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vendredi 9 mai 2014

Epice Marine - Hermès : Le retour des morts-bullant

Le parfum marin masculin, ce grand fléau des années 90 lancé par Escape de Calvin Klein et popularisé par Cool Water chez Davidoff, Kenzo Pour Homme ou encore L'Eau d'Issey Pour Homme, est un registre que beaucoup de passionnés aimeraient voir disparaître. A jamais. Dans les tréfonds de l'océan. Naaaan ! Même pas, ça respire sous l'eau ces conneries là. Non disparaître dans le néant, loin, loin, dans un endroit où même Sigourney Weaver grimée en cosmonaute ne pourra discerner ne serait-ce que le moindre son. C'est bien ça ; dans l'espace, personne ne les entendra buller.

Abyss - J. Cameron

Hélas, cher perfumista, tu n'as pas été sage et le Père-Nuit-de-Noël a décidé de te punir en 2013. Du coup, pour ne pas te féliciter, tu as dû supporter un revival des huîtres mortes enflaconnées ! Invictus, Kenzo Homme Sport Extrême, Burberry Britt Rythm, L'Eau d'Issey Pour Homme Extrême... Oui, fortement concentrées et bien pulsées s'il vous plaît les crustacés industriels.

*pendant ce temps-là, dans le cerveau de Jean-Claude Ellena*

"Cellule grise en chef, à votre service !"
Un petit synapse, Olof de son prénom, est convoqué dans le bureau des affaires olfactives du pôle créatif du cerveau du parfumeur-maison Hermès. Le stress est à son comble pour cette jeune recrue qui a été mutée au bureau olfactif depuis deux mois seulement. Avant, Olof était au bureau musical du même pôle créatif. Il s'y débrouillait très bien d'ailleurs : son chef le trouvait brillant et il faisait la fierté de sa mère qui n'avait de cesse de vanter "les arrangements inégalés" de son fils. Ces arrangements, c'est ce qui lui a valu sa mutation. Expert en instruments et en modulation de la voix, le petit synapse d'Ellena se faisait une joie de recréer en studio tout un univers sonore nébuleux, sombre et tortueux, aux résonances semblables à celles qui hantent les fond-marins, abîmes obscures que même la cellule grise en chef du service de gestion de crise post-visionnage d'Abyss n'aurait osé fantasmer. Un talent remarqué par la direction des affaires olfactives qui, après l'écoute attentive des créations d'Olof, a décidé de faire appel à lui pour un nouveau projet de création parfum.

Epice Marine - Hermès

" - Entrez jeune Olof ! Nous vous attendions !
- Merci monsieur, réplique le petit synapse timidement, je suis ravi de faire votre connaissance et honoré d'avoir été choisi pour votre nouveau projet.
- Effectivement, depuis quelques temps, toute l'équipe de la création olfactive a fait sonner le branle-bas de combat (et je ne parle ni de narcisse ni de bleu, Roudnistka merci, cette affaire est terminée) ! Les nerfs cognitifs ont fait naître une folle idée et tu es une des personnes les mieux placées pour nous aider dans cette nouvelle aventure. Avec le département des affaires culinaires, nous avons décidé de créer un nouveau parfum qui revisite à la fois la parfumerie marine et la parfumerie gustative : Épice Marine. Et si la partie cuisine a été gérée avec brio grâce à l'aide du ministère des cervelles étrangères et la collaboration des cellules grises de M. Roellinger, nous bloquons encore sur la partie marine de l'idée. Nous avons écouté avec attention vos créations musicales lorsque vous étiez employé au bureau musical du cerveau de M. Ellena et un morceau a particulièrement trouvé grâce à nos oreilles...


