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dimanche 18 août 2013

1932 - Chanel : La Ligne Bleue

Un homme ne verra dans un iris qui se fane qu'une question sans réponse.
Un autre homme voit le même iris et il est touché par la Grâce. Quelque chose sourit à travers lui.

À La Merveille, T. Malick

"Tirer le portrait" est une expression qui me semble plutôt populaire pour désigner la photographie d'une personne. Et si le paysage dans lequel je me retrouve en ce moment même me donne bel et bien des envies de capturer chaque instant, j'ai bien peur que mon retour sur Terre ait donné aux scélérats à ma poursuite le goût pour le Moyen-Âge, où le verbe tirer signifie plutôt lancer une arme de trait, expression signifiant ici "dégainer à l'aide d'une arbalète sophistiquée une flèche imbibée d'un concentré de Jimmy Choo périmé depuis quelques mois déjà".
C'est que, chers lecteurs, la fin est proche. Voilà bientôt deux mois que j'ai traversé avec vous désert, labyrinthe et infini. Et si des aventures sur un sol ferme et stable peuvent vous paraître plus banales, je compte sur vous pour m'aider une fois de plus : la fin est proche et, avec elle, une récompense extraordinaire.

Deux flèches sifflent, agissant comme un signal d'alarme : trêve de rêveries, il faut fuir, poursuivre mon périple et trouver un havre de paix où je puisse bénéficier du silence et du calme. Fouler l'herbe est ainsi un des plaisirs de la vie les plus ennuyeusement réjouissants, et je dois admettre que la pression que l'on peut subir en tant que proie n'enlève en rien au bonheur d'être chatouillé par le vert humide sur le pied. La grande traversée au paysage uniforme (quoique vallonné) qui fut la mienne demeure donc comme un souvenir entaché d'une certaine mélancolie, où le spectacle des fleurs et de l'herbe permet de conforter les contrariétés qui vont et viennent comme les couleurs irisées de la Lune un soir d'été.
Fort heureusement, les havres sont nombreux lorsqu'on a la chance d'avoir le nez aiguisé ; et frapper à la porte de la maison de pierres blanches qui se tient devant moi semble répondre aux consolations que peuvent apporter certains parfums dans les sombres moments de remises en question.




J'ai tendance à croire que nous ne pouvons voir les choses lorsqu'elles sont parfaites. La perfection ne se remarque pas, c'est bien l'accroc et la différence qui marquent, à l'image de ces grands tableaux représentant le ciel où ce sont les écarts par rapport au modèle qui saisissent l’œil.
Ainsi, quand la porte s'est ouverte, j'ai été surpris par la discrétion de son habitante. À vrai dire, on devinerait presque sa présence seulement par l'environnement qui l'entoure : le petit courant d'air frais aux effluves humides qui passe à travers elle, la lumière diffuse et scintillante des rayons ayant rebondi sur les pierres blanches et dont le chemin infini est coupé par les tissus de sa tenue aux couleurs pleines de tempérance, les vibrations minérales émanant de ses mains fraîchement lavées et la douceur lointaine d'une chaise de bois sombre qui oblige mon hôtesse à se détourner de son chemin.

Mais quelle beauté ! J'ouvrais les yeux et voyais, accrochée au mur, une vaisselle au vécu d'une simplicité déroutante, notamment des couteaux aux manches de bois et aux lames semblant soulever l'air sans jamais être trahis par un seul murmure du vent. Près de la fenêtre, face à la table, se tenait un iris hors de terre et par conséquent fané depuis longtemps, bien que la notion de temps semble n'avoir jamais eu de véritable emprise sur cette maison de pierres blanches. Néanmoins, la nature morte qui s'épanouissait devant mes yeux fascinait par ses entrailles colorées d'un de ces bleus lointains, dont on ne saurait dire s'ils appartiennent à la mer ou au ciel, gonflées d'un rose abusé par la patine des nuits. Je prenais plaisir à tirer le portrait de cet environnement pourtant dénué de l'opulence des champs de fleurs trop séduisants, préférant le charme parfait et discret de mon hôtesse.
Toutes les fleurs fanées exposées à la lumière d'une fenêtre ne sont pas belles, il faut bien l'admettre ; mais celle là l'était. Pourquoi ?

