dimanche 2 mars 2014

Infusion d'Iris, Prada - les premières bonnes impressions, et les secondes.

                                                                            Par Ph666ebus.



     Est-ce que le diable se parfume aussi en Prada ? Ce ne serait pas étonnant – et puis comme ça il aurait bon goût sur toute la ligne. C'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général, ses portes ne se ferment pas aux connards. On peut être antisémite et génie des fringues. On peut être misogyne et en même temps réalisateur de talent. Alors oui, peut-être que le diable porte infusion d'iris, perché sur des talons de douze, la beauté se fiche bien du karma. 



Par contre il parait qu'on ne peut pas jouer au foot et tromper sa femme en même temps, mais ça on s'en bat les civettes.
 


     Vous l'aurez deviné, j'ai regardé hier ce film cul-cul-te où une Anne Hathaway new-yorkaise bat des cils en trottinant derrière une Meryl Streep sans pitié, ses valeurs confrontées aux tentations égoïstes à chaque croisement de rue. Le tout sans renverser le double capuccino de sa patronne, et avec des looks d'enfer.

     Dans cet univers où la belle fringue est omniprésente, l'iris trottinait dans un coin de mon esprit. L'iris m'évoque toujours la souplesse d'un vêtement élégant et confortable - le plus souvent juste élégant, le plaisir de se sentir altier valant bien la souffrance. Tout dépend de la façon dont l'iris est traité, mais sa beauté reste en tout exemple une constante.

     Je retrouvais l'iris dans Meryl Streep, dans la couleur argent de ses cheveux, dans son attitude pincée, dans sa poigne et dans son menton levé. Dans sa réserve aussi : elle parle peu, elle s'impose.

     Infusion d'Iris partage cette conception de la présence, il est là, il est toujours là, il ne hausse pas le ton pour se faire entendre, il s'impose à nous en revenant quand il le décide.. Et parce qu'il est insaisissable, on ne peut ignorer ses rappels. 



I. AM. SO. FAB.


     Sobre et classe, une nouvelle idée du chic sans aldéhydes, c'est le parfum du je-ne-dis-rien-je-n'en-pense-pas-moins. Sous une lumière plus positive, on pourrait dire que c'est le parfum des premières bonnes impressions. Je l'ai porté pour visiter des appartements ou pour des entretiens d'embauche, car à mon sens il envoie tous les bons signaux : sobre sans manquer de personnalité, discret mais pas effacé, confortable mais pas décontracté. Bref, vendeur mais pas racoleur.

   

     Infusion d'Iris va aussi bien d'un côté du bureau que de l'autre, et je l'ai donc également retrouvé en Anne Hathaway. Dans la douceur de sa voix, dans son raffinement naturel (qui perce déjà sous les gros pulls informes du début), dans sa bonne volonté. Ainsi que, de manière intéressante, dans l'essence même de son personnage, qui tout au long du film voit son chemin croiser celui de la tentation, malmenant de plus en plus ses valeurs initiales. Car Infusion d'Iris isn't all about clean and chic and stuff. Passé les premières secondes aux accents cologne, le cœur installe son moelleux et sa propreté tout-comme-il-faut. Mais ceux qui le portent le savent, il flirte avec des notes un peu moins sages de peau chauffée au soleil, voir de "fond de baignoire". C'est ce qui fait une bonne partie de son intérêt, le sauve de l'ennui. Le propre et le sale sont des concepts qui n'existent que pour se répondre, et n'auraient aucun sens l'un sans l'autre, après tout.

     Attention, il ne sombrera jamais dans le musc sensuel, mais on sent que l'idée fait son chemin dans sa tête. En fait, Infusion d'Iris c'est un esprit chrétien qui contemple de sales idées et choisis d'y renoncer. C'est juste que la réponse physiologique est fatalement là : la peau chaude, ça se sent. 



     Infusion d'Iris est donc un exemple de vertu - et assurément déjà un classique intemporel - dans un monde qui aime la facilité. Il parait que d'autres iris sur le marché ont été plus faibles ces derniers temps, et ont succombé à la gourmandise ou aux fruits, vendant leur si belle âme au Diable ? Je ne compte pas prier pour celui qui est deuxième du classement des meilleures ventes françaises en 2013, j'imagine qu'il ne voit aucune raison de changer.      

     Je disais donc, c'est ça qui est fascinant avec le parfum, avec l'art en général. On ne sait plus si on doit juger la création ou ceux qui ont le mauvais goût d'en faire un succès.



