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dimanche 2 mars 2014

Infusion d'Iris, Prada - les premières bonnes impressions, et les secondes.

                                                                            Par Ph666ebus.



     Est-ce que le diable se parfume aussi en Prada ? Ce ne serait pas étonnant – et puis comme ça il aurait bon goût sur toute la ligne. C'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général, ses portes ne se ferment pas aux connards. On peut être antisémite et génie des fringues. On peut être misogyne et en même temps réalisateur de talent. Alors oui, peut-être que le diable porte infusion d'iris, perché sur des talons de douze, la beauté se fiche bien du karma. 



Par contre il parait qu'on ne peut pas jouer au foot et tromper sa femme en même temps, mais ça on s'en bat les civettes.
 


     Vous l'aurez deviné, j'ai regardé hier ce film cul-cul-te où une Anne Hathaway new-yorkaise bat des cils en trottinant derrière une Meryl Streep sans pitié, ses valeurs confrontées aux tentations égoïstes à chaque croisement de rue. Le tout sans renverser le double capuccino de sa patronne, et avec des looks d'enfer.

     Dans cet univers où la belle fringue est omniprésente, l'iris trottinait dans un coin de mon esprit. L'iris m'évoque toujours la souplesse d'un vêtement élégant et confortable - le plus souvent juste élégant, le plaisir de se sentir altier valant bien la souffrance. Tout dépend de la façon dont l'iris est traité, mais sa beauté reste en tout exemple une constante.

     Je retrouvais l'iris dans Meryl Streep, dans la couleur argent de ses cheveux, dans son attitude pincée, dans sa poigne et dans son menton levé. Dans sa réserve aussi : elle parle peu, elle s'impose.

     Infusion d'Iris partage cette conception de la présence, il est là, il est toujours là, il ne hausse pas le ton pour se faire entendre, il s'impose à nous en revenant quand il le décide.. Et parce qu'il est insaisissable, on ne peut ignorer ses rappels. 



I. AM. SO. FAB.


     Sobre et classe, une nouvelle idée du chic sans aldéhydes, c'est le parfum du je-ne-dis-rien-je-n'en-pense-pas-moins. Sous une lumière plus positive, on pourrait dire que c'est le parfum des premières bonnes impressions. Je l'ai porté pour visiter des appartements ou pour des entretiens d'embauche, car à mon sens il envoie tous les bons signaux : sobre sans manquer de personnalité, discret mais pas effacé, confortable mais pas décontracté. Bref, vendeur mais pas racoleur.

   

     Infusion d'Iris va aussi bien d'un côté du bureau que de l'autre, et je l'ai donc également retrouvé en Anne Hathaway. Dans la douceur de sa voix, dans son raffinement naturel (qui perce déjà sous les gros pulls informes du début), dans sa bonne volonté. Ainsi que, de manière intéressante, dans l'essence même de son personnage, qui tout au long du film voit son chemin croiser celui de la tentation, malmenant de plus en plus ses valeurs initiales. Car Infusion d'Iris isn't all about clean and chic and stuff. Passé les premières secondes aux accents cologne, le cœur installe son moelleux et sa propreté tout-comme-il-faut. Mais ceux qui le portent le savent, il flirte avec des notes un peu moins sages de peau chauffée au soleil, voir de "fond de baignoire". C'est ce qui fait une bonne partie de son intérêt, le sauve de l'ennui. Le propre et le sale sont des concepts qui n'existent que pour se répondre, et n'auraient aucun sens l'un sans l'autre, après tout.

     Attention, il ne sombrera jamais dans le musc sensuel, mais on sent que l'idée fait son chemin dans sa tête. En fait, Infusion d'Iris c'est un esprit chrétien qui contemple de sales idées et choisis d'y renoncer. C'est juste que la réponse physiologique est fatalement là : la peau chaude, ça se sent. 



     Infusion d'Iris est donc un exemple de vertu - et assurément déjà un classique intemporel - dans un monde qui aime la facilité. Il parait que d'autres iris sur le marché ont été plus faibles ces derniers temps, et ont succombé à la gourmandise ou aux fruits, vendant leur si belle âme au Diable ? Je ne compte pas prier pour celui qui est deuxième du classement des meilleures ventes françaises en 2013, j'imagine qu'il ne voit aucune raison de changer.      