C'est que notre sens de ce qui est beau n'est pas immuable et peut être réveillé à chaque instant par la plume d'un garçon ayant toujours froid, par un peintre touché par les nuances rosées du visage d'un vieil homme, par le nez d'un homme au goût prononcé pour les iris en fin de vie et les reflets du crépuscule dans un bocal sans poisson pour troubler l'eau qui y dort.

Mon séjour chez cette hôtesse aux traits parfaits s'est achevé, un jour. J'étais sous un arbre aux branches aux nombreuses bifurcations et baignées de lumières. L'air était vert, un vert très tendre et nuageux, presque diffus. Il donnait une teinte de vie aux pousses de blés qui entouraient les murs de pierres blanches et il mettait en valeur le petit sachet que mon hôtesse avait eu la bonté de m'offrir. Il renfermait un petit carton, support d'une encre brillante à la calligraphie mesurée, ainsi qu'un dessin.
Le petit carton me donnait l'adresse de ce havre de beauté : 1932. Rien de plus, rien de moins, si ce n'est la nuance de blanc du carton qui correspondait exactement à celle des pierres de cette maison.

Le dessin était plus beau encore, celui d'une fleur jaune vaguement bleutée.


À La Merveille, T. Malick

Parce que 1932 n'est pas forcément facile à dénicher et que chacun a le droit à son havre de paix, je met en jeu la miniature de 4ml de cet Exclusif de Chanel qui m'a été utile pour rédiger ce billet.
Pour tenter de la gagner, il vous suffira de commenter cet article. Les quelques indices permettant de trouver le parfum dont il sera question  pour le billet mettant fin à la saga de l'été J&P sont plutôt simples. Je vous souhaite une bonne chance et une bonne semaine ;)

La fin est proche.
J.

dimanche 11 septembre 2011

Vitriol d'Oeillet - Lutens : Douceur Caustique

Chers lecteurs, les blogueurs font des pactes secrets lors de rendez-vous tenus secrets, dans des endroits éloignés de la société et mystérieux. Pendant une de ces nébuleuses entrevues, Jicky a lié une alliance avec la grande Jeanne Doré d'auparfum.com. Ainsi, vous pourrez lire l'article le dernier article sur Vitriol d'Oeillet écrit par Jicky sur auparfum, ici, et attention, vous avez intérêt à y aller, car un tireur d'élite vous surveille... En attendant je vous demande d'applaudir notre guest-star : Jeanne Doré !

Lorsqu'on lit le mot "vitriol" associé à "œillet", on peut vite être tenté d'imaginer un parfum qui va vous ronger la peau, entre les fumées d'acide sulfurique et les pointes acérées de clou de girofle, qui partage avec le dianthus caryophyllus l'odeur caractéristique de l'eugénol. Un méchant parfum qui vous attaquerait par surprise en vous plantant ses griffes dans la nuque ?

Vitriol du côté de Wallace - copyright Emilie


Quand on ose enfin s'asperger le cou du liquide au violet profond, on est d'abord surpris, puis presque déçu par cette douceur douillette et timide, de laquelle s'échappent quelques notes à peine poivrées, enveloppées d'un bouquet floral poudré, coquet et désuet, que l'on pourrait presque croire sorti d'une collection de parfums disparus de l'Osmothèque.
Pour quelqu'un qui dit ne pas s'intéresser aux autres parfums, et notamment aux classiques, Serge Lutens a choisi, sans doute involontairement, (ou serait-ce encore par jeu ?) un parfum qui sonne finalement très "rétro".

L'œillet tel qu'on le connait chez le fleuriste ou par de plus ou moins "soliflores" comme Dianthus, Bellodgia, ou L'Air du Temps n'est pas franchement identifiable dans ce vitriol, dans lequel il a été déformé, dilué dans d'autres notes, en particulier le poivre (noir et rose) qui prend ici le dessus dans la course aux épices. L'accord floral, rose, violette, jasmin, poudré, en serait presque "dadame", s'il n'était enrobé en arrière plan par l'habituelle touche Lutensienne, à base de bois secs et musqués, et de prune douceâtre et légèrement confiturée.

Vitriol Sombre - copyright Emilie


Vitriol D'Œillet constitue donc un parfait hybride entre un certain revival des accords classiques (faisant ainsi une suite honorable au Bas de Soie et sa Jacinthe Chanelisante) passé à la moulinette de ce qui fait le fond de commerce du Palais Royal : cette patte olfactive boisée-confite, unique, si caractéristique, qui peut par  moment lasser ou se faire oublier...