Sur ce. Bon lundi !

vendredi 14 février 2014

Billet Golden Edition Saint Valentin 2014 numéro spécial Philtres d'Amour.

..Vivement la saint Phoebus.







     Telle la marmotte qui s'éveille de l'hibernation, et à l'instar de l'hirondelle qui annonce le printemps, il ne nous est pas permis d'oublier : c'est la saint Valentin aujourd'hui. Merci Nocibé.




(l'hibernation ayant commencé assez tard, juste après les messages-promos de noël bien sûr).





     Disclaimer : je n'écris pas ici pour dénoncer le caractère commercial de cette fête. D'ailleurs j'aime cette fête. J'aime qu'il y ait des évènements débiles, simples et réjouissants pour égayer la longueur de l'hiver, pour donner des saveurs différentes à chaque mois. J'aime qu'il existe des évènements qui nous touchent et nous relient tous, mais qui ne soient pas graves et sérieux. Je trouve ça sain et autrement fédérateur.



     Alors certes, le sceau du fric s'est imposé pour sceller les lettres d'amour, mais ce n'est pas une raison valable pour rejeter l'évènement : vous pouvez le vivre sans dépenser un centime. Mais par pitié vivez-le au second degré ! Ce n'est PAS une fête sérieuse. En couple, n'allez pas vous ruiner pour marquer le coup mais tentez quand même les chandelles pour poser l'ambiance en mangeant eyes-to-eyes vos pâtes au gruyère. Célibataires, n'en faites pas tout un fromage et ne voyez pas de pression sociale là où il ne devrait pas y en avoir. C'est l'occasion de regarder une comédie romantique naze entre amis (l'alcool peut faire passer la pilule si c'est vraiment un navet) ou de tout simplement sortir faire la fête à la love night du macumba du coin, exactement comme quand vous hésitiez à Halloween entre une soirée déguisée et un marathon Saw.



     Mais revenons-en à Nocibé, qui est loin d'être la seule enseigne à agiter des promotions sous le nez des amoureux étourdis. On ne va pas leur en vouloir de tirer sur la corde (ici encore je ne dénonce rien). Ils ont même particulièrement intérêt à surfer sur la vague, parce que le parfum est avec les fleurs et le chocolat un cadeau très traditionnel de la Saint Valentin pour les femmes.


     C'est un peu plus compliqué pour les hommes, rien ne se dégage vraiment. Les nocisepharionnaud tentent de créer la demande côté parfum, j'ai vu l'an dernier des présentoirs qui réunissaient J'Adore et le buste de Fleur du Mâle avec des petits coeurs tout autours, ainsi que d'autres duos qui étaient censés être complémentaires (souvent c'était plus parce que les couleurs des flacons ne juraient pas côte à côte...), histoire de donner des idées. Les marques de parfum elles-mêmes jouent le jeu à la racine, en lançant des versions homme ou femme du premier succès. Alors je ne pense pas que Pour Monsieur de Chanel était étudié et communiqué pour être l'amant du N*5 (on parlait peut-être plus de "l'homme Chanel", à l'époque, c'était plus un rapport individuel d'identité avec la marque ? Je ne suis pas expert de l'époque ni de la question, éclairez moi dans les commentaires). En tout cas aujourd'hui le positionnement d'un parfum visant les jeunes se fait fréquemment en fonction de la version du sexe opposé, on les présente ensemble dans une pub passionnée ou sexy : pensez One Million/Lady Million, Black XS LUI/ELLE, Amor Amor/Amor pour Homme, Lolita Lempicka/Lolita Lempicka Au Masculin, Angel/A*Men. Il y a comme une évidence tracée pour la jeune femme, qui ne connait pas les goûts de son compagnon (qui lui même ne les connait souvent pas), elle sait juste qu'il aime quand elle porte son parfum et, oh, il y a une version masculine ? Banco.


 
Tant de choses nous rapprochent. On aime tous les deux claquer des doigts.




     Parce qu'il peut tour à tour troubler les sens ou évoquer des souvenirs d'intimité, le parfum est indissociablement lié à l'amour dans l'inconscient collectif. Le positionnement publicitaire aujourd'hui est binaire, romantique ou sexy (chez les hommes c'est uniquement sexy, parce que les hommes sont forts et puissants et que les sentiments c'est pour les filles, et même que c'est un stéréotype de genre auquel on tient, et même qu'il faut garder des publicités 4x4 de mecs torses-nus dans la rue mais interdire le livre Tous à poil dans les bibliothèques). On nous vend le parfum comme un philtre d'amour qui fera chavirer toutes les tchaïs dans les escaliers



Non, cet homme n'est pas nu sous son slip.







