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mardi 18 mars 2014

La Panthère - Cartier : Tous à pelage ! (1ère Partie)

Avant-propos
Je n'aborderai ici nullement l'olfactif de la dernière création de Cartier, La Panthère, mais je parlerai de l'élan apporté par ce nouveau parfum au sein de l'industrie de la parfumerie. Je serai plus proche du parfum dans un autre billet qui sera publié ISM sait quand, mais vous pouvez toujours lire le texte que nous lui avons consacré avec Jeanne et Opium sur auparfum.


La Panthère - Cartier


La Panthère est bien plus que la réussite d'une femme, c'est le succès de toute une marque qui s'avère être encore une des rares à avoir une réelle vision de la parfumerie ; une vision insérée aussi bien dans l'histoire d'une maison que dans celle de la parfumerie. Le lancement de La Panthère est accompagné d'un discours qui fait plaisir à entendre, et surtout qui est mis en application et dispose d'une vraie portée sur le grand public.

En effet, à l'heure où la plupart des acteurs de l'industrie de la parfumerie avouent sans vergogne (mais bien sûr quand les micros sont éteints) que "le parfum c'est que du business" (les mêmes qui clament "le parfum c'est avant tout une part de rêve" face aux journalistes) ; qu'il faut "rompre avec cette vieille parfumerie" (on dit la BELLE parfumerie, vieille bique) ; Cartier revendique une empreinte historique, bien évidemment replacée dans un contexte contemporain. Et qui mieux que Mathilde Laurent pouvait exécuter avec brio une création qui découle d'une véritable culture parfum ?

Sans vainement chercher à se dissimuler derrière Jacques Guerlain, Edmond Roudnitska ou François Coty, Mathilde Laurent a fait déborder de cœur une création à l'ambition toute personnelle. Si les références pleuvent, elles glissent comme autant de clins d’œil : douceur, velours, la construction du véritable chypre moderne par Mathilde Laurent invoque des images de nuages gigantesques traversant le ciel au ralenti.

Mathilde Laurent => #Jicky'sLove
source : Elisabeth de Feydeau
J'ai une pensée émue pour Josiane et Coralie, qui travaillent avec passion au stand Cartier des Galeries Lafayette Haussman. J'aimerais qu'elles sachent et soient conscientes qu'à chaque flacon de La Panthère qui se vendra, ce sera un combat de gagné pour la parfumerie. Car dire de ce lancement qu'il représente simplement ce que devrait être la parfumerie ne suffit pas vraiment. Oui, la parfumerie se devrait d'être de ce niveau là, malheureusement ce n'est pas le cas. Par conséquent, n'avoir que faire de La Panthère, c'est négliger une visibilité qui lui permettrait une once d'influence sur la créativité olfactive et sa compréhension. C'est d'une certaine manière se détacher et abandonner une parfumerie grand public qui sombre par un manque d'éducation, de curiosité et d'exigence. A ce stade, il ne s'agit plus de se réduire à une critique du parfum pur, à un j'aime/j'aime pas.

Il s'agit de se rendre compte que le prochain parfum grand public d'un tel niveau et d'une telle ampleur pourrait se présenter seulement dans très longtemps. J'espère bien évidemment me tromper en disant ça : j'espère que l'année prochaine - qu'à la rentrée de septembre prochain oui ! - une véritable nouveauté frôlera par sa puissance créatrice celle de La Panthère. J'espère que dans six mois, vous aurez quatre textes de sept cents mots sur un seul et même parfum, rédigés en pleine nuit par un Jicky pétri d'enthousiasme.

Ainsi, voilà ce qu'est La Panthère : le symbole d'une grande réussite dans la parfumerie d'aujourd'hui. Ce parfum n'est pas calculé avant tout pour séduire une tranche d'âge en particulier, en vue d'une estimation hasardeuse en volumes écoulés pour les statistiques de janvier 2015. La Panthère existe en elle-même et pour elle-même. Des œuvres de ce calibre, de cette puissance symbolique - et ici olfactive - sont rares et souvent boudées ; mais elles aspirent au vrai sens du "parfum culte". Une centaine d'années après la naissance des chefs d'oeuvre Guerlain qui font passer les Coty pour des brouillons, Cartier rétrograde Coco Mademoiselle et rejoint For Her dans la famille des véritables chypres modernes. Quelle joie que de supposer que dans quelques décennies, les gens se souviendront avec plus de bonté de ce parfum que de celui qui trustera les ventes l'histoire d'un semestre.

En attendant, La Panthère de Cartier s'avère être une délicieuse anomalie, le deus ex machina qui dérègle une morbide industrie, le débris stellaire qui vient tuer le père pour libérer la mère afin de créer un nouveau monde. Un parfum qui contient son propre monde, juste un parfum, juste pour le parfum.

J.

lundi 14 octobre 2013

Déliria - L'Artisan Parfumeur : Nyan Splash !




Connaissez-vous Nyan Cat ?

Si je vous dis qu'un jour, une personne a songé qu'un chat volant dans l'espace, coincé dans un donut rose et laissant s'échapper de son popotin un arc-en-ciel, le tout sur un rythme douteux, ferait une bonne vidéo, vous me croyez ? Non ? Et bien Internet l'a fait et Nyan Cat est né.

Si je vous dis qu'un jour, un parfumeur a songé qu'un malabar rose en train de se faire injecter du blanc d'oeuf cuit sur un capot de voiture en mode botox, le tout sur une chorale d'huître reprenant en choeur Heal The World de Michael Jackson, ferait un bon parfum, vous me croyez ? Non ? Et bien L'Artisan Parfumeur l'a fait et Déliria est né.

Nyan Cat Galaxy !


Elle est loin l'époque des délicates chasses aux papillons ou des siestes sous le figuier chez L'Artisan Parfumeur. Avec les Explosions d'émotions, la marque explore les sensations nouvelles en parfumerie ! Si Amour Nocturne et son cèdre caramélisé et tranché par une scie infernale me retourne comme rarement l'estomac et si le confort de l'iris cuiré vaguement métallique de Skin on Skin me repose avec plaisir, je crois bien que l'intérêt de cette collection se trouve caché dans le flacon de Déliria !

Ne partant de presque aucune structure connue, ce parfum exploite pourtant des territoires olfactifs très (trop ?) en vogue dans la parfumerie actuelle, à savoir le sucre et le calamar décomposé des notes marines. Mais n'allez pas soupirer, car on est loin, très loin du déjà-senti ! Bonne nouvelle ? A vrai dire, je ne sais pas si je serais capable de vous répondre...