Au final, ce vitriol, sans être extraordinaire, se porte avec plaisir, mais je le verrais davantage en journée, lorsqu'on a juste envie d'être chic et sobre, et de ne pas s'embarrasser d'un compagnon trop envahissant, plutôt que pour les grands soirs de séduction intensive...

vendredi 10 juin 2011

Tubéreuse Criminelle

Les murs étaient froids et l'humidité ambiante donnait une luminosité marécageuse à cet endroit plus nu que la terre polaire et rongé par les vices. Mes talons claquaient, et brisaient le silence de glace. J'étais gelée, et le contact des deux gardes qui me serraient les avant-bras réchauffait, en vain, mon corps mis à nu face à tous les gueux enfermés. Nous marchions ainsi, le long du corridor principal de la Prison des Parfums, univers morne à l'horizon plombé. J'étais bien visible des autres détenus, qui bavaient presque d'admiration et de peur face à  mon sillage.

© E. Guézou pour Dr Jicky & Mister Phoebus ;)

Déesse de ces lieux, tous me connaissaient, tous me voyaient sur un autel, et tous me craignaient, moi, la Criminelle. Peu d'horreurs au monde me surpassent, et ma froide cruauté semblait accusée par le soleil de glace de la prison. Mais au fond je n'étais pas seule. M'accompagnait le vieux Chaos, parce que s'il n'y avait qu'un seul de mes compagnons de route à retenir, ce serait celui là.

Les présentations sont faites, et le message est clair.

Les deux gardes me jettent dans la cellule T140C, celle qui semble m'être réservée, étant donné que je foule son sol pour la vingtième fois, au moins. Je suis seule, et j'expire longuement l'air que j'avais retenu avant de passer dans le corridor habité par les autres détenus, si faibles pour pouvoir prétendre respirer le même air que moi. La buée qui s'échappe de mes lèvres d'un rouge profond s'envole dans l'air de ma geôle, et s'échappe dans la nature par un orifice béant dans le mur, faisant office de fenêtre. Je m'en approche et accroche mes mains marmoréennes sur les six barres de fer verticales, faisant fi du mordant dû au froid. Et c'est ainsi qu'a jailli l'idée évidente de m'échapper de la Prison des Parfums, chose que j'ai déjà réalisée maintes fois auparavant.

Le Soleil était en train de se coucher, et le ciel rougeoyait dans une lumière crue, à la limite de la couleur du sang. Je souris. J'avais trouvé.

Je me suis approchée de la porte de ma cellule, et j'ai passé ma main d'albâtre dans l'ouverture, pour attirer le garde. Il s'est approché, et je lui ai crié mon malheur, dans ce fond de gouffre obscur où mon coeur est tombé. Et subitement, j'ai craché toute ma puissance sur lui. Vénéneuse, mon attaque l'a complètement assommé, après avoir poussé un cri de détresse. Un autre garde est apparu, a ouvert ma cellule pour me prendre, et j'en ai profité pour faire émaner une vague de poussière olfactive, verte et aveuglante. Le second garde est retourné à l'état de bourgeon, et je suis partie, en toute simplicité. J'ai laissé les deux gardes dans leur sommeil narcotique, j'ai avancé dans le corridor des vieux malfrats insipides, sans leur jeter un seul regard. Je retenais toujours ma respiration.

Ce que j'aime, c'est qu'aucun membre de la Prison ne cherche à m'arrêter lors de chacune de mes évasions. De toute manière, ils savent que cela ne mènerait à rien. Je sors donc, naturellement, en dehors de l'édifice austère, laissant derrière moi un sillage de froideur râpeuse et amère, mais avec une once de perversion, que l'on retrouve dans le sourire carnassier que j'arbore.

Ma mission est simple désormais : trouver Carnal, et lui montrer la vérité. Car si mon éternelle amie a toujours été d'agréable compagnie, les dernières nouvelles me mortifient : elle, sacrée meilleure tubéreuse du parfum. Je me souviens encore de cette fin de soirée passée dans mon humble chez moi : imaginez la fin d'un thriller haletant où, dans ma robe d'émeraude, je célébrai la résolution d'une énigme en cours depuis longtemps, et avec pour partenaire ma chère collègue Carnal. C'était dans ce genre d'ambiance feutrée où nous nous étions promis de rester unies. Et malgré ma supériorité naturelle, je ne m'attendais pas à une traitrise de la sorte.

