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dimanche 2 mars 2014

Infusion d'Iris, Prada - les premières bonnes impressions, et les secondes.

                                                                            Par Ph666ebus.



     Est-ce que le diable se parfume aussi en Prada ? Ce ne serait pas étonnant – et puis comme ça il aurait bon goût sur toute la ligne. C'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général, ses portes ne se ferment pas aux connards. On peut être antisémite et génie des fringues. On peut être misogyne et en même temps réalisateur de talent. Alors oui, peut-être que le diable porte infusion d'iris, perché sur des talons de douze, la beauté se fiche bien du karma. 



Par contre il parait qu'on ne peut pas jouer au foot et tromper sa femme en même temps, mais ça on s'en bat les civettes.
 


     Vous l'aurez deviné, j'ai regardé hier ce film cul-cul-te où une Anne Hathaway new-yorkaise bat des cils en trottinant derrière une Meryl Streep sans pitié, ses valeurs confrontées aux tentations égoïstes à chaque croisement de rue. Le tout sans renverser le double capuccino de sa patronne, et avec des looks d'enfer.

     Dans cet univers où la belle fringue est omniprésente, l'iris trottinait dans un coin de mon esprit. L'iris m'évoque toujours la souplesse d'un vêtement élégant et confortable - le plus souvent juste élégant, le plaisir de se sentir altier valant bien la souffrance. Tout dépend de la façon dont l'iris est traité, mais sa beauté reste en tout exemple une constante.

     Je retrouvais l'iris dans Meryl Streep, dans la couleur argent de ses cheveux, dans son attitude pincée, dans sa poigne et dans son menton levé. Dans sa réserve aussi : elle parle peu, elle s'impose.

     Infusion d'Iris partage cette conception de la présence, il est là, il est toujours là, il ne hausse pas le ton pour se faire entendre, il s'impose à nous en revenant quand il le décide.. Et parce qu'il est insaisissable, on ne peut ignorer ses rappels. 



I. AM. SO. FAB.


     Sobre et classe, une nouvelle idée du chic sans aldéhydes, c'est le parfum du je-ne-dis-rien-je-n'en-pense-pas-moins. Sous une lumière plus positive, on pourrait dire que c'est le parfum des premières bonnes impressions. Je l'ai porté pour visiter des appartements ou pour des entretiens d'embauche, car à mon sens il envoie tous les bons signaux : sobre sans manquer de personnalité, discret mais pas effacé, confortable mais pas décontracté. Bref, vendeur mais pas racoleur.

   

     Infusion d'Iris va aussi bien d'un côté du bureau que de l'autre, et je l'ai donc également retrouvé en Anne Hathaway. Dans la douceur de sa voix, dans son raffinement naturel (qui perce déjà sous les gros pulls informes du début), dans sa bonne volonté. Ainsi que, de manière intéressante, dans l'essence même de son personnage, qui tout au long du film voit son chemin croiser celui de la tentation, malmenant de plus en plus ses valeurs initiales. Car Infusion d'Iris isn't all about clean and chic and stuff. Passé les premières secondes aux accents cologne, le cœur installe son moelleux et sa propreté tout-comme-il-faut. Mais ceux qui le portent le savent, il flirte avec des notes un peu moins sages de peau chauffée au soleil, voir de "fond de baignoire". C'est ce qui fait une bonne partie de son intérêt, le sauve de l'ennui. Le propre et le sale sont des concepts qui n'existent que pour se répondre, et n'auraient aucun sens l'un sans l'autre, après tout.

     Attention, il ne sombrera jamais dans le musc sensuel, mais on sent que l'idée fait son chemin dans sa tête. En fait, Infusion d'Iris c'est un esprit chrétien qui contemple de sales idées et choisis d'y renoncer. C'est juste que la réponse physiologique est fatalement là : la peau chaude, ça se sent. 



     Infusion d'Iris est donc un exemple de vertu - et assurément déjà un classique intemporel - dans un monde qui aime la facilité. Il parait que d'autres iris sur le marché ont été plus faibles ces derniers temps, et ont succombé à la gourmandise ou aux fruits, vendant leur si belle âme au Diable ? Je ne compte pas prier pour celui qui est deuxième du classement des meilleures ventes françaises en 2013, j'imagine qu'il ne voit aucune raison de changer.      

     Je disais donc, c'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général. On ne sait plus si on doit juger la création ou ceux qui ont le mauvais goût d'en faire un succès.



Sur ce. Bon lundi !

dimanche 11 septembre 2011

Vitriol d'Oeillet - Lutens : Douceur Caustique

Chers lecteurs, les blogueurs font des pactes secrets lors de rendez-vous tenus secrets, dans des endroits éloignés de la société et mystérieux. Pendant une de ces nébuleuses entrevues, Jicky a lié une alliance avec la grande Jeanne Doré d'auparfum.com. Ainsi, vous pourrez lire l'article le dernier article sur Vitriol d'Oeillet écrit par Jicky sur auparfum, ici, et attention, vous avez intérêt à y aller, car un tireur d'élite vous surveille... En attendant je vous demande d'applaudir notre guest-star : Jeanne Doré !

Lorsqu'on lit le mot "vitriol" associé à "œillet", on peut vite être tenté d'imaginer un parfum qui va vous ronger la peau, entre les fumées d'acide sulfurique et les pointes acérées de clou de girofle, qui partage avec le dianthus caryophyllus l'odeur caractéristique de l'eugénol. Un méchant parfum qui vous attaquerait par surprise en vous plantant ses griffes dans la nuque ?

Vitriol du côté de Wallace - copyright Emilie


Quand on ose enfin s'asperger le cou du liquide au violet profond, on est d'abord surpris, puis presque déçu par cette douceur douillette et timide, de laquelle s'échappent quelques notes à peine poivrées, enveloppées d'un bouquet floral poudré, coquet et désuet, que l'on pourrait presque croire sorti d'une collection de parfums disparus de l'Osmothèque.
Pour quelqu'un qui dit ne pas s'intéresser aux autres parfums, et notamment aux classiques, Serge Lutens a choisi, sans doute involontairement, (ou serait-ce encore par jeu ?) un parfum qui sonne finalement très "rétro".

L'œillet tel qu'on le connait chez le fleuriste ou par de plus ou moins "soliflores" comme Dianthus, Bellodgia, ou L'Air du Temps n'est pas franchement identifiable dans ce vitriol, dans lequel il a été déformé, dilué dans d'autres notes, en particulier le poivre (noir et rose) qui prend ici le dessus dans la course aux épices. L'accord floral, rose, violette, jasmin, poudré, en serait presque "dadame", s'il n'était enrobé en arrière plan par l'habituelle touche Lutensienne, à base de bois secs et musqués, et de prune douceâtre et légèrement confiturée.

Vitriol Sombre - copyright Emilie


Vitriol D'Œillet constitue donc un parfait hybride entre un certain revival des accords classiques (faisant ainsi une suite honorable au Bas de Soie et sa Jacinthe Chanelisante) passé à la moulinette de ce qui fait le fond de commerce du Palais Royal : cette patte olfactive boisée-confite, unique, si caractéristique, qui peut par  moment lasser ou se faire oublier...

Au final, ce vitriol, sans être extraordinaire, se porte avec plaisir, mais je le verrais davantage en journée, lorsqu'on a juste envie d'être chic et sobre, et de ne pas s'embarrasser d'un compagnon trop envahissant, plutôt que pour les grands soirs de séduction intensive...