équilibre ascendant de la montagne, la ligne s'est abaissée, et non élevée. Plus jamais nous retrouverons les Morts aux pieds de la montagne. Toujours la même mer, qui en voulant échapper à la peur perpétuelle de sa propre fin, voit son sourire enfantin noyé face à cette ligne qui s'abaisse. Subsiste alors un malheur vague, montant comme la mer sur le roc noir et nu. Toujours.
Le temps s'en est allé. Aujourd'hui, cette ligne demeure, impériale et impalpable dans ce paysage plat. Ces liens qui autrefois reliaient cette mer à cette montagne et conféraient à la Beauté son classicisme convulsif, ont disparu. La Vie de la mer et la Mort de la montagne ne forment plus qu'un tout, dérangeant.
Par moment, vos beaux yeux croient surprendre quelques sursauts, à la vision du paysage.
Il semblerait que, plus encore que la Vie, la Mort nous tienne souvent par des liens subtils.
Il en est de même pour cette mer et cette montagne, toutes deux traversées. Toujours la même mer, noire et lisse, se faisant un sang d'encre pour son avenir. Dans sa lutte contre la linéarité, la voilà en train de gravir les pics, avec une brutalité insoupçonnée. Dans son ascension d'une intensité métallique, la voilà en train de ravir au Cruel ses rocs propres et blancs, et ses pierres noires et friables.
Toujours le même point d'orgue dans le temps. Où l'équilibre entre les pierres, base de l'édifice naturel, cède sous la pression de la plaine saline. En cet instant, les couleurs sont indiscernables.
"Taisez-vous !" semble crier la montagne fière, dans un vague souci de résistance.
Mais qu'importe, la ligne du pic s'affaisse sous la déferlante de la mer. La ligne si haute, finit par plier sous les coups. Toujours la même lenteur, c'est un secret connu de tous, où les secondes défilent, au compte-goutte.
Au sein de la mer pleine de vie, des questions émergent : en brisant l'équilibre ascendant de la montagne, la ligne s'est abaissée, et non élevée. Plus jamais nous retrouverons les Morts aux pieds de la montagne. Toujours la même mer, qui en voulant échapper à la peur perpétuelle de sa propre fin, voit son sourire enfantin noyé face à cette ligne qui s'abaisse. Subsiste alors un malheur vague, montant comme la mer sur le roc noir et nu. Toujours.
Le temps s'en est allé. Aujourd'hui, cette ligne demeure, impériale et impalpable dans ce paysage plat. Ces liens qui autrefois reliaient cette mer à cette montagne et conféraient à la Beauté son classicisme convulsif, ont disparu. La Vie de la mer et la Mort de la montagne ne forment plus qu'un tout, dérangeant.
Par moment, vos beaux yeux croient surprendre quelques sursauts, à la vision du paysage.
Il semblerait que, plus encore que la Vie, la Mort nous tienne souvent par des liens subtils.
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Bocklin, L'Île des Morts, 1896 |
J.