mercredi 29 février 2012

M / Mink - Byredo : Toujours la même

Toujours la même. La même ligne. Toujours la même ligne que nous suivons tous. Peu importe comment chacun d'entre nous la perçoit, ce qui importe c'est d'être conscient que, toujours nous déambulons, gris, sur cette tristesse étrange, montant comme la mer sur le roc noir et nu.

Toujours la même ligne, que l'on perd de vue lorsqu'elle s'enfonce dans les méandres des tréfonds marins, noirs et hostiles. Que l'on retrouve et face à laquelle il est de coutume de désespérer lorsque, en pic Cruel, elle s'élève à l'infini, cîme majestueuse couronnée de neige argentée mais aux côtés nus et abrupts.

A. Lee

Toujours la même perspective, conduisant dans une même direction à un point ultime. 
Ce sont ces liens discordants pourtant, tous d'une Beauté classique convulsive, que nous entrevoyons ici.

D'un côté le blanc, la lumière de toutes les couleurs, la brume de toutes les odeurs et l'oncteux de tous les goûts. Tout blanc, il est une douleur très simple, une joie éclatante pour tous.
Au coude à coude, luit le noir fuligineux, l'union de toutes les couleurs, la nuit de toutes les odeurs et le rugueux de tous les goûts.

Il en est de même pour cette mer et cette montagne, toutes deux traversées. Toujours la même mer, noire et lisse, se faisant un sang d'encre pour son avenir. Dans sa lutte contre la linéarité, la voilà en train de gravir les pics, avec une brutalité insoupçonnée. Dans son ascension d'une intensité métallique, la voilà en train de ravir au Cruel ses rocs propres et blancs, et ses pierres noires et friables.

Toujours le même point d'orgue dans le temps. Où l'équilibre entre les pierres, base de l'édifice naturel, cède sous la pression de la plaine saline. En cet instant, les couleurs sont indiscernables.
"Taisez-vous !" semble crier la montagne fière, dans un vague souci de résistance.

Mais qu'importe, la ligne du pic s'affaisse sous la déferlante de la mer. La ligne si haute, finit par plier sous les coups. Toujours la même lenteur, c'est un secret connu de tous, où les secondes défilent, au compte-goutte.

Au sein de la mer pleine de vie, des questions émergent : en brisant l'équilibre ascendant de la montagne, la ligne s'est abaissée, et non élevée. Plus jamais nous retrouverons les Morts aux pieds de la montagne. Toujours la même mer, qui en voulant échapper à la peur perpétuelle de sa propre fin, voit son sourire enfantin noyé face à cette ligne qui s'abaisse. Subsiste alors un malheur vague, montant comme la mer sur le roc noir et nu. Toujours.

Le temps s'en est allé. Aujourd'hui, cette ligne demeure, impériale et impalpable dans ce paysage plat. Ces liens qui autrefois reliaient cette mer à cette montagne et conféraient à la Beauté son classicisme convulsif,  ont disparu. La Vie de la mer et la Mort de la montagne ne forment plus qu'un tout, dérangeant.

Par moment, vos beaux yeux croient surprendre quelques sursauts, à la vision du paysage.
Il semblerait que, plus encore que la Vie, la Mort nous tienne souvent par des liens subtils.

Bocklin, L'Île des Morts, 1896
J.

mercredi 1 février 2012

Han, mais j'vous ai pas dit.

 By J & P.


Désolé, pour une fois ce post ne parlera pas de parfum... Ou plutôt : il nous permettra, à vous, Jicky et moi même, d'en parler un peu plus, un peu mieux à l'avenir.

Parce que nous sommes à la pointe de la technologie et de la hype-ittude *tousse-tousse*, nous avons décidé d'étendre notre blog à Facebook et Twitter... Depuis quelques temps déjà mais on ne l'avait encore jamais proclamé officiellement !





J'entends déjà les true hipsters soupirer dans leur ponchos orange fluos que facebook c'est SO two thousand and eight et que twitter c'est SO two thousand and six. Et que pour être cool aujourd'hui faut avoir un Tumblr - et un poncho orange fluo bien sûr.