Nyan Cat Audition !

Le parfum joue sur une matière vaguement marine, froide, aux effluves de don de moelle épinière, pas si inhabituelle en parfumerie. Sauf que dans le cas qui nous intéresse, cette "douce" molécule a été dosée au milluple de ce que l'on connait (comment ça vous ne connaissez pas le mot milluple ? Oui, ce mot est globuleux, mais... le parfum aussi). En découle un bouleversement architectural sans précédent. Déliria aurait pu être un palais classique, théâtre de négociations politiques cornéliennes et peut être un peu rébarbatives. Il n'en est rien : Déliria  n'a gardé que la sagesse du vieux roi... Le roi d'une troupe de lutins roses complétement déchirés au cannabis.

Nyan Cat Projets d'avenir
Et devinez ce que chantent ces petits lutins pas nets ? Eh eh... Une version acoustique de Nyan Cat en coopération avec l'orchestre philarmonique de la Sylve Planante.
Je ne saurais pas trop comment vous conseiller d'aborder ce parfum. Personnellement, je zigzague encore dans l'arc-en-ciel démoniaquement débridé de ce félin intrigant, mais j'ai ouï-dire que certains étaient parvenus au donut rose. Je lance ainsi un appel à témoin : est-ce que quelqu'un sur Terre a enfin trouvé la réponse à la question qui régit l'univers et est arrivé sur le chat de Déliria ? Car j'ai bien l'impression que les deux réponses sont liées.
Quant à ma réaction face à tant de chamboulement et de modernité ? Disons une soudaine envie de me replonger dans de beaux chyprés lumineux, choquants à leur époque et presque toujours incompris aujourd'hui... (poke Le Parfum de Thérèse).

Internet va si bien à Déliria que je ne peux finir que sur cette idée. Et je pense que, tout comme tu fermerais délicatement ton ordinateur au moment où tu tomberais - au détour d'une recherche Google - sur un site analysant l'évolution de la décapitation de poupées Corolle en pays ouzbèque au cours du temps, il vaut mieux y aller petit à petit avec la mouillette de Déliria. Le mieux étant probablement de te murmurer à toi-même dans la pénombre de ta chambre : "Enough perfume for today".

J.

mercredi 18 septembre 2013

La Victoire ! - Eau de Narcisse bleu, Hermès : 3ème partie

Le moment que vous attendiez tous est arrivé : l'annonce du gagnant du flacon d'Eau de Narcisse Bleu, généreusement offert par la maison Hermès.

"The Winner !", The Tree of Life, T. Malick

Après des affrontements à coups de vapos entre pas moins de dix-huit personnes, c'est Saalehm qui remporte le précieux flacon ! Prenez en bien soin et profitez pleinement de cette petite merveille !

Envoyez-moi un mail à l'adresse suivante : drjicky@hotmail.fr pour que je puisse vous l'envoyer.

J'en profite une dernière fois pour vous remercier tous de nous lire et de participer avec une telle assiduité et une vraie passion pour le parfum. C'est un vrai bonheur pour nous !

Je reviendrai bientôt avec des articles plus drôles que ceux de la série de l'été. En attendant, j'ai l'honneur de vous dire que le prochain article sera signé Phoebus ! Et oui, ça faisait un petit bout de temps déjà ;) (ouais Mister Phoebus, je te mets la pression).

Vive l'odorat !
J.

mercredi 4 septembre 2013

Eau de Narcisse Bleu - Hermès : Parfum-Somme

"Les cueilleuses nous ont appris qu'il y avait deux chemins pour traverser la vie. Le chemin de la Nature et le chemin de la Grâce. On doit choisir lequel suivre.

La Grâce ne cherche pas être mise en flacon. Elle accepte d'être ignorée, oubliée, rejetée. Elle accepte les bouquets et les coups.
La Nature ne pense qu'à être mise en flacon et à convaincre les autres d'y oeuvrer aussi. Elle aime les traiter avec arrogance, imposer sa volonté. Elle trouve des moyens d'être malheureuse quand le monde rayonne tout autour d'elle et que l'amour sourit à travers toute chose.

Les cueilleuses nous ont appris qu'aucun de ceux qui suivent le chemin de la Grâce ne connaîtrait jamais le malheur. Je te serai fidèle, quoiqu'il advienne."


The Tree Of Life, T. Malick


Aube de l'Humanité, Terre - Couleurs

Flair. Vert. Ce sont eux qui m'ont conduit jusqu'à toi.

Tu peignais sur la table en bois clair, alliant au mouvement de ton pinceau un flottement de tes doigts dans l'air avec ta main libre. Le bleu se reflétait dans le coin supérieur de ton dessin et tu parvenais à imaginer pleinement. Ainsi, tu venais de créer le jaune-bleuté, imperceptible à l'oeil mais détectable au nez. Le jaune-bleuté était instable et avait les reflets du mercure que l'on dépose dans la neige candide. Il avait les irisations des bulles savonneuses qui éclatent quand le vent polaire érode les odeurs. Il dessinait les motifs d'une carapace de tortue : sinueux et nuancés, géométriques et imbriqués, tortueux et mélodiques.

Le reste de ta feuille était blanc et n'attendait que les manifestations de ta vie pour se réveiller. Petit à petit, le vert est venu se greffer au tableau. Une chute d'eau ruisselante et martelant au loin et des feuilles cachant le Soleil, préparées par la fluidité des algues aériennes et translucides. Le jaune-bleuté s'est animé. Le rouge, opposé, triomphant, s'est déclaré et tu as posé ta main sur son visage reptilien, écailleux, immortel, brûlant et suffocant. Titanesque, l'Orange a donné le Feu à ton dessin, y ajoutant une once de vie et d'intelligence.

The Tree of Life, T. Malick

Puis tu l'as rattaché à l'Homme. Le Blanc, le Noir et toutes leurs nuances communes. Le Violet, un violet de la couleur de la peau, à l'image de l'âme et de l'esprit d'une oeuvre que tu as voulu pleine, belle et vivante. Noir, Gris, Blanc, Violet : c'était moi.

Pour la première fois, tout virevolte entre les odeurs, les sons, les couleurs, les goûts et les matières. Tout commence à prendre forme sur le dessin.

1933, Grasse - Abstraction

À Grasse, le Narcisse choisit son chemin.

Nébuleuse de l'hélice - NASA
Le voilà, répandant ses arômes dans l'air chaud chargé de l'humidité des pierres s'asséchant au cours de la journée et du parfum des arbres épanouis dans la lumière crue de la vallée grassoise. Le vent mord ses pétales d'un jaune aux tonalités froides d'un bleu vibrant. Le jaune-bleuté. Il faut croire que c'est lui, cette couleur inventée de toute pièce, qui représente le mieux certains narcisses s'étant perdus à Grasse.