     EH BIEN JUSTEMENT EN PARLANT DE PHILTRES D'AMOUR FIGUREZ-VOUS...


     ...

     ... Voilà, maintenant je peux vous avouer que j'ai écrit tout cet article juste pour vous parler de 20 lignes dans Harry Potter et le prince de sang-mêlé (vous vous y attendiez pas hein ? Amour, action, suspens, et rebondissements sur J&P, ne zappez pas).




Toi aussi recycle tes flacons cloche Serge Lutens pour y mettre tes potions.






     JE DISAIS DONC FIGUREZ-VOUS. Figurez-vous. Qu'il existe un philtre d'amour dans Harry Potter, répondant au doux petit nom d'Amortentia, et qui de manière assez intéressante, exhalerait pour chacun et en vrac les odeurs qui nous touchent le plus. Alors évidemment On ne pense pas que le tout formerait un parfum construit idéal comme on en rêverait, il s'agirait plutôt d'une vaste explosion de madeleines de Proust, de goûts alimentaires et d'odeurs, corporelles ou directement liées (par exemple... via un parfum) à la personne qui nous attire.







Horace Slughorn : Vous l'avez identifiée, je suppose, grâce à sa couleur nacrée caractéristique ?

Hermione Granger : Et à sa vapeur qui s'élève en spirales très reconnaissables. On dit qu'elle a une odeur différente pour chacun de nous, selon ce qui nous attire le plus. Moi, je sens un parfum d'herbe fraîchement coupée, de parchemin neuf et...

Ses joues rosirent un peu et elle préféra ne pas terminer sa phrase.
 
— Premier cours de potions de sixième année





     Aaaaaaaaah, bah, clairement là on est loin de la fougère aromatique ou du boisé-hespéridé hein ? Il faut bien plus que claquer des doigts parfumé de One Million pour faire tomber Emma Watson – ou n'importe qui d'autre, en fait.

     Sur la fin, Hermione y sent quelque chose de difficile à avouer. Sans doute un élément un peu tabou : une odeur corporelle, une transpiration légère, un cuir chevelu ? C'est vrai qu'on garde pour soi ce genre de détails qu'on affectionne, car c'est communément admis comme "sale", pourtant lorsque cela émane d'une personne qu'on aime, c'est peut-être l'un des souvenirs les plus précieux. Il semblerait donc que les points de suspension fassent référence au musc personnel vintage de Ron après un entrainement de Quidditch.



     Un peu plus loin, on a le sentiment masculin d'Harry sentant l'Amortentia : "la tarte à la mélasse, l'odeur du bois des manches à balai et un arôme de fleur qu'il pensait avoir déjà senti au Terrier"

     Ce dernier élément est moins troublant et bien plus propre. Normal : la potion lui révèle avant qu'il ne le réalise lui même, les sentiments inconscients qu'il éprouve pour Ginny. Et on peut en déduire deux choses.


fleur blanche non-contractuelle.*



     PRIMO : Ginny est quand même LA perfumista de la saga (you gooo sister), son parfum est le seul dont on parle sur 7 bouquins, je mise à fond sur un gardénia*. 

     SECUNDO : contrairement à Ron, ce n'est pas son odeur corporelle qui est retenue par Harry mais son parfum. L'accessoire se substitue au principal, l'inconscient de Harry a imprimé sans se poser de question que ce parfum = Ginny. Ce qui est intéressant et illustre très bien le vecteur sentimental que peut incarner un parfum tout simple.





     Anyway, je terminerai par rappeler :



Horace Slughorn : Bien sûr, l'Amortentia ne crée pas vraiment un sentiment d'amour. Il est impossible de fabriquer ou d'imiter l'amour. Non, elle produit simplement une forte attirance ou une obsession. C'est sans doute la plus puissante des potions qui se trouve dans cette salle.



     Vous voyez ? Si même dans un monde où des dragons crachent du feu les philtres d'amour n'existent pas, n'espérez rien de votre Hypnotic Poison.




BONNE SAINT VALENTIN A TOUS.




mardi 4 février 2014

"Si tu ne finis pas ton assiette"

"Si tu ne finis pas ton assiette, tu ne sortiras pas de table !"