Sauf que oui mais non, on n'aura pas de compte Tumblr (du moins pas tout de suite) et ce pour trois raisons :

1)  C'est un peu nombriliste, pas si différent d'un "deuxième blog" en fait.
2) Ce n'est pas un média très intéressant pour nous, dans la mesure où c'est surtout utilisé pour partager des images (comme dans A la recherche de Dau) ou des photos (comme dans Musque moi de Patrice).
3) Essayez-voir de prononcer "Tumblr"? ........................................ On est d'accord.


Bref aucune utilité. Au contraire, nous, on veut vous parler, vous connaitre. Oh bien sûr on peut communiquer dans les commentaires sous les articles, mais le sujet tourne autour du-dit article justement, et c'est pas très privé non plus.

Plus concrètement, en rejoignant notre page facebook ou en nous suivant sur twitter, vous serez prévenu à la minute où un nouvel article de notre cru vient de paraitre. On prévient aussi (assez souvent) de la publication d'un article parfum d'un autre bloggeur, quand on l'a apprécié.... De notre parfum du jour, ou du coup de gueule du moment....Et enfin de tout ce qui a un rapport avec le monde de la parfumerie en général, l'actualité du parfum. Et tout et tout.
De votre côté, si vous le voulez, et parce que les réseaux sociaux sont fait pour ça, vous pouvez toujours venir chercher un conseil (ou nous en donner un ! Tiens d'ailleurs je ne sais toujours pas quel parfum porter pour aller faire ma lessive demain matin), nous demander notre avis sur une marque (ou nous en faire découvrir une !)... Et de façon plus légère vous pouvez aussi nous dire quel est le parfum que vous portez/testez là, maintenant, tout de suite R-I-G-H-T-N-O-W ! (on adore ça ^^).


Et puis je dis ça je dis rien, mais tu sais que t'es un perfumista quand tu as aimé la page de jicky sur Facebook et suivi Phoebus sur Twitter quoi ! Alors on vous dit à tout de suite les monstroplantes (et votremissionsivousl'acceptez  c'est de venir nous dire quel est votre parfum préféré en ce moment.... Sans nous donner le nom ;)).


Vivez parfum 2.0. YES WE C(h)AN(el) !

 
(Mon premier se rencontre
souvent sur des mamies fourrures 
à l'arrêt de bus, 
mon second est très fleuri, 
mon tout a le 
sillage d'une bougie...).





lundi 9 janvier 2012

Shalimar, Guerlain - Sweet Transvestite

(it's Phoebus, bitch).


  • Bon allez. J'le dis ou pas ?
  • Non, tous les amoureux de Shalimar vont se mettre à flipper.
  • Y'a aucune raison pourtant... Et en plus c'est juste une image personnelle.
  • Rappelle-toi de L'Heure Bleue, certains ont mal digéré le coup de la mamie fourrure.
  • Mais ça, ça prouve juste qu'ils ont pas lu l'article jusqu'au bout... c'était une critique positive en fait.
  • Anyway c'est tendu ton thème là. Y'aura forcément quelqu'un quelque part qui trouvera le moyen de mal le prendre, ou...
  • Oh et puis croûte à la fin, je le dis quand même, j'y tiens.


Oui, j'ai des dialogues intérieurs parfois. (Mais ne vous inquiétez pas, nous allons très bien).
Bref, j'ai senti Shalimar à la bibliothèque sur un transsexuel.


"I'm just a sweet transvestite from transexual transyl-vanilla"


Et c'était supercool pour des raisons que je vais développer dans quelques secondes, mais d'abord je préfère mettre les choses au clair : les références à Tim Curry du Rocky Horror Picture Show s'arrêtent là. C'était juste pour l'accroche. Oui, parce qu'au contraire le transsexuel-de-la-bibliothèque que j'ai croisé en juin pendant mes révisions était très femme, lui.

La bibliothèque en question reste ouverte jusqu'à 23h. Le jeudi soir, il n'est pas rare d'y croiser des étudiantes un peu trop élégantes pour le contexte, mais qui gagnent ainsi du temps en sortant danser directement après la fermeture sans devoir retourner chez elles pour se changer. Pour cette raison je n'ai pas été surpris d'entendre des énièmes talons claquer le long des tables, et encore moins de constater une petite robe rouge sous de très longs cheveux noirs se diriger vers un rayon précis de la section économie. Plus surprenant en revanche, la réponse du sillage qui m'atteignait au moment où l'étudiante disparaissait à l'angle. Lourd, à contretemps, c'était Shalimar dans une version qui était au moins l'Eau de Parfum !.. J'en ai posé mon stylo. C'était tellement plus que ce que j'espérais croiser dans une bibliothèque.