C'est pourquoi, si je me suis évadée de prison, c'est pour rendre justice à la tubéreuse, la vraie. La carnassière. La verte, la narcotique, la mortelle. Celle qui évoque aussi bien la mort que la vie. Celle qui réveille l'âme des gens du plus profond de leur conscience. Je fus ainsi, fleur superbe, en vaisseau transformée, partie pour rassembler la véritable nature de la fleur blanche tant célébrée. Et avec moi, pas de tabou, pas de quartier. Je me suis changée depuis cette soirée pleine d'énigmes, où j'étais toute de vert vêtue. Maintenant, j'arbore une robe noire, au style victorien, mais à la signature étonnamment moderne. Mon élégance est sans limite, et la volonté de montrer au monde mon visage motive chacun de mes pas, qui comme des tambours, font sonner le début d'une bataille pacifique, où tout se jouera sur la tête des deux concurrentes.

Pour l'heure, le Soleil rouge est de mon côté : il est rouge comme mon sang, et brillant comme ma beauté. Car la plus grande des tubéreuses, c'est moi.

© E. Guézou pour Dr Jicky & Mister Phoebus
J.

mercredi 11 mai 2011

De Profundis - Lutens bien profond, en effet

Nouveaux Lutens comme chaque année. Et c'est ainsi que la blogosphère ne parlera plus que de ça, envoyant lauriers et tubéreuses au grand créateur de Féminité du Bois ! Chaque nouveauté d'automne Lutens semble auréolée d'une vénération sans borne de tout le monde : "Aaaahhahahah !!! Féminité du Bois avec du cuir trop innovant !!!!".
Edition Gravée de De Profundis pour 2011. Du bon goût à revendre !
Cette année, j'eus dû découvrir ces petites nouveautés avec d'autres confrères pour Auparfum, sauf que j'ai fait l'agréable connaissance d'une gentille madame qui m'a subtilement susurré "que de toute manière j'allais écrire sur ces parfums tout de suite", et qui en fin de compte, m'a refusé de pénétrer d'un pied dans les Salons. Ah ah !!! Moi on me demande gentiment de pas écrire tout de suite, il y a pas de problèmes (j'suis pas un mec chiant ^^), mais le petit snobage (quel joli néologisme), les deux échantillons que j'ai reçu anonymement dans ma boite aux lettres et cette soudaine inspiration, m'ont poussé à écrire un petit billet sur Dame De Profundis, pseudo Dame Blanche parfumée au Chèvrefeuille d'Yves Rocher, et estampillée Lutens.

Ne prenez pas ça comme une vengeance personnelle, j'ai beaucoup apprécié Vitriol d'Oeillet, mais manque de pot, c'est sur la Dame Blanche que j'ai envie d'écrire. D'autant plus que la rencontre m'a bien fait rire...

Lutens et la communication, ça a toujours bien marché ! Pour présenter son "parfum inspiré par Charles Baudelaire" (désolé, mais on touche pas aux légendes), nous voilà face à un "chrysanthème". Ok. Euh... juste, Dame Blanche, tu l'as péta où ton chrysanthème ? Laissez-moi rire... jaune ! Ou non, violet. Ah ! Point positif, la couleur est vachement belle ! J'adore !

Revenons au discours de ma Dame Blanche dépressive : et vas-y que j'te fous du cercueil, du croque-mort, du corbillard et du discours en latin (règle n°2, on ne touche pas au latin). De Profundis. Ah ah !!! Quelle cohérence !!! En effet, cette Dame Blanche semble être l'allégorie même du cri de détresse intense que doit pousser Serge Lutens, visiblement tombé bien bas justement. Comme qui dirait, Serge Lutens devait avoir touché le fond avec L'Eau. Avec De Profundis, il s'enfonce encore plus, et avec humour (au moins, c'est déjà ça !). Tout s'explique...

La Dame Blanche qui voudrait s'évaporer du flacon est plus un leurre qu'une ode à la mort. Habillez là d'une couleur rose bonbon et mettez la dans un flacon tendance et vous aurez presque un flanker de Very Irresistible ou de Noa Perle ! Mon Dieu ! Blasphème-je ? Oui... un peu. Car à vrai dire, De Profundis correspond plus à l'idée du Chèvrefeuille d'Yves Rocher, une facette verte plus prononcée et un fond poudré en plus. Le tout fait floral vert très générique, avec ma chère note lessivielle de L'Eau adorée !