The Tree of Life, T. Malick
Parfois je songe à la vigueur primitive de l'odorat, sa capacité à figurer par l'odeur la comestibilité - ou non - d'une chose. Je sens par un flash immédiat l'odeur de la sardine collée sous mes ongles deux jours après ce si long repas où je ne pouvais pas quitter la table avant que l'assiette soit vide. Manger. Cette odeur - cette puanteur ! - ne pouvait pas évoquer quelque chose de sain. Certes, les doigts fouillent partout, mais autant j'étais capable d'apprécier la pellicule moite qui se fondait au métal hurlant de mon jeu de clef, avec son odeur de cire, de rouille tout juste réveillée et presque piquante, de sel sur macadam humide ; autant celle des restes de sardines ne m'évoquait que le rejet. Et je vous fais grâce de la bouillie olfactive lorsqu'il fallait ensuite éplucher les clémentines, et qu'aux carcasses infusées sous les ongles venaient s'ajouter des envolées grinçantes qui ne faisaient que raviver les piqures sous-marines. Pourquoi est-ce que l'odorat ne s'arrête qu'à la nourriture ? Vivre ? Mais... mais respirer c'est plus important non ? Et boire ? Boire c'est plus important ! Et quoi de plus inodore que l'air pur que l'on respire, qui décrasse l'intérieur du corps et vient chatouiller chaque parcelle de peau à chaque bouffée ? Quoi de plus inodore que l'eau que l'on boit et qui vient danser hasardeusement de notre palais à notre gorge pour finalement réchauffer un estomac qui ne demandait qu'à tromper l'ennui ?

Alors que les aliments sont si compliquées à sentir. Rien ne va. On sait depuis Must et Obsession que la note verte sur l'accord oriental c'est dégueulasse, et on aura beau vouloir lier le tout à un accord floral, innover dans toute notre prétentieuse jeunesse, c'est cacophonique, c'est tout. Par contre, déglutir une bouchée de haricots verts avec une cuisse de poulet fraîchement farcie, ça ne choque personne, tout va bien. Déjà, monsieur, il manque un beau coeur qui viendra fondre tes deux affaires. Et par pitié, donne une assise à ta note ! Non mais c'est quoi ces trois herbes qui se battent en duel sur ta volaille ? Regarde là celle là, elle est en train de chercher vainement une matière grasse pour déverser sa vergogne aromatique, là où le mordant du haricot reste dans son monde peuplé de gazon, d'écorces et de rosée. L'autarcie, voilà ce qui lui faut à ton haricot.

The Tree of Life, T. Malick

Quand je pense que les arbres n'ont pas à se taper les remugles de vinaigre crépitant, les chèvres chauds, ces bourreaux qui harnachent chacun de mes nerfs olfactifs à une poutre brune tachée de pourpre. Et les arbres ? Ils sentent les arbres ? Nan parce que eux, hormis l'air, le Soleil et l'eau ils sont pépères quoi... Mais attends, quand je porte Mitsouko, les arbres ne me sentent pas tu veux dire ? Attends attends... Comment ça ? Ca va faire vingt ans que je leur fais des clins d'oeil appuyés et eux, grands seigneurs, n'arrivent même pas à cerner l'anecdote parfumée ? Et tout ça parce qu'ils n'ingèrent pas. C'est pas juste pour eux. Est-ce une contrepartie ? Parce qu'ils échappent aux laids orientaux verts de la gastronomie, on leur ôte leur odorat ?
Mais les arbres, il y a plein de choses qu'ils ne font pas mais que nous nous faisons. Pourquoi avoir touché à l'odorat ? Et si moi il y a des choses que je ne fais pas et que les autres font, on va m'enlever l'odorat tu penses ? Mais dis papa, pourquoi alors est-ce que les arbres ils ne me sentent pas ? En fait, j'ai compris. L'air et l'eau servent à vivre, ça on est d'accord. Manger, ça me permet juste de garder mon odorat. "Si tu ne finis pas ton assiette, tu ne sortiras pas de table !". Je m'en fous en fait, j'ai la fenêtre en face de moi et le Soleil est toujours là. Et au pire après c'est la nuit aux lueurs noires teintées d'orangé.
"Si tu ne finis pas ton assiette, tu ne sentiras plus la table !".
D'accord papa.
J.

mardi 31 décembre 2013

Les non-résolutions du perfumista 2014 !