Shalimar fait parti de ces parfums mythiques qui évoluent de manière surprenante sur une journée, mais conservent malgré tout une saveur, une identité, une signature évocatrice à n'importe quelle heure. Rien ne disparait vraiment, seules les proportions changent : ainsi la violence du départ bergamote ascendant vanille/opoponax se mue suavement en une vanille/opoponax ascendant bergamote dans le dernier acte. Ces matières dominent à mon nez, et font toute la magie de Shalimar, mais cet "accord type" ne serait rien sans le soutien du patchouli, du benjoin et de l'iris qui forment un joli écrin de cuir et confèrent une surprenante, puissante marque masculine à l'ensemble. Un parfum du temps où on savait que femme et girly ne veulent pas dire la même chose.

Le tempo de ses chaussures m'avertissait de son retour imminent, mais la vérité c'est que je ne m'étais pas remis à travailler : j'attendais qu'elle ait fait son choix, tourné vers l'allée, me demandant quel genre d'étudiante pouvait snober ainsi les sucraillons mainstream dont elle était le public cible.

De face, le manuel qu'elle tenait nouvellement du bout des doigts a d'abord attiré mon attention sur ses ongles entretenus très longs, et d'un rouge plus soutenu que la robe, plus proche de celui des lèvres. Mais presque instantanément, je notais que ses hanches étaient peut-être un peu trop droites, ses épaules peut-être un peu trop marquées, et sa mâchoire peut-être un peu trop... Ou pas assez ...? Malgré un maquillage et une coiffure soignés, le doute était permis et s'est 'peut-être un peu trop' trahis sur mon visage. L'espace d'une seconde.

Je souhaite sincèrement qu'il ne l'ait pas remarqué. Ou bien est-ce l'habitude qui lui a enseigné à conserver malgré tout, face aux regards, cette démarche confiante sur des talons plus hauts que beaucoup de femmes ne pourraient supporter ?

Seconde vague de Shalimar.

J'étais, en fait, fasciné, par cet homme (homme car de face il avait sans doute plus de 25 ans, tenait plus du chargé de travaux dirigés que de l'étudiant). J'ai toujours été secrètement admiratif des transsexuels. Peut-on être plus brave ? Peut-on être plus honnête ? J'envie cette manière extrême de pouvoir dire "voilà ce que je suis, voici comment je m'aime", d'incarner une vie qui à elle seule est un majeur levé à une société qui ne sera jamais en mesure de comprendre ce qui déborde du traditionnel. On a tous plus ou moins des difficultés à assumer ce qui nous plait et la façon dont on souhaite l'exprimer, nos passions, ce qui fait vivre, coupe le souffle – on peut choisir, on choisi souvent, de se taire, de s'aliéner pour préserver la quiétude des tiers qui ne nous en souhaitent pas tant, par amour, ou par peur de la marginalisation, ou par, ou par.

Le regard des autres m'a toujours atteint et déterminé de manière considérable. On m'a élevé dans la peur de décevoir. Je sais que je ne suis pas dans cette bibliothèque pour les bonnes raisons.

Shalimar, c'est beaucoup de choses. C'est "la demeure de l'amour" en sanscrit. C'est le parfum le plus féminin qui trônera à jamais dans les Sephora, le plus masculin également, le plus sexualisé en tous cas, la rencontre. Shalimar, c'est un best-seller porté par une grande quantité de mamies-fourrure "parce que c'est du Guerlain". Shalimar, c'est le parfum d'une vie pour une infinité de femmes – je ne crois pas aux parfums d'une vie. Et pourtant, porté par ce jeune homme, Shalimar arrivait à devenir l'une des plus belles manifestations d'individualisme qui m'ait été donné de sentir, si juste, précisément juste, le parfum d'une vie, tu ne crois pas aux parfums d'une vie, et alors ?