     Je disais donc, c'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général. On ne sait plus si on doit juger la création ou ceux qui ont le mauvais goût d'en faire un succès.



Sur ce. Bon lundi !

dimanche 11 septembre 2011

Vitriol d'Oeillet - Lutens : Douceur Caustique

Chers lecteurs, les blogueurs font des pactes secrets lors de rendez-vous tenus secrets, dans des endroits éloignés de la société et mystérieux. Pendant une de ces nébuleuses entrevues, Jicky a lié une alliance avec la grande Jeanne Doré d'auparfum.com. Ainsi, vous pourrez lire l'article le dernier article sur Vitriol d'Oeillet écrit par Jicky sur auparfum, ici, et attention, vous avez intérêt à y aller, car un tireur d'élite vous surveille... En attendant je vous demande d'applaudir notre guest-star : Jeanne Doré !

Lorsqu'on lit le mot "vitriol" associé à "œillet", on peut vite être tenté d'imaginer un parfum qui va vous ronger la peau, entre les fumées d'acide sulfurique et les pointes acérées de clou de girofle, qui partage avec le dianthus caryophyllus l'odeur caractéristique de l'eugénol. Un méchant parfum qui vous attaquerait par surprise en vous plantant ses griffes dans la nuque ?

Vitriol du côté de Wallace - copyright Emilie


Quand on ose enfin s'asperger le cou du liquide au violet profond, on est d'abord surpris, puis presque déçu par cette douceur douillette et timide, de laquelle s'échappent quelques notes à peine poivrées, enveloppées d'un bouquet floral poudré, coquet et désuet, que l'on pourrait presque croire sorti d'une collection de parfums disparus de l'Osmothèque.
Pour quelqu'un qui dit ne pas s'intéresser aux autres parfums, et notamment aux classiques, Serge Lutens a choisi, sans doute involontairement, (ou serait-ce encore par jeu ?) un parfum qui sonne finalement très "rétro".

L'œillet tel qu'on le connait chez le fleuriste ou par de plus ou moins "soliflores" comme Dianthus, Bellodgia, ou L'Air du Temps n'est pas franchement identifiable dans ce vitriol, dans lequel il a été déformé, dilué dans d'autres notes, en particulier le poivre (noir et rose) qui prend ici le dessus dans la course aux épices. L'accord floral, rose, violette, jasmin, poudré, en serait presque "dadame", s'il n'était enrobé en arrière plan par l'habituelle touche Lutensienne, à base de bois secs et musqués, et de prune douceâtre et légèrement confiturée.

Vitriol Sombre - copyright Emilie


Vitriol D'Œillet constitue donc un parfait hybride entre un certain revival des accords classiques (faisant ainsi une suite honorable au Bas de Soie et sa Jacinthe Chanelisante) passé à la moulinette de ce qui fait le fond de commerce du Palais Royal : cette patte olfactive boisée-confite, unique, si caractéristique, qui peut par  moment lasser ou se faire oublier...

Au final, ce vitriol, sans être extraordinaire, se porte avec plaisir, mais je le verrais davantage en journée, lorsqu'on a juste envie d'être chic et sobre, et de ne pas s'embarrasser d'un compagnon trop envahissant, plutôt que pour les grands soirs de séduction intensive...

jeudi 1 septembre 2011

Baiser Volé - Cartier : Particule de Vie

Quand Lisbeth arriva en trombe dans son appartement du 5ème, elle se jeta furieusement sur son canapé en cuir blanc cassé. Ses pieds lui faisaient mal, et sa respiration saccadée lui faisait émettre de drôles de bruits, comme des hoquets de rage.