Ce soir je compte sur vous pour abuser de l'alcool des parfums (et de rester prudent avec l'autre alcool chelou ;) pour accueillir avec entrain cette année 2014 et faire de gros poutous d'adieu à 2013 !

Bien sûr, ici, nous vous souhaitons les choses les plus merveilleusement parfumées pour l'année à venir. Pour un aperçu de 2013, je vous invite à lire le top de Grain de Musc, la rétrospective à venir de Musque-Moi ! et de suivre la page facebook de l'Olfactorama qui va bientôt révéler les noms des précieux nominés... Pour nous, l'article de fin d'année est un peu malvenu cette année, étant donné que nous avons vraiment beaucoup moins écrit. Néanmoins, je vais pour ma part essayer d'avoir un rythme un petit plus soutenu pour 2014. Une résolution ? Mais... une résolution que je ne tiendrai pas ?

Peut être après tout. En tout cas, j'ai plusieurs autres résolutions que je ne tiendrai pas...

Batman Returns - Fête !

En 2014, je me parfume qu'avec un seul et unique parfum. Tous les jours.
En 2014, je me mets aux [flankers] Sport.
En 2014, j'arrête les fumés. (adieu, Treizième Heure).
En 2014, j'arrête de parler de Guerlain.
En 2014, je ne teste pas plus de trois parfums au Sephora, parce que sinon après je sature.
En 2014, je ne porte que des parfums masculins.
En 2014, le maltol et ses dérivés sont des matières premières comme les autres.
En 2014, je recopie des dossiers de presse à la place de me casser les pieds à faire des billets plus construits.
En 2014, je divorce avec Mathilde Laurent.
En 2014, je me parfume pour séduire uniquement (qu'avec des masculins Sport pas fumés, vous l'aurez compris).
En 2014, j'arrête de faire le dictateur quant au choix de parfums de mes proches.
En 2014, je n'achète aucun flacon avant d'avoir fini celui en cours.
En 2014, je crois à ce que me racontent les gens de chez Dior.
En 2014, François Demachy is the new Mathilde Laurent #MariagePourTous.
En 2014, j'adopte le langage binaire "ça sent fort/c'est frais".
En 2014, je ne mets que des orientaux en hiver.
En 2014, j'apprends par coeur la liste de tous les flankers Givenchy depuis 2001. (et, grand seigneur, je vous laisse ceux d'Amor Amor).
En 2014, Iris Silver Mist est un parfum comme les autres.
En 2014, j'arrête d'errer dans Paris comme un ectoplasme à la recherche de parfum à vampiriser pour continuer à vivre.
En 2014, je reconnais mon attirance olfactive pour les jus de fruit, les paquets de bonbons, les caramels périmées, les salades de fruits douteuses, les bouillies blédina signées Dior, les shampoings et les grosses fougères qui tâchent.
En 2014, j'arrête de dire du mal des Caron.
En 2014, j'arrête les crises d'insomnie les veilles de lancements importants.
En 2014, je reconnais la beauté de tous les bois ambrés et j'installe One Million comme le pilier de toute la parfumerie.
En 2014, j'installe un portrait de Véronique Nyberg à l'entrée de chez moi.
En 2014, j'annule mon opération pour m'implanter un troisième poignet afin de permettre plus de tests sur peau.
En 2014, quand j'écoute de la musique, j'écoute simplement de la musique, je ne suis pas en pleine réflexion pour comprendre olfactivement le morceau qui joue.
En 2014, je ne mets qu'un pschit de parfum. Parce que sinon après ça sent fort.
En 2014, je comprends enfin que la galaxolide est REELLEMENT "une manière première d'exception, cueillie avec grâce au pays de Calabre".
En 2014, j'arrête de harceler Larousse et Le Petit Robert pour faire entrer le mot "Guerlinade" dans le dictionnaire.
En 2014, le bac à légumes de mon réfrigérateur troquera les flacons qui y sont stockés par de la laitue.
En 2014, j'apprends l'orthographe de tous les muscs-cosmonautes de l'industrie du parfum.
En 2014, je lance une pétition pour que Demachy se laisse pousser la moustache #RoucelStyle.
En 2014, je ne laisse plus traîner des mouillettes dans n'importe quel orifice de mon manteau ou de mon pantalon.
En 2014, les bougies ne me serviront qu'en cas de panne d'électricité.
En 2014, l'Eau de Narcisse Bleu est un parfum on ne peut plus normal.


