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lundi 10 mars 2014

MITSOUKO - Ceci n'est pas un article.


Non, c'est le titre d'une nouvelle (un peu maladroite).

Je m'y étais déjà essayé il y a 3 ans, celle-ci est beaucoup moins centrée sur le parfum mais si vous avez envie de la lire, j'espère qu'elle vous plaira. 

MITSOUKO


Par Phoebus.


        La fumée s'ouvre comme un rideau, mon visage émerge. J'entre dans la trentaine à bout de souffle au dessus d'un gâteau au chocolat.



        Une pluie d'applaudissements me félicite ou me condamne, l'intention n'est pas claire. Cette main que pose ma mère sur mon épaule, tout en découpant le dessert de l'autre, a un touché étrangement compatissant, non ? Et mon père sourit sans plisser des yeux. Fuyants, les yeux.

        J'imagine mes tantes parler bas dans la cuisine, en les voyant s'éloigner encombrées d'assiettes sales - et non, je ne suis pas folle de penser qu'une pie chante. J'ai suffisamment aidé à débarrasser des assiettes pour savoir que les absents ont toujours tort.

        Je sais exactement ce qu'ils ont en tête. Ce qui ne s'est pas dissipé avec la fumée des bougies. Il n'y a que les hommes un peu trop saouls qui soient honnêtes à un repas de famille : je ressers distraitement un verre de digestif à mon oncle.





                                *******





        Lentement, je déchire le silence avec l'emballage des cadeaux qu'on me donne. Des crèmes, des soins. Mes doigts caressent aussitôt des pattes d'oie imaginaires. Je repense à la jolie lingerie que ma mère m'a offert en confidence un peu plus tôt, avant que les premiers invités n'arrivent. Visiblement un thème récurrent émerge et je sens des papillons naître dans mon estomac, ainsi qu'une appréhension bizarre. Je sonde les visages à la recherche d'une sourire moqueur. 
        Mais le dernier paquet a une apparence bien plus innocente.

- On sait que tu aimes beaucoup la parfumerie, appuie l'une de mes tantes alors que je soupèse un flacon rose en forme de pomme d'amour.



        J'embrasse toute la tablée en me demandant si quelqu'un reconnaîtra Mitsouko dans mon cou. Les papillons se calment un peu. Le choix est très mauvais, mais au moins l'intention est bonne. Elle n'a pas tord : j'aime la parfumerie. J'aime une certaine parfumerie comme d'autres aiment Dieu, on peut parler de passion. J'ai tissé un lien très personnel avec des créations qui m'inspirent, m'interrogent et parfois me révèlent à moi même. Je considère qu'un amour est nécessairement intime, et si on me l'avait demandé j'aurais pu révéler quels parfums m'auraient vraiment fait plaisir - je procède ainsi pour mes proches. Deviner est un risque, et un mauvais cadeau a parfois la saveur d'un mariage forcé.



- On n'allait pas prendre n'importe quoi. Je voulais quelque chose de frais, de jeune, pour notre petite Pernelle, poursuit ma tante avant d'ajouter avec malice : la vendeuse nous a assuré qu'il plait beaucoup aux hommes.




        Voilà autre chose. Je rends le sourire qu'elle m'envoie mais pas son clin d’œil. J'ai coché mentalement les mots jeune et plaire dans la liste du prévisible. C'est vrai, à quoi bon s'embêter avec mes goûts bizarres quand ma priorité devrait être d'attirer cet échantillon de deux cent hommes pris dans la rue pour une étude de marché ? 
        Mes joues chauffent, je ne peux plus ignorer le carton plein : chacun de ces cadeaux a été pensé pour me rendre ou me maintenir désirable. Il s'agit de ma famille donc je veux croire que mon bonheur est l'unique finalité de leurs intentions, mais je suis effarée qu'ils ne puissent envisager atteindre ce but autrement qu'en me voyant appartenir à quelqu'un. En fait non : j'en suis fatiguée. Cette pression est tout sauf un phénomène nouveau. Elle est perverse, diffuse, toujours là au détour d'une phrase. Je m'attends dès le premier bretzel que je croque à ce qu'on commente de façon intrusive ma vie privée : C'est quand que tu nous ramènes quelqu'un ? Quand même, il serait temps. Ma chérie je crois que tu travailles trop. Au fait il faut que je te présente le fils du buraliste, un de ces jours. Très mignon.

        Je suis trop faible pour taper du poing sur la table.



- Ça ne va pas ma grande ?

        Près de la fenêtre mon père me regarde en humectant sa roulée. Je pose le flacon, à qui je m'adressais mentalement comme s'il s'agissait d'un crâne. Naturellement discrète, mon silence n'avait interpellé personne, mais mes états d'âme se traduisent toujours en tâches roses sur mon visage et mon décolleté.


        Mon oncle aux oreilles rouge vif intervient juste à temps pour m'empêcher de mentir, en énumérant joyeusement les effets secondaires du schnaps - je ne bois pas d'alcool. Mais mon père oublie ce genre de détails et, peut-être satisfait par cette réponse, tourne le dos à la pièce pour soupirer sa première bouffée. J'oublie à mon tour que souvent, il pose simplement les questions qu'il aimerait qu'on lui pose.




                                *******


        Ils vont divorcer.