Repas de noces à Yport, Albert Auguste Fourie, 1886
Olfactivement, ma Dame Blanche me fait ainsi des tours sur elle même, telle une danseuse étoile (ou telle une dame en pleine campagne en train d'étendre son linge humide), avec des effluves de muguet, de jacinthe, et une note trèèèès poudrée, un peu comme de l'iris, mais alors à des kilomètres de la magnificence d'Iris Silver Mist, ou de la classe absolue de Bas de Soie. Le tout dans un esprit très synthétique, et vraiment loin de la dame de la Mort imaginée par Serge Lutens. Ou du moins j'espère. Parce que là, c'est non plus bouffer les pissenlits par la racine, mais "bouffer de la fraîcheur muguet via laboratoire". Et perso, la Mort, je ne la voie pas du tout comme ça.

C'est aussi un autre truc, qui pour le coup m'exaspère énormément. Je suis désolé, mais il m'est d'avis qu'on ne rigole pas trop avec la mort en mode "c'est l'apothéose" (du moins, c'est ce que j'ai pu comprendre du texte incompréhensible de la communication de De Profundis, ici sur Grain de Musc). Parce que, je vais raconter un poil de ma vie là, mais j'ai dû faire face à une mort très violente pendant les vacances, et je vous jure que lors des obsèques, on m'aurait présenté ce parfum, j'aurais été capable de faire manger à la personne le flacon  cloche gravé. Les amoureux de Baudelaire, et de son poème éponyme, ne reconnaitront d'ailleurs pas une ode à la littérature en débouchant le flacon, car si toute la dimension froide décrite dans les vers du poètes auraient pu se marier à mon Iris Silver Mist adoré, la profondeur artistique de De Profundis me semble aussi vide que le nombre de lancements de Lutens par an est immense.

Mais enfin, je sais que c'est pas bien de dire du mal des parfums, encore plus ceux de Lutens, et encore plus quand les conditions d'olfaction sont douteuses. Je sais que j'aurais le droit à mille procès. "Puis de toute façon vous en parlerez tout de suite sur internet et nous on veut pas", je sais que je suis légèrement provoc', mais bon, dans l'atmosphère "très sélect" de Serge Lutens (je ne fais que rapporter ce que la dame  m'a gentiment murmuré au téléphone), il semblerait qu'on voie la mort comme une pub pour une nouvelle lessive Le Chat, et les petits jeunes "qui ne connaissent pas Serge Lutens personnellement" (pardonnez moi, j'allais pas lui envoyez un texto à mister Lutens...) comme des êtres incultes en parfum. Et puis de toute manière, je vous laisserai découvrir ce TRESOR de la parfumerie française par vous même en novembre... En espérant que la Dame Blanche soit pour vous une belle filiation de l'horreur de Shining de Kubrick, plutôt qu'une descendance de Scary Movie et Febreze Sensitive !

Vive le respect !
J.

jeudi 7 avril 2011

Rousse - Lutens : Habit Rousse !

Lutens ne fait pas que du Lutens. Certes, c'est un des parfumeurs des plus cohérent qu'il soit (parfois même TROP cohérent ;), il n'empêche, j'ai été surpris. Très surpris.

Car il va sans dire que niveau épices, Lulu, il gère. Je prendrai pour illustration le splendide Arabie, métaphore olfactive du pain d'épice ! Tout reste dans l'opulence et l'attrait, on ne peut pas passer à côté d'Arabie. Sauf que,   ce poème moyen-oriental n'est pas le seul opus axé épice ! Hou non ! Car derrière le sobre (et toujours aussi magnifique) flacon des "exports", se cache un petit trésor assez discret face à toute la collection : Rousse !
Léonard de Vinci, Carnets

Avez-vous déjà croisé le sillage d'une Rousse ? A vrai dire, c'est assez étrange comme question. Personnellement, j'ai souvent le réflexe un peu pervers de faire un délicat mouvement de translation de ma tête vers le sillage d'une personne qui vient de passer, lorsque je la juge "olfactivement potable". C'est pas très discret, certes (et oui, je l'avoue tout de suite, j'ai déjà eu des regards... forts sympathiques), mais c'est souvent intéressant !