Shalimar enfin, c'est la certitude de quitter une pièce en laissant planer derrière soi ce majeur levé, ce fond queeré-vanillé à tomber par terre, une éternité.



jeudi 29 décembre 2011

Tilleul - Parfums D'Orsay : Quiétude

Rarement une maman n'aura eu une telle empreinte sur son bébé.
Une création d'Olivia Giacobetti a toujours ce tendre et ce craquant qui donnent à l'enfant de quoi raconter une histoire qui lui est propre. Et chez Parfums d'Orsay, Tilleul réussit à montrer que douceur, subtilité et sobriété peuvent se lier à la beauté pure et simple.

Il est clair que le style d'Olivia Giacobetti se rapproche plus d'un paysagisme légérement impressioniste que d'une vanité baroque. C'est pourquoi nous sommes rarement étonnés, du moins surpris lorsqu'on nous présente Tilleul. Cependant, l'ennui se tient loin de nous. Très loin !

Corot, Souvenir de Morte Fontaine, 1864

D'une manière similiaire à Une Rose, la sublime Fleur du Malle, Tilleul parvient à exister en trois dimensions. Ainsi, dans un registre vert, tendre et craquant, nous voilà en train de nous enfoncer dans une forêt claire, à l'allure un peu mystique, mais pas trop. Juste de quoi nous inciter à l'exploration sylvaine, sans qu'il y ait un quelconque sentiment de peur.
Et c'est là tout le compromis du parfum : tout est équilibré de manière à ce que seul un sentiment de quiétude, murmure d'une ataraxie diffuse, se fasse ressentir à chaque respiration. C'est pourquoi on arrive à peine à en parler sans commencer à partir dans de vagues figures clichés entre clairière, licorne, et après-midi reposant. Et cependant, dieu sait que ce parfum inspire.

Pour ma part, le tilleul fait toujours référence à l'enfance, que ce soit chez Goutal ou chez L'Artisan Parfumeur. Chez Parfums d'Orsay, en plus de la dimension proustienne, Olivia Giacobetti réussit à donner du sens aux couleurs : vert, bleu, jaune, ... Dans ses traditionnelles notes de concombre aqueux, d'iris délicat ou de blé craquant, Tilleul se déploit confortablement.

Et parfois je me dis que, tout de même, la parfumerie grand public pourrait sans aucune honte faire des sorties de cet acabit sans que la foule se mette à villipender sur la beauté du parfum. En attendant, Tilleul demeure un petit délice de perfumista, simple, beau et accessible, à porter comme si on tenait microsystème vivant entre nos mains.

Tilleul de Parfums d'Orsay respire.



J.

lundi 5 décembre 2011

Thierry Mugler – Le Goût du parfum : Supers héros aux superpouvoirs

Plusieurs fois ils ont été évoqués : les nouveaux Mugler ont débarqué sur Terre.
Et pour décrypter cette rencontre du Troisième Type, rien de tel qu'une publication croisée ! Vous aurez donc le plaisir de lire l'avis de Dr Jicky sur le blog de Poivre Bleu, ici !, et en attendant, gents lecteurs, je vous prie d'accueillir Nez Bavard ! 

Je ne sais pas si vous avez regardé Dragon Ball Z lorsque vous étiez jeune (ou vieux, ne soyons pas sectaires), mais moi oui. J’étais fan de ces personnages aux traits coupants et aux coiffures invraisemblables. Et en plus ils gagnaient toujours leurs combats. Mais ça, c’est parce qu’ils avaient des superpouvoirs de dingue, et des transformations plutôt sympa comme le Super Saiyan (moi aussi j’aurais bien aimé pouvoir devenir blonde en claquant des doigts, ça aurait été trop classe pour épater les amis !)…


Et bien les éditions limitées de Thierry Mugler, c’est un peu comme si les versions classiques avaient déclenchés leurs supers pouvoirs… Vous les connaissiez déjà puissants et percutants ? Dites vous bien que vous n’avez encore rien vu. Le travail qui a été fait autour de ces fragrances à la personnalité hors norme a permis à chacune de dévoiler un potentiel encore plus impressionnant et séduisant. Vous allez me dire « Ah ! Mais on joue encore sur l’alimentaire ! ». Ma réponse est simple, oui, les éditions limitées Le Goût du Parfum joue ouvertement sur l’alimentaire, où comment stimuler des sensations gustatives et savoureuses à travers votre nez.