        Je m'attendais depuis l'adolescence à ce que ma mère me bloque dans le couloir et me l'annonce d'une voix basse. La seule véritable surprise est qu'elle m'en ait informé tout en me tendant un paquet cadeau Aubade, entre un joyeux anniversaire et un si tu veux changer j'ai le ticket de caisse.
        Un simple "ça ne va plus" m'a été donné comme explication. Je la trouve mal formulée. Car : est-ce déjà allé ? Les ais-je déjà vu s'embrasser spontanément, se sourire et se comprendre, se soutenir ? Je veux bien croire à une certaine pudeur, je veux bien croire en partie à la routine ou l'érosion de la passion. Mais d'aussi loin que je me souvienne, non, ça n'est jamais allé.

        J'étais l'enfant bavarde, un point de convergence pour éviter de se regarder en face. En grandissant c'est le poste de télévision qui a repris ce rôle. J'étais l'ado muette ou révoltée, le sujet d'interminables disputes. Coincée entre deux gardiens de prison sur le canapé, je culpabilisais d'incarner – et pas que physiquement - ce qui les séparaient. L'étudiante qui rentrait les weekends avait la volonté de redevenir un trait d'union entre eux, réfléchissant à des sujets de conversation dé-minés tout en préparant le repas. L'instabilité du climat de notre foyer était ridicule. Je préférais battre l'huile et le vinaigre dans un acharnement désespéré plutôt que d'avouer à voix haute qu'il n'y a plus de moutarde, de peur qu'ils ne commencent à s'accuser l'un l'autre d'avoir oublié d'en acheter. La troisième guerre mondiale tenait à ça.



        Alors pourquoi, je me demande encore en les regardant derrière mon éventail de cartes. C'est du masochisme de maintenir aussi longtemps une situation aussi éreintante.

        Ma tante pose un atout et nous remportons la manche. Mes parents sont en train de perdre à la belote, mais ils sont en équipe. C'est peut-être ça la raison. Parce qu'il faut avoir un partenaire dans la vie, même si c'est pour la rater. Ce sont les règles du jeu. Je n'ai jamais vraiment aimé la belote.







                                *******




        Ma grand-mère somnole sur le canapé. Je remarque le crucifix discret, accroché au mur au dessus d'elle – je veux dire, je suis passé devant un nombre incalculable de fois mais aujourd'hui, je trouve un sens à sa présence. J'y voyais un ornement classique. J'y reconnais maintenant un sceau porteur de valeurs, de coutumes. J'y vois la perpétuation d'un modèle de vie. Une simple croix dans l'intimité d'un foyer, qui en dit si long sur ses habitants. 
        Mes yeux descendent le long du mur pour revenir sur ma grand-mère assoupie. Sa poitrine se lève lentement sur ses bras croisés, ses sourcils sont très froncés. Je n'ai aucun mal à imaginer son accent alsacien menacer ma jeune mère d'être mise à la porte si elle ne se mariait pas avant d'accoucher. Or, je ne pense pas que le Nouveau Testament ait jamais imposé ce genre de procédures.




        Je me demande si mes parents ne sont pas restés fictivement à l'âge de 20 ans, à l'époque de leur rencontre. 30 années de mariage, comme une ellipse avec un retour fracassant à la réalité. La solitude ne ment pas. Un développement personnel avorté sous une pluie de riz à la sortie d'une Église - il y a de quoi sourire. Puis je suis née, parce que moi, on n'allait pas m'avorter. 
        L'ennui avec les crises identitaires, c'est qu'elles se périment. Elles sont tout à fait saines lorsqu'elles agitent des esprits jeunes. Mais le décalage semble insoutenable à l'âge de raison. Je suis au courant pour les anti-dépresseurs de ma mère au fond de sa table de nuit. J'ai conscience que mon père, ce bon chrétien, change l'eau en vin bien trop souvent chaque soir. Et ça me tue. Je ne peux pas les aider comme on aide une bonne copine à se remettre d'une rupture, parce que le problème n'est pas là, ce n'est pas un cœur brisé. C'est bien plus foireux et compliqué que ce qu'un pot d'häagen-dazs devant un DVD de sex & the city peut résoudre.


        La question m'obsède et je ne vois pas d'autre explication : le couple est l'ennemi de la jeunesse. On nous pousse trop tôt à le rechercher mais ce n'est ni plus ni moins que l'exutoire de la lâcheté. Sans prendre en considération la dimension du besoin sexuel, c'est un écran sur lequel on projette toutes nos angoisses à un stade de notre vie où on est en pleine construction. Cela nous évite d'avoir à affronter ce qui nous dérange chez nous, ou d'effectuer le travail nécessaire pour gagner en amour propre. L'amant, c'est le bouc émissaire par lequel on se déresponsabilise d'être en charge de notre propre bonheur. Les jeunes livrent toute entière l'estime d'eux même au regard de l'autre parce que c'est plus facile. Si quelqu'un nous aime, c'est qu'on est digne d'être aimé, CQFD, alors pourquoi chercher plus loin ? 
        Il faut chercher plus loin et ça demande du courage. Il faut avoir le courage de s'aimer soi même, de se regarder vraiment dans la glace sans détourner le regard. On naît seul comme on mourra seul, après tout. Et entre temps, pour espérer être capable d'aimer son prochain, il faut faire ce travail, il faut chercher à s'améliorer, il faut que notre paix intérieure ne dépende pas d'un autre. Autrement, on est dans l'attente. On attend toujours quelque chose, on exige passivement de l'autre qu'il nous apporte ce qui nous manque. Et on est souvent déçu. Et on sait qui blâmer pour ça, ce qui est arrangeant. En vérité la jalousie est bien moins souvent le manque de confiance en l'autre que le manque de confiance en soi. S'il ne lui dit plus qu'elle est belle, elle se sent laide. Si elle n'a pas confiance en elle, sa libido baisse. Si elle ne le désire plus, il se sent impuissant. Et puis vient l’agressivité, l'inévitable réponse du mal-être, qui s'insinue dans le quotidien comme une maladie.