En attendant, continuez de sentir encore encore et encore ! Et j'attends avec impatience vos non-résolutions de perfumista pour 2014 !!
J.

lundi 14 octobre 2013

Déliria - L'Artisan Parfumeur : Nyan Splash !




Connaissez-vous Nyan Cat ?

Si je vous dis qu'un jour, une personne a songé qu'un chat volant dans l'espace, coincé dans un donut rose et laissant s'échapper de son popotin un arc-en-ciel, le tout sur un rythme douteux, ferait une bonne vidéo, vous me croyez ? Non ? Et bien Internet l'a fait et Nyan Cat est né.

Si je vous dis qu'un jour, un parfumeur a songé qu'un malabar rose en train de se faire injecter du blanc d'oeuf cuit sur un capot de voiture en mode botox, le tout sur une chorale d'huître reprenant en choeur Heal The World de Michael Jackson, ferait un bon parfum, vous me croyez ? Non ? Et bien L'Artisan Parfumeur l'a fait et Déliria est né.

Nyan Cat Galaxy !


Elle est loin l'époque des délicates chasses aux papillons ou des siestes sous le figuier chez L'Artisan Parfumeur. Avec les Explosions d'émotions, la marque explore les sensations nouvelles en parfumerie ! Si Amour Nocturne et son cèdre caramélisé et tranché par une scie infernale me retourne comme rarement l'estomac et si le confort de l'iris cuiré vaguement métallique de Skin on Skin me repose avec plaisir, je crois bien que l'intérêt de cette collection se trouve caché dans le flacon de Déliria !

Ne partant de presque aucune structure connue, ce parfum exploite pourtant des territoires olfactifs très (trop ?) en vogue dans la parfumerie actuelle, à savoir le sucre et le calamar décomposé des notes marines. Mais n'allez pas soupirer, car on est loin, très loin du déjà-senti ! Bonne nouvelle ? A vrai dire, je ne sais pas si je serais capable de vous répondre...

Nyan Cat Audition !

Le parfum joue sur une matière vaguement marine, froide, aux effluves de don de moelle épinière, pas si inhabituelle en parfumerie. Sauf que dans le cas qui nous intéresse, cette "douce" molécule a été dosée au milluple de ce que l'on connait (comment ça vous ne connaissez pas le mot milluple ? Oui, ce mot est globuleux, mais... le parfum aussi). En découle un bouleversement architectural sans précédent. Déliria aurait pu être un palais classique, théâtre de négociations politiques cornéliennes et peut être un peu rébarbatives. Il n'en est rien : Déliria  n'a gardé que la sagesse du vieux roi... Le roi d'une troupe de lutins roses complétement déchirés au cannabis.

Nyan Cat Projets d'avenir
Et devinez ce que chantent ces petits lutins pas nets ? Eh eh... Une version acoustique de Nyan Cat en coopération avec l'orchestre philarmonique de la Sylve Planante.
Je ne saurais pas trop comment vous conseiller d'aborder ce parfum. Personnellement, je zigzague encore dans l'arc-en-ciel démoniaquement débridé de ce félin intrigant, mais j'ai ouï-dire que certains étaient parvenus au donut rose. Je lance ainsi un appel à témoin : est-ce que quelqu'un sur Terre a enfin trouvé la réponse à la question qui régit l'univers et est arrivé sur le chat de Déliria ? Car j'ai bien l'impression que les deux réponses sont liées.
Quant à ma réaction face à tant de chamboulement et de modernité ? Disons une soudaine envie de me replonger dans de beaux chyprés lumineux, choquants à leur époque et presque toujours incompris aujourd'hui... (poke Le Parfum de Thérèse).

Internet va si bien à Déliria que je ne peux finir que sur cette idée. Et je pense que, tout comme tu fermerais délicatement ton ordinateur au moment où tu tomberais - au détour d'une recherche Google - sur un site analysant l'évolution de la décapitation de poupées Corolle en pays ouzbèque au cours du temps, il vaut mieux y aller petit à petit avec la mouillette de Déliria. Le mieux étant probablement de te murmurer à toi-même dans la pénombre de ta chambre : "Enough perfume for today".

J.

samedi 21 septembre 2013

Je ne suis pas très très content.

       Bonjour, ici Phoebus. Vous m'avez manqué, ça faisait longtemps. Et je ne suis visiblement pas parti en stage pour m'améliorer à trouver des super titres.