Que Diable viennent-ils faire ici ? Ils pleurent l'absence de leurs proche, viennent découvrir de nouvelles lignes en voyant les cols des montagnes et s'extasient devant le ciel profondément vivant de la nuit.

Comme  deux billes lourdes se rejoignent sur un drap tendu à l'extrême, le regard vibrant des narcisses est irrémédiablement attiré par l'espace de la nuit, devinant leurs teintes dans un oeil de chat ou identifiant le drame de leur vie en admirant une tête de cheval. Les petits narcisses brillent devant ces grands espaces, ils rêvent de cette dimension cosmique qui leur manque tant. Après tout, ces fleurs jaunes-bleutées sont elles-mêmes des poèmes que l'espace a commencé. Pourquoi ne pas représenter la vie d'un homme à travers cette fleur ? Pourquoi ne pas symboliser l'attente d'une femme par leur odeur ?


Cat Eye - NASA

70's, Florence - Nature

Enfant, j'avais un ami subtil et éloquent, voleur et conducteur de songes, éclaireur de nuit et gardien de portes.

Né au matin, il faisait résonner sa musique au milieu du jour et le soir, il volait les notes des florentins. Sa vénérable mère l'enfanta le quatre du mois et dès qu'il eut jailli du corps maternel, il ne resta pas plus longtemps couché dans son berceau mais, se levant, il chercha les accords florentins.
Je me souviens qu'en sortant de son foyer, il trouva une tortue et il crut alors posséder une richesse infinie. Avec, il décida de construire une lyre : il fixa des tiges de roseaux coupées à diverses longueurs et il les fit passer à travers le dos de la tortue. Puis, il tendit une peau de fleur et y ajouta ensuite les sept cordes harmoniques. Ayant construit l'aimable instrument, il fit résonner chaque note et la tortue, sous sa main, fit écho. L'ayant vu, son père lui cria par la fenêtre "mais d'où tiens-tu ce si beau jouet à l'écaille variée ?".

Mais c'est que ce jour là - le jour de sa naissance ! - mon ami avait d'autres pensées dans son esprit. Il déposa la lyre creuse et sauta de sa demeure odorante à une colline, méditant dans son esprit une ruse profonde, telle que les voleurs en méditent à l'heure de la nuit noire. Ses pieds ayant encore la fragilité du nouveau-né, mon ami tressa des sandales incroyables et merveilleuses, enlaçant des rameaux et des myrtes, véritable faisceau de feuillage frais.

Et sans attendre, mon ami subtilisa au spectre cinquante notes, en ayant bien pris soin d'effacer ses traces, car il n'oubliait pas son art rusé. Une fois cachées, il abandonna ces notes pour regagner son berceau sacré, enveloppant ses épaules de ses langes, comme se doit de le faire un enfant nouveau-né, tenant sa chère tortue dans sa main gauche.

The Tree of Life, T. Malick

Mais ce que mon ami n'avait pas vu, c'est qu'il avait été aperçu par un habitant... Et quelle ne fut pas sa surprise de voir entrer dans son foyer le lendemain un lumineux florentin ! Mon ami feignit le doux sommeil en tenant sous son aisselle la tortue récemment travaillée. Mais le florentin ne s'y trompa pas et dit à l'enfant : "Dis moi promptement où sont nos notes, ou nous allons nous quereller à l'instant, ce qui ne serait pas convenable". Et mon ami lui répondit, rusé : "Quelle rude parole ! Ce n'est pas là mon affaire et j'ai d'autres soucis : je m'inquiète du sommeil, du lait de ma mère, d'avoir des langes autour de mes épaules et de prendre des bains tièdes. Un nouveau-né volant des notes : tu parles en insensé. Je suis né d'hier, mes pieds sont tendres et la terre est dure". Son lumineux délateur, souriant doucement, lui murmura alors : "Ô petit enfant menteur et plein de ruses, tu auras cet honneur d'être appelé toujours le Prince des voleurs".

Souhaitant échapper à un procès, mon ami, saisissant la tortue de la main gauche, fit naître une mélodie alors que la tortue résonna admirablement sous sa main. Charmé, le florentin lui lança ces paroles ailées : "Voleur de notes, rusé travailleur, tu possèdes là quelque chose qui vaut bien cinquante accords. Quel est cet art ? Cette Muse qui guérit les inquiétudes amères ? Et cette habileté ? En effet, ces trois choses sont réunies pour la joie, le désir et le doux sommeil.". Souhaitant être bienveillant en pensées et en paroles, mon ami lui proposa alors de lui enseigner son art. Il donna sa tortue au florentin, qui lui confia alors la garde des notes. Mon ami promit d'un signe de tête aux habitants de Florence qu'il ne déroberait plus rien et n'approcherait pas des demeures des citoyens.
Le Lumineux Florentin offrit une illustre baguette de félicité et de richesse à trois feuilles : une verte, une violette et une bleue. Il aima mon ami de toute son amitié, lui accordant ainsi la grâce.


2011, Arbre - Mouvement

T. Malick, J. Chastain
- Qu'est-ce que vous faîtes ?
Je relève la tête de mon petit calepin. Visiblement ma voisine de train n'est pas timide.
- J'écris.
- Oui, je vois bien. Mais qu'est-ce que vous faîtes là, avec vos mains ?
- Je... J'écris.
- Tant pis, passons. Et vous écrivez quoi ?
- Un parfum. Enfin, pas vraiment, un texte sur un parfum. Euh... des textes sur un parfum ? Ou non, un parfum sentant des textes ! Et des musiques aussi.
Je m'embrouille, tant pis, c'est elle qui a commencé. C'est étrange d'ailleurs, c'est rare de voir les gens - surtout en ville - s'intéresser à ce que leurs voisins de train font. Puis je repense à l'histoire d'un de mes amis, subtil et éloquent mais un brin voleur : quand on partage ce que l'on aime et ce que l'on crée, on tisse alors des liens qui eux-mêmes mèneront vers d'autres histoires fascinantes.