Elle mit sa tête dans ses mains, et imita la posture de cette actrice qu’elle avait vue au cinéma deux jours auparavant avec Mimiche. Oui, bon, ok, c’était cliché, mais essuyer ses larmes d’une autre manière ne lui serait pas venu à l’esprit. Son maquillage était foutu, c’était sûr. Elle releva la tête, son regard était rouge, et les mèches qui lui parsemaient le front paraissaient sales, folles. Vanité ! Comme si un metteur en scène de pathétiques comédies romantiques avait prémédité la scène, elle se retrouva en face d’un vieux miroir au cadre faussement doré écaillé. Le reflet la montrait, elle, désœuvrée, perdue, abandonnée ; ainsi que sa robe blanche légèrement froufrouteuse – mais pas trop – et son petit voile qu’elle avait piqué à Kate. Elle poussa un cri. Et dans un geste d’ultime désespoir, elle prit le vase en verre posé sur le petit meuble installé face au miroir et le fracassa par terre. Prise au dépourvue, elle me jeta. Violemment. Elle me jeta sans même me regarder. Comme un vulgaire morceau de chiffon à motif pique-nique. Moi. Elle me jeta comme elle avait jeté sa journée. Mon voyage dans les airs dura quelques instants qui – pour continuer dans le film de bas étage – me semblèrent une éternité.
Je vins frapper la fenêtre dans un bruit sourd et étouffé, je me sentis exploser et je me fracassai contre le sol, dans une ultime décharge.

Lys
Je quittai dès lors mon corps. Je me sentis voler, perdre mon attache. Moi, petite particule. En suspension dans l’air, je distinguais ce vieux bouquet abandonné. Un bouquet de lys, qui demeurait ma dernière dépouille. Quelle vie quand même ! Cette impression de mauvais drame revint. Je voyais défiler ma vie. Pathétique. Cependant, quel vécu ! On ne croirait pas comme ça, mais être une petite particule de pistil de lys, c’est quelque chose ! Tu passes ta vie au sein du cocon blanc, protégé, choyé et adoré par tout le monde : ta fleur, les nez, l’air et les petits êtres visiteurs.

Au ralenti, je me voyais m’éloigner de ce lys dont je constituais l’essence. Pauvre de lui. Flottant perdu dans les airs, je me demandais où diantre j’allai bien atterrir. Finalement, je n’étais pas si mal. Invisible dans l’air de la chambre du 5ème, je côtoyais particules d’eau, d’air et de vie. Comme des humais dans un métro parisien aux lueurs du jour, beaucoup ne me regardaient pas. Je les voyais se presser, invisibles aux yeux des autres, pour assurer « leurs fonctions ». Leurs fonctions. Attention, ça ne rigole plus. Mesdemoiselles H2O s’en vont faire exploser la vie. Dans toute leur prétention, elles m’éclaboussèrent légèrement au passage, mais je comptais bien ne pas me laisser piétiner par elles ! C’est alors que j’accrochai le regard des autres petites molécules. Les molécules vertes. Celles là étaient d’un charme et d’une politesse à faire rougir plus d’un Dom Juan en pamoison. On se regardait ensemble, on se prenait dans la main, le temps d’une petite ronde.

Cependant, la pesanteur me ramena à la dure réalité. Je n’étais pas faite pour rester à flirter avec l’air et ses molécules légères. Non, moi petit pistil en liberté, je devais retomber et toucher à nouveau ce sol qui m’avait fait naitre. Je me sentais dégringoler. Je craignais le pire pour la chute. Cependant mes craintes furent vite oubliées : je me retrouvais dans un petit duvet, une sorte de matelas informe et doux. C’est étrange. On dirait… un gros pinceau. Un… Mais oui ! Un pinceau à poudre de maquillage ! Quelle chance ! Me voilà lové dans du maquillage aux accents délicieusement rétro. Echarpes à plumes, maquillage contrasté et robes de soirées éclairées par les flash explosifs, la belle vie pour une particule de lys c’est ça.
Je commençais à m’installer dans ce que je croyais être ma future délicate routine, espérant presque rejoindre mes ancêtres des années folles, quand mon petit monde fut bouleversé. C’est que Lisbeth en avait fini de s’apitoyer sur elle-même et son mariage catastrophique. Dans une vague de précipitation et de fureur froide, elle se leva d’un bond presque altier. Elle arracha son voile ridicule ainsi que ses rêves de petite fille : Lisbeth prit son sac à main et y fourra papiers et maquillage. Bien évidemment, je fus embarquée.