        Le couple sert à partager le bonheur, pas à le fonder. Ce n'est pas une fin en soi et je l'ai compris bien trop tard. J'ai aimé, j'ai exigé, j'ai été frustrée, j'ai pleuré, j'ai insulté. J'en ai voulu à plusieurs Autres dans ma vie avant de réaliser que je ne pouvais en vouloir qu'à moi même. C'est la seule promesse que je me suis faite : apprendre à m'aimer et m'épanouir seule avant de m'autoriser à vieillir avec quelqu'un.
        Le bonheur ne se trouve jamais dans la dépendance. Je suis persuadée qu'il est furieusement individuel. Il se côtoie, il en inspire d'autres, mais il ne se partage pas, sinon ce n'est qu'une illusion. D'ailleurs une rupture n'est que l'éclairage cru de l'état dans lequel se trouvait individuellement deux personnes au moment de se rencontrer. Et à 50 ans, quand on a passé la majeure partie de son existence à s'ignorer, on ne connait plus que ça, la fuite. Les médocs, l'alcool ou Dieu sait quoi d'autre, chacun sa méthode. Parce que tout, tout, tout est de la faute de l'autre, bien sûr.

        Ma mère revient dans la pièce en tenant une cafetière fumante. De sa main libre, elle tire nerveusement sur son T-shirt informe, et je me demande si elle s'est un jour trouvée jolie. 
        Je sens ma rancune évoluer vers une forme de compassion. Je lui en ai voulu – à elle, principalement - pour son insistance à me voir suivre rapidement un chemin qui ne lui a même pas réussi. Je trouvais cela absurde en soi. Je réalise maintenant qu'elle ne connait aucune autre façon d'être heureuse, et n'y a probablement même jamais réfléchi. Alors c'est le mieux qu'elle pense pouvoir me souhaiter, et elle espère simplement que j'aurai plus de chance qu'elle n'a eu.                 Je décide de ne plus lui en vouloir, d'ignorer ce qui m'agace pour n'accepter que sa bienveillance. Je sais que la chance n'a rien à voir là dedans et je refuse de voir la vie comme un jeu de carte.





                                *******





- Mamie, tu me remplaces ?



        Cette fois ci, mon équipe perdait à la belote. Par automatisme, quelqu'un a cité l'adage "malheureux aux jeux, heureux en amour" et j'ai ressenti le besoin urgent d'aller prendre l'air avant que la conversation ne dérive vers ce terrain.



        Le soleil se couche – c'est déjà la fin d'après-midi ? La lumière est belle pour un mois de Janvier. Elle est toujours belle à la campagne. Je crois qu'à elle seule, elle rend supportable mes séjours en province. Une brise glacée disperse mes cheveux et Mitsouko se rappelle à moi.

        Avec un sourire je m'adosse au perron, remonte la fermeture de ma veste jusqu'au menton et place une mèche de cheveux sous mon nez comme une moustache. Quand soudain des bruits.

        Je me retourne et fixe la porte d'entrée, qui étouffe le volume des voix derrière elle avant de s'ouvrir avec énergie. Un jeune homme dont j'ai oublié le nom se mord les joues en s'éloignant sur le gravier, les mains enfoncées dans les poches. Ma jeune cousine, de dix ans ma cadette, apparaît à son tour d'un pas traînant. Elle pianote sur son téléphone en ralentissant, puis lève la tête en entendant claquer la portière de la 206 tuning. Je lâche ma moustache quand elle me remarque.



        Elle s'appelle Marie, et elle aurait pu être jolie. Un maquillage lourd dissimule de beaux yeux qui n'en demandaient pas tant. Ses cheveux ramenés en une queue de cheval hurlent la douleur des décolorations successives. Je grince toujours des dents en remarquant le piercing sous un coin de ses lèvres, qui brise la régularité d'un visage que beaucoup envieraient. J'ai noté un peu plus tôt que son copain est percé au même endroit.

- Il me saoule, donc on va rentrer, soupire t-elle avec humeur.

        C'est la première fois qu'elle m'adresse la parole de la journée. Je me remémore ces deux-là sur le canapé il y a encore vingt minutes, bras et jambes noués comme des écouteurs au fond d'une poche.        Quelque chose d'indéfinissable dans son attitude laisse pourtant penser qu'elle est secrètement satisfaite par son petit drame. Elle poursuit en haussant les épaules :



- Il trouve que je suis fringuée comme une salope pour venir à ton anniversaire.



        C'est ridicule bon sang, elle est en jogging. J'avais oublié à quel point le qualificatif de salope était employé à toutes les sauces dans ce village. Tant qu'à faire, je lui demande pourquoi son copain n'a réalisé l'outrance de sa tenue qu'en fin d'après-midi.
- Et tu verras qu'en 2015 les sneakers feront pute aussi. 
- C'est pas tant la tenue, en fait il a commencé à s'énerver quand tonton Roger m'a dit que je m'embellissais en grandissant.
- OK, là je comprends mieux. C'était vraiment grossier de sa part (elle rit). Non sérieusement, c'est débile de prendre la mouche comme ça.

        Un appel de phare nous interrompt, et Marie fait signe d'attendre par un geste agacé en direction de la voiture.
- Il s'énerve parce qu'il est jaloux, c'est tout.
- D'un oncle. C'est nul.
- Je préfère qu'il soit jaloux. Ça montre qu'il tient à moi.
- Ça ne montre rien du tout.