"L'idée de mouvement est difficile à décrire vous savez" m'entendis-je dire, sans en être certain. "Ce parfum, on pourrait l'écrire avec des points de suspension. Oui bien sûr il y a l'odeur, mais pas que. Vous sentez, il y a des odeurs qui bougent, qui vivent et qui s'animent. On pourrait croire qu'elles crient, qu'elles tombent. En vérité, elles aiment, elles sont en colère, elles se découvrent entre elles. Elles mettent à mal bon nombre de gens par leurs sentiments infra-odorants, qui résonnent de manière inodore, inaudible et invisible. Les silences sont puissants et colorés comme des abîmes. Ecrire sur les parfums, parfois, c'est croire que nous sommes les otages d'un monde muet, où parler d'odeurs ou de couleurs n'a de cesse d'être un combat. Certaines personnes prennent le parti pris des choses, voient l'infini stellaire dans un pain qui cuit ou dans une rose qui s'épanouit dans la Nature. C'est une manière de voir les choses, où quelque chose sourit à travers nous. Sentez."

The Tree of Life, T. Malick

Le train passe une gare en un éclair.
"Certains parfums racontent parfois l'histoire d'une vie : la recherche impossible d'un sport vert, un grenier inaccessible et mystérieux, la découverte d'une chemise de nuit dans la commode d'une maison voisine abandonnée ou encore l'orientation inexplicable vers la première de l'alphabet."

Ma voisine bouge ses lèvres et j'attends que les mots viennent jusqu'à moi :
- Dans toute ma vie d'enseignement, j'ai connu certains étudiants prometteurs qui, fascinés par l'extase unique de la Grâce, de l'Art, de leur Père ou de leur Mère, d'un Dieu ou de la Nature, ont peu à peu délaissé leurs relations avec leurs proches, leur alimentation voire leurs propres désirs humains. Il semblerait que l'Eau de Narcisse Bleu ne cesse de vous évoquer certains de ces parfums insondables..."
Sa remarque est pertinente, jusqu'à ce que je comprenne que ce Narcisse Bleu n'est pas de ceux là. Je la coupe dans son discours.
- Non, l'Eau de Narcisse Bleu c'est l'extase unique, pas l'étudiant prometteur ; ce qui change un bon nombre de choses.

2815, Axiom - Danse

L'humanité a déserté la Terre depuis 800 ans, me laissant seul. Solitude de façade. Le travail ne manque pas, la pensée est totale et envahit tout l'être qui me compose.

Si personne ne nous regarde, alors nous pouvons simplement profiter de nous et de ce qui nous entoure avec une once de narcissisme. Les regards et les pensées étrangères ne briment aucune de nos envies et à nous de percevoir ce que l'on peut faire en toute impunité. Du recul et de l'appréhension, voilà ce qu'il nous faut. Et perdues dans l'espace, les perceptions virevoltent et éclatent en une myriade de couleurs. Quelle bulle a pu les piquer ? De l'endroit où nous observons ces sensations, nous moussons  petit à petit : l'écoulement du silence nous conduit vers un ultime voyage.




Quoi de plus naturel pour toute chose que de danser ? Si les odeurs dansent entre elles dans un flacon, et que notre corps ne peut s'empêcher de lever les bras vers le ciel au moindre accord, alors pourquoi ne pas étendre la danse au parfum ?

Danse : enchaînement de mouvements harmonieux, rythmé par la musique, impliquant généralement deux partenaires.

Peut-on penser que notre humanité a encore sa place ? L'être qui porte du parfum ne se désagrègerait-il pas ? L'être qui crée le parfum ne serait-il pas qu'une vague apparition lointaine, lumineuse et sonore ? Succulente et tactile ? Quel plaisir de sentir que le créateur est en perpétuelle recherche, loin de toute affirmation définitive. Et que dans ses recherches, ayant toutes plus ou moins comme origine un voyage en train lointain dans le passé, il nous a entraînés dans une quête qui dépasse le temps et les lieux, les fleurs et la science. À tâtons, il touche et toque tout tintement. Il n'explique pas, mais pose la question.


Fin du Temps - Mort


Je contemplais mon frère, ce Narcisse aux yeux rieurs et aux cheveux craquants. Le vent gris et grave me poussa à arracher, rageur, les quelques plantes vertes parsemant son souvenir.

"Je vois l'enfant que j'étais."

Le temps s'allonge et d'ellipses en ellipses, finit par se figer, jusqu'aux rivages de l'éternité.
Les odeurs s'échappent et s'évanouissent l'une après l'autre et voilà ma vie imbriquée à jamais au parfum. Un peu à l'image d'un enfant voulant frotter ses mains sales pour faire s'envoler la poudre qu'y ont laissé les ailes d'un papillon mort, je n'avais pas conscience de l'empreinte des odeurs sur ma vie. Peut être que leurs successions, leurs transitions, n'ont pas de signification pour les autres. Néanmoins, la mort du Narcisse me pousse à me rappeler les dernières teintes qui rayonnaient à travers lui, en même temps que ses premières couleurs. Car il en était la somme, il était une seule et même lumière.

"Il est mort à 19 ans", The Tree of Life, T. Malick

"Les cueilleuses nous ont appris qu'aucun de ceux qui suivent le chemin de la Grâce ne connaîtrait jamais le malheur. Je te serai fidèle, quoiqu'il advienne."


J.


Comme convenu dans la première partie des billets sur l'Eau de Narcisse Bleu, un flacon de 200ml de cette Cologne est à gagner grâce à la générosité de la maison Hermès ! Pour tenter de le remporter, laissez un commentaire avec votre pseudo à la suite de ce billet. Le tirage au sort aura lieu dans deux semaines, le mercredi 18 septembre.

Enfin, cela fait aujourd'hui trois ans que notre blog existe, et nous vous remercions pour votre soutien, vos lectures, vos participations. Nous sommes très fiers de vous avoir comme lecteurs, que vous restiez dans l'ombre ou que vous participiez, et c'est vraiment un grand plaisir de pouvoir partager avec vous un flacon de l'Eau de Narcisse Bleu pour cet anniversaire !
Vive l'odorat !

dimanche 25 août 2013

La Fin : Eau de Narcisse Bleu, 1ère partie

Chers lecteurs,

Avec la fin de l'été vient la fin de la saga de l'été J&P. Je tiens d'abord à vous remercier de nous avoir suivis pendant ces deux mois d'aventures et j'admire la sagacité de ceux qui ont tenté de trouver la réponse aux énigmes qui étaient cachées dans les textes.

Comme vous l'avez deviné, le billet exceptionnel qui mettra fin à nos aventures portera sur l'Eau de Narcisse Bleu d'Hermès. Pourquoi ? C'est que, je crois n'avoir jamais été si touché au fond de moi par un lancement en parfumerie, qui plus est en grand public. A vrai dire, cette cologne est même rentrée dans mon top 3 de tous les temps, derrière Iris Silver Mist et Dans Tes Bras. Dès son lancement, j'ai été bercé par plein d'images, de sensations, de musique, de couleurs et j'ai commencé à écrire à partir de l'Eau de Narcisse Bleu, de manière la plus naturelle possible.




