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vendredi 15 octobre 2010

Brin de Réglisse - Réglisse au Pays des Merveilles

Une petite introduction est nécessaire, je peux pas commencer tout de suite, direct sans rien. Je commence à m'en rendre compte de plus en plus, on tombe plus rapidement d'un extrême à l'autre, que d'un milieu à un autre milieu...

D'un côté, les Hermessences, les "haikus de Jean-Claude Ellena, qui sont des merveilles d'épuration, de simplicité et de beauté.
De l'autre, Tim Burton, le réalisateur qu'on ne présente plus, à l'univers noir et féérique.

Tout les oppose ? Pas tant que ça !

Je tiens à préciser que les articles qui suivront nécessitent d'écouter un morceau de musique, et qu'il est réellement indispensable de les écouter même plusieurs fois pour bien comprendre ce que je vais dire...

Sur ce, bonne écoute, bonne lecture et (tiens, on peut pas dire "bonne senteur" ! encore une fois, c'est l'odorat qui prend !) 

D'ailleurs, j'organise un petit jeu concours, pour gagner un échantillon de 4ml de Brin de Réglisse : y-a-t-il un parfum qui vous transporte dans un autre monde ?




Une ronde de violon commence, reflétant une vision classique de ce qui semble être une personne classique. C'est la silhouette de Brin de Réglisse. Mais dès que j'entends une ronde psychédélique aux sonorités semblables à une flûte de pan au bout d'une huitième seconde ronde et noir, la silhouette se précise, voir même se "déprécise".

Une sorte de brouillard apparaît et Brin de Réglisse sourit dans le noir profond qu'il créer. Je me fige, nos regards se croisent. Et je tombe.

Dans ma chute, tout un monde semble venir à moi. Des voix angéliques envahissent le tourbillon abstrait de toutes parts. L'obscurité noire que j'ai quitté s'adoucit en un camaïeu aux teintes violettes. Avec moi virevoltent des visages, connus ou non, des lampes, des paniers d'osier, la brume et toujours une sorte d'humidité ambiante. La valse ronde des objets est parfois surprises par le sourire Cheshirisque de Brin de Réglisse, qui domine par son regard aux couleurs facettées tout ce monde imprévisible.

Une minute de chute. Et me voila sur l'herbe. Une herbe d'un vert éclatant, presque d'émeraude. L'odeur initiale revient, comme un thème pour violon incessant et magique. Je lève les yeux et j'admire la brume qui tombe sur moi. J'avance. Je découvre alors le Pays, celui où les arbres sont fins, noirs et se déroulent, comme des fils de réglisse, alors que leur tronc est sec et doux. Une lumière baigne le tout dans une ambiance proche du mirage : tout semble trembler sous une agitation silencieuse.

De temps à autre, j'aperçois de petites méduses d'air qui s'envolent des arbres à réglisse. Des fleurs poussent là où quelques secondes auparavant j'avais posé mes pieds. Cet environnement d'un équilibre parfait, mais à l'image brouillée paraît fléchir, s'assombrir. Puis la silhouette de Brin de Réglisse réapparait, mais cette fois, il n'est plus qu'une simple apparition, il me lance un objet jaune, doré, que j'attrape en plein vol.
Une madeleine aux senteurs ensoleillées et au toucher creusé.

Puis Brin de Réglisse court ! Il tente de m'échapper. S'ensuit une course poursuite entre lui et moi. Mes pas foulent les dalles de pierre inégales qui jonchent le sol. Des descentes, des montées où Brin de Réglisse disparait l'espace d'un instant. Je gagne du terrain. Le jour commence à perdre de sa vigueur. Il est à deux doigts de ma main, que j'élève pour l'attraper et... Pof ! Il s'évanouit dans l'air en un millier de petites étoiles !

Le brouillard redevient dense, une sorte de cohue semble se dérouler dans la brume violente de lumière, mais aussi teintée de noir. J'entends une porte qui s'ouvre. Cela va faire 2 minutes 20 que j'ai rencontré Brin de Réglisse, selon une montre effacée dans l'immortelle brume. Tout devient noir. Des murs se dressent. Des horloges à balancier dans tous les coins, symbole du temps qui passe. Le balancier, immatériel qui semble sortir de son cadre de verre et de bois.

Car dans le Pays de Brin de Réglisse, tout passe plus vite, les sensations, la matière, les odeurs. Même les retours en arrière n'en sont pas. Comment retrouver son chemin ? Je me cogne contre les murs, le visage de Brin de Réglisse qui apparaît tel un hologramme, en pleurs. Puis dans la seconde d'après, en pleine euphorie. Tout semble douceâtre dans cette olfaction nouvelle. Une odeur d'évanescence, de peaux, de soleil, de foin entreposé.



3 minutes 40. Le temps est omniprésent. Des voix venues du ciel semblent faire écho à ma venue. Mais en fond, je ressens la rondeur du départ, cette même ronde psychédélique du début, avec en plus des tambours, symboles de notre pouls de plus en plus irréguliers... Réglisse !

Puis tout s'écroule, me revoila dans les champs, à poursuivre Brin de Réglisse. Mais je me vois ! Je suis sorti de mon corps ! Tout semble s'éloigner. Se retirer, revenir en arrière avec moi pour spectateur. La scène se recule de plus en plus... La brume envahit tout. Brin de Réglisse semble m'envoyer un ultime clin d'oeil, dans le brouillard oppressant, et me voilà perdu pour de bon...

"Oh How will you find your way ?..."