       Dimanche dernier, mon portable n'avait plus de batterie. Et comme les gares n'ont pas le bon goût d'être des aéroports, je n'ai pas pu compter sur une parfumerie duty-free pour passer le temps la mouillette sous le nez. J'ai donc fait ce que toute âme en peine qui traîne son ennui derrière soi dans une gare aurait fait (et NON, j'en vois qui se demandent, je ne me suis pas improvisé bookmaker du combat de chiens entre SDF qui se tient régulièrement devant l'entrée du hall). Je suis allé m'acheter un magazine.



       Un exercice assez difficile, je m'en suis rendu compte. Peut-être parce qu'il m'est étranger, peut-être aussi parce que la marée d'exemplaires arbore des titres moins accrocheurs qu'ils ne se tuent à essayer d'être. Et très honnêtement, après avoir roulé des yeux au-dessus d'éditions spéciales "Franc-Maçonnerie", j'ai vite réalisé que sortir d'ici avec un Super Picsou Géant serait le choix le plus intelligent qu'il m'était donné de faire.



       Puis j'ai vu GQ.

       Je n'en avais encore jamais lu, pourtant j'en avais un peu entendu parler par les amis d'amis qui brandissent l'application GQ Androïd en soirée, d'un ton laissant entendre qu'il n'y a pas besoin d'en dire plus pour justifier l'achat de telle montre et de telles chaussettes à rayures saveur preppy. Un coin de mon esprit a vaporeusement enregistré qu'il s'agissait d'une institution mode-bien-être-art de vivre pour pas mal d'hommes entre 23 et 53 ans. En prenant la tangente d'une apparente décontraction, ils sont arrivés à toucher un cœur de cible masculin imperméable aux presses plus pointues en la matière. La conséquence étant cet espèce de statut de fashion-gourou qu'ils se sont vu attribuer par ce lectorat même, prêt à boire ce que le magazine leur donnera.



       Je ne suis pas en train de dire que c'est une mauvaise chose. J'imagine que niveau mode, les rédacteurs de GQ sont bien calés et ont aidé une longue liste d'hommes à jeter de leurs placards tous leurs bermudas. Qu'y a t-il de mal à suivre aveuglément des gens qui savent ce qu'ils font ?



       En dehors du simple fait que le monde tournerait bien mal si personne ne développait d'esprit critique, il y a le problème de vouloir étendre sa gourou-ittude à des domaines qu'on ne maîtrise pas. En l’occurrence, imaginons que GQ se mette à conseiller des parfums médiocres dans la section spéciale dédiée aux parfums (n'imaginez plus : ils l'ont fait). On voit d'ici qu'il y aura tout un lectorat qui attendra, le bec grand ouvert comme des oisillons, que la bonne parole tombe. Des hommes entre 23 et 53 ans, émancipés, à l'aise avec leur virilité etc, qui se justifieront de s'être parfumé avec des déodorants marine étiquetés "parfum" en brandissant l'application GQ Androïd. Comme une évidence.








       FACT : le lectorat des magazines comme GQ est immensément plus développé que celui de la blogosphère parfum, et ça agace un poil de les voir promouvoir en masse ce qu'on s'époumone vainement à signaler comme mauvais. Alors vous me direz : oui, mais ils ont mis le dernier Bottega Veneta Pour Homme et la dernière Hermessence dans la liste quand même, faut nuancer. Je vous répondrai que les Hermessences ne sont pas vendues partout et que dans tous les cas, Invictus reste le moins cher de la liste. Enfin, de la liste, je suis gentil... Du magazine tout entier en fait. Ce sera donc vers lui qu'une quantité d'hommes en quête de style se tournera, pensant faire tout comme il faut, tamponnés GQ-approved sur le front. C'est un peu la version beauf d'une mignonne anecdote de chez Chanel : les jeunes femmes qui s'offrent un rouge à lèvres CC quand c'est le seul médium par lequel elles peuvent toucher un peu de la magie que la marque leur inspire.