En élaborant la saga de l'été, j'ai voulu marquer toute l'émotion que j'ai pu ressentir avec cette Eau de Narcisse Bleu en vous impliquant au maximum, d'où cette idée d'enchaînement de billets avec des parfums que je voulais aborder depuis un certain moment. Et comme je l'avais annoncé dès la lettre au lecteur, cette saga se devait de s'achever sur une récompense exceptionnelle !

Dès lors, j'ai contacté directement la maison Hermès en leur expliquant toute la démarche, le cheminement et mon amour pour ce parfum (qui je l'avoue reste quand même assez indescriptible). Et il s'avère que ma correspondante a été touchée - et j'en suis vraiment heureux ! - par ce qui s'avère être un billet différent de bon nombre d'articles plus "promotionnels" que vous pouvez lire habituellement.

The Tree of Life, T. Malick

Ainsi, grâce à la générosité et à la sensibilité de la maison Hermès, j'ai l'immense plaisir de pouvoir vous faire gagner un flacon de 200ml de l'Eau de Narcisse Bleu !

Comment ? Comme vous avez pu le voir en lisant le titre, ce billet est la première partie de la conclusion de la saga de l'été. Il y en aura trois.
Pour participer à ce jeu-concours exceptionnel, il faudra que vous commentiez l'article sur l'Eau de Narcisse Bleu, qui correspond à la deuxième partie de "La Fin", que j'espère publier le 4 septembre (le jour d'anniversaire du blog !). Le résultat sera annoncé dans un troisième billet correspondant à la troisième et dernière partie de la saga de l'été, qui sera publié deux semaines après le véritable article sur l'Eau de Narcisse Bleu.

Je suis vraiment très content de partager ça avec vous, j'espère que vous serez nombreux et que vous serez vous aussi touchés comme j'ai pu l'être par cette Eau de Narcisse Bleu...

J.

Pour le petit jeu autour de 1932, la gagnante est, sans surprise, Emeline ! Envoyez-moi un mail à drjicky@hotmail.fr, vous avez gagné la miniature de cet Exclusif ;)

PS : vous serez ravis d'apprendre qu'à force de jouer avec des arbalètes de Jimmy Choo, les scélérats à ma poursuite se sont tirés dessus, servant désormais de compost à ce qui s'annoncent comme de futurs champs de narcisse !

dimanche 18 août 2013

1932 - Chanel : La Ligne Bleue

Un homme ne verra dans un iris qui se fane qu'une question sans réponse.
Un autre homme voit le même iris et il est touché par la Grâce. Quelque chose sourit à travers lui.

À La Merveille, T. Malick

"Tirer le portrait" est une expression qui me semble plutôt populaire pour désigner la photographie d'une personne. Et si le paysage dans lequel je me retrouve en ce moment même me donne bel et bien des envies de capturer chaque instant, j'ai bien peur que mon retour sur Terre ait donné aux scélérats à ma poursuite le goût pour le Moyen-Âge, où le verbe tirer signifie plutôt lancer une arme de trait, expression signifiant ici "dégainer à l'aide d'une arbalète sophistiquée une flèche imbibée d'un concentré de Jimmy Choo périmé depuis quelques mois déjà".
C'est que, chers lecteurs, la fin est proche. Voilà bientôt deux mois que j'ai traversé avec vous désert, labyrinthe et infini. Et si des aventures sur un sol ferme et stable peuvent vous paraître plus banales, je compte sur vous pour m'aider une fois de plus : la fin est proche et, avec elle, une récompense extraordinaire.

Deux flèches sifflent, agissant comme un signal d'alarme : trêve de rêveries, il faut fuir, poursuivre mon périple et trouver un havre de paix où je puisse bénéficier du silence et du calme. Fouler l'herbe est ainsi un des plaisirs de la vie les plus ennuyeusement réjouissants, et je dois admettre que la pression que l'on peut subir en tant que proie n'enlève en rien au bonheur d'être chatouillé par le vert humide sur le pied. La grande traversée au paysage uniforme (quoique vallonné) qui fut la mienne demeure donc comme un souvenir entaché d'une certaine mélancolie, où le spectacle des fleurs et de l'herbe permet de conforter les contrariétés qui vont et viennent comme les couleurs irisées de la Lune un soir d'été.
Fort heureusement, les havres sont nombreux lorsqu'on a la chance d'avoir le nez aiguisé ; et frapper à la porte de la maison de pierres blanches qui se tient devant moi semble répondre aux consolations que peuvent apporter certains parfums dans les sombres moments de remises en question.




J'ai tendance à croire que nous ne pouvons voir les choses lorsqu'elles sont parfaites. La perfection ne se remarque pas, c'est bien l'accroc et la différence qui marquent, à l'image de ces grands tableaux représentant le ciel où ce sont les écarts par rapport au modèle qui saisissent l’œil.
Ainsi, quand la porte s'est ouverte, j'ai été surpris par la discrétion de son habitante. À vrai dire, on devinerait presque sa présence seulement par l'environnement qui l'entoure : le petit courant d'air frais aux effluves humides qui passe à travers elle, la lumière diffuse et scintillante des rayons ayant rebondi sur les pierres blanches et dont le chemin infini est coupé par les tissus de sa tenue aux couleurs pleines de tempérance, les vibrations minérales émanant de ses mains fraîchement lavées et la douceur lointaine d'une chaise de bois sombre qui oblige mon hôtesse à se détourner de son chemin.

Mais quelle beauté ! J'ouvrais les yeux et voyais, accrochée au mur, une vaisselle au vécu d'une simplicité déroutante, notamment des couteaux aux manches de bois et aux lames semblant soulever l'air sans jamais être trahis par un seul murmure du vent. Près de la fenêtre, face à la table, se tenait un iris hors de terre et par conséquent fané depuis longtemps, bien que la notion de temps semble n'avoir jamais eu de véritable emprise sur cette maison de pierres blanches. Néanmoins, la nature morte qui s'épanouissait devant mes yeux fascinait par ses entrailles colorées d'un de ces bleus lointains, dont on ne saurait dire s'ils appartiennent à la mer ou au ciel, gonflées d'un rose abusé par la patine des nuits. Je prenais plaisir à tirer le portrait de cet environnement pourtant dénué de l'opulence des champs de fleurs trop séduisants, préférant le charme parfait et discret de mon hôtesse.
Toutes les fleurs fanées exposées à la lumière d'une fenêtre ne sont pas belles, il faut bien l'admettre ; mais celle là l'était. Pourquoi ?