J’entendais ses pas lourds et précis amortis par la fausse moquette de l’étage, et je ressentis une véritable décharge lorsqu’elle enfonça le bouton de l’ascenseur avec une vigueur jamais vue.
Une minute et quarante seconde plus tard, elle martelait de ses talons le bitume de sa rue. Il était sur le trottoir d’en face et il l’attendait. Je ne le voyais pas distinctement. Une chose était sûre : cet homme souriait. Lisbeth retroussa un carré de soie sur sa tête et lança un ultime et discret regard d’appréhension en arrière, comme pour vérifier quelque chose…

Elle s’approcha de l’homme que je n’arrivais pas à distinguer. Ils étaient complices, et venaient de m’en fournir la preuve : ils venaient de s’échanger un baiser. Un simple baiser volé.
J.

jeudi 2 juin 2011

L'Heure Défendue : La Traversée de deux mondes - Jeu Concours !

Tout l'univers du chocolat s'ouvrait à moi. Poudre de cacao, chocolat noir, blanc, au lait, avec des noisettes grillées entières, à la menthe, ou encore en forme de terrain de skate (assez étrange cette nouvelle tendance d'ailleurs...). J'aurais pu jouer sur la mode sensuelle-chic des pub de chocolat noir intense (ou comment il est nécessaire de déshabiller une brune bronzée sur un fond noir, avec une musique lancinante et des éclats de poudre dorée, le tout pour vendre une tablette de chocolat).

Chocolat en forme de terrain de skate
Ou alors j'aurais pu jouer sur le côté régressif de la matière : le bouchon de Maurice poussé trop loin, la petit fille trop mignonne qui enseigne au papa comment manger son gâteau au chocolat, la poudre de cacao qu'on doit mettre dans le lait chaud le matin (mais non, désolé, team thé pour moi).

Ou bien, dernière option, à moi l'univers du Mon Chéri et du Ferrero Rocher, entre luxe, fête et volupté.

Car le chocolat, s'il est synonyme de repos, de petit plaisir et de subtilité gustative, peut aussi être le grand ami du perfumista. Il joue sur plusieurs tableaux : le sensuel, pour le chocolat noir intense, le gourmand pour le chocolat au lait, accompagné de diverses petites décos croquantes (éclats d'orange, de framboise, de riz, le tout déclinable à l'infini) et surtout, le jeu sur les récoltes. Des années à cacao comme des années à tubéreuse. On constate pourtant que le chocolat semble assez boudé par les amateurs. Il n'y a qu'à voir Angel, grand vainqueur des années 90, bien que victime de sa réputation. Bornéo 1834, de Serge Lutens, est lui plus reconnu pour son patchouli terreux et croquant, que pour sa note cacao extrêmement fidèle. Et je trouve ça relativement dommage.

D'ailleurs, lorsque j'ai lu les articles sur la naissance de L'Heure Défendue sur Ambre Gris et Grain de Musc, je suis resté non pas sceptique, mais disons moins emballé que pour L'Heure Fougueuse (*vénération*). Du chocolat, aussi réaliste soit-il, reste du chocolat. Il ne fait pas parti de mes amis - gustativement parlant (ok, un carré par-ci par-là ne se boude pas. Mais bon, sans plus, quoi !). Pourtant, c'est étrange car Angel et moi nous adorons de manière fusionnelle, et Bornéo 1834 me fait de l'œil à chaque fois que je lui sers le vaporisateur...

Poudre de Cacao

Alors je l'ai porté, cette Heure Défendue. Avec elle, on plonge direct dans l'océan de chocolat marron avec une note alcoolisée, mais surtout une note trèèès... poudrée ! Comme le dit Dame D'Ambre Gris, le cacao se fait oublier assez rapidement. Le morceau de chocolat intensément dosé que L'Heure Défendue a dégusté s'est fait avaler, et arpente maintenant des cavités sombres, avec des effets de miroirs, de reflets vers le monde intelligible. Une sorte de voyage dans le corps du parfum. La note poudrée est réellement la plus visible, et donne de l'éclat, du brillant, à une composition qui paraissait puiser dans le noir. Le noir et le brillant, après le noir et blanc de L'Heure Mystérieuse. En sortant de ce tunnel sombre et légèrement râpeux, Mathilde Laurent nous transporte ensuite dans un paysage aride, où on croirait sentir quelques herbes sèches, dans un paysage au climat aride, à la luminosité incandescente.