        Elle me fixe sans comprendre. J'ouvre la bouche puis la referme.
        J'aimerais lui dire qu'elle se trompe et j'aimerais lui expliquer pourquoi. J'aimerais lui apprendre qu'elle aurait pu s'habiller comme elle le voulait sans que cela ne lui porte préjudice. J'aimerais leur expliquer à tous les deux qu'il n'est jamais correct d'appeler ou de se laisser appeler "une salope". J'aimerais qu'ils comprennent que la jalousie n'est pas une preuve d'amour. J'aimerais qu'elle réalise qu'elle n'a de comptes à rendre qu'à elle même. 
        Mais j'ai eu 20 ans moi aussi, et je sais à quel point on se ferme aux conseils qu'on n'a pas demandé. Après quelques secondes de silence, elle me fait la bise et rejoins la voiture.


        La nuit est tombée vite après leur départ. Je n'ai pas très envie de rentrer alors je nettoie le perron en shootant dans les graviers qui s'y sont perdu. 
        Je n'ai aidé personne aujourd'hui. Ni dedans, ni dehors. Un sentiment d'impuissance me voûte légèrement le dos. Je me demande si j'ai raison. Si le vrai bonheur est à ce point individuel qu'on ne peut l'aider à naître chez les autres. Je veux juste que le monde soit un peu plus beau et dans un sens, ce serait dur d'accepter que je ne puisse pas y contribuer.



        Puis mon portable vibre et m'annonce un nouveau message en provenance d'un +33 :



<<Au fait, tu sentais bon.>>



Et je me dis que finalement, je n'ai pas complètement perdu ma journée.




                                        *



NDLA : Je suis désolé, il n'y a pas franchement-franchement de twist final. J'ai commencé à écrire en ayant en tête les codes de la nouvelle, et au final je me suis laissé déborder. Donc j'ai coupé le texte ici pour la publication sur le blog, il y a quand même la fin d'un arc donc ça me semblait assez pertinent.

dimanche 2 mars 2014

Infusion d'Iris, Prada - les premières bonnes impressions, et les secondes.

                                                                            Par Ph666ebus.



     Est-ce que le diable se parfume aussi en Prada ? Ce ne serait pas étonnant – et puis comme ça il aurait bon goût sur toute la ligne. C'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général, ses portes ne se ferment pas aux connards. On peut être antisémite et génie des fringues. On peut être misogyne et en même temps réalisateur de talent. Alors oui, peut-être que le diable porte infusion d'iris, perché sur des talons de douze, la beauté se fiche bien du karma. 



Par contre il parait qu'on ne peut pas jouer au foot et tromper sa femme en même temps, mais ça on s'en bat les civettes.
 


     Vous l'aurez deviné, j'ai regardé hier ce film cul-cul-te où une Anne Hathaway new-yorkaise bat des cils en trottinant derrière une Meryl Streep sans pitié, ses valeurs confrontées aux tentations égoïstes à chaque croisement de rue. Le tout sans renverser le double capuccino de sa patronne, et avec des looks d'enfer.

     Dans cet univers où la belle fringue est omniprésente, l'iris trottinait dans un coin de mon esprit. L'iris m'évoque toujours la souplesse d'un vêtement élégant et confortable - le plus souvent juste élégant, le plaisir de se sentir altier valant bien la souffrance. Tout dépend de la façon dont l'iris est traité, mais sa beauté reste en tout exemple une constante.

     Je retrouvais l'iris dans Meryl Streep, dans la couleur argent de ses cheveux, dans son attitude pincée, dans sa poigne et dans son menton levé. Dans sa réserve aussi : elle parle peu, elle s'impose.

     Infusion d'Iris partage cette conception de la présence, il est là, il est toujours là, il ne hausse pas le ton pour se faire entendre, il s'impose à nous en revenant quand il le décide.. Et parce qu'il est insaisissable, on ne peut ignorer ses rappels. 



I. AM. SO. FAB.


     Sobre et classe, une nouvelle idée du chic sans aldéhydes, c'est le parfum du je-ne-dis-rien-je-n'en-pense-pas-moins. Sous une lumière plus positive, on pourrait dire que c'est le parfum des premières bonnes impressions. Je l'ai porté pour visiter des appartements ou pour des entretiens d'embauche, car à mon sens il envoie tous les bons signaux : sobre sans manquer de personnalité, discret mais pas effacé, confortable mais pas décontracté. Bref, vendeur mais pas racoleur.

   

     Infusion d'Iris va aussi bien d'un côté du bureau que de l'autre, et je l'ai donc également retrouvé en Anne Hathaway. Dans la douceur de sa voix, dans son raffinement naturel (qui perce déjà sous les gros pulls informes du début), dans sa bonne volonté. Ainsi que, de manière intéressante, dans l'essence même de son personnage, qui tout au long du film voit son chemin croiser celui de la tentation, malmenant de plus en plus ses valeurs initiales. Car Infusion d'Iris isn't all about clean and chic and stuff. Passé les premières secondes aux accents cologne, le cœur installe son moelleux et sa propreté tout-comme-il-faut. Mais ceux qui le portent le savent, il flirte avec des notes un peu moins sages de peau chauffée au soleil, voir de "fond de baignoire". C'est ce qui fait une bonne partie de son intérêt, le sauve de l'ennui. Le propre et le sale sont des concepts qui n'existent que pour se répondre, et n'auraient aucun sens l'un sans l'autre, après tout.