Une fois le morceau terminé, la cellule grise en chef reprend son discours :
"- Beaucoup de petits éléments émergent de votre chanson comme ils ont émergé lors de nos débats. Pour Épice Marine, nous voulions revisiter le genre populaire du parfum marin masculin, cette structure épouvantable qui pense que sentir bon revient à évoquer l'étalage poissonnerie du premier Monoprix venu. Euuuurk, j'en tremble. Christophe, apportez moi une infusion, j'en ai besoin."
Un jeune stagiaire, sûrement le Christophe en question, sort en courant pour revenir quelques minutes plus tard avec une petite tasse I Love Narcisse Bleu qu'il dépose sur le bureau de la cellule grise en chef.
" - Il s'avère que dans votre morceau, nous avons perçu comme des chœurs de zombies complètements ivres en train de s’époumoner. Mais, et c'est là que ça devient intéressant pour nous, on dirait presque qu'ils s'époumonent dans l'océan. Que de leurs bouches décousues et tombantes émanent des cris bullants, comme tout droit sortis d'un film de monstres en caoutchouc. C'est comme ça que, dans le cerveau de M. Ellena, nous concevons la parfumerie marine ! Que la propreté se salisse, ça nous y arrivons : un beau cumin et l'affaire était déjà pas mal jouée. Maintenant, Olof, ça va être à votre tour. Nous voulons des modulations abyssales, caoutchoutez-moi cette calone que nous ne saurions voir ! Et profitez en pour semer le trouble... La parfumerie marine est réduite aux rayons masculins ? Faîtes la jouer par une dame, mais avec une voix d'homme ! Que de la bergamote soit tirée un vert métallique, et que de cet accord coupé au couteau, une  note salée vienne rouiller les banalités masculines. Faîtes nous rire un peu et essayez de rendre étrangement belle cette parfumerie face à laquelle nous désespérons tous un peu !"

Silent Shout - The Knife

La cellule grise en chef marque une pause et sirote son infusion les yeux dans le vide. Olof est plein de doutes... "C'est que le film d'horreur est rarement beau esthétiquement, songe-t-il. Il est mignon à partir dans ses délires de zombies hurlant dans les sous-marins, mais je pense qu'il a oublié quelque chose d'essentiel dans mon morceau : les instruments ont été réduits à leur strict minimum. Les notes rebondissaient en écho les unes par rapport aux autres. Et à cette mélodie électro venait s'ajouter la voix féminine sombre et mesurée. Mais je crois savoir où est-ce qu'ils veulent en venir... C'est ça qui est intéressant dans le cerveau de M. Ellena, on dispose d'une liberté de ton où le grotesque peut côtoyer la légereté. C'est là dessus qu'il va falloir jouer. Étendre comme des paysages infinis la sensation du marin, ce zombie hurlant à la noyade, lui faire crier des paroles inattendues avec un cumin étrangement zesté comme haut-parleur. Au final, il va falloir piquer tout ce parfum de plusieurs sensations. Que celui qui le sente crie, rigole, se repose et sois songeur. Qu'il réfléchisse sur ce qu'il porte sans s'en douter une seule seconde. Et que des silences des profondeurs de la parfumerie, il bulle. Tout simplement."

J.

jeudi 23 décembre 2010

Les Méchants en parfum - Deuxième Partie : Les Méchants

Après les Méchantes en parfum, voici aux tours de leurs "adorables" compagnons de crime de se laisser parfumer. Ils aiment terrifier, crier, rire en plein orage, brûler tout sur leur passage, jouer avec le temps et le feu, préparer des plans machiavéliques pour se venger ou tout simplement semer le chaos. Mais c'est que ces petits bonhommes ont aussi leurs moments de plaisir à eux.
Horizons olfactifs des plus vilains des Méchants animés !

Jafar

Jafar, c'est le vizir cupide, qui en plus  d'être un des méchant les mieux vêtu et d'avoir un sceptre m'ayant impressionné alors que j'atteignais à peine mes 4 bougies, veut gouverner le monde de l'orient (rien que ça). Avec lui, coups bas à volonté, entre hypnotisation, manipulation et hypocrisie, il ensorcèle les plus faibles avec son sillage amadoueur.
Ambre Narguilé, il l'a choisi pour ses douces effluves de compote au chaudron, réchauffée par de la cannelle et des épices baignées de rhum. Un cocktail séduisant, pour un homme fourbe et qui attend, la main cachée dans le dos, ses doigts crispés sur un poignard effilé.

Shere Khan

Le tigre sauvage, mangeur d'homme, méchamment attirant. Oh oui ! On aimerait tellement se lover sous son pelage fauve. Aimerait. Car sous ses airs de peluche géante, Shere Khan est un être electrique : il fuse, il choque, il marque à jamais dans les esprits. Il déclare le feu aussi (mais je ne veux pas gacher le film à ceux qui ne l'ont pas vu, bien évidemment...). Allez savoir pourquoi, je le vois bien avec Odeur 71, de chez Comme des Garçons. Ce n'est pas un parfum, un vrai, mais ce n'est ni rien non plus. Le côté faussement gentil du tigre semble ressortir avec cette... odeur. "C'est pour mieux te manger, mon enfant".