Il y a quelques temps, j’aurais probablement rejeté en bloc ce positionnement de la collection, car j’avais alors tendance à refuser tout ce qui touchait à l’alimentaire dans les parfums, fatiguée de la surenchère en sucreries collantes et sirop de fruits poisseux. Je comprends toujours cette sensation, et cette opinion, car elle reste toujours mienne dans le cas de nombreux lancements. Mais je sais aujourd’hui que l’on peut faire dans l’alimentaire, et même dans l’alimentaire sucré, tout en proposant un travail construit, des notes profondes, des textures inédites. Malgré tout le dégoût que provoque chez moi la vaporisation de Miss Dior Chérie (vintage), ce parfum est l’un des premiers à avoir proposé une note gustative en parfumerie dérangeante de réalisme (on parle bien de la note de fraise écrasée qui était frappante à sa sortie en 2005), car on raconte dans les couloirs (mais ce n’est plus un secret pour personne), que Christine Nagel serait allée piocher sa note si particulière du côté des aromaticiens. Cette note a aujourd’hui été lissée et a rendu Miss Dior Chérie encore plus détestable que sa première version.

Mais ce n’est pas le propos de mon article. Si notre ami le Dr Jicky a souhaité vous parler de Womanity Chutney de Figues, pour ma part, je ne vais pas déroger à mes habitudes et je m’en vais vous en remettre une couche sur Alien. Mais une couche de caramel au beurre salé s’il vous plait, ne soyons pas timides. Connaissant très bien ce parfum (puisqu’il fait parti de mes favoris, comme vous le savez désormais tous), j’étais tout naturellement très intéressée pour découvrir une variation sur le thème de cet extraterrestre parfumé. Je n’avais d’ailleurs pas du tout été emballée par la version EDT sorti il y a quelques temps, qui avait pour moi fortement appauvri le parfum, lui faisant perdre en sillage et en densité.


Pour la collection Le Goût du Parfum, Alien a vu apparaître dans son éventail de sensation la note sucrée, une note qu’il ne déployait pas forcément au départ. Vous pourriez justement voir ce changement d’un mauvais œil : détrompez-vous. Alien Caramel au beurre salé est loin de sombrer dans l’excès de sucre et de lourdeurs pâtissières. Le magnifique jasmin sambac est désormais un peu plus discret, et grâce à l’ajout de la note caramel (ethyl maltol) et d’une note un peu noix ou noisette, c’est finalement l’aspect ambré d’Alien qui ressort. Il se fait d’emblée plus rond, plus épais, certainement un tout petit peu plus gras, mais clairement plus charnel. L’évolution sur la peau s’assouplie : il se fait un peu moins sec et un peu moins cashmeran (le bois synthétique utilisé en grande quantité dans la formule d’origine). Ce qu’il perd en dimension fantastique (l’impression technologique et un peu surréaliste que développait la première version), il le gagne en consistance.

Alien Caramel au beurre salé s’accroche à votre peau et change de couleur : du violet il passe à l’or (la couleur de l’odeur change), et active les superpouvoirs du super-héros de la parfumerie qu’il est en réalité. On a passé le niveau supérieur : Alien est maintenant capable d’une diffusion, s’il était possible, encore plus puissante, d’une tenue qui défie les lois de l’évaporation, d’une originalité qui vous fera sortir du lot à coup sûr, même perdu dans la foule. Dans la zone de combat, les adversaires paraîtrons bien pales et faiblards avec leur soupe fleurie – fruitée navrante de convenance. Leur barre de vie se videra plus vite qu’il ne faut de temps pour le dire…

Inclinez-vous, vous êtes sous le charme de ses supers-effets… !
Si vous souhaitez en savoir plus sur la collection Le Goût du Parfum, courrez donc lire l’article de notre Dr Jicky national sur Womanity Chutney de figues, mais chez moi ! Et pour avoir un aperçu de l’ensemble de la collection, Olfactorum saura vous renseigner ! Je me joins bien évidemment à mon acolyte bloggeur pour demander bruyamment et avec insistance le maintient des références de la Collection, afin qu’elles passent au catalogue permanent, pour notre plus grand plaisir à tous !