       Ce que je veux dire par là, en pointant du doigt les articles parfum made-in presse grand public expédiés à la va-vite (SERIOUSLY les mecs, associer un parfum à un trait de personnalité différent, niveau développement c'est genre l'article-parfum qui serait resté bloqué au stade anal) quand ce ne sont pas juste des publicités-payées-déguisées, s'illustre à l'échelle quotidienne. J'en rencontre beaucoup, des gens qui semblent avoir du goût, qui savent se mettre en valeur, ont une jolie coupe de cheveux, disent avoir lu les auteurs qu'il faut et connu des artistes underrated avant qu'ils ne percent. Certains véhiculent autour d'eux un parfum abject, la dernière nouveauté régressive sans âme et sans équilibre, sans penser une seule seconde que ce simple mauvais choix briserait soudainement tous leurs efforts aux yeux (narines ?) de qui y est éduqué et sensible.



       Alors voilà. Parfois j'ai ce sentiment qu'on vit une époque où n'importe qui peut être beau ou paraître intéressant s'il le désire, et ce que nous affichons, visuellement ou dans une discussion, n'est plus automatiquement révélateur de nos goûts ou de notre sensibilité personnelle. Il existe vraiment des modes d'emploi pour ça, pour la société anxieuse du regard des autres que nous sommes. On vous dira ce qu'il vous faut. Ce qui nous intéresse ici, c'est que ces modes d'emploi vous diront qu'il vous faut un parfum parce qu'il le faut, en dépouillant l'intérêt du parfum à ses seules fonctions nombrilistes, qui sont avoir une présence et séduire. Voilà comment on en vient à se faire de l'argent sur l'insécurité des gens et leur manque de questionnement.



       C'est dommage. Je n'apprendrai rien à ceux qui lisent ces lignes en disant que la parfumerie est particulièrement enrichissante quand on ne parle plus de produits mais d’œuvres, et qu'on sait distinguer les secondes des premiers. Quand les fonctions nombrilistes deviennent secondaires (ne soyons pas de mauvaise foi, elles ne s'effacent pas..) et laissent place à la contemplation, l'émotion, parfois même l'introspection.



       Je désespère un peu, on ne pourra plus retrouver en France à grande échelle cette formidable culture du parfum du siècle dernier. A cause de ces modes d'emploi, de ces cercles-vicieux, qui ne souhaiteront jamais la mort de la parfumerie - puisque ça rapporte - mais qui l'empêchent de délivrer ce qu'elle a de plus beau à offrir.

1) "insécurité d'un public qui ne demande qu'à se voir imposer des choix pour avoir l'impression de tout faire comme il faut" 
--> 2) "médias à grande échelle qui saisissent l'opportunité de devenir les messies que ce public déjà aliéné attends" 
----> 3) "Marques de parfum qui recherchent le profit maximum en se faisant une bonne marge sur les formules et en monnayant à l'occasion leur présence dans les pages du-dit messie" 
------> et 4) "les tests consommateurs menés par les marques pour savoir ce que le plus grand commun dénominateur aime". 
 

       On en revient ainsi au public non-éduqué, à la fois victime et fautif de cette spirale vers le bas.



       Et à tout ceci malheureusement je n'ai pas de réponse. Et tant mieux car c'est peut-être là que se situe la ligne de démarcation entre certains types de presse et certains blogueurs. Nous ne nous positionnons pas en messie, la blogosphère spécialisée dans le parfum ne se targuera jamais d'avoir les réponses à quoi que ce soit. Mais notre raison d'être en tant que passionnés, c'est essayer de trouver les bonnes questions en espérant être lus et en espérant en susciter d'autres. Un battement d'ailes de papillon...



mercredi 18 septembre 2013

La Victoire ! - Eau de Narcisse bleu, Hermès : 3ème partie

Le moment que vous attendiez tous est arrivé : l'annonce du gagnant du flacon d'Eau de Narcisse Bleu, généreusement offert par la maison Hermès.

"The Winner !", The Tree of Life, T. Malick

Après des affrontements à coups de vapos entre pas moins de dix-huit personnes, c'est Saalehm qui remporte le précieux flacon ! Prenez en bien soin et profitez pleinement de cette petite merveille !

Envoyez-moi un mail à l'adresse suivante : drjicky@hotmail.fr pour que je puisse vous l'envoyer.

J'en profite une dernière fois pour vous remercier tous de nous lire et de participer avec une telle assiduité et une vraie passion pour le parfum. C'est un vrai bonheur pour nous !

Je reviendrai bientôt avec des articles plus drôles que ceux de la série de l'été. En attendant, j'ai l'honneur de vous dire que le prochain article sera signé Phoebus ! Et oui, ça faisait un petit bout de temps déjà ;) (ouais Mister Phoebus, je te mets la pression).

Vive l'odorat !
J.