     Attention, il ne sombrera jamais dans le musc sensuel, mais on sent que l'idée fait son chemin dans sa tête. En fait, Infusion d'Iris c'est un esprit chrétien qui contemple de sales idées et choisis d'y renoncer. C'est juste que la réponse physiologique est fatalement là : la peau chaude, ça se sent. 



     Infusion d'Iris est donc un exemple de vertu - et assurément déjà un classique intemporel - dans un monde qui aime la facilité. Il parait que d'autres iris sur le marché ont été plus faibles ces derniers temps, et ont succombé à la gourmandise ou aux fruits, vendant leur si belle âme au Diable ? Je ne compte pas prier pour celui qui est deuxième du classement des meilleures ventes françaises en 2013, j'imagine qu'il ne voit aucune raison de changer.      

     Je disais donc, c'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général. On ne sait plus si on doit juger la création ou ceux qui ont le mauvais goût d'en faire un succès.



Sur ce. Bon lundi !

dimanche 18 août 2013

1932 - Chanel : La Ligne Bleue

Un homme ne verra dans un iris qui se fane qu'une question sans réponse.
Un autre homme voit le même iris et il est touché par la Grâce. Quelque chose sourit à travers lui.

À La Merveille, T. Malick

"Tirer le portrait" est une expression qui me semble plutôt populaire pour désigner la photographie d'une personne. Et si le paysage dans lequel je me retrouve en ce moment même me donne bel et bien des envies de capturer chaque instant, j'ai bien peur que mon retour sur Terre ait donné aux scélérats à ma poursuite le goût pour le Moyen-Âge, où le verbe tirer signifie plutôt lancer une arme de trait, expression signifiant ici "dégainer à l'aide d'une arbalète sophistiquée une flèche imbibée d'un concentré de Jimmy Choo périmé depuis quelques mois déjà".
C'est que, chers lecteurs, la fin est proche. Voilà bientôt deux mois que j'ai traversé avec vous désert, labyrinthe et infini. Et si des aventures sur un sol ferme et stable peuvent vous paraître plus banales, je compte sur vous pour m'aider une fois de plus : la fin est proche et, avec elle, une récompense extraordinaire.

Deux flèches sifflent, agissant comme un signal d'alarme : trêve de rêveries, il faut fuir, poursuivre mon périple et trouver un havre de paix où je puisse bénéficier du silence et du calme. Fouler l'herbe est ainsi un des plaisirs de la vie les plus ennuyeusement réjouissants, et je dois admettre que la pression que l'on peut subir en tant que proie n'enlève en rien au bonheur d'être chatouillé par le vert humide sur le pied. La grande traversée au paysage uniforme (quoique vallonné) qui fut la mienne demeure donc comme un souvenir entaché d'une certaine mélancolie, où le spectacle des fleurs et de l'herbe permet de conforter les contrariétés qui vont et viennent comme les couleurs irisées de la Lune un soir d'été.
Fort heureusement, les havres sont nombreux lorsqu'on a la chance d'avoir le nez aiguisé ; et frapper à la porte de la maison de pierres blanches qui se tient devant moi semble répondre aux consolations que peuvent apporter certains parfums dans les sombres moments de remises en question.




J'ai tendance à croire que nous ne pouvons voir les choses lorsqu'elles sont parfaites. La perfection ne se remarque pas, c'est bien l'accroc et la différence qui marquent, à l'image de ces grands tableaux représentant le ciel où ce sont les écarts par rapport au modèle qui saisissent l’œil.
Ainsi, quand la porte s'est ouverte, j'ai été surpris par la discrétion de son habitante. À vrai dire, on devinerait presque sa présence seulement par l'environnement qui l'entoure : le petit courant d'air frais aux effluves humides qui passe à travers elle, la lumière diffuse et scintillante des rayons ayant rebondi sur les pierres blanches et dont le chemin infini est coupé par les tissus de sa tenue aux couleurs pleines de tempérance, les vibrations minérales émanant de ses mains fraîchement lavées et la douceur lointaine d'une chaise de bois sombre qui oblige mon hôtesse à se détourner de son chemin.

Mais quelle beauté ! J'ouvrais les yeux et voyais, accrochée au mur, une vaisselle au vécu d'une simplicité déroutante, notamment des couteaux aux manches de bois et aux lames semblant soulever l'air sans jamais être trahis par un seul murmure du vent. Près de la fenêtre, face à la table, se tenait un iris hors de terre et par conséquent fané depuis longtemps, bien que la notion de temps semble n'avoir jamais eu de véritable emprise sur cette maison de pierres blanches. Néanmoins, la nature morte qui s'épanouissait devant mes yeux fascinait par ses entrailles colorées d'un de ces bleus lointains, dont on ne saurait dire s'ils appartiennent à la mer ou au ciel, gonflées d'un rose abusé par la patine des nuits. Je prenais plaisir à tirer le portrait de cet environnement pourtant dénué de l'opulence des champs de fleurs trop séduisants, préférant le charme parfait et discret de mon hôtesse.
Toutes les fleurs fanées exposées à la lumière d'une fenêtre ne sont pas belles, il faut bien l'admettre ; mais celle là l'était. Pourquoi ?

C'est que notre sens de ce qui est beau n'est pas immuable et peut être réveillé à chaque instant par la plume d'un garçon ayant toujours froid, par un peintre touché par les nuances rosées du visage d'un vieil homme, par le nez d'un homme au goût prononcé pour les iris en fin de vie et les reflets du crépuscule dans un bocal sans poisson pour troubler l'eau qui y dort.