Edgar

Les Aristochats ! Mon dessin animé préféré, et par conséquent, comment ne pas parler d'Edgar ? Edgar le Fourbe, l'hypocrite, mais Edgar le drôle aussi. Il s'évertue à posséder un héritage destiné à... des chats. Dans le Paris du début du XXème siècle, il pourchassera Duchesse et les Châtons, pour notre plus grand plaisir !
Le côté aristocratie française à l'époque de la Tour Eiffel me fait penser à Pour Monsieur de Chanel : une interprétation de la cologne, mais en plus chyprée, plus épicée, puis plus savoureuse aussi. Un méchant domestique classique en apparence, mais tellement croquant au final !

Lord Farquaad

Le petit nain tout vilain qui fait des pieds et des mains pour épouser Fiona dans Shrek 1. Il est moche, bling-bling, insupportable, il est en fait des tonnes, est hyper égocentrique, arrogant... Je crois qu'il n'y a qu'une seule fragrance qu'on pourrait lui associer. Un lingot, un petit jeune claqueur de doigts... oui, on se comprend ! One Million pour vous servir.
Boutons dragons, ogres et petits bonhommes de pain d'épices pour mieux régner dans un monde olfactif uniforme et tape-à-l'oeil... Ça y est, c'est dit.

Barkis Bittern

Peut être moins connu, car appartenant au folklore de Tim Burton, Lord Barkis est un noble déchu de l'aristocratie anglaise du XIXème siècle. Dans Les Noces Funèbres, il cherche à se marier à la belle Victoria afin de regagner une fortune perdue au fil du temps. Eh eh, sauf que mister Barkis n'est pas blanc comme neige. Usurpation, vols, meurtres, coups bas, le tout en petite chemise blanche à dentelle : tout est permis pour arriver à ses fins.
Je le vois bien avec Grey Flannel, de Geoffrey Beene. Il y a bien sûr le côté lessive propre, mais aussi le sourire émail diamant aseptisé, celui du flatteur véreux. Un chic un peu passé pourrait-on dire.

Oogie Boogie

Toujours chez Tim Burton, Oogie Boogie, notre Croque-Mitaine qui "se glisse comme une ombre noire et qui transforme vos rêves en cauchemards". Particulièrement joueur, il aime bien titiller la nourriture avant de la manger. Tout chez lui est noir complet. Il est fait d'obscurité et d'ombres pas si surnoises que cela.
Un parfum qui ne manque pas d'évoquer le noir ? Hum... la splendide Heure Mystérieuse de Cartier ! L'Heure où la nuit se pare de son manteaux aux mailles tressées d'inconnu, de peurs et de mystères. Une ode aux matières sombres et rapeuses comme le corps de notre doux petit monstre des caves !

vendredi 15 octobre 2010

Brin de Réglisse - Réglisse au Pays des Merveilles

Une petite introduction est nécessaire, je peux pas commencer tout de suite, direct sans rien. Je commence à m'en rendre compte de plus en plus, on tombe plus rapidement d'un extrême à l'autre, que d'un milieu à un autre milieu...

D'un côté, les Hermessences, les "haikus de Jean-Claude Ellena, qui sont des merveilles d'épuration, de simplicité et de beauté.
De l'autre, Tim Burton, le réalisateur qu'on ne présente plus, à l'univers noir et féérique.

Tout les oppose ? Pas tant que ça !

Je tiens à préciser que les articles qui suivront nécessitent d'écouter un morceau de musique, et qu'il est réellement indispensable de les écouter même plusieurs fois pour bien comprendre ce que je vais dire...

Sur ce, bonne écoute, bonne lecture et (tiens, on peut pas dire "bonne senteur" ! encore une fois, c'est l'odorat qui prend !) 

D'ailleurs, j'organise un petit jeu concours, pour gagner un échantillon de 4ml de Brin de Réglisse : y-a-t-il un parfum qui vous transporte dans un autre monde ?