Et bien, le sillage d'une rousse est souvent particulier. L'odeur de la peau est moins marquée, il y a souvent comme une "pause olfactive" dans l'air ambiant (morale de l'histoire : toujours s'assoir à côté d'une rousse dans le métro à 18h à Saint-Lazare. Toujours).

Et Cette Rousse ne fait pas exception à la règle. Cette Rousse, je l'ai croisé dans les arcades du Palais-Royal, et il n'y a pas longtemps seulement ! A la simple évocation de ce qu'elle promettait, je me voyais l'humer délicatement, recherchant l'odeur type d'une compote de pomme chaude. Ses talons ont fait claquer les dalles des arcades, et les bruits ont résonné infiniment, passant à travers les colonnes, les vitrines pour parvenir jusque dans mes oreilles. Je prépare d'avance mon mouvement de translation, afin d'humer en toute liberté, et sans aucun scrupule. Et, sans vouloir jouer dans le mélodrame de l'élément perturbateur, j'ai pris cher.

Oui, j'ai été totalement déstabilisé. Non, je ne me suis pas fait taper pour de vrai.



Nébuleuse de Californie - Astronomy Picture of the Day
(excellent site en passant)
Et pourtant c'est une véritable claque que j'ai reçu. Ou plutôt une "non claque". Je m'attendais à un sillage empli de cannelle, gourmand et épicé à souhait, tout en feu d'artépices. Et je me suis retrouvé dans une sorte de nébuleuse olfactive : une pouponnière de particules dans un néant sensoriel. Tout l'air du sillage de Cette Rousse était saturé de son odeur à elle, tout en laissant un véritable vide. Un véritable néant où l'on respire quelque chose sans que cette chose ne puisse émoustiller nos nerfs olfactifs. 

Avec au centre de cet espace éthéré le Coeur de Rousse. Et c'est lui, lui lui lui, qui surprend ! Je m'attendais à de la cannelle, était donné que tout le monde dans les arcades du monde du parfum me le criait. Je ne la sentais pas, ne le sens pas et je ne pense pas la sentir dans l'avenir.

A vrai dire. Ce n'est pas Rousse que j'ai humé. Mais Habit Rouge, oui oui ! Notre cavalier olfactif ! Rousse est en vérité une cavalière impitoyable ! Toute de Daim Blond vêtue, elle peut même représenter la Féminité du Bois. Le tout en rendant hommage à cet Habit Rouge qu'elle emprunte le week end pour ses sorties à dos de cheval. Elle est lié à son amant du week end par une même passion autour d'un cuir discret et subtil, qui les unis mais en même temps les sépare !

Rousse balaye le champ olfactif par sa grandeur et sa classe folle de cavalière, au trot et au galop, renversant ces pauvres petits flacons qui n'ont pas compris que la parfumerie ce n'est pas que l'exubérance. Non, la parfumerie c'est la subtilité !

lundi 24 janvier 2011

Bas de Soie, Serge Lutens - "Désolé chéri, mais Pas ce Soir !"

Alors que certains préfèrent blablater beurre et brioche sur Jeux de Peau, le dernier-né des parfums Serge Lutens, (en se basant sur des ressentis tout frais et des échantillons récupérés de manière douteuse)...


(non non, je ne suis pas du tout jaloux de ne pas encore avoir pu le sentir.............)


...Mister Phoebus préfère revenir sur Bas de Soie, le lancement de 2010. Testé, sniffé, porté et approuvé (avant d'être acheté) la critique n'a pas mis si longtemps que ça à venir : 6 mois à peine depuis le lancement, et le parfum n'est déjà plus d'actualité. C'est un monde ça !... Enfin bref, la frénésie des lancements niches (qui commencent à se caler sur le tempo des mainstreams) n'est pas vraiment ce qui nous importe ici... (et je préfère vous prévenir tout de suite, histoire que le videur ne vous fasse pas d'histoires à l'entrée du prochain paragraphe, pour lire cet article c'est tenue correcte exigée !).


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Un air de jazz en fond sonore. Une robe fendue. Coupe de champagne à la main. On fait jouer les bulles mais on en boit à peine. On parle peu, et on rit beaucoup, en exhibant ses dents blanches, très blanches, entourées de rouge à lèvre rouge, très rouge. C'est comme ça qu'il faut porter Bas de Soie. Pour un after, après un défilé de mode d'un grand couturier – oh, pas grand chose, juste une petite centaine d'amis très proches sur un yacht...Vous voyez le genre.