Mon séjour chez cette hôtesse aux traits parfaits s'est achevé, un jour. J'étais sous un arbre aux branches aux nombreuses bifurcations et baignées de lumières. L'air était vert, un vert très tendre et nuageux, presque diffus. Il donnait une teinte de vie aux pousses de blés qui entouraient les murs de pierres blanches et il mettait en valeur le petit sachet que mon hôtesse avait eu la bonté de m'offrir. Il renfermait un petit carton, support d'une encre brillante à la calligraphie mesurée, ainsi qu'un dessin.
Le petit carton me donnait l'adresse de ce havre de beauté : 1932. Rien de plus, rien de moins, si ce n'est la nuance de blanc du carton qui correspondait exactement à celle des pierres de cette maison.

Le dessin était plus beau encore, celui d'une fleur jaune vaguement bleutée.


À La Merveille, T. Malick

Parce que 1932 n'est pas forcément facile à dénicher et que chacun a le droit à son havre de paix, je met en jeu la miniature de 4ml de cet Exclusif de Chanel qui m'a été utile pour rédiger ce billet.
Pour tenter de la gagner, il vous suffira de commenter cet article. Les quelques indices permettant de trouver le parfum dont il sera question  pour le billet mettant fin à la saga de l'été J&P sont plutôt simples. Je vous souhaite une bonne chance et une bonne semaine ;)

La fin est proche.
J.

vendredi 29 juin 2012

Orchideus !


Comme peut être les trois quarts des personnes nées dans les années 90, j’ai grandi avec ce petit brun aux yeux verts et cheveux ébouriffés, j’ai nommé Harry Potter. Je dirais même que c’est le premier livre que j’ai lu (bon, sans les images hein ! Parce que sinon, c’est Béa Bébé Abeille), avant même le phénomène de société qu’il est devenu (true hipster inside). Véritable phénomène de génération, je fais parti de ceux qui allaient aux restaurants asiatiques pour le simple plaisir de crier « Experliarmus » avec ma baguette (en plastoc, blanche et avec des inscriptions mystiques à la base pour le coup).

Poudlard

Je fais aussi parti de ceux qui se sont sentis trahis lorsqu’ils n’ont pas reçu leur lettre pour Beauxbâtons, à l’heure où sonnaient leurs 11 ans (de toute manière, depuis ce jour, Mme Maxime et moi sommes en froid complet).
Avec le temps, j'ai réussi à canalyser mes pouvoirs magiques (tout à fait, je suis un grand sorcier qui s'ignore, croyez en mon expérience), et à tisser de nouveaux liens avec cette série qui elle aussi a bien grandi. Ainsi, à l'image des méchantes des contes de fées, des portraits olfactifs sont venus de manière plus ou moins évidente au fil des lectures.

Rogue
Severus Rogue, la véritable clef de voûte de la saga et l’antihéros éternel, est puissamment olfactif, ne serait ce que par son titre de Maître des Potions. Personnage le plus complexe et le plus travaillé de la série, Rogue insuffle la beauté et les contrastes de toute une épopée. Olfactivement, Rogue ne peut être qu’un classique, un floral aldéhydé, tant c’est de lui que découle toute l’identité des sept romans. Mais, comment dire… un classique convulsif, torturé, renfermé et explosif. Aussi lumineux que son Patronus, et aussi sombre  que le rêche de sa robe de sorcier. Un classique dans lequel Rogue aurait déversé tous ses philtres et ingrédients les plus corrosifs (comprendre : un peu de Bézoard, de vésicule biliaire de Boutefeu Chinois et une goutte de Veritaserum). Les aldéhydes ont raclé le fer de son chaudron, le cœur floral respire l’espoir, qui a fui vaincu vers le ciel noir, et le fond animal respire l’amour et la déchirure.
Vous l’auriez deviné, Severus Rogue est le M/Mink de Poudlard, arpentant les couloirs des cachots et en constante délibération sur son identité. Chef d’œuvre de complexité et de torture, Rogue comme M/Mink n’attendent que le moment où ils pourront montrer la finalité de leur potion.


McGonagall
"Ah oui, tu aimes ça toi ?"
Minerva McGonagall est professeur de métamorphose et sous-directrice de Poudlard. Elle aime les motifs écossais et apprécie la danse de salon. Elle peut certes se transformer en chat et métamorphoser ce qui lui chante, elle préfère rester camper sur ses valeurs enracinées. Le personnage transfère ainsi sa rigueur et son intransigeance vers le bout de sa baguette, donnant vie aux objets comme aux matières. A l’image de sa stature inébranlable, McGonagall est le Chêne de la maison Gryffondor. De l’âtre brûlant aux écrins de whiskys écossais qu’elle apprécie tant et jusqu’au parquet patiné par le temps, tous les éléments de la maison rouge et or respirent sa patte.
Parfois distants, austères et religieux, Chêne, parfum de Serge Lutens, comme McGonagall protègent tous les deux des valeurs qui leurs sont propres, et dont l’intransigeance permet la stabilité et la défense d’un monde bien particulier.


Bellatrix Lestrange
L’évocation de la belle et cruelle Bellatrix Lestrange fait frémir le moindre sorcier. Dans son habit de cuir délabré par sa folie, Bellatrix fait régner un silence pesant autour d'elle, mêlé de crainte et de soumission. Célèbre pour son goût pour la torture, et le "charmant" usage qu'elle fait de ses pouvoirs, sa simple présence impose respect et frémissement. Longtemps enfermée puis devenue folle à lier, on ne peut que l'imaginer dans une pièce de pierres froides et humides.
Bandit est l'équivalent en parfum de la sorcière. Proclamé "parfum ta gueule" pour sa majesté et sa force olfactive, Bandit impose un silence par ses notes froides et cuirées, dont la tête verte et cinglante fait écho aux maléfices mortels dont abusent Bellatrix. Un parfum de femme toujours aussi ambigu, créé par la grande Germaine Cellier, et dont l'aura ne saura jamais éviter quelques tremblements.