Une ronde de violon commence, reflétant une vision classique de ce qui semble être une personne classique. C'est la silhouette de Brin de Réglisse. Mais dès que j'entends une ronde psychédélique aux sonorités semblables à une flûte de pan au bout d'une huitième seconde ronde et noir, la silhouette se précise, voir même se "déprécise".

Une sorte de brouillard apparaît et Brin de Réglisse sourit dans le noir profond qu'il créer. Je me fige, nos regards se croisent. Et je tombe.

Dans ma chute, tout un monde semble venir à moi. Des voix angéliques envahissent le tourbillon abstrait de toutes parts. L'obscurité noire que j'ai quitté s'adoucit en un camaïeu aux teintes violettes. Avec moi virevoltent des visages, connus ou non, des lampes, des paniers d'osier, la brume et toujours une sorte d'humidité ambiante. La valse ronde des objets est parfois surprises par le sourire Cheshirisque de Brin de Réglisse, qui domine par son regard aux couleurs facettées tout ce monde imprévisible.

Une minute de chute. Et me voila sur l'herbe. Une herbe d'un vert éclatant, presque d'émeraude. L'odeur initiale revient, comme un thème pour violon incessant et magique. Je lève les yeux et j'admire la brume qui tombe sur moi. J'avance. Je découvre alors le Pays, celui où les arbres sont fins, noirs et se déroulent, comme des fils de réglisse, alors que leur tronc est sec et doux. Une lumière baigne le tout dans une ambiance proche du mirage : tout semble trembler sous une agitation silencieuse.

De temps à autre, j'aperçois de petites méduses d'air qui s'envolent des arbres à réglisse. Des fleurs poussent là où quelques secondes auparavant j'avais posé mes pieds. Cet environnement d'un équilibre parfait, mais à l'image brouillée paraît fléchir, s'assombrir. Puis la silhouette de Brin de Réglisse réapparait, mais cette fois, il n'est plus qu'une simple apparition, il me lance un objet jaune, doré, que j'attrape en plein vol.
Une madeleine aux senteurs ensoleillées et au toucher creusé.

Puis Brin de Réglisse court ! Il tente de m'échapper. S'ensuit une course poursuite entre lui et moi. Mes pas foulent les dalles de pierre inégales qui jonchent le sol. Des descentes, des montées où Brin de Réglisse disparait l'espace d'un instant. Je gagne du terrain. Le jour commence à perdre de sa vigueur. Il est à deux doigts de ma main, que j'élève pour l'attraper et... Pof ! Il s'évanouit dans l'air en un millier de petites étoiles !

Le brouillard redevient dense, une sorte de cohue semble se dérouler dans la brume violente de lumière, mais aussi teintée de noir. J'entends une porte qui s'ouvre. Cela va faire 2 minutes 20 que j'ai rencontré Brin de Réglisse, selon une montre effacée dans l'immortelle brume. Tout devient noir. Des murs se dressent. Des horloges à balancier dans tous les coins, symbole du temps qui passe. Le balancier, immatériel qui semble sortir de son cadre de verre et de bois.

Car dans le Pays de Brin de Réglisse, tout passe plus vite, les sensations, la matière, les odeurs. Même les retours en arrière n'en sont pas. Comment retrouver son chemin ? Je me cogne contre les murs, le visage de Brin de Réglisse qui apparaît tel un hologramme, en pleurs. Puis dans la seconde d'après, en pleine euphorie. Tout semble douceâtre dans cette olfaction nouvelle. Une odeur d'évanescence, de peaux, de soleil, de foin entreposé.



3 minutes 40. Le temps est omniprésent. Des voix venues du ciel semblent faire écho à ma venue. Mais en fond, je ressens la rondeur du départ, cette même ronde psychédélique du début, avec en plus des tambours, symboles de notre pouls de plus en plus irréguliers... Réglisse !

Puis tout s'écroule, me revoila dans les champs, à poursuivre Brin de Réglisse. Mais je me vois ! Je suis sorti de mon corps ! Tout semble s'éloigner. Se retirer, revenir en arrière avec moi pour spectateur. La scène se recule de plus en plus... La brume envahit tout. Brin de Réglisse semble m'envoyer un ultime clin d'oeil, dans le brouillard oppressant, et me voilà perdu pour de bon...

"Oh How will you find your way ?..."