jeudi 10 novembre 2011

Sharif - Via Del Profumo : Orientalisme

"L'Orient est devenu pour les intelligences autant que pour les imaginations une préoccupation générale"
V. Hugo, dans la préface de son recueil Les Orientales

J. Villegas y Cordero, Le Rêve

A peine la phrase est-elle soufflée que Sharif nous plonge dans un sommeil sans nom, et entraîne notre esprit dans un monde peuplé de djinns, de déserts, de touaregs, de vents solaires et de tempêtes de sable.

La vision est clichée, idéalisée, mais après tout, l'Orient du XIXème siècle était ainsi. Pourtant, Sharif n'est pas l'oriental stéréotypé ! Bien au contraire : oubliée la vanille, l'ambre et les fruits confits. L'Orient est ici poussière, grains, poudre et fumée. Car Sharif, comme il l'a été de nombreuses fois remarqué (chez Grain de Musc notamment), est une référence absolue au parfum tel qu'on le conçoit depuis la prime origine : par la fumée.

En effet, comme un vieux livre de conte sur lequel un souffle divin libère de la poussière foule d'histoires millénaires, Sharif par vents et fumées transparentes se déploie pour nous transporter dans un univers ciselé, parallèle à toute autre forme de parfumerie.
Car, comme tout enfant que nous avons été, les livres de contes sont peut-être les ouvrages qui m'ont le plus marqué. Similairement, Sharif arrive à nous emmener à ses côtés, dans un rêves transcendant en évoquant des images que nous connaissons, mais traitées de manière nouvelle, ou détournée.


F. Fabbi, Le Rêve
Une page se tourne, après l'envol de poussières cristallines nous voici embarqués par un petit génie soucieux de l'image qu'il se donne. Le voilà à soigner le petit sillage cendré qu'il prodigue, pour notre plus grand bonheur. Dans son monde à lui, le désert n'est pas vide. Il est profond, habité et incarné. De la noblesse de la Nature, il a tiré une essence simple, claire et efficace : rendre compte des rêves de l'Orient, où la fumée transporte, le sable fait frétiller, les sons résonnent et la poudre sublime.

Touché par ce désert magnifié, c'est avec un certain gène que je découvre cet univers que Sharif transmet, dans une sorte de nouveau langage qu'égoïstement je pense être le seul à saisir. Une effluve venant du vent, une odeur émanant du sol ou un frisson olfactif dont l'origine m'échappe : tous ces signes sont agencés de manière à ce qu'ils ne se découvrent pas.

Comme si le désert était assailli par une violente tempête de sable et que Sharif dispersait lentement les volutes assassines, me permettant de découvrir au loin quelques indices d'un nouveau mystère. Et comme il est naturel de tendre à percer les mystères... A vaincre la tempête !


L. H. Fischer, Bédouins dans une tempête de sable, 1891
C'est pourquoi je vous invite à percer les mystères de l'Orient de Sharif à travers un jeu concours... Je dispose d'une fiole magique gentiment offerte par Abdes Salam Attar, contenant 16ml du précieux Sharif.

Exprimez un mystère, une sensation, un oriental, une vision... en somme, interprétez et exprimez le petit génie de votre nez qui vous guide dans les sentiers olfactifs du quotidien.
Le souffle divin viendra chercher par tirage au sort le gagnant prochainement...

Et... c'est Catherine qui remporte le flacon de 16ml !!
Merci à tous d'avoir participé, et nous remercions la générosité de la marque pour avoir permis cela !
Et nous vous disons à bientôt pour de futurs petits jeux !

J.

jeudi 27 octobre 2011

Orange Inspiration

Orangé

Dau avait lancé la voie avec son "Rouge Inspiration". Puis  l'automne est arrivé, promptement. Cliché à mort : les feuilles tombent, les jours diminuent, le moral aussi. Il est 7h22 quand les premiers sons de harpe résonnent dans les tympans, et que le froid vient grignoter les quelques espaces de peau qu'il trouve. Et il fait nuit. "Le bonheur, c'est quand on se lève et qu'il fait toujours nuit" je disais quand j'étais petit.