Hedwige, à gauche
Petite star oubliée au fur et à mesure, elle fait pourtant parti des symboles de la saga. Hedwige, la chouette d'un blanc immaculé est le lien constant entre le héros est le monde de la magie, et ce à n'importe quel moment. Chaque apparition de la chouette dans les livres annonce des moments de calme, de quiétude, une sorte de réconfort digne d'un havre de paix. Ainsi, lorsque Harry est seul les soirs d'été enfermé dans sa chambre, dans une atmosphère à la limite du cloisonnement, Hedwige correspond aux seuls instants de liberté et de soulagement dont peut rarement jouir le petit sorcier. En écho à son éclat inaltéré, mais aussi à sa douceur et au réconfort qu'elle apporte, Hedwige se rapproche olfactivement du dernier né Olfactive Studio, Lumière Blanche : un parfum de composition construit autour d'un accord lait, très épicé froid au début, évocant presque la neige, et finissant dans un bois chaud, rond et enveloppant.

lundi 16 avril 2012

Les Soliflores Annick Goutal


Par Phoebus




       ... Et je me rends compte à l'instant que je n'ai jamais écrit de billet sur la maison Goutal ?! Pourtant Dieu sait que je l'aime. Mon cas est assez simple à expliquer : si je devais être abandonné dans un village fermier d'Europe de l'Est à mille lieux de toute parfumerie potable... Ma foi je survivrais en n'emportant que des soliflores d'Annick Goutal dans mon baluchon.

       Oui, à ce point.





       Ne jamais sous-estimer l'importance des solinotes : ce sont eux qui permettent de se faire une réelle idée sur la marque. Ils donnent le ton, l'esprit, l'intention. C'est un exercice de style à part entière, officieusement obligatoire pour les marques alternatives.
       La plupart, pour refléter leur bonne foi, choisiront des notes simples qui collent au plus près de la réalité, quitte à ce que leurs soliflores restent éternellement dans l'ombre des champions en titre – l'exemple le plus frappant étant la mode du "je fais un iris parce que ça fait toujours bien d'avoir un iris"... Mais, la mouillette en moustache, tout le monde esquive le regard émerveillé de la vendeuse parce que c'est juste super embarrassant de nous balancer un iris moyen comme ça alors qu'il y a déjà Iris Silver Mist dans le paysage.

       D'autres marques, Goutal en chef de file, ne connaitront jamais ce problème, pour la simple et bonne raison qu'elles ont une vraie "patte" comme on dit. Un oui mais pas que. Une identité, un message, c'est dingue comme l'ensemble de la gamme est finalement très cohérent sans jamais tomber dans la redite, une fois qu'on a tout senti. Pour cela, pas de secret, c'est grâce à un duo de choc, un nez – Isabelle Doyen – et un cœur – Camille Goutal.

        Après avoir trempé leur pinceau dans la transparence d'un verre de muscs blancs et d'hédione, elles l'imbibent d'une couleur pastel, en piochant dans leur palette de fleurs. Avec leurs soliflores j'ai toujours l'impression qu'elles cherchent à nous dépeindre ces jeunes actrices au cheveu fin, au nez court et au regard clair. L'air mutin, l'épaule jetée, le sein qui tient encore sans soutien-gorge, fier et parfait.

       Évidemment, irréductible, je faisais parti des rares conquis par le dernier Mimosa de Goutal, qui a un peu agité la blogosphère. Sans doute parce que contrairement à beaucoup de déçus je ne m'attendais pas à retrouver sous une lumière crue la note typique des petits pompons jaunes. Non, chez Goutal si le nom est une cible, la flèche ne tombe jamais en plein centre – mais il faut dire que le centre n'était pas visé de toute façon. Cette interprétation du Mimosa s'ouvre sur un accord de pêche mûre et duveteuse, tout aussi doux et coloré que la fleur. Les muscs blancs et ronds, familiers – on pourrait presque les qualifier de "goutaliens" – prennent la relève et oh !... Voilà enfin, en diva qui sait se faire attendre, le mimosa légèrement épicé. A porter cet été entre deux rayons de soleil, si vous savez sourire.

Dianna Agron - Le Mimosa


       La Violette a mit un peu plus de temps à me conquérir : les violettes sont le chasse-gardé de ma mère. Ah et, "accessoirement" je n'aime pas la violette... Je suis toujours frustré par sa timidité, sa fugacité. Mais pour dessiner cette violette là, le pinceau gonflé de muscs laisse courir de larges sillons mauves sur du papier en sucre à grain serré. La violette, encore une fois loin du souci de paraitre naturelle, se veut plutôt bonbon à l'ancienne. Le sillage est mauve, vif et translucide, finalement très portable pour du bonbon : sans jamais être écoeurante, elle reste présente et claque comme une bulle de chewing-gum sous le regard défiant d'une collégienne.

Mélissa Mars - La Violette


       Le Jasmin est un peu à l'opposé du spectre, dans le sens où il évoque davantage la femme que la jeune fille. Et ce malgré la filiation avec Petite Chérie, suffisamment évidente pour ne pas la développer : on retrouve le duo poire juteuse – muscs en tête, mais le soliflore se distingue par la suite. Tout en transparence, débarrassé d'indoles, un jasmin vert et frais s'installe sur la peau. C'est ce qui le rend si "easy to wear" pour un jasmin, mais l'eau n'est calme qu'en surface : en sourdine, il crépite comme un nuage avant la pluie, sa verdeur devient presque entêtante... Il a ce petit côté femme fatale orageuse (pour ne pas dire chieuse), au ricanement menaçant comme le tonnerre, débordante d'assurance.