Terre Rouge d'Australie
L'Heure Défendue est une sorte de couloir surnaturel où, grâce à la fève de cacao, on passe d'un monde sombre, aux murs craquelés et râpeux, vers un monde sec, à l'aspect poudré et chaud. Un bois chaud et de l'immortelle aux teintes oranges et sombres dominent alors la composition. Partir avec L'Heure Défendue une journée, même à très faible dose, revient à s'aventurer avec une flopée d'autres parfums, car sa présence est incroyable, et réduit à néant tout autre matière olfactive ! Les gens se retournent sur votre sillage et vous regardent, intéressés par la réminiscence régressive, mais en même circonspects par l'absence de notes évoquant cette délicate poudre blanche dont usent et abusent nos chers sucraillons mainstream.

Et puisque L'Heure Défendue est le parfum préféré de Josiane, j'ai nommé la teneuse du stand Cartier des Galeries La Fayette, et qu'elle adore au plus haut point cette Heure, elle a tenu a m'en donner deux échantillons, que je mets en jeu, pour que vous puissiez découvrir cet étonnant parfum !
Evoquez à votre tour : soit votre rapport au chocolat, soit un parfum qui agit comme un tunnel entre deux mondes totalement distinct, ou alors tout simplement ce que vous attendez de cette Heure de Cartier. Nous tirerons au sort dimanche ou lundi les deux gagnants qui remporteront chacun un échantillon de 4ml de L'Heure Défendue !

Ils vous attendent pour embarquer !!!
5 candidats, 2 échantillons. Ma petite soeur a ainsi sélectionné les deux petits papiers chiffonnés. Et nos deux gagnants sont... [on met toujours le suspens, mais en fait, à l'écrit ça sert un peu à rien ^^] -> Zab63 et Moonlight ! Bravo à vous deux, et merci aux autres participants, qui pourront se rattraper surement lors de prochains petits jeux !
Envoyez moi un petit mail =)

Bonne semaine !

J.

jeudi 16 décembre 2010

L'Heure Bleue : Mamie-fourrure /VS/ le sillage d'une bougie.

Par Phoebus.

Attention danger, monument de la parfumerie Française. Il faut bien choisir ses mots, là. The Parfum, avec un P majuscule pour la quasi totalité des perfumistas, ça peut faire un énorme retour de flamme si je me plante. Donc on va dire...Mmh...Tiens, pourquoi pas la même chose que 99% de la blogosphère à son sujet ? [Dans le genre je prends pas de risques]. Laissez moi une minute pour préparer mon air ému. Voilà. Ah, l'Heure Bleue ! C'est un mythe, c'est à vous couper le souffle, c'est un chef d'œuvre, c'est-la-vraie-parfumerie-Guerlain-d'autrefois-parce-que-maintenant-Guerlain-c'est-n'importe-quoi-ça-part-dans-tous-les-sens-et-puis-de-toute-façon-ils-ont-reformulé-l'Heure-Bleue-mais-c'est-pas-grave-je-l'adore-quand-même !