Et maintenant, je me vente d'orange.


Traditionnellement, l'orangé est la couleur joyeuse, à en devenir presque vulgaire : "Aujourd'hui on a transféré sur cette couleur les vertus de l'or et du soleil : chaleur, joie, tonus, santé" décrit le spécialiste des couleurs, Michel Pastoureau, dans le must-have Le Petit Livre des Couleurs.

Mais si on devait aller plus loin, comment rendre compte du orange ? Si j'essaye d'avoir toujours un peu d'orange sur moi, je remarque qu'il dérange toujours un peu... Pas assez uniforme surement.

Sans Un Cri - Zao Wou Ki
Comment une couleur influence t-elle à ce point une personne ? On voit des Bleu, des Beige, des Habit Rouge et Serge Noire. Partout, couleurs et parfums se répondent. "Elles s'attachent aux parfums mêmes" annonce Serge Lutens dans son entretien pour J&P.


Le orange est éminent olfactif. Plus subtil que le rouge, plus prononcé que le jaune, il sait se faire doux, violent, poignant, voir même mélancolique.
En cette période Halloween - Automne, pensez orange. Tout le monde est orange, il suffit de révéler son prisme de l'orangé.


Quatre parfums qui signent cette couleur aux accents tous plus différents les uns que les autres.

1 / Like This, d'Etat Libre d'Orange.


L'évocation était obligatoire, voire clichée. Cela dit, le parfum a été construit sur cette couleur. Dans cette maison écossaise, le fantôme roux plane sur le fauteuil en cuir aux teintes brunes. Le bois  du plancher grinche quand on l'arpente, et il flotte dans l'air une vague odeur de tabac, de soupe automnale et de poussière poudrée.

Orangé dans l'évocation, mais aussi dans l'évolution. Un départ d'un orange presque brun, qui s'orientera vers un orangé beige. A porter avec ou sans orange ;)


Zao Wou Ki

2 / Daim Blond

L'intérieur moderne à parquet clair, propre, légèrement lisse, avec canapé en cuir blanc et table basse ornementée d'un vase contenant une fleur d'iris. La vue est claire, dégagée sur une forêt aux couleurs diverses. Le orange dans tout ça ? Il est épars. Par touches dans le parquet, par reflets dans la baie vitrée, par nuances dans la fleur, jonchant le sol de la forêt... L'orangé est subtil, doux, cotonneux.


Il est une petite conscience pour l'automne, à enfiler comme un voile coloré.



Les nouveautés dont tout le monde parle, et à raison : Mugler a trouvé la voie parfaite olfactivement en abordant le Goût du Parfum. Je la découvre de jours en jours, et elle agit comme une bombe. L'orangé dégradé de l'Alien original implose son ambiance coucher de soleil, pour faire exploser un orange irradiant, pigmenté d'une teinte absolue, avec certaines facettes sombres.

L'orange extrême d'Alien au Caramel au Beurre Salé, retranscrit la profondeur de l'esprit de la couleur, dans son aspect le plus physique : le ton est violent, imposant, mais Ô combien joyeux et magnifié !






"Cette couleur irritante et maladive, aux splendeurs fictives, aux fièvres acides : l'orangé" écrit Huysmans dans A Rebours (amen). Cette description de l'orange selon Des Esseintes correspondrait surement à l'orange selon Iris Silver Mist. Car ce parfum n'évoque pas la teinte. Il en a l'esprit. Au-delà de l'austère froideur, l'Iris de Lutens transporte de la terre ocre, brune, vers le ciel noir de la nuit, qui reflète au loin les lumières orangées, de la ville, du Soleil qui s'en est allé.

Porter Iris Silver Mist chromatiquement renvoit à l'esprit, véritablement : il faut intellectualiser l'odeur et la couleur. Pour que les deux sens se mêlent, que du gris naisse la couleur, et que du froid paysage apparaisse la messagère de la Sagesse....


Le Pandemonium - John Martin

"Si le rouge et le jaune se magnifient aux lumières, il n'en est pas toujours de même de leur composé, l'orangé, qui s'emporte, et se transmue souvent en un rouge capucine, en un rouge feu"
JK Huysmans, A Rebours

J.