Ashley Greene - Le Jasmin


       Une autre déclinaison du bien-connu thème de Petite Chérie se retrouve encore dans Le Muguet. Je l'ai découvert cette semaine, je ne sais pas pourquoi je n'étais pas curieux de le sentir avant... Peut-être parce que, comme le dirait quelqu'un que je connais, "porter du muguet, c'est toujours un peu chiant" ? Certainement. Mais, héhé, vous commencez à connaitre la chanson maintenant, ce n'est pas franchement du muguet chez Goutal ! C'est une interprétation de la fleur du bonheur, construite autour d'une colonne vertébrale de poire pas encore mûre, cajolée de muscs et d'hédione. Les fleurs blanches sont traitées de manière astringente, et font ressortir leurs facettes vertes du mieux qu'elles peuvent. Malgré tout je n'arrive pas à cerner précisément le parfum des petites clochettes blanches, et il est vrai que cette interprétation du muguet se veut avant tout portable : elle compte sur un sillage un peu lessiviel à la Chloé pour évoquer la blancheur et la pureté du muguet. Blanc et pur, mais surtout textile et hypersage comme un chemisier boutonné jusqu'en haut. C'est marrant comme une fleur cataloguée "chiante" arrive à se dégager du qualificatif justement sans chercher à se dévergonder mais, au contraire, en allant à fond dans la direction opposée, comme par fierté ou esprit de contradiction. By the way, je pense qu'il s'agit du 'flanker officieux' de Petite Chérie que je préfère.

Lana del Rey - Le Muguet



       Bon, promis, là j'en ai fini avec les variations d'un demi-ton de Petit Chérie. J'aimerais vous parler de roses, et la raison voudrait que j'évoque Rose Absolue, premier soliflore rose de la marque, mais... je le trouve d'une platitude affligeante, et pas plus original ni plus complexe que le parfum d'un papier toilette un peu cher. Mon cœur est tout entier tourné vers la dernière Rose Splendide. 

       J'ai dit tout le bien que j'en pensais dans un article sur Auparfum, à sa sortie, au printemps dernier. En voulant le ressentir deux mois plus tard, la vendeuse m'apprenait qu'ils n'avaient déjà plus de flacons en stock ! Victime de son succès, ce qui était prévu pour être une édition limitée restera un peu plus longtemps dans les backs finalement ? 
Je ne connais que l'eau parfumée, mais je ne crois pas qu'elle diffère de l'eau de toilette. Une chose est sûre : elle reprend le délicieux accord de la gamme soin de la marque. La rose est fraiche, à peine fruitée (vraiment, à peine pour une fois) sertie d'herbe coupée. Elle se fond près de la peau sur des notes de magnolia légèrement cosmétique. Mais ma partie préférée reste le fond-du-fond-de-l'archi-fond, dont la fine amertume m'évoque les pépins de pomme. Une rose citadine, matinale, les pétales en friche, délicieusement imparfaite.

Mélanie Laurent - Rose Splendide



       Parler toute la soirée couchés dans l'herbe, courir pieds nus jusqu'à la maison quand tombe l'averse, respirer les bouquets de jonquilles dans l'entrée en écartant une mèche de cheveux trempés...

       J'ai gardé mon préféré pour la fin. Un coup de cœur immédiat... Je ne saurais pas dire s'il sent le chèvrefeuille de près ou de loin puisque je n'en ai jamais senti. Reste que ses notes de narcisses, de lierre et d'herbe coupée en font un délicieux parfum vert, sans aucun rapport avec le Chèvrefeuille d'Yves Rocher. Les jonquilles sont une des rares odeurs qui ont marqué mon enfance, et je suis assez dépité de ne pas pouvoir plus en retrouver l'odeur en flacon....J'espère avoir des amis parfumeurs dans une dizaine d'année pour remédier à ça, mais en attendant je me contenterai du Chèvrefeuille de Goutal. Son départ légèrement citronné, fugace, reste symboliquement présent tout le long grâce à l'acidité du cœur floral (acidité que je retrouve dans Grand Amour, d'ailleurs). Pour ce qu'il m'évoque, par sa richesse insoupçonnée et par la finesse avec laquelle il est traité, ce parfum a un pouvoir incroyablement apaisant sur moi. J'aime quand il m'accompagne dans la fraicheur des nuits printanière, mais mon échantillon se vide dangereusement vite..... Je veux tous les soliflores, mais aucun doute dans l'ordre de mes priorités : c'est ce flacon là que je vais rechercher en premier.

Jennifer Lawrence - Le Chèvrefeuille



       Et il y en a bien d'autres, mais je n'en parlerai pas ce soir : la tubéreuse, gardénia passion.... Et puis il y a les discontinués, comme Des Lys, que j'aurais bien aimé sentir... Enfin il y a ceux qui sont sur la sellette, comme le Néroli !! Une vendeuse m'a dit qu'ils allaient l'arrêter, c'est à n'y rien comprendre : il est pourtant salué et reconnu par les amateurs de parfum comme l'une des plus belles fleur d'oranger du marché... 



       Bref, voilà. Je sais que ça peut paraitre louche de parler en des termes aussi élogieux d'une marque, mais là ce n'est ni plus ni moins qu'un cri du cœur : Isabelle je t'aiiiiiiiiiiiiiime ! <3