"Voilà, marche. Pose. Méprise la Terre entière. C'est ça être mannequin !" - Gabriella Solis dans Desperate Housewife (on applaudit ma culture générale...)


La première fois que j'ai senti Bas de Soie, une telle foule d'image m'est venue à l'esprit que j'ai dû mettre un moment avant de pouvoir poser des mots (compréhensibles) dessus. J'avais l'impression qu'une cartouche d'encre waterman avait imbibé la mouillette, et en fermant les yeux, partout, je ne voyais que du bleu, un bleu nuit très profond. La jacinthe ? Sans doute, oui, mais ici ce n'est pas vraiment une espèce ordinaire. Oubliez les références du genre (Anaïs Anaïs, Bluebell), cette jacinthe là n'a rien de tendre, et même rien de fleuri. Elle est verte, acide, presque âcre dans les notes de tête. Une vraie claque olfactive, une onde d'agressivité qui confère à la fragrance la beauté inaccessible du mannequin qui fait la moue. Enfin, quand je dis ça, je suis gentil, et je parle de la beauté du parfum en tant que création... Parce qu'en termes de séduction, porter Bas de Soie à une soirée reviendrait à mettre un pull avec marqué "j'ai une MST" dans le dos en lettres fluorescentes. Ça peut être appréciable dans certains cas, genre avant que votre fille ne sorte en boite, au lieu de glisser un spray au poivre dans son sac comme d'habitude, deux trois pschits de Bas de Soie derrière les oreilles devraient réussir à détourner les mauvaises intentions. Et pour vous, les mères de famille qui simulez un mal de tête un soir sur deux pour réfréner les ardeurs de votre mari, si vous portiez Bas de Soie de temps en temps, histoire de varier..? (Bas de Soie se prononce un peu comme "pas ce soir", après tout...Coïncidence ? Je ne pense pas).

Oui mais ça ne nous avance pas tout ça... Chic ou pas chic, ce Bas de Soie ? In ou Out selon Fémina Mag ? Out, sans aucun doute... Parce que ce Lutens fait vraiment office d'ovni dans le paysage olfactif actuel (et joue aussi les outsiders à côté des autres créations de la marque, d'ailleurs). Pas de fruits, pas de muscs, pas de patchouli, pas d'hédione... De quoi faire froncer pas mal de narines ! Il n'a rien de jeune, rien de lisse, rien de facile... Et c'est ce qui fait toute sa valeur, en fait, (enfin après ça dépend ce qu'on cherche, quoi). Ce parfum est donc plutôt connoté rétro, poudré, imposant, il emprunte la structure du N*19 de Chanel sans toutefois la copier. C'est sans doute cette filiation qui lui confère l'aura d'une élégance intemporelle et pas très accessible. Heureusement, le parfum devient beaucoup plus agréable (et portable !) quand viennent les notes de cœur et que l'iris se découvre, s'épluche, sourit et rayonne doucement... Jusqu'à éclipser totalement la jacinthe dans les notes de fond. Mais tout comme la lune, la lumière qu'il répand reste froide, métallique et blafarde. On vous avait prévenu... Implacable, de bout en bout.

Quand on croise un porteur de Bas de Soie, la chose la plus intelligente à faire est de baisser les yeux.



S'il me fait penser à l'univers de la mode, comme le début de l'article a pu le trahir, c'est pour cette raison, évidemment, pour le côté "on touche avec les yeux", l'inexpression, la perfection des longues jambes... Mais au delà de ça, quand je le porte, que je l'oublis un peu et qu'il remonte à mes narines par hasard, cela m'évoque toujours l'odeur des vêtements neufs et biens pliés sur les étagères des magasins d'habits. Cette odeur subtile, indéfinissable et pourtant très identifiable, un peu grinçante, un peu grise, un peu propre. Alors, comment le porter, ce bas de soie ? En jean/baskets ou en tenue de soirée ? C'est à vous de voir. Après tout, que vous portiez du casual ou de la haute couture, ce qui compte vraiment, c'est ce que vous portez en dessous ;) ..! (Et là, je fais référence au parfum, vous pensez bien, car comme je l'ai largement souligné et re-souligné plus haut, vous ne risquerez pas d'être exposé aux courants d'air en vous parfumant avec Bas de Soie. Son côté autoritaire peut en revanche faire de lui un excellent parfum pour le bureau...).