C'est que notre sens de ce qui est beau n'est pas immuable et peut être réveillé à chaque instant par la plume d'un garçon ayant toujours froid, par un peintre touché par les nuances rosées du visage d'un vieil homme, par le nez d'un homme au goût prononcé pour les iris en fin de vie et les reflets du crépuscule dans un bocal sans poisson pour troubler l'eau qui y dort.

Mon séjour chez cette hôtesse aux traits parfaits s'est achevé, un jour. J'étais sous un arbre aux branches aux nombreuses bifurcations et baignées de lumières. L'air était vert, un vert très tendre et nuageux, presque diffus. Il donnait une teinte de vie aux pousses de blés qui entouraient les murs de pierres blanches et il mettait en valeur le petit sachet que mon hôtesse avait eu la bonté de m'offrir. Il renfermait un petit carton, support d'une encre brillante à la calligraphie mesurée, ainsi qu'un dessin.
Le petit carton me donnait l'adresse de ce havre de beauté : 1932. Rien de plus, rien de moins, si ce n'est la nuance de blanc du carton qui correspondait exactement à celle des pierres de cette maison.

Le dessin était plus beau encore, celui d'une fleur jaune vaguement bleutée.


À La Merveille, T. Malick

Parce que 1932 n'est pas forcément facile à dénicher et que chacun a le droit à son havre de paix, je met en jeu la miniature de 4ml de cet Exclusif de Chanel qui m'a été utile pour rédiger ce billet.
Pour tenter de la gagner, il vous suffira de commenter cet article. Les quelques indices permettant de trouver le parfum dont il sera question  pour le billet mettant fin à la saga de l'été J&P sont plutôt simples. Je vous souhaite une bonne chance et une bonne semaine ;)

La fin est proche.
J.

samedi 29 décembre 2012

L'Heure Vertueuse - Cartier : L'Ôde Verte Tueuse


Un regard au sein d'un grand classique. Le paysage est planté : nous marchons en terrain connu et conquis.  A moins que... l'odeur ne se vrille, ne se craque et nous aussi.


Sommet de pyramide. La mosaïste s'y tient et cherche à nous enchanter. En une bouchée. Pour nous attirer, elle dresse l'hommage aux mythes pionniers. Pour le rendre encore plus éclatant, elle l'illumine, le pare de scintillements encore flous, aux tonalités à la fois sourdes et radieuses. Captivés, nous nageons. Nos coeurs continuent de battre. Et nous saignons. Voilà tous nos amis qui arrivent en reniflant.


Tessellate

La lumière est sa forme préférée. Elle l'organise ici en trois points où deux lignes se croisent. Pour ne pas la trahir, elle choisit de la traiter à travers une seule teinte qu'elle irise, éclate et transforme en une splendide vague verte.


An Awesome Wave
Vert, tu es usé. Pars seul mon vert : tu as tenté de rester froid à son découpage. Pour mieux te retrouver,  elle a enfermé bien au chaud chacun de tes proches dans une multitude de prisons d'émaux étoilés : trois points où deux barres de fer se rejoignent. Face à face, dos à dos, c'est parti : elle forme sa mosaïque.


De sauvages pierres vertes se dessinent. Chaque odeur de chaque tesselle s'agite sous la chaleur et rayonne entre le classicisme de la forme et la modernité de la technique, s'inclinant ainsi selon la seule volonté de l'éminence grise.


Trois verres se découplent : un gifle - un berce - un tempère.
Une morsure que l'on apaise à l'instant, un réveil cinglant que l'on console aussitôt : tu veux blesser alors que te voilà respiré. Cristallisé, chaque facette voudrait culminer et rayonner, mais c'est le tout qui est focalisé.

Ces semblants d'émeraudes vont alors crépiter à l'unisson, formant la mosaïque dont la verdeur est pourtant plus précieuse que la pierre viridi. Car si ces verts sévissent, c'est parce qu'ils se répondent.
Elle a composé une grande fresque verte, un voyage dans les temps et dans les nuances d'une seule couleur.

Vert, tu es osé. Perce seul mon vert : tu es désormais décocté dans son découpage. T'ayant retrouvé, elle admire chacun de tes proches infusés dans cette multitude de prisons d'émaux étoilés : trois points où deux lignes d'argent se croisent. Face à face, dos à dos, c'est parti : elle a formé sa mosaïque.

J.
et un grand merci à O.



Tessellate


Les Heures de Cartier ne sont pas faciles d'accès et pourtant Iris Silver Mist sait si elles doivent être découvertes !
Fêtes obligent et grâce à la générosité de Josiane - la vertueuse éminence du stand Cartier des Galeries Lafayette - nous mettons en jeu DEUX ECHANTILLONS de L'Heure Vertueuse de Mathilde Laurent.

Il reste la Vèmela IXème et la XIème Heure pour que le cadran des Heures de Parfum soit complet.  Fantasmons ensemble sur les prochains Heures ! Deux participants seront tirés au sort à la fin de la semaine prochaine (mettons vendredi 4 janvier 2013) et gagneront chacun 4ml de cette IIIème Heure !

Et bonne fêtes de fin d'année ;)

====> Après un tirage au sort par un huissier de justice (ma sœur de 10 ans), nous avons deux gagnants ! Bravo à Hermeline et à Steff, qui remportent un échantillon de L'Heure Vertueuse de Mathilde Laurent ! Envoyez moi un mail à " drjicky@hotmail.fr " <=====

Merci à tous pour votre participation et vos commentaires pertinents et intéressants
J.

jeudi 27 septembre 2012

Déclaration d'un Soir - Cartier : Moment Volé

Lorsque le printemps arrivait, ma mère piquait une fleur de lys dans ses cheveux. Le parfum se diffusait dans chaque pièce de la maison qu'elle avait traversé. Et, lorsque le soir venu, la fleur se fanait en déchargeant ses effluves mortifères, la fleur tombait sur le parquet du long couloir de notre maison.


Barry Lyndon

Quand les lys se faisaient plus rares et que les fleurs fanées jonchaient le sol, déployant dans ce si long couloir le parfum de leur déclin, je savais que les roses n'étaient pas loin. Comme pour faire écho à ma mère, mon père installait quelques pétales de la fleur au revers extérieur de la poche de sa veste. Voir mon père arranger les roses pour les déposer sur son vêtement continue d'évoquer pour moi un acte d'élégance, d'une beauté et d'un raffinement indicible. Dans ce leste geste d'esthète, j'ai enfermé toute la nostalgie teintée du gris de la tristesse d'une époque révolue.