Je vais commencer par préciser que je n'ai absolument AUCUN lien affectif avec ce parfum, ce qui est plutôt rare et me donne un point de vue assez différent de celui des autres blogs (en bref si vous adorez ce parfum et que vous n'êtes pas capable d'en lire une critique un tant soit peu négative sans vous énerver dans un commentaire élaboré me disant en quoi et pourquoi je me trompe, passez votre chemin, j'ai mieux à faire). On peut remarquer qu'en général ses adorateurs ont toujours connu un être cher qui a porté l'Heure Bleue... Et la magie des associations a éventuellement saupoudré des étincelles d'affections dans le flacon, ce qui conditionne d'avance à aimer ce parfum. Mes grand-mères à moi ne se parfumaient pas (peu de gens se parfument dans ma famille en fait...) et j'ai découvert l'Heure Bleue tout seul l'an dernier, en étant émerveillé par les commentaires d'Auparfum.
Imaginez ma déception lorsqu'après avoir sentit la mouillette et fermé les yeux, j'ai vu de très très près le visage ridé d'une grand-mère édentée, sur fond de hurlement suraigu comme dans Scream. Parce que ce parfum, je le connais en fait. Depuis pas mal de temps. Je l'ai côtoyé tous les matins à l'arrêt de bus pendant mes années collège... Grâce à Mamie-Fourrure. Vous ne la connaissez pas mais elle prend toujours le bus en même temps que vous, elle se maquille comme une voiture volée et a peut-être tué à mains nues le dernier ours des Pyrénées pour confectionner son manteau. Enfin, d'après la rumeur. Mais surtout, surtout, elle cocotte à quinze kilomètres à la ronde un parfum tellement fleuri et saturé qu'on ne se doute même pas qu'il y a des fleurs dans le sillage. C'est ça l'Heure Bleue. Même si c'est un peu réducteur (car n'importe quel parfum appliqué par une main trop lourde parait corrosif pour les narines), ça m'a tout de même permit d'en saisir les défauts. Du moins, seulement les défauts de l'Heure Bleue Deuxpointzéro, le reformulé, pas la première version. Ce qui frappe le plus, c'est un espèce de déséquilibre, un trop-plein de note...En général, c'est ce schéma là (la surdose d'un composant) qui donne des "classiques" de la parfumerie. Le revers de la médaille, c'est que ces parfums sont souvent polarisants, vont créer autant d'addictions que d'allergies. Ici, c'est l'alliance d'une vanilline au rendu un peu cheap avec un œillet épicé qui me retourne l'estomac... Alors que d'autres plongeront la main dans un flacon grand format et s'en aspergeront en faisant le signe de croix comme si c'était de l'eau bénite. 

Sexy-mamie !


Mais je ne me laisse pas abattre si facilement (ça ou alors je suis un peu masochiste, à vous de voir) : j'ai ressenti encore et encore l'Heure Bleue à chacun de mes passages au Sephora, provocant l'incrédulité la plus totale des vendeuses. Même s'il ne me plaisait pas d'emblée, je voulais à tout prix savoir ce qui le rendait aussi incroyable aux nez des autres. L'originalité de la composition ? Ça oui, je suis d'accord, l'œillet n'est pas très très exploité en parfumerie...La qualité des matières première ? Alors là j'en doute, c'est en partie ce qui m'a déplu lorsque je l'ai sentit au début, mais une fois encore la reformulation a certainement fait des ravages... Pourquoi le qualifier de "grand vanillé" alors qu'il me paraissait plus fleuri qu'autre chose, et que la vanille, justement, n'était franchement pas ce qui relevait la composition ?

J'ai eu beau le porter plusieurs fois, je ne comprenais pas ce qu'il avait d'hors du commun, et je lui préférais de loin Shalimar...
En fait, j'ai trop intellectualisé mes ressentis. C'est comme un musicien qui, à force de trop analyser sa musique finit par ne plus la ressentir. La première fois que j'ai vraiment eu le souffle coupé par l'Heure Bleue, c'était il y a deux mois dans une laverie automatique. J'attendais que ma machine se termine, une jeune fille est entrée (pas très jolie, et mal habillée...Je précise parce qu'on risque de me sortir l'argument de la fraicheur physique alors que ce n'était pas du tout le cas). J'ai tout de suite pensé à une bougie à la vanille géante, tellement son sillage était épais, chaleureux et doux à la fois. Et c'était l'heure bleue, les étincelles d'œillet, c'est comme si c'était signé ! C'était vraiment incroyable, et le rendu n'était pas du tout pareil que l'eau de toilette que je connaissais. C'est là que je me suis frappé le front en me souvenant des différences entre les concentrations EDT, EDP...Et surtout l'extrait dont parle souvent Jeanne Doré. De plus, j'avais comme l'impression qu'elle avait tout de même eu la main légère, comme si les composants avaient la place de s'épanouir dans son sillage au lieu de s'encombrer et de se bousculer comme derrière Mamie-Fourrure...