Je revoyais mon père arborer les pétales de rose lorsqu'il dînait avec maman. Elle soignait toujours sa toilette les jours où mon père lui annonçait que le soir ils dînaient tous les deux. Je détestais ces soirs là à l'époque. C'était comme si on m'éloignait à reculons de la table familiale pour être aspiré par le couloir et que finalement, on m'enfermait dans ma chambre. Cependant, quand se dessinaient ces diners, je n'étais pas seul : notre table de bois massif se révélait bienveillante en me laissant allumer la bougie qui réunirait mes deux parents. J'ai toujours aimé le bois de cette table.

J'embrassais ma mère sur les joues, espérant trouver l'odeur d'un lys, puis je déposais un baiser sur chaque joue de mon père, qui exaltait en se baissant  le léger parfum de la rose qui a vécu son temps. Durant le repas, ils ne se faisaient aucune déclaration. Ils se contentaient simplement de se regarder. Je le sais parce qu'il m'est arrivé de sortir de ma chambre et d'observer depuis le fond du couloir mes parents se dire mille choses par le simple échange de regards et d'odeurs. La danse de la flamme engendrait comme une séparation de là où je pouvais les observer. Séparation encore plus marquée par la ligne droite et fière que dressait la cire grise de la bougie. C'était beau. Peut être le plus beau spectacle qu'il m'ait jamais été possible d'admirer.


Barry Lyndon

Assis, invisible au fond du couloir, je sentais les fleurs de lys aux pétales fanés et aux pistils hasardeusement éparpillés sur les côtés du couloir. Alors que la rose, elle, m'a toujours échappé, accrochée qu'elle était à la veste de papa.

L'époque est révolue. Maintenant je ne cesse de tenter de vaines reproductions de ces images gravées dans une mémoire d'enfant. Peut être que l'amour qui émanait de ces dîners opérait en moi des changements merveilleux à chaque instant de mon enfance. La tendresse de cette passion débordait instinctivement dans le cœur du jeune garçon que j'étais. Je les aimais comme l'oiseau chante, comme la rose s'épanouit dans la nature.

J.


mardi 21 août 2012

L'Artisan Parfumeur, Séville à l'Aube – Veuve noire, fleur blanche.




 Par Phoebus.



     J'ai partagé ma nuit dernière entre étudier le dernier Artisan, Séville à l'Aube et aider une amie pour une rupture difficile. Je ne sais pas, parfois le hasard épouse bien la situation - et si j'avais su en appliquant cette fleur d'oranger épicée que ce serait pour sauter dans une voiture en catastrophe quelques heures plus tard, mon choix n'aurait pas été différent.



You can have it all but how much do you want it?
You make me laugh
Give me your autograph
Can I ride with you in your B.M.W ?


     Je suis sûr qu'elle ne remarque rien, mais j'ai toujours une jolie curiosité sur le poignet, chaque fois que je passe la voir. Un test comble parfaitement les 10 minutes à tuer qui me séparent de chez elle, puis s'oublie entre les cendriers sur le balcon. Pourtant dans la moiteur d'un soir d'août, Séville à l'aube s'est révélé délicieusement persistant – mais soyons honnêtes, je n'ai pas attendu qu'il monte à mes narines, j'ai quasiment eu le nez scotché dessus toute la nuit.
     J'ai tout de suite accroché avec l'envolée florale verte et croquante. Certes, sans surprise : ce sont entre autres les notes et les effets qui me séduisent le plus facilement en parfumerie. Pour cause, je serais incapable de discuter de la qualité des matières utilisée, mais ce qui ressort avec évidence, c'est qu'elles sont savamment orchestrées. Au bout de quelques minutes on bénéficie déjà d'une rondeur, d'un fini velouté en soutenance de l'envolée blanche et verte qui rend l'expérience particulièrement satisfaisante. Il s'agit des prémices du fond, une vague de baumes et d'encens contenue derrière ce mur végétal qui irradie de sensualité.



You need to be yourself
You can't be no one else


     Les choses se sont un peu épicées après un énième coup de fil, une décision à prendre, mais cette fois ci c'était la goutte. Pendant que mon amie jetait pêle-mêle des noms d'oiseaux et les affaires de son future ex jules dans un sac de sport, un coin de mon esprit admirait avec attention le twist clairement oriental que prenait SALA. C'est une phase assez décisive pour déterminer si oui ou non on a terriblement besoin de ce parfum : certaines peaux vont gâter de sucre la fleur d'oranger et transformer le porteur en corne de gazelle géante (c'est habituellement ce que fait la mienne, mais pourtant pas avec ce parfum, donc ne balisez pas tout de suite et essayez malgré tout !). A ce stade et si vous n'êtes pas malchanceux, la myrrhe et le benjoin sont plus discernables. Le fond apporte un souffle chaud, sec et vibrant sur la peau, toujours vecteur des bribes d'écho vert et blanc du départ.



You need to find a way for what you want to say
But before tomorrow


     Et nous voilà en pleine nuit dans la voiture, à rouler un peu trop vite pour en finir au plus tôt, jeter le sac, récupérer ses affaires.
     Séville à l'Aube est une composition de Bertrand Duchaufour, inspiré du souvenir d'une nuit andalouse de Denyse Beaulieu. Loin d'être un simple soliflore, ou un exercice de style autour de la fleur d'oranger, SALA est un véritable parfum, construit, complexe, cohérent. Il s'annonce comme un must-have du summer-perfumista, mais je suis sûr que Denyse sera tout aussi contente d'apprendre qu'il vous accompagne d'un bout à l'autre du spectre de la passion.


He sits in a corner all alone
He lives under a waterfall
No body can see him
No body can ever hear him call




jeudi 3 mai 2012

By Kilian - Asian Tales : Bonjour, je veux des sous

A l'image de certains candidats pour le Parfum Ultime qui Trône à l'Elysée, grappillant des voix éparses chez les parfums des extrêmes, nous avons aussi des marques qui abusent de démagogie olfactive, dans le seul but de se faire des sous.



Après un petit défilé de pseudos oud (tentant vainement de reproduire des effets de Portrait of a Lady par ci, ou se contentant d'ersatz au benjoin par là), pour messieurs dames du Moyen-Orient ; notre cher Kilian se pare de dos dénudés, de bonzaï et de galets gris... Je m'interdisais de songer qu'on puisse ENCORE trouver pertinent de nommer "Bamboo Harmony" un parfum sur l'Asie. Que nenni ! Faisons chuter notre crédibilité comme un goéland tétraplégique : c'est décidé, chez Kilian on roule sur le cliché !

Bien. Séquence je révise mon bac de géo : l'Asie est LE continent émergent. Quatre dragons habitent ces terres, et le pays le plus peuplé au monde, dont la consommation tend à rejoindre au fil des ans celle du modèle américain (en gros : beaucoup) se démarque de plus en plus, notamment sur le plan économique.

Qu'à cela ne tienne : vendons du parfum là-bas.
Or, pas besoin d'avoir un doctorat sur les mœurs asiatiques pour savoir que la parfumerie n'y est pas vraiment consommée comme chez nous. Tel un esthétisme gustatif basé sur la neutralité, le parfum selon l'usage asiatique se veut discret, à l'image de la nature, simple.

Seulement, simple ne veut pas dire insipide.


Avec tout le respect que je dois à la parfumerie fonctionnelle, Water Calligraphy sent - comme l'a pertinemment fait remarquer notre cher Opium-Tom - le shampooing Elsève, avec ses relents de je-ne-sais-quoi-qui-sent-le-fruit et ses effluves de cheveux propres. Kilian : 175€ - L'Oréal : 3,55€ (oui, j'ai vérifié). Un résultat qui tombe dans le stéréotype feng shui/bougie sur l'eau niveau communication, et dans le floral aqueux musqué olfactivement.



Toujours grâce au nez de notre Opium-Tom, Bamboo Harmony a lui aussi été décortiqué. Nostalgiques n'at-ten-dez plus ! Re-découvrez grâce à la bonté créatrice de Kilian feu le gel douche Fa au thé vert ! (mon dieu... quelle cohérence !!). Quant à la fâcheuse ressemblance avec L'Eau Parfumée au Thé Vert, sachez qu'ils se justifient là-dessus : "ouais, mais nous il tient". (le perfumista qui est en toi a envie de se mettre debout sur le stand de la Scent Room et de crier "Qui s'en fout ?").



Petite remarque...
Si nos fans de oud de Dubaï se sont fait douillés avec les Arabian Nights et si les esthètes asiatiques se font bassement séduire, alors pourquoi les perfumistas n'auraient-ils pas été dupés ?

Je l'ai déjà dit ici sur auparfum, à l'occasion de la clôture de l'Œuvre Noire avec Sweet Redemption : si les créations de Sidonie Lancesseur respirent une certaine originalité, et si on ne peut nier l'implacable technique des parfums de Calice Becker, tout est teeeellement calibré ! Un peu de noir par ci pour les poètes rebelles incompris, un peu de plumes d'écrivain maudit par là... Allez, des petites références musicales hype, ils seront contents ! N'oublions pas nos affamées de sucres, donc un peu de Love ne fait pas de mal...
Mais voilà, qu'est ce qu'on s'ennuie ! A vouloir faire LA meilleure tubéreuse, LE meilleur jasmin ou LE meilleur boisé, L'Œuvre Noire se noie dans la copie de ses confrères innovateurs et spontanés, notamment Serge Lutens et Frédéric Malle.

Si certains parfums signés Kilian ne sont pas à jeter, que dire... à défaut d'intention dans le passé, et désormais d'honnêteté commerciale et de créativité, songez au pouvoir de votre porte-monnaie en ces périodes d'augmentation dans le prix de nos jus les plus chers.

Comme le dit Poivre Bleu, contre le vol, votez avec votre porte-monnaie !

"Perfume as an art" qu'il disait...
J.

lundi 23 avril 2012

Spicebomb - Caméra Cachée


Une pub affreuse (mon dieu... cette "musique"... OH ! Ce n'est pas parce que y'a trois ploucs qui "écoutent" David Guetta qu'on va en mettre dans les pubs de parfums nanméo !), un nom pompé sur Tom Jones, un flacon pas très fin, un féminin qui représente ce qui se fait de pire en parfumerie...

Comment - diable - Viktor & Rolf a-t-il fait pour réussir à ce point Spicebomb ?

On est chez L'Oréal, dans une marque qui n'en a, je suppose, rien à taper du jus, tant que les coffrets s'écoulent à Noël. Et voilà que... PAF ! On a le meilleur mainstream de 2012 à ce jour ?

C'est un piège, on est d'accord ? Quand tu pschittes ça sur ta mouillette dans ton Séphora paumé, d'un coup t'as François Demachy qui surgi de nulle part et te dit, avec un sourire émail diamant : "Mon cher, vous vous leurrez, voici le vrai Spicebomb", sachant que le flacon qu'il tient dans la main est forcément une bonne vieille fougère macho macho man...

De ce scénario il n'en est rien. Au mieux, c'est l'élégant Olivier Polge qui surgit de nulle part et vous fait sentir le Midnight In Paris désormais en bas des étagères (enfin, Iris Silver Mist sait s'il a toujours été en bas des étagères) ; au pire, pour le perfumista des Champs-Elysées, toute l'équipe du Séphora va se mettre à faire une danse à pousser Salomée au suicide en plein milieu du chemin (et pile où il y a le rayon Lutens).



Rassurez-vous, maintenant, vous êtes armé pour vaincre ces gentes vendeuses qui se trémoussent et vous attaquent à coup de Miss Dior CHERIE. Le marketing chez Viktor & Rolf a tout prévu pour vous : avec Spicebomb, vous aurez de quoi vous frayer un chemin hors des patchoufruits et des sportfreshextrem.

Au contraire, rejoignez le petit être qui s'est réfugié dans l'auberge Compote A La Canelle avec Ambre Narguilé. Si Spicebomb est moins fin que l'opus d'Ellena, loin de l'austérité d'un Iris Silver Mist ou de l'ambiance sépulcrale d'un M/Mink, il réussit à rendre un peu d'éclat à notre petit marché grand public pas forcément brillant ces derniers temps.

Modération

Cependant, si tout chez lui semble respirer l'attaque, l'hyper-activité et la virilité macrocéphale, vous vous apercevrez qu'au fil du temps, Spicebomb va laisser tomber le Grand Marnier à la Compote A La Canelle. Il ira chercher un petit cardigan à motif à carreaux marrons et oranges et s'installera paisiblement dans un petit coin reculé de l'auberge, aux boiseries plutôt abimées et déjà vues, mais qui ne gâchent en rien le plaisir de voir le petit dernier tranquillement en train de relire le passage où Ricquet à la houppe se marie.

Il en devient presque galant, certes. Il n'empêche, la naissance de ce parfum reste un mystère.
J.