C'est là que j'ai compris les qualités de l'Heure Bleue. Sa douceur infinie, sa chaleur, son côté cireux (qui remplace la vanilline à deux francs six sous) et surtout son immense pouvoir d'évocation. Un coucher de soleil, une table en formica imitation bois, des chants d'oiseaux cachés dans les arbres, une brise tiède, des fumets de soupe au poireaux, un tube de labelo, et des pieds nus dans l'herbe fraiche, un soir. 


(oui, ce sont bien mes orteils sur la photo).

 

Je ne peux pas dire qu'il soit devenu mon parfum préféré, il fait un peu les montagnes russes dans mon cœur (un jour je l'adore, le lendemain il m'écœurera...) mais il me touche, maintenant. Je le porte parfois. Et je me dis qu'il mérite vraiment son titre de classique, car il a réussit à me prouver sa valeur sans lien subjectif pour me conditionner à l'aimer, et surtout en allant à contre courant des codes parfumés avec lesquelles ma génération a grandit et est habituée. Donc Bravo !

samedi 27 novembre 2010

Lisptick Rose - Le parfum de Nana


Ah ! Nana ! Quelle femme !
Nana, beaucoup la connaisse grâce à Emile Zola, qui dans son roman éponyme décrit ses frasques dans le monde parisien.

Mais pour ma part, je la découvre grâce à un signe de présence particulier : son sillage. Oui, car à vrai dire, je n'ai vu qu'une seule fois Nana. Elle passait en coup de vent se poudrer une dernière fois le visage dans son magnifique appartement Haussmannien, à la décoration assez chargée. Car Nana est une femme moderne. Elle est toujours actrice, et désormais, en femme du monde accomplie, elle alterne entre les planches des théâtres les plus prestigieux, et les rues parisiennes. Nana est, d'un certain côté, un people sans l'être : elle fascine, mais personne n'arrive à la saisir. Elle correspond au type de personne qui semble disponible et attentionnée, mais est au final, elle paraît presque inaccessible. Comparée à ses cousines, les Fleurs du Malle, exister en harmonie avec Nana peut paraître totalement impossible. Et pourtant, elle galvanise quiconque la voit.

C'est bien beau tout ce que je raconte là, mais ça fait dix minutes que je reste sur le seuil de cette pièce chargée du sillage de Nana, à ne pas bouger, ébahi et plongé dans mes réflexions. Tout semble suspendu : rien ne bouge. L'odeur semble imprégner le lieu, mais forme en même temps un bloc. Disons que ce petit salon sans le sillage de Nana n'aurait eu qu'un charme limité, voir proche du néant.

Mon esprit me fait voir en filigrane l'image d'une Nana se repoudrant les joues avec une houppette ornée d'un petit noeud pastel, puis mettant un autre accessoire ultime : son rouge à lèvre. Doux, sensuel, tout était réuni pour me faire perdre dans mes pensées à nouveau. La vision qui me vient tombe surement dans le cliché, mais quand je reste dans cette pièce, je me revois fouiller dans les tiroirs de maquillage de ma mère, à sortir son bâton de rouge à lèvres, juste pour l'ouvrir et le sentir. Puis ranger le tout de la manière la plus proche possible et sans faire de bruit, comme si je n'avais rien touché.

Oui, c'est un peu une sorte d'amour interdit qui voit le jour. Espérons qu'il p... Oh ! J'entends des bruits de pas dans le couloir. Et mince, mince ! Les instincts de l'enfance reviennent : tout remettre en place, et partir silencieusement. Je m'y applique et je parviens à sortir du petit salon. Ca y est, je ferme délicatement la porte massive de la pièce, c'est bon !

Je me retourne et...

"Vous permettez"

Nana, dans un sourire immensément plaisant passe juste sous mon nez, l'oeil emplie de joie de vivre.

